LE DÉNOMBREMENT

Le 24 mars dernier, à Montréal, à la demande de sa seigneurie Coderre, l’Institut Douglas
et le YMCA orchestraient un dénombrement de la population itinérante de la métropole.

Pas loin de 1000 bénévoles et employé-e-s mobilisé-e-s dans les rues, dans les centres
de jour, les hébergements d’urgence, etc, pour compter le nombre de personnes sans-abris. Un genre de sondage des pauvres, quoi.

Un projet comme un autre qui coûte cher cependant, malgré les bénévoles. Mais bon, qu’importe.

L’idée était donc de prendre un portrait de la situation montréalaise. Les évaluations précédentes chiffraient à environ 30 000 le nombre de personnes en situation d’itinérance à Montréal, et ce, annuellement. L’estimation se basait sur l’affluence dans les bouffes de rue, les refuges, etc. Certes, il y avait des nuances à faire autour de ce chiffre, mais qu’importe, poursuivons. Dès le départ, plusieurs regroupements et organismes ont grincé des dents. Quelle méthodologie serait employée? Comment les données seraient interprétées, quelle est la valeur d’un tel échantillon? Des questions somme toute légitimes. Mais aussi, quel impact sur les organismes aurait une telle entreprise? Parce qu’on le sait ben, on est plus très fort sur la prévention au Québec. On est pas mal plus prompts à « patcher » une fois qu’ça saigne qu’à prévenir l’hémorragie.Alors, on se fie aux chiffres. Si les données démontrent qu’il y a 10 000 sans-abris à Montréal, on s’organisera pour offrir des services pour 10 000.

Donc, le 7 juillet (2015) le Devoir publiait les résultats du sondage : 3016 personnes
itinérantes à Montréal. Une méchante différence avec les chiffres avancés précédemment. Les organismes montréalais auraient-ils donc imaginé vingt-sept mille sans-abris?
Deuxième contexte : je travaille dans le milieu communautaire. Pas depuis longtemps, certes, mais assez pour m’être fait une idée de la réalité. Le mandat de l’organisme pour lequel je bosse : prévention de l’itinérance chez les personnes nouvellement arrivées à Montréal, ou celles qui ne connaissent pas les ressources.

Et des personnes dans marde, on en croise, pis à la pelleté.

Malgré ma courte expérience, nombre de choses me font tiquer dans ce sondage et l’article qui en traite. La méthodologie, je serai franc, je ne suis pas expert. Par contre, il ne faut pas la tête à Machin pour se douter que faire cette tournée une seule journée ne dresse pas un portrait global, ou même précis, mais bien un cliché pour une journée. Une journée sur 365.

« …révèle que 3016 personnes se trouvaient en situation d’itinérance cette journée-là. » D’accord, ici, on mentionne que ce n’est qu’une journée. Par contre, juste après, on sous-entend autre chose. «Ce chiffre — 3016 — est de beaucoup inférieur aux évaluations faites dans le passé, qui estimaient à environ 30 000 le nombre d’itinérants dans la métropole, mais qui se basaient sur la fréquentation de ressources comme les refuges et les soupes populaires au cours d’une année. »

Soit, on souligne peut-être la nuance, par contre, on donne beaucoup d’importance au fait que ce chiffre soit bien inférieur « aux évaluations faites dans le passé. »  Tout est dans la formulation. Un mot, une virgule, et le sens donné, ou la connotation, est autre.

Ensuite, il n’est pas tatoué dans le front de chaque sans-abri son statut, il n’est pas fait mention du fait que certaines personnes puissent ne pas dévoiler leur situation. Si
certaines personnes dorment par-ci par-là, chez des ami-e-s, un proche, un parent, mais n’ont pas de toit, et fréquentent à l’occasion des héberge- ments d’urgence, comment les
dénombrer?

Aussi, c’est bête à dire, mais la date choisie ne m’apparaît pas comme très judicieuse. Faut
comprendre que Montréal se retrouve à être un important point de transit. Au travers du Québec, mais entre les Maritimes et l’Ouest canadien aussi. Et l’été est une forte saison de
migration au sein des populations provinciales et nationales. Il est plus simple de dormir dehors, de flâner sur le trottoir, de quêter une couple de piastres, quand il fait soleil et chaud, qu’à moins trente quelques degrés.

Également, on ne fait jamais la distinction entre les types d’itinérance. Il y en a trois. Chronique, c’est grosso modo ta situation en général. Cyclique, tu t’en sors parfois, mais tu te retrouves dans la rue régulièrement. Situationnelle, les aléas d’un système pourri, les mauvais choix personnels plus les « bad lucks ». Pour chaque type, des personnes qu’on identifiera plus facilement, qui connaissent mieux les ressources, qu’on risque de croiser plus souvent.

Tout ça pour dire qu’y a matière à réflexion, et qu’à mon sens, on lance ce chiffre un peu au hasard, sans se questionner sur sa valeur et sa signification. Pis les gens vont le retenir ce chiffre, juste lui. Pas ses critiques. J’ai déjà soulevé les inquiétudes par rapport au financement, j’en apporterai une autre qu’un camarade du communautaire me mentionnait. De par leurs dépendances aux subventions, leur perte d’autonomie, nombre d’organismes, outre offrir leurs services et soutien, ne peuvent plus ou n’ont plus d’énergie pour se mobiliser dans un cadre politique. Certes, s’ils sont acculés au pied du mur et se braquent
contre les coupures dans leur financement (c’est leur gagne-pain, mais c’est aussi un service qu’ils-elles savent essentiel), il est de plus en plus difficile de mobiliser leurs employé-e-s et membres contre des mesures politiques, ou idéologiques, qui vont à l’encontre même de leurs valeurs de justice sociale. Du corporatisme malgré soi, genre. Et j’ai bien peur que ce sondage ne fasse que renforcer cette triste tendance.

La Sociale, Volume 4, octobre 2015cropped-cropped-copy-banniere31.jpg

 

Sept mythes à propos de Postes Canada

Affiché le 30 juin 2016 sur rankandfile.ca
Par Doug Nesbitt et Dan Darah (traduit avec l’autorisation des auteurs)

Sous l’ombre d’un nouveau lock-out ou d’une nouvelle grève chez Postes Canada, le patronat cherche de nouveau à miner la confiance du public dans le service des postes public en faisant appel à une campagne de désinformation envers les travailleurs et travailleuses des postes. Voici sept mythes à propos de Postes Canada que vous entendrez répéter dans les journaux et à la télévision, autour de la table à manger ou lors de votre pause cigarette, et par des politiciens et des patrons. Une version de ce document est disponible (en langue originale) sous forme de tract ou d’affiche. Une bonne façon d’afficher votre soutien.

MYTHE #1 : « Nous ne sommes pas rentables ».

RÉALITÉ : Postes Canada a été rentable 20 des 22 dernières années, incluant les quatre dernières années. Il n’était pas rentable en 2011, car l’administration a mis son personnel en lock-out et a donc perdu beaucoup de ventes. Depuis le milieu des années 1990, Postes Canada a rajouté plus d’un milliards de dollars dans le trésor public.

MYTHE #2 : « Postes Canada est un gaspillage des fonds publics ».

10991259_514616748679266_7529063126161554605_nRÉALITÉ : Postes Canada ne dépend pas des fonds publics. Il a même rajouté un milliard de dollars aux coffres. Postes Canada est devenu une société d’État fédérale au début des années 1980 pour qu’il puisse subvenir à ses propres besoins. Quiconque dit que Postes Canada gaspille de l’argent public est soit mal informé ou malhonnête.

MYTHE #3 : « L’Internet tue Postes Canada ».

RÉALITÉ : À chaque année, Postes Canada expédie plus de colis que lors de 1989, cinq ans avant le début d’Internet. Les lettres postées connaissent un lent déclin, mais le commerce en ligne a provoqué un boum dans le nombre de colis expédiés. Postes Canada fracasse constamment les records dans le volume de colis postés. Postes Canada bénéficie du commerce en ligne au même titre que des compagnies comme Amazon et autres.

MYTHE #4 : « Nous ne pouvons payer les pensions de retraite ».

RÉALITÉ : Postes Canada veut miner les pensions des personnes nouvellement embauchées, en affirmant que l’ancien régime est très dispendieux. Mais cette crise des pensions est tout à fait artificielle. Postes Canada est rentable et SaveCanadaPost1-300x111les travailleurs et travailleuses des postes continuent à cotiser dans le régime de retraite. Le régime a assez de fonds pour payer les travailleurs et travailleuses à leur retraite.Couper dans les régimes de retraite vise simplement à mettre plus d’argent dans les poches de l’administration.

MYTHE #5 : « Nous ne pouvons plus nous permettre la livraison à domicile »

RÉALITÉ : Postes Canada peut se permettre de maintenir et même de bonifier la livraison à domicile. Nous n’avons pas à être le seul pays à couper dans ce service. De rétablir et de bonifier la livraison à domicile serait même plus facile à faire à travers des nouveaux services comme la banque postale, qui existe dans plusieurs pays, incluant même le Canada jusque dans le milieu des années 1960. Les études commandées par Postes Canada elle-même montrent que la banque postale serait une bonne idée, mais l’administration ne veut ni de ce service ni de la livraison à domicile parce qu’elle a d’autres objectifs. Ces objectifs n’ont rien à voir avec le fait d’offrir des services essentiels à la population.

MYTHE #6 : « Nous n’allons pas privatiser Postes Canada »

RÉALITÉ : En éliminant la livraison à domicile, en rejetant la banque postale, et en coupant dans les conditions de travail des travailleurs et travailleuses, Postes Canada se prépare à la privatisation. Postes Canada livre les deux tiers du courrier au Canada, et a de loin l’infrastructure de détail la plus étendue au pays. Les compagnies d’expédition et de livraison de courrier privées veulent cet immobilier, et elles veulent éliminer Postes Canada en tant que compétiteur. L’administration de Postes Canada est remplie de gens qui veulent sa privatisation. Le PDG de Postes Canada, Deepak Chopra, siège sur le C.A. d’un think tank qui appelait le gouvernement Harper à privatiser le service des postes. Chopra était également un haut-placé dans la plus grande compagnie privée de livraison de courrier au monde, Pitney Bowes. L’ancien PDG de Postes Canada est devenu le PDG du British Royal Mail et a veillé sur sa pleine privatisation. L’administration de Postes Canada, le secteur privé, et les politiciens de toute les lignes politiques veulent la privatisation de Postes Canada.

MYTHE #7 : « Nous ne voulons pas d’un conflit de travail »

RÉALITÉ : Postes Canada veut un conflit de travail et une interruption de service pour qu’il puisse miner la confiance en ce service public, blâmer les travailleurs et travailleuses pour le conflit par des méthodes anti-syndicales classiques, et préparer d’avantage la voie vers la privatisation. Le nouveau gouvernement Libéral prépare également une évaluation de Postes Canada. L’administration veut certainement qu’un conflit de travail et une fausse crise des régimes de retraite dominent l’ordre du jour, plutôt que ce soit le retour de la livraison à domicile et de nouveaux services comme la banque postale. Gare aux think tanks de droite, aux chroniqueurs et aux politiciens qui répéteront tous ces mythes. Leur objectif est de miner ce service public pour que le public ne conteste pas sa privatisation. C’est une stratégie de privatisation classique.

Que voulons-nous?

Un Postes Canada public et financièrement stable est possible. Nous pouvons nous permettre d’offrir des emplois décents ainsi que la livraison à domicile pour tous et toutes. L’Internet a provoqué une explosion dans le nombre de colis expédiés. Nous pouvons également avoir un service de banque postale comme d’autres pays, qui nous offrirait plus d’options que les grandes banques avec leurs taux d’intérêt de prédateurs, tout en offrant des meilleurs services bancaires en milieu rural. La banque postale assurerait la stabilité financière de Postes Canada pour les années à venir. Les travailleurs et travailleuses des postes ne sont pas le problème.

Dîtes à votre député-e que vous voulez un service de postes qui sert le public, pas un qui coupe des services et qui cherche des conflits de travail.

Envoyez un message de soutien aux travailleurs et travailleuses des postes. Mettez un collant sur votre boîte aux lettres, dîtes à votre postier ou postière que vous l’appuyez, et si on se rend là, rejoignez les sur les lignes de piquetage.

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La lutte pour les centres d’éducation populaire

Six centres d’éducation populaire, soit les Ateliers d’éducation populaire du Plateau, le Carrefour d’éducation populaire de Pointe Saint-Charles, le Centre éducatif et communautaire René-Goupil, le Comité d’éducation aux adultes de la Petit-Bourgogne et de Saint-Henri (CEDA), le Comité Social Centre-Sud et le Pavillon d’éducation communautaire Hochelaga-Maisonneuve, ainsi que deux organismes (La Maison St-Charles et La Maison du
Partage d’Youville), risquent de fermer leurs portes à la fin de leurs baux en plus de voir leur financement baisser.

Ces fermetures auraient un profond retentissement sur la vie de quartier, car ces centres dépannent en offrant des services soit alimentaire, de cuisine populaire, de vêtements ou autres, de location de salles à prix modique. Mais également, ils éduquent par des ateliers, des cours, de la formation, des sorties organisées, etc., ils luttent pour la défense des droits relatifs au logement, à l’alimentation, ils donnent des cours de langue française, d’informatique et autres. On veut éliminer des organismes qui sont un élément essentiel à la vie sociale d’un quartier et qui, de plus, empêchent les gens de tomber dans la misère et la solitude.

Plusieurs groupes communautaires ont pignon sur rue dans ces anciennes écoles de quartiers qui sont devenues des centres d’éducation populaire, des comités logements, des groupes de défense de toutes sortes. Mais ces piliers ne peuvent survivre sans les montants qu’ils reçoivent; advenant la fin des subventions, plusieurs de ces lieux de rassemblement et d’apprentissage se retrouveront sans local et devront donc fermer. De plus,
conséquemment, les travailleurs et travailleuses du communau-
taire, déjà précaires, risquent de perdre leurs emplois.

Le gouvernement, au travers de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), s’attaquent aux plus démuni-e-s, aux travailleurs et travailleuses du communautaire, ainsi qu’à ceux et celles vivant du salaire minimum qui, à cause des augmentations de loyer et du prix des denrées alimentaires, vont devoir travailler 60-80 heures par semaine pour arriver, comme c’est le cas aux États-Unis. Ces gens ne pourront plus se tourner vers un organisme dans leur quartier pour les aider, les plongeant ainsi dans un isole- ment financier et social. Ce n’est certainement pas en éliminant celles et ceux qui aident les moins bien nanti-e-s à survivre qu’on va éliminer la pauvreté.

Dans des discussions récentes, on offrait une entente sur deux ans, un an de bon financement et la deuxième année, «l’autogestion», soit en un mot : débrouillez-vous
pour payer les taxes, l’électricité et le chauffage de ces vieux bâtiments qui nécessitent déjà
des réparations. Devant le refus et la grogne qui a eu lieu au 1er mai, journée de grève générale au Québec, et les actions qui ont précédé cette journée, le gouvernement Couillard leur a donnés un an de sursis. Que nous réserve le gouvernement dans un an ? Est-ce une ruse pour diviser et faire oublier leur lutte si importante pour un quartier solidaire?

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Il faut se mobiliser, lutter pour empêcher ces fermetures dans nos quartiers. Voici quelques endroits qui ont décidé de lutter pour leur survie et qui auront besoin de votre appui d’ici un an:

•     InterCEP
http://www.icea.qc.ca/site/tags/intercep :
Si vous voulez connaître le centre de votre quartier, voici un organisme qui regroupe tous les centres d’éducation populaire.
•     Le Comité Social Centre-Sud (1710 Beaudry)
Page Facebook : https://www.facebook.com/sauvonslecomitesocial?fref=ts
•     Le CÉDA (2515 rue Delisle)
514-596-444
•     Le Carrefour de Pointe St-Charles (2356, rue Centre)
514-596-4444
Ils ont une page Facebook : Sauvons le Carrefour de Pointe St-Charles.
Leur bail prenait fin le 31 mai 2015 + des coupures

Et les deux organismes :
•     La Maison St-Charles (1945, Mullins)
Verrait sa vocation changée à celle d’une école, donc tous les groupes seraient jetés à la rue.
•     La Maison du Partage d’Youville (2325, rue Centre, local 002)
514-935-9846
Cette banque alimentaire du quartier fermerait ses portes, faute de financement.

La Sociale, Volume 3, Mai 2015

Grève victorieuse chez les IWW, TTX Maryland vire son patron!

Des travailleurs et travailleuses de l’industrie des technologies informatique du Maryland lancent une grève avec le SITT-IWW et congédient leur patron!

FREDERICK, MD- Les travailleurs et travailleuses de True Technical Experts LLC (TTX) un sous-contractant en Technologie Informatique pour des détaillants majeurs, ne pouvaient savoir jusqu’où les emmènerait leur aventure lorsque le 26 mai dernier ils entrèrent en grève une bonne fois pour toutes. Les travailleuses et travailleurs ont alors soumis une liste de demandes qui incluaient un ajustement de leurs salaires au standard industriel, des heures régulières, la fin du harcèlement et des vols de salaires et la reconnaissance du SITT-IWW. Les wobblies de TTX étaient déjà entrer en grève deux fois au cours des derniers mois pour exiger la fin des vols de salaires et en étaient chaque fois sortit victorieux et victorieuses sans trop de problème. Mais cette fois, quelques minutes à peines après avoir été contacté par un représentant du SITT-IWW, le propriétaire David Gerlak, contre-attaqua en mettant à pied deux employé.e.s en grève, une violation très claire de la loi fédérale du travail.

user_photo-5747aa4942096TTX est un petit sous-contractant en technologie informatique dans lequel les travailleurs et travailleuses installent du câblage et du matériel informatique pour les plus gros détaillants du pays, tel que Target et CVS. Comme c’est souvent le cas, leur travail est gérer par une chaîne complexe de contractants et de sous-contractants, ce qui produit une « course vers la bas » (une situation caractérisée par une baisse progressive ou détérioration des standards du travail) où le vol de salaires et les mauvaises conditions de travail sont choses courantes. Depuis plus d’un an, les travailleuses et les travailleurs de TTX s’organisent clandestinement pour avoir une stabilité et du respect en plus de mettre fin aux salaires et aux conditions de travail sous les standards de l’industrie.  Nous sommes fatigué.e.s d’être utilisé.e.s comme des machines. » a dit Andrew K., technicien de chantier TTX, « Si David ne veux pas nous traiter comme des êtres humains, avec un respect et une dignité élémentaire, nous allons l’obliger à le faire. Nous sommes prêts à rester en grève aussi longtemps qu’il le faut. »

Voyant David Gerlak constamment refuser de négocier avec lui, le SITT-IWW Baltimore a encouragé les membres et supporters du syndicat de partout dans le monde à contribuer au fond de grève des travailleurs et travailleuses de TTX et a déposé une plainte pour pratiques déloyales au National Labor Relations Board pour menaces illégales. Gerlak se trouvait sûrement très fort lorsqu’il menaça de fermer boutique si jamais le syndiquait prenait pied. Ce qu’il ne se doutait pas alors, c’est que l’ensemble de ses employé.es allaient non seulement entrer en grève, mais aussi en profiter pour faire connaître les multiples stratagèmes qu’il utilisait pour frauder à ses différents clients.

Cela aura pris deux mois de grève, mais les employé.es de TTX purent savourer leur victoire. Sans employé.es et sans client.es, tout ce qu’il reste aujourd’hui à David Gerlak sont les nombreuses amandes que le National Labor Relation Board l’oblige à payer. Interviewer par la presse local, Gerlak rage encore  »Cela m’aura pris 6ans pour construire ma compagnie, cela leur aura pris une fin de semaine pour la détruire!’‘. Du coté des wobblies, les deux congédiés ont reçu leur salaire ainsi qu’un dédommagement pour les heures perdues et nombre d’entre eux se relance aujourd’hui dans l’industrie des technologies informatiques, mais cette fois, non plus comme esclaves salariés, mais comme fiers membres d’une coopérative de travail qu’ils et elles viennent d’ouvrir.

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Écrit par Benjamin Charles, SITT-IWW Baltimore avec quelques ajouts à la version français par Mathieu Stakh, SITT-IWW Montréal.
Traduit, puis corrigé par Norman L. et X377519 de la SLI du SITT-IWW Montréal.

Solidaire des arrêté-e-s de la Loi Travail

En solidarité avec celles et ceux qui ont lutté et qui luttent encore contre la Loi Travail et « son monde », le SITT-IWW Montréal a organisé une soirée de financement afin d’aider le groupe de Défense Collective (DefCol) de Paris, et ce en offrant un soutient moral et financier aux personnes arrêté.e.s et/ou incarcéré.e.s en lien avec le mouvement qui a débuté ce printemps. Ce montant est bien entendu symbolique, mais il représente une solidarité internationale qui doit être maintenue afin de combattre le système qui nous affame et qui nous plonge dans la précarité.

Par la France, en passant par la Grèce et l’Espagne, jusqu’aux États-Unis et au Canada, nous devons soutenir les luttes des travailleuses et des travailleurs qui désirent reprendre le contrôle sur leur vie

 

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Crédit photo: C. Martin https://martinced.squarespace.com/

C’est un drôle de milieu de travail, que celui du communautaire.

Bien ancré dans son environnement, on est ici en contact constant avec la population, à lui scruter l’épiderme, à lui éplucher le moral dans ses tréfonds. Accompagnement, soutien, services en tout genre, empowerment, name it, les intervenant-e-s marchent côte à côte avec leurs gens. Et pas que pour les moments de liesse, est-il nécessaire de le mentionner? C’est un lien privilégié, gagné par la confiance, tissé serré. Conséquemment, outre les populations concernées, les employé-e-s du communautaire sont de fait les plus à même d’observer et comprendre la source de nombre de problématiques sociales. Et donc d’y
apporter des solutions, ou d’en soutenir les initiatives. Mais cela, tant et si bien qu’une certaine marge de manœuvre est permise.

Pourtant, malgré cela, quand vient le temps de réfléchir sur la nature, la mission et l’orientation d’un organisme, on leur demande de respecter leur rang. Hiérarchie prévaut, coûte que coûte! Connais ta place et tais-toi! Et en cette époque austère, avec les pontes de la finance qui décident qu’y en a marre, que l’onéreuse digue solidaire doit sauter, et qu’au final, on laissera la population se coltiner la facture et les pots cassés, on est ici au front. Responsabilité collective, donc vache maigre pour tout le monde, sauf pour les potes, que les gourous du politique brament. Alors, ils exigent la rationalisation des bourses les plus vulnérables et imposent la précarité dans les organismes communautaire. Merde ceci, merde cela, on coupe tout azimut. Directement ou indirectement, qu’importe.

Mais tâter le pouls des services sociaux et des personnes dont la santé et le bien-être en dépendent, ça ne se fait pas entre deux rencontres au sommet, à tripoter des chiffres et statistiques glanés ça et là. Ce n’est pas du haut de sa tour d’ivoire, le cul au chaud dans des draps de soie, qu’on constate l’étendue d’un merdier socioéconomique provoqué, c’est sur le terrain.

Faire autant avec moins, et prouver l’utilité de sa job, en chiffres, de manière quantifiable, voilà les mots d’ordre. Le travail au quotidien dans le communautaire, et sa finalité, c’est souvent autrui en haut qui en dicte la couleur et la valeur, à sa guise, et pas toujours dans notre intérêt et celui de la population. Et ils sont nombreux, ces sociopathes de la nouvelle gestion publique, à exiger des redditions de compte. Il y a, justement, les spécialistes de la gestion, mais aussi les bâilleurs de fonds, les cadres apolitiques, les cadres avec visée
politique, les politiciens locaux, les caisses de charité, les conseils d’administration, les directeurs de centre, un éventail de boss, etc. Un tas de gens aux titres pompeux et aux idées calculables.

Et c’est bien là que le bat blesse. Car, dans le communautaire, autant pour les personnes qui en bénéficient que pour celles qui y œuvrent, les attaques proviennent de partout. D’un bord, il y a les instances, privées et publiques, qui accordent le financement et en déterminent les conditions; de l’autre, il y a cette hiérarchie bureaucratique et technocratique qui vient dépouiller de leur pouvoir les travailleurs et travail- leurs du communautaire ainsi que la population. Et il est facile pour les uns et les autres de se renvoyer la balle, de brouiller le jeu, de se déresponsabiliser.

À ces multiples sphères décisionnelles auxquelles répondre, vient souvent s’ajouter l’absence d’une structure de solidarité entre les acteurs et actrices du milieu communautaire. Parce que si occasionnellement, surtout lorsque des coupures s’annoncent, l’adversaire est commun, le combat se fait individuellement, ou organisme par organisme. Certes, les ordres professionnels ont une certaine influence, et certains
secteurs sont syndiqués, mais le milieu en soi n’intéresse pas les centrales. La raison est simple : de petits groupes, des salaires raison- nables mais sans plus, donc, de petites cotisations sur lesquelles se mettre la dent. Et les syndicats corporatistes n’aiment pas
se déplacer pour des bagatelles.

C’est à la lumière de cet état de fait que le Syndicat industriel des travailleuses et des travailleurs (SITT-IWW) en appelle à la réappropriation de leur milieu de travail par les employé-e-s du communautaire! La lutte, en solitaire, n’égalera jamais le pouvoir collectif que peuvent se donner les gens qui s’organisent!

Gens du communautaire, it’s time to organize!

La Sociale, Volume 3, Mai 2015

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Ce n’est pas facile d’être une femme organisatrice

Au cours de la dernière année, je suis devenue active politiquement. Je suis passée d’une méconnaissance totale de la politique radicale à une implication dans l’organisation du travail à Miami, selon une perspective anarchiste. Ce fut à la fois un difficile et valorisant parcours, mais mon genre semble constamment me hanter. Je ne suis probablement pas la première femme ayant vécue cette expérience, mais je crois devoir faire la démonstration du fait qu’il s’agit d’un problème réel, tout en offrant mon point de vue personnel afin que d’autres femmes puissent avoir un point de référence au sein de leurs propres luttes.

Ayant été élevée par des parents nicaraguayens au sein de la communauté latino de Miami, j’ai vécue de près le sexisme inhérent à la culture du sud de la Floride. De nombreuses familles ayant immigrés en provenance d’Amérique du Sud, d’Amérique Centrale et des Caraïbes arrivèrent aux États-Unis en y important leurs traditions issues des années 70 et 80. Les jeunes filles sont ainsi élevées par des femmes ayant grandi en se faisant dire que leur but dans la vie était de devenir des épouses obéissantes, se dévouant cœur et âme à l’éducation de leurs enfants et au bonheur de leurs maris. Les femmes latino sont ainsi supposées être modestes, réservées et soumises, et être en mesures de jouer un rôle purement domestique. Bien que certaines familles hispaniques ne se soumettent pas entièrement à cette construction sociale, il reste que celle-ci joue toujours un rôle de premier plan au sein d’une très grande part de la communauté latino. À titre d’exemple, cette construction sociale se retrouve au sein des trois dernières générations des familles de mon père et de ma mère. Mes arrière-grand-mères et grand-mères, ainsi que ma mère et mes tantes, n’ont jamais complété leur scolarité et ont toutes dévoué leurs vies entières au service de leurs maris et de leurs enfants. Pendant ce temps, de nombreux hommes au sein de ma famille élargie ont pu compléter leur éducation, certains ayant même reçu un diplôme universitaire, et ont ainsi pu devenir des figures dominantes au sein de leurs communautés. Les hommes de la famille ont pu faire ce qu’ils voulaient puisqu’ils reléguaient toutes les responsabilités domestiques et familiales à leurs épouses. Poursuivant ce cycle, ma grand-mère et ma mère ont bien tenté de m’élever de la même manière. Je me suis fait dire de ne pas m’engager dans des activités dites « masculines », que ce soit le sport, le domaine universitaire, la politique, ou tout autre domaine dominé par l’homme. Malheureusement pour elles, j’ai toujours refusé de me soumettre à leurs standards de féminité. Je fais du sport depuis l’âge de dix ans, j’ai développé un intérêt profond pour l’histoire, la sociologie et la science politique, et je suis présentement engagée dans trois projets de nature politique. Cette attitude est une telle source de frustration pour mes parents que je me retrouve à être insultée sur une base quotidienne. Ma mère me traite de ‘tomboy’, me dit que je suis égoïste parce que je consacre autant de temps à l’organisation politique, et déplore ma soi-disant « promiscuité », du fait que les groupes politiques auxquels j’adhère sont formés en majorité d’hommes. Mon père, quant à lui, me dit que j’agis de manière insensée en consacrant autant de temps à la politique au lieu de bien me préparer à mon futur rôle de mère et d’épouse.

Tout au long de mes deux décennies de vie à Miami, j’ai pu rencontrer une multitude de femmes d’origines diverses. À l’école, dans le cadre de mon travail en tant qu’assistante-infirmière, ainsi qu’en politique, j’ai côtoyé des femmes originaires du Nicaragua, du Honduras, du Mexique, de Colombie, d’Argentine, de République Dominicaine, de Porto international-womens-day-posterRico, d’Haïti, de Jamaïque, du Népal et des Philippines, et elles ont toutes des histoires similaires à partager. Chacune d’entre elles m’ont révélé l’oppression qu’elles vivaient à la maison. Elles sont forcées de se conformer au rôles de genres et de suivre les standards traditionnels de ce qui définit une femme. Certaines ont tenté de se libérer de ces rôles, mais la pression de leurs entourages et de leurs familles finie généralement par venir à bout de leur volonté. Si certaines réussissent à se battre contre le courant, elles sont systématiquement insultées et stigmatisées, développent une mauvaise estime de soi et sombrent parfois dans l’anxiété et la dépression. J’ai moi-même vécu, et vis encore, des épisodes de détresse émotionnelle. Je me suis sortie d’une dépression en 2013 après six mois de thérapie, et je me bas encore aujourd’hui contre l’anxiété sociale et une mauvaise estime de moi-même. Malgré tout, je réussis à conserver mon intégrité et je continuerai à le faire afin de poursuivre le combat.

Entendre les récits et être témoin de la peine de toutes les femmes victimes du patriarcat m’a inspiré à poursuivre ma route en tant qu’organisatrice. Voir la passivité de ma mère face à mon père, voir mes sœurs être forcées d’adopter des traits indésirables, et être témoin des larmes de ces femmes ayant partagé avec moi leurs récits de vies sous l’oppressive domination masculine m’a permis de transformer ma colère en énergie positive et à me dévouer à la création d’une société au sein de laquelle les femmes ne seront plus opprimées. Je ne veux plus avoir à faire face à l’inégalité des genres et devoir regarder nombre de femmes tomber dans ses rouages. Nous ne pouvons plus continuer à négliger ce problème et devoir faire face à celui-ci seules. En tant que femmes révolutionnaires, nous devons prendre ces problèmes au sérieux et trouver des stratégies et des solutions afin de les surmonter.

Une manière de s’engager dans cette lutte est de partager nos expériences entre nous afin d’identifier les problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui. Nous ne devons plus nier et réprimer notre frustration face à l’inégalité des genres. Celle-ci doit s’exprimer. Comment pouvons-nous prétendre bâtir une révolution sociale alors que nous n’osons que rarement parler de nos propres tourments personnels ? Je sais qu’il est parfois difficile de partager les difficultés auxquelles nous faisons face à la maison, au travail ou au sein de nos cercles politiques. Il est même ardu pour moi d’écrire ce texte, mais nous devons arrêter de 1546449_10152142519671361_8569163409494853563_nlaisser ces obstacles barrer notre chemin. Je me souviens avoir été pétrifiée la première fois que je me suis exprimée à propos de mes problèmes personnels auprès d’une camarade. Je croyais qu’elle ne me comprendrait pas et que je la dérangerais, mais après lui avoir raconté mon histoire, j’ai vite constaté qu’elle faisait face aux mêmes problèmes et était empathique face à ma situation. Ça a complètement transformé ma vie puisque j’avais auparavant cru que je devais sans cesse attendre afin de parler de ces problèmes à ma thérapeute, mais j’avais tort. Il y a plein de gens autour de nous prêts à écouter et à nous supporter; il n’en tient qu’à nous d’aller vers eux. J’ai fini par comprendre que les problèmes de genres existent toujours et que les obstacles auxquels je dois faire face sont bien réels. À travers des actions toutes simples comme parler de ceux-ci et bâtir des liens, je crois que nous arriveront à créer un collectif de gens déterminés à créer des tactiques afin d’abolir ces oppressions. C’est ainsi que s’est formé Mujeres Libre, qui a réussi à créer une tendance au sein de la Confederación Nacional del Trabajo et de la Federación Anarquista Ibérica afin de faire face au problème d’inégalité des genres. En grossissant leurs rangs, Elles ont fini par se tailler une place de choix au front lors de la révolution espagnole. Nous pouvons faire de même aujourd’hui si nous y mettons nos cœurs et âmes. Plusieurs d’entre nous diront que nos capacités et le climat social d’aujourd’hui rendent une telle chose impossible, mais comment le saurions-nous sans avoir même essayé? C’est pourquoi j’encourage toutes les femmes révolutionnaires à cesser de douter d’elles-mêmes et à engager le combat. Brisons dès maintenant le silence et créons la solidarité dont nous avons besoin.

-Luz Sierra

Publié en version originale anglaise en avril 2014 dans l’Industrial Worker, l’article Being A Women Organizer isn’t Easy de la fellow worker Luz Sierra obtiendra la première place dans la catégorie Contribution à l’Industrial Worker de l’année lors du Working Writers Contest et sera réédité en 2015 pour le pamphlet Radical Works for Rebel Workers

Un Syndicat? Pourquoi faire?

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on jase pas mal de syndicalisme ces temps-ci dans le milieu communautaire. Évidemment, c’est loin de faire l’unanimité. Si c’était le cas, on se serait regroupé depuis belle lurette! Raison de plus pour s’attarder à quelques-uns des questionnements qui surgissent au fil des discussions avec des camarades et collègues de
travail.

On n’en a pas besoin!

Dans tout milieu de travail, des conflits surgissent périodiquement entre les intérêts des salarié-e-s et ceux de l’organisation ou de la direction. C’est dans la nature même de ce rapport particulier qu’on appelle le salariat. Nous ne vivons pas sur une autre planète tout simplement parce que nous bossons dans/pour un OBNL. Ces conflits sont variés : (dés)
organisation du travail, hiérarchie formelle ou informelle, inégalités au plan des salaires ou des avantages sociaux, absence ou non-respect du contrat de travail, harcèlement psychologique ou sexuel, chômage forcé, précarité imposée, temps supplémentaire obligatoire ou non-rémunéré… La liste est longue! Celles et ceux qui travaillent depuis quelques années dans ce milieu ont pour la plupart rencontré l’un ou l’autre de ces problèmes. Parfois, on trouve une solution à l’amiable. Bien souvent, on ronge notre frein en hésitant d’en parler au c.a. ou à nos collègues, y compris lorsqu’ils/elle travaillent dans un autre groupe, que ce soit par crainte des représailles ou par loyauté déplacée. On se sent impuissant-e face à la situation : « anyway, le groupe est dans le rouge », « c’est comme ça dans le communautaire ». En bout de ligne, ça finit souvent par une démission ou
pire, en « congé » de maladie. Nous travaillons dans le communautaire, mais nous ne
sommes pas pour autant des missionnaires. Nous n’avons pas non plus fait vœu de pauvreté. Notre soif de justice sociale, notre volonté de changer le monde avec les sans-
droit et les sans-voix ne doit pas nous faire oublier que nous sommes des travailleurs et des travailleuses et que nos intérêts ne sont pas les mêmes que ceux du gouvernement, de ses agences, des fondations privées, des chefs et des patrons (petits et grands).

Dans mon milieu (je travaille pour un groupe de défense de droit), lorsque j’interviens auprès des personnes qui ont besoin de soutien, j’insiste souvent sur l’importance de ne pas rester isolé, de se regrouper. Échanger sur notre situation, s’appuyer dans les moments difficiles, lutter pour des objectifs communs, construire des liens pour être plus fort-e-s : si c’est bon pour les locataires, les personnes assistées sociales, les jeunes de la rue, pourquoi en serait-il autrement pour les salarié-e-s du communautaire? Serions-nous tout simplement des cordonniers mal chaussé-e-s, au dessus de nos affaires? Pourquoi ne pas mettre sur pied une organisation qui identifie les problèmes récurrents dans nos milieux de travail, qui élabore des revendications communes et des stratégies pour obtenir gain de cause?

Les syndicats ne sont pas adaptés aux réalités de notre milieu

J’entends souvent des collègues me dire : « c’est sans doute faisable dans un gros groupe (avec beaucoup de staff), mais pas dans mon milieu de travail : on est juste deux ou trois dans le bureau ». Cette réalité, celle d’organisations avec un nombre réduit de salarié-e-s, rend souvent difficile l’implantation d’un syndicat, du moins par les centrales comme la CSN ou la FTQ. L’inverse est aussi vrai : imaginez convaincre 200, 500, 1 000 personnes dans une même boite de se joindre à un syndicat. Une tâche colossale ! Mais si on en ressent le besoin, qu’est-ce qui nous empêche de nous organiser autrement, avec d’autres moyens?

Avant d’obtenir une reconnaissance formelle de l’État et de s’en remettre à des avocat-e-s, le mouvement ouvrier s’est d’abord battu avec son arme la plus forte : la solidarité. C’est encore le cas pour tous/toutes les exploité-e-s et les laissé-e-s pour compte. Cette solidarité, que nous appelons de tous nos vœux dans les mouvements sociaux, nous fait cruellement défaut comme salarié-e-s. Nous travaillons peut-être pour des employeurs
différents, mais il suffit de s’arrêter deux minutes pour réaliser qu’on a beaucoup de choses en commun, à commencer par des bailleurs de fonds qui dictent par la bande une partie importante de nos conditions de travail. À nous d’identifier ce qui nous rassemble et de dépasser ce qui peut nous diviser.

Si cette solidarité est au rendez-vous, ce que nous perdrons en recours légaux en nous organisant dans un syndicat qui n’est pas reconnu « officiellement», nous ne le gagnerons en contrôle sur nos cibles et nos moyens de lutte. Les possibilités sont infinies si nous
sommes une masse critique suffisante pour les appliquer.

Dans mon groupe, ça risque d’être très mal perçu par les membres.

Dans certains cas, ce sera sans doute vrai, tout particulièrement là où un effort sincère est fait pour donner des conditions de travail décentes aux employé-e-s (« selon les capacités
financières de l’organisme »). La même chose est vraie si une forme d’autogestion ou de cogestion existe ou encore si les rapports au quotidien sont corrects et respectueux. Sans
vouloir jouer les prophètes de malheur, rien ne garantit qu’un tel climat de travail perdurera, surtout si un rehaussement significatif du financement des groupes communautaires n’est pas envisagé à court terme… Tôt ou tard, le monde extérieur risque de nous rattraper (ou un nouveau coordonnateur particulièrement exécrable!)

Un autre élément vient jouer sur les perceptions des membres. Pour beaucoup de monde, les syndicats ne sont qu’une autre façon d’imposer le statut-quo, de maintenir les privilèges de quelques-unEs au détriment des autres. Malheureusement, on ne peut pas dire que la majorité des organisations syndicales font quelque chose pour casser cette image qui
leur colle à la peau. Au contraire, elles s’enfoncent trop souvent dans un corporatisme caricatural qui va de pair avec une mentalité d’assiégé-e. Cela fait évidemment partie des
préjugés défavorables avec lesquels nous devons composer, qu’on le veuille ou non.

Autre obstacle, la plupart des groupes communautaires ne génèrent peu ou pas de revenus autonomes. La majeure partie de leur budget provient d’un ensemble de programmes de
subventions gouvernementales et de dons de diverses natures, provenant principalement de fondations privées, voire de communautés religieuses. Le gros de ces revenus est ensuite versé en salaires et en charges sociales. Hormis quelques exceptions, les groupes communautaires piétinent actuellement dans leurs démarches visant à accroître leur financement. Par conséquent, les conditions de travail se détériorent d’année en
année. Si le réseau des organismes en santé et services sociaux a, au moins, le mérite de s’organiser un tant soit peu, on ne peut en dire autant des groupes de défense de droit. Dans notre milieu, les questions de financement (et par ricochet les conditions de travail des salarié-e-s) sont pratiquement un sujet tabou. Serait-ce dû au fait que bien des membres actifs/actives, qui sont les véritables forces vives des groupes communautaires, ont des conditions de vies encore plus précaires que les salarié-e-s de ces mêmes organisations? Un malaise peut vite s’installer lorsque vient le temps de discuter franchement de ces questions.

Afin de rallier la base des groupes, ne devrait-on pas identifier l’État comme une cible privilégiée d’une action concertée des salarié-e-s? Il y a des liens directs à faire entre la détérioration des conditions de travail, le sous- financement chronique des groupes communautaires, les pressions exercées par le patronat afin de privatiser les services publics, les coupures dans les programmes sociaux, les attaques incessantes du gouvernement et des fondations contre l’autonomie des groupes et la nécessité pour les salarié-e-s de s’organiser solidairement pour mettre du sable dans l’engrenage. À nous d’expliquer ces rouages et la nature de notre démarche, qui s’inscrit dans la riche tradition
militante de l’éducation populaire autonome.

Se syndiquer? Peut-être, mais dans un vrai syndicat

L’immense majorité des travailleuses et des travailleurs du communautaire n’est pas syndiquée. C’est un secteur morcelé et précaire, où les salaires sont bas. Pas nécessairement le milieu idéal pour les centrales lorsqu’elles songent à recruter de nouveaux membres. Ça prendrait beaucoup de travail et d’argent, se disent-elles. Le jeu n’en vaut pas la chandelle, à moins bien sûr que le fruit mûr ne leur tombe dans les
mains.

On peut décider de laisser d’autres organiser les choses pour nous. Si c’est le cas, il ne faudra pas se surprendre si on se retrouve à devoir composer avec un syndicat affairiste, peu démocratique, très corporatiste. C’est une possibilité concrète dans certains groupes. Heureusement, d’autres options existent. Le SITT-IWW offre un espace pour s’organiser, avec une riche tradition de lutte dont on peut librement s’inspirer. Le syndicat repose sur ses membres et leur implication. Son adhésion est volontaire, son fonctionnement est
horizontal (non-hiérarchisé). Il n’existe que si on l’anime et qu’on s’en sert comme
outil d’organisation collective. Sa reconnaissance, il la gagne dans la pratique, par l’action directe et la solidarité.

Maintenant, la question qui tue : le SITT-IWW est-il un vrai syndicat? Pas selon la loi bourgeoise, mais très certainement pour ses membres. N’est-iI est pas plus proche d’un « vrai » syndicat que ces associations reconnues officiellement par l’État, dirigées par des magouilleurs professionnels, qui non seulement trahissent l’esprit même du syndicalisme, mais aussi tous les sacrifices consentis en son nom? À nous de répondre à cette question.

Écrit par Mathieu de la Section locale intersectorielles de Quénec pour le volume 2 de La Sociale, octobre 2014

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Je suis serveuse, en quoi le 15-5-7 ça me concerne? Et comment y arriver?

Depuis que j’ai 14 ans, je travaille dans l’industrie de la restauration. Ça veut dire que depuis que j’ai 14 ans j’en ai vu de toutes les couleurs de passe droit et de salaire de merde. Mais j’ai eu de la chance, j’ai commencé hôtesse et ai toujours eu un peu de pourboire. Arrivée à l’étape de l’appartement, j’étais serveuse, ce qui me garantissait un coussin financier confortable.

Au printemps passé, pendant que je cherchais une job, je n’ai pas réussi à en trouver une tout de suite dans le service et c’est là que j’ai vécu, ou plutôt tenté de vivre, au salaire minimum. J’ai pas du tout la théorie qui vient derrière le 15$/h, mais j’ai le vécu. C’est pas vrai qu’à 10,55/h on réussi à payer son loyer, à bien manger et à se déplacer. Le salaire minimum à 15$/h, ça veut dire arrêter de se demander si j’ai assez d’argent pour prendre le métro à la place de marcher 1 heure l’hiver à -40°C. Ça veut aussi dire que, pour les parents, une job chacun à 40h/semaine pourrait être suffisante.

On va se le dire, j’ai 21 ans, pas d’enfants et aucune autre responsabilité que de m’occuper de moi-même. Si dans ma situation c’est difficile, j’imagine même pas c’est quoi pour mes collègues qui ont des enfants.

Comme salariée à pourboire ça veut dire quoi le 15$/h ?

Dans l’industrie dans laquelle je travaille, on retrouve deux positions envers le salaire minimum à 15$/h. Il y a les gens pour, qui souvent travaillent en cuisine et il y a nous, les serveuses qui, franchement, à moins de travailler dans un casse-croûte, nous retrouvons bien au-dessus de ça avec le pourboire. Nous voyons donc difficilement ce qu’il y a à gagner avec le 15$/h, mais plutôt ce qu’il y a à perdre.

Comme serveuse, on vante souvent l’idée que le service c’est un peu comme gagner à la loto ; on fait la palette. J’y crois presque encore, du moins c’est tellement ancré que je veux y croire. Mais quand j’y pense, à part les filles de mon âge, qui souvent commencent, des femmes et hommes émancipés et à l’aise financièrement dans leur job tellement payante dans le service, j’en ai jamais vus. Ma première job c’était une job géniale : petit restaurant haut de gamme en bordure de Québec, avec comme serveuses des femmes dans la quarantaine en montant et dans les petits postes, des gens de 14 ans, comme moi à l’époque. Pis je m’en rappelle de ces femmes-là, des anges, super gentilles, qui sont dans l’industrie depuis leurs 14 ans. Sauf que ce sont aussi des femmes qui en ont des histoires à dormir debout sur l’industrie. Des femmes qui ont jamais un congé de leur vie, qui se sont fait renvoyées quand elles sont tombées enceintes, qui ont des problèmes de consommation, des problèmes d’argent par dessus la tête, des problème de santés, mais pas d’assurance, rien, que des peanuts.

Pis dans ma deuxième job, on avait toutes entre 20 et 25 ans. On avait de l’argent à dépenser et les quatre jours de 12 h de file sont plus faciles à toffer avec quelque chose dans le corps qu’à jeun. Fait que quand on y pense, c’est normal que 20 ans plus tard dans cette industrie, on en ait des problèmes pis qu’on soit autant poquées. La loto du service je veux vraiment y croire, parce que c’est ce qui fait qu’on se dit que notre job est moins pire que celle du cook. Mais si c’est vraiment la loto pis que pour la gagner on se maganne, je vois pas en quoi le tip en vaut la chandelle.

Pis en plus ce qu’on oublie c’est qu’on cotise sur notre retraite, sur le chômage, sur les vacances, à 9,05$/h. Dans le fond on oublie que dans le moment, on y arrive en masse, mais que dès qu’on tombe malade, que notre boss nous trouve pu assez cute, qu’il ferme ou qu’on veut des vacances, on se retrouve avec des peanuts et, tout d’un coup, on y arrive pu pantoute.

Et on va se le dire, le tip que je fais est pas juste du à mon sourire, souvent il y a le «est-ce que ma bouffe était bonne» et «est-ce que ça a pris 1h ou 20 minutes avant de recevoir ma bouffe». Depuis 7 ans je suis dans l’industrie et depuis 7 ans que je vois les serveuses et les cuisiniers se battre sur la question de salaire. Ce serait tellement plus sain et juste qu’on soit toutes à 15$/h et de partager le pourboire. Pas juste ça, le «j’accepte la familiarité malaisante des clients» deviendrait tellement moins nécessaire, on pourrait respirer, et garder la même qualité de vie.

Pourquoi 5 semaines de vacances payées et 7 jours de congés maladies payés ?

Le 15$/h c’est vraiment sur la coche quand on a un salaire de 10,55$/h, c’est à peine si on réussit à y croire. Sauf que 5 jours semaine, 52 semaines par années, à moins que t’aie la chance d’être là depuis plus d’un an et que tu as 2 semaines de moins, c’est juste pas sain. Ça sert à quoi 15$/h quand on peut pas souffler ? Pis pourtant nos boss eux s’en offre des vacances, sur notre dos. Parce qu’on va s’entendre que si mon boss fait autant d’argent, c’est pas parce qu’il travaille plus que moi, c’est parce qu’il a eu l’idée et les ressource pour partir son entreprise. Les 5 semaines de vacances, c’est en gros d’aller chercher notre du en tant que force de travail. On crée le profit, on peut demander à en profiter aussi. C’est aussi simple que ça.

Ça fait 7 ans que je travaille dans la restauration, ça veut dire que jsais pas c’est quoi un congé maladie. Non seulement prendre congé parce qu’on est malades nous vaut souvent un avertissement écrit ou la perte de l’emploi, mais ça veut aussi dire une perte de journée de salaire et ça, on peut pas se le permettre.

Pis en fait, la majorité des gens vont dire que c’est DÉ-GUEU-LASSE de savoir que la majorité des employés de restauration prennent pas congé quand ils ont la gastro, parce que «hey, jla mange cette bouffe là moi !». Ben oui. C’est dégueulasse, mais le loyer se paye pas tout seul, sorry. Les 7 jours de congés maladies payés c’est comme les 5 semaines de vacances : c’est un gros minimum. Et là on demande pas à ce qu’ils soient payés seulement s’ils sont pris, non. On demande que, pris ou pas, les congés maladies soient payés. Ça veut dire : pas d’excuse de la part du patron sur le fait qu’il y avait pas de papier du médecin et pas besoin de justification pour se le faire payer.

Comment ça va être possible d’y arriver ?

Le 15-5-7, c’est possible et c’est un gros minimum. Mais, la seule façon que ça arrive de façon permanente, c’est qu’on s’organise sur nos milieux de travail. Quand on voit des gains par les élections, ces gains sont temporaires s’ils décident de le donner, ils peuvent décider de l’enlever. On l’a vu souvent, comme le Parti québécois qui a longtemps été mis de l’avant par les syndicats pendant les élections. Mais dans les faits, c’est le parti qui a mis en place le plus de Lois spéciales. La rhétorique électorale j’y crois pas, ça fait 7 ans que jvois le monde de mon industrie dans marde et maintenant que jle suis aussi, j’y crois encore moins. La politique des gens riches me concerne pas, leurs projets me concernent pas, la mienne est sur mon milieu de travail et prend acte avec mes collègues en opposition aux intérêts de nos patrons.

Quand on passe par la base et par l’auto-organisation des milieux de travail, on crée un momentum. Ce qui se passe, c’est un mouvement. Quand on s’organise sur nos milieux de travail, on s’organise avec nos collègues et nos collègues s’engagent dans la lutte contre leur adversaire direct : le patronat. Ce qu’on veut, c’est pas quelques personnes qui convainquent les masses. Le problème avec la tentative de «convaincre», c’est qu’un autre peut aussi le faire contre vous. Ce qu’on veut, c’est que ça vienne de nous ; parce que quand ça vient de la base, de nous, le gain est solide. Quand on se bat pour quelque chose, qu’on le gagne, si on nous l’enlève, on réagit. Quand on a l’impression qu’on nous l’a donné, si on le perd, on se résigne.

À l’IWW on croit que c’est par l’organisation qu’on peut vraiment gagner et renverser le rapport de force. On s’organise sur nos milieux de travail avec nos collègues. Dans la théorie, c’est vraiment beau de se dire que ça va se faire par les élections, mais le vrai pouvoir est sur nos milieux de travail, pis mes collègues et moi savons ben mieux comment le mettre en place qu’un gouvernement ou que n’importe quel autre groupe qui parle à travers son chapeau. À l’IWW on fonctionne par la base. En gros, quand à ma job on va se syndiquer, on va le faire dans nos propres termes, on va avoir nos propres revendications et nos moyens d’actions. La section locale intersectorielle n’aura aucun droit de décision, sauf si on le demande. Si on veut pas aller en grève, on ira pas. Mais si au contraire on veut y aller, watch out, y a personne qui pourra nous en empêcher.

Ce qu’on fait, c’est parler avec nos collègues, parce leurs problèmes, NOS problèmes, sont ce qui font qu’on se rassemble, pis qu’on se solidarise. J’ai une collègue que si tu lui parles de tes problèmes, elle compatie, mais hell no qu’elle s’embarquera pas dans quelque chose pour toi, ben oui, c’est ça l’individualisme. Mais quand tu lui demande ce qui va mal à job, elle en a gros sur le cœur et elle veut se battre pour ce qui la touche si elle sait qu’elle est pas seule.

Jamais on enverra quelqu’un leader une campagne. À l’IWW on a la célèbre phrase «every worker’s an organizer». Ça vient de nous tous : tout travailleur/toute travailleuse est un organisateur/une organisatrice, ça vient pas d’un comité central, pas d’une assemblée, et si on veut s’organiser on s’organise et on agit. C’est nous qui savons le mieux comment ça doit être sur nos milieux de travail, pas mon boss, pas mon camarade militant, nous ; c’est nous qui pouvons faire que ça soit possible, que ça change. Ce que ça fait, de s’organiser, c’est qu’on devient plus sûrs de nous, on prend les rênes et ça donne le goût d’agir.

Le 15-5-7 on va se le dire, c’est une méchante bonne idée. Sauf que on va aussi se le dire, il y a un superbe pattern dans certaines industries précaires qui veut que l’adversaire c’est pas mon boss, mais mes collègues. Parce que le cuisinier se force pas assez pour faire des belles assiettes pis que X a une section plus payante que moi. Ben oui, on s’est tous fait former dans l’optique de la «compétition naturelle» pis ça donne ça. Pis là, ça, ça brouille un peu les cartes, parce que pour que le 15-5-7 fonctionne, faut qu’on se tienne les coudes. Pis la compétition, ça fait le contraire.

Moi, la seule tactique que j’ai vu fonctionner pour solidariser mes collègues, c’est l’organisation. Pis l’organisation sur des enjeux qui touchaient tout le monde, même mes gérantes. Pis à partir de ça on augmente les demandes, pis les moyens de pressions. C’est pas vrai que dès le début tout le monde va vouloir le 15$/h. Mais un moment donné, quand ça fait des mois, voir des années que tu te bats contre le même adversaire avec tes collègues, sur des problèmes qui t’ont touchés au début, pis des fois pas, pis des fois juste toi pis pas lui, ben tu viens à te demander pourquoi les salaires sont pas plus justes. Ce qui fait que tout d’un coup, parce qu’il m’a aidée quand mon boss faisait du harcèlement, parce que je l’ai aidé quand il a eu besoin d’une hausse de 50 cennes, etc., partager mon tip de façon égale est vraiment plus logique qu’au départ.

Et là on va se le dire, c’est assez réformiste comme demande. Ce qu’on demande c’est pas l’abolition de l’exploitation, ni l’abolition du salariat. On demande juste une plus grande part des profits de nos patrons et un meilleur mode de vie. Sauf qu’à quelque part, en attendant d’arriver aux beaux projets de société qu’on essaie de me vendre à gauche pis à droite, j’aimerais ça pouvoir payer mon loyer, pis j’aimerais ça manger autre chose que les sandwichs qui sont gratuits à ma job. Pis dans tout ça, en voulant le 15$/h pis les vacances et les congés maladies payés, on lutte. Quand on s’organise entre travailleurs et travailleuses, on crée une classe plus forte, on se solidarise et on renverse le rapport de force.

Comme travailleuse, on m’a appris à penser que c’était impossible de changer les choses sauf si je devenais gérante. On m’a appris à critiquer mes collègues qui ne faisaient pas des doubles et à me référer à mes patrons s’il y avait un problème sur le plancher. Avec l’organisation et l’IWW, ce que j’ai commencé à voir, c’est que les intérêts de mes patrons ne sont pas d’avoir un milieu de travail avec une cohésion interne. La compétition entre serveuses et la rivalité cuisine-service est un bon exemple de ce qui sert le patronat. Diviser pour mieux régner, ça vous dit quelque chose ? Ben en voilà une belle illustration !

En s’organisant et en se solidarisant sur nos milieux de travail, on peut rendre possible ce genre de gain. On peut gagner ce qu’on demande. On s’empower et on comprend qu’on mérite encore plus. En renversant le rapport de force, on brise une barrière et on se rapproche de l’abolition du salariat.

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Discours de Morgane Mary-Parson, rerprésentante du SITT-IWW Montréal au forum pour le 15-5-7, en février dernier. Publié pour la première fois dans l’édition de Mai 2016 du Combat Syndical.

Aperçu du camp de formation 2016

Au début du mois de juin eu lieu la deuxième édition du camp de formation des IWW, rassemblant des membres des sections de Montréal, Québec et Sherbrooke. Ce camp, organisé par le comité Événements-Marchandise de la section de Montréal, avait pour but de créer un moment propice aux discussions et aux débats, ainsi que de tisser des liens avec les autres membres et faciliter l’intégration des nouveaux et des nouvelles. Ainsi, du vendredi au dimanche, une cinquantaine de wobblies se sont rassemblé-es pour participer à des ateliers, discuter, échanger et passer du bon temps autour d’un feu de camp.

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Le premier atelier de ce camp de formation fut une brève introduction à l’ « OT-101 », ou Organizer Training 101. Nous y avons abordé les grandes lignes de l’organisation syndicale dans un milieu de travail ainsi que les différentes étapes à observer pour nous aider à reprendre plus de pouvoir sur nos lieux de travail.

Un atelier portant sur le renouveau syndical a suivi, où nous avons pu en apprendre davantage sur la situation des syndicats aujourd’hui et les limites du syndicalisme actuel. En effet, la difficulté (voire l’impossibilité) pour les travailleurs et les travailleuses à se faire entendre et à se faire respecter par leurs employeurs se fait cruellement sentir dans les négociations. Les syndicats, tels qu’on les connaît actuellement, n’arrivent plus à faire le poids face aux lois spéciales, lock-outs et autres tactiques utilisées par les patrons et le gouvernement pour imposer des conditions de travail de plus en plus insoutenables. Un changement s’impose, il n’appartient qu’à nous de le faire naître!

Par la suite, un atelier présenté par le syndicat des travailleuses et des travailleuses du communautaire (SITT-IWW) nous a permis de mieux saisir les caractéristiques propres au secteur communautaire et les obstacles à la syndicalisation dans ce milieu. La définition classique de « travailleur » et de « patron » s’applique difficilement dans un contexte où les superviseur-e-s et même les conseils d’administration ne détiennent qu’un pouvoir limité. Les employé-e-s de ces organismes sont tiraillé-e-s entre des conditions de travail pénibles pour des salaires parfois ridicules et leur passion pour leur travail, qui les force tant bien que mal à accepter une charge de travail colossale et une grande précarité. La situation est délicate et les travailleurs et les travailleuses ne pourront pas survivre à ce rythme éternellement; cet atelier fut donc un bon point de départ pour nous mener éventuellement à réfléchir sur la stratégie à adopter pour améliorer les conditions de travail des employé-e-s du communautaire, tout en respectant les spécificités de ce milieu.

Après un BBQ au soleil et des parties de pétanque et de ballon-chasseur, le comité femmes de la section montréalaise a présenté un atelier-discussion sur le sexisme en milieu de travail. À partir de mises en situation, l’atelier a eu pour but d’encourager les participant-e-s à proposer des solutions au sexisme ordinaire auquel les femmes font face chaque jour au travail, comme les remarques sexistes, les commentaires et catcalls de la part des clients et des collègues, etc.

Enfin, pour la dernière partie de l’après-midi, les participant-e-s ont eu le choix entre 3 ateliers différents : une formation du comité radio, une discussion sur la sécurité en manifestation et un atelier sur l’inclusivité au sein du syndicat. Celui sur la sécurité en manif’ a donné lieu à d’excellentes discussions, tout en nous permettant de ventiler sur notre vécu en manifestation et sur des éléments qui nous permettraient de nous sentir plus en confiance lors de ces événements.

Pour ce qui est de la formation du comité radio, il s’agissait plutôt d’une présentation de l’émission de radio du syndicat, Action en Direct, qui est une émission matinale présentée sur les ondes de Radio Centre-ville et qui traite de différents sujets touchant les travailleurs et travailleuses de différents milieux. Ce qui en fait une émission unique en son genre est le fait que nous donnons la parole aux travailleurs et travailleuses, pour qu’ils et elles puissent nous présenter leur réalité au travail et aussi ns tenir au fait des différentes luttes syndicales présentes dans les différents milieux de travail.

Puis, celui sur l’inclusivité présenté par le comité anti-oppression a aussi donné lieu à d’intéressantes discussions. D’abord, sur ce qu’est l’inclusivité en général, puis sur ce qu’elle représente au sein du syndicat. Le sentiment d’aisance, la possibilité de participer pleinement aux activités de l’organisation et la place que peut jouer l’éducation populaire dans le sentiment d’inclusion ou d’exclusion sont les éléments qui ont le plus ressorti. Ensuite, une discussion fort intéressante a eu lieu sur la notion d’oppression en soi. Elle soulignait en quoi celle-ci était un système: ce n’est pas parce que tu ne ressens pas l’oppression que tu n’en subis pas tout autant que ce n’est pas parce que tu en ressens que tu en subis.

La journée s’est conclue avec un splendide chili préparé par les membres de la section de Québec et des parties endiablées de ballon-chasseur.

Dimanche :
La journée du dimanche a débuté avec un focus group portant sur les différents comités des sections locales du Québec ainsi que sur leurs mandats respectifs. Après une brève présentation de chacun des comités, Un petit brainstorming portant sur la restructuration interne du syndicat a eu lieu et nous avons été en mesure de voir les forces et les faiblesses du SITT-IWW tel qu’il est en ce moment.

Par la suite, vers 11h un atelier sur l’histoire de l’IWW et de la One Big Union nous a été présenté par un camarade de Québec. Il nous a en quelque sorte offert un crash course d’histoire sur la présence de la One Big Union au Canada et nous a présenté la naissance du syndicalisme révolutionnaire et le tout, appuyé d’images historiques sur diapositives. Après sa présentation, il y a eu une courte période de questions pour répondre aux questionnements de certains autres camarades.

Suite à cet atelier historique, nous avons mangés des wraps de végé pâté et de légumes divers pour dîner. Après dîner, avec tous les camarades présent-e-s, nous avons tenus une table ronde au cours de laquelle nous avons tour à tour parlé de nos impression sur le camp de formation, mais nous avons également pris le temps de présenter nos perspectives de lutte et aussi de parler de futurs actions que nous aimerions mettre en place.

Ce qu’on peut retenir de cette fin de semaine de formation, c’est que, non seulement les formations sont très pertinentes et permettent à tous et toutes de parler et de débattre de sujets avec lesquels ils et elles ne sont pas nécessairement familier, mais avant tout il s’agit d’une occasion en or de tisser des liens avec des camarades des autres sections du Québec, ou encore des membres que l’on côtoie à l’occasion mais avec qui on a pas nécessairement pris le temps de s’asseoir pour discuter. Ce camp de formation s’en était l’occasion parce qu’au-delà des formations en journée, le soir venu il y a u des feux de camps festifs ainsi que des soirées festifs au cours des quels nous avons tous et toutes eux la chance de socialiser et de mieux se connaître les un-e-s les autres.

En somme, c’est une expérience qui a chaque année est pertinente et que je recommanderais a tous et toutes, puisque c’est également une excellente occasion de ventiler de son stress du quotidien.

Par Florence, Félix et Valérie

TRAVAIlLEUSES ET TRAVAILLEURS DU COMMUNAUTAIRE (Ré)AFFIRMONs NOUS!

Les questions concernant les problèmes au travail font souvent échos à des conflits sur le lieu de travail ou des difficultés ponctuelles. Ceci est quelque peu trompeur dans la mesure où l’on en oublie des problématiques qui sont malheureusementdominantes dans le communautaire. Certes, les conditions de travail, les relations avec les collègues et les employeurs sont primordiales. Cela n’empêche cependant pas d’être confrontés à une difficulté plus généralisée comme la précarité.

Les travailleurs et les travailleuses du communautaire connaissent une précarité grandissante liée entre autre, au bon vouloir des bailleurs de fond. De plus en plus, nous sommes confrontés à des contrats précaires. Les financements sont accordés au compte
goutte sur la base de projets. Les employé(e)s font alors face à
l’incertitude du lendemain.

Notre travail et les valeurs que l’on y met peuvent alors être fragilisés. Certain(e)s directeurs/directrices se jetteront sur toutes les subventions proposées sans prendre en
compte les concessions que cela implique. En effet, certaines aides financières vont de pair avec des demandes de projets et d’objectifs précis attendus des bailleurs de fonds qui sont éloignés des valeurs initiales de l’organisme. Il existe encore heureusement certaines
directions qui demeurent attentives et se voient dans l’obligation de refuser certaines subventions. Ceci dans le soucis de ne pas dénaturer leur travail et de préserver leur authenticité et leurs principes de base.

Une grande partie des assemblées générales annuelles se déroulant en été nous amène à constater des difficultés financières pour une grande part des organismes. Beaucoup de subventions ont été coupées ou diminuées et l’on constate que les promesses des libéraux concernant leur appui aux organismes n’ont pas été tenues. Certains services proposés sont alors mis à mal: santé, prévention, alimentation, logement… Cela questionne
quant au constat inquiétant que cela implique pour les personnes rejoignant les organismes.

Les autres victimes sont les travailleuses et les travailleurs du communautaire. Ceux-ci sont déjà confronté(e)s à un salaire précaire, subissent à nouveau les coupures des bailleurs de fond (diminutions des heures, fin du remboursement du transport …). Et pourtant, le nombre de personnes rejointes par les organismes ne diminuent pas.

Sous le prétexte évidemment erroné que le travail social serait une « vocation », le travailleur et la travailleuse n’aurait pas besoin d’une paye conséquente. Il(elle) est charitable, il(elle) aide…bref quel est l’intérêt de le(la) payer raisonnablement puisque cela
n’est pas son but premier? Les travailleuses et travailleurs du communautaire se doivent de poursuivre leur affirmation. Les valeurs politiques et sociales oui, mais la vocation, la charité non. Il est difficile de s’imposer lorsque notre rôle est plus souvent

compris par les personnes que l’on rejoint que par un ensemble plus vague de la population… Notre utilité est remise en question alors que la précarité ne cesse d’augmenter et que nos services quels qu’ils soient doivent répondre à de plus en plus de demandes.

S’affirmer, s’imposer passe aussi par l’action directe. On ne veut pas nous voir, alors faisons en sorte d’être vus et reconnus !

Écrit par Kamel pour le volume 2 de La Sociale, Octobre 2014

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Se solidariser dans une industrie où la performance est la valeur de base

Sans solidarité, pas d’organisation

Comme militants et militantes syndicaux, on le sait que la solidarité de classe est à la base du mouvement, que, pour s’organiser, les travailleurs et travailleuses doivent trouver une solution collective à un problème et que pour ce faire, il faut se tenir les coudes parce que même si le problème nous regarde pas directement, il nous concerne nécessairement. Si on veut y aller dans un exemple concret, une augmentation de salaire d’une personne en particulier peut être facile à chercher individuellement, mais si on veut que tout le monde ait la même augmentation, la meilleure façon est d’y aller ensemble.

Puisque comme travailleuse je n’ai pas travaillé dans d’autre industrie que celle de la restauration, ce texte va essentiellement traiter des relations de travail de ce milieu. J’ai été formée de façon classique dans le milieu. J’ai commencé à la base de la chaîne alimentaire d’un département, le mien était le service, la salle. J’ai commencé hôtesse et lorsque j’ai eu 18 ans j’ai enfin pu décroché le titre de serveuse et récolter la hausse de tips qui venait avec. Dans la tête de bien des gens, c’est comme ça que ça fonctionne, tu peux pas commencer au top de la chaîne, si tu le fais, de facto on assume que tu vas être mauvais, pis si tu l’es pas, ça va prendre du temps avant qu’on reconnaisse que t’as de l’efficacité comme travailleur. 

Quand on côtoie le milieu du syndicalisme révolutionnaire, se battre contre sa formation et son conditionnement issus de la restauration, c’est pas une chose facile. Dans le milieu on dit souvent que «tu l’as ou tu l’as pas». Si tu l’as pas dès ton premier shift hors training, tu peux pas être meilleur, du moins c’est ce qu’on se dit souvent dans le milieu. Sauf que pour réussir à avoir un syndicat sur son lieu de travail, pour se solidariser, il faut essayer de passer par dessus le besoin de se piler sur la santé mentale pour passer au travers d’un rush et d’accepter que dans les soirées à minimum 1000$ de ventes avec 3 employé.e.s sur le plancher, ben c’est normal que ça prenne plus que 10 minutes à sortir un burger. Pis c’est aussi normal que le nouveau ou la nouvelle run pas comme ton ancien-ne collègue qui avait 3 ans d’expérience à son poste. Mais ça, c’est toute une vie qu’il faut désapprendre, pis en tant qu’organisatrice syndicale, c’est pas facile à faire, alors pour mes collègues qui sont nouveaux-nouvelles dans le beat «c’est nous, tous ensemble» ben c’est rushant. C’est difficile de briser le réflexe qui fait que si ton-ta collègue fournit pas autant que tu voudrais ou a un peu de difficulté à gérer son tempérament dans les rush, tu vas appeler ton boss pour lui dire. C’est difficile de développer le réflexe de se parler et de régler nos shits entre nous. Mais la culture de la solidarité est une des choses essentielle à un syndicat et c’est impératif que ce soit au centre d’une campagne d’organisation.

On oublie qu’on a tous été mauvais

Dans les faits, beaucoup de mes collègues qui maintenant sont des brutes pendant un rush et qui se plaignent et ragent devant l’incapacité des autres à fournir pendant les grosses soirées oublient qu’il y a pas si longtemps, ils étaient au même stade. Sauf qu’on est en restauration. À moins d’avoir pogné le jackpot après avoir fait un DEP et de travailler dans un endroit où les salaires sont décents, on travaille avec des nouveaux qui sont débutants dans le milieu et qui ont peu ou pas pentoute d’expérience.

Non seulement ça, mais souvent pour devenir bon on a eu des formations qui ont de l’allure. On a eu des collègues qui nous ont donné des tips du genre «t’es pas sensé te promener les mains vides quand t’es serveuse» ou «la voix de ton cook est sensé être le phare au milieu de la tempête» ou whatever. L’important dans tout ça c’est que quand quelqu’un s’est rendu compte qu’on l’avait pas, on nous a donné des trucs, on nous a parlé, pis le plus important c’est que le boss l’a jamais su et qu’on a gardé nos jobs.

Au final, c’est encore la faute des patrons

J’ai eu une seule boss qui prenait du temps pour faire des trainings qui avaient de l’allure. Elle préférait payer quelqu’un en training pendant une couple de semaines plutôt que de devoir compenser pour des gens mal formés le reste de l’été. On va s’entendre que ça existe pas les bons boss, mais au moins le staff de cette place là avait le temps de s’adapter au plancher et d’augmenter la vitesse avant d’être laissé à soi même.

Mes boss actuels ont tellement à cœur de maximiser les profits qu’ils payent pas d’assez longs trainings. Des fois ils en donnent même pas. Fait qu’on se retrouve avec du monde qui connaissent pas la job à une des périodes de l’année où il nous faut des gens qui fournissent dans le rush.

C’est tellement important pour eux d’avoir le cost le plus bas possible qu’ils payent mal leurs employé.e.s et leur donnent pas assez d’heures parce que «oh my god il faudrait pas payer du temps supplémentaire à quelqu’un». Donc qu’est-ce qui se passe quand la période d’embauche de l’industrie commence ? Nos ancien.ne.s démissionnent parce qu’un moment donné il faut payé son loyer.

Le fait que dans la restauration il y ait un roulement d’employé.e.s et qu’à chaque été on se retrouve avec une tralée de débutant.e.s sur les bras, c’est de la faute des boss.

Que mon-ma collègue ne soit pas capable de toffer les rushs parce qu’il-elle manque de formation, c’est de la faute des boss.

Que les horaires soient pas adaptés au roulement de staff, c’est la faute des boss.

Qu’on soit obligé.e de travailler deux fois plus qu’à l’habitude parce qu’on doit faire le travail d’un autre parce qu’il est nouveau, c’est de la faute des boss.

Donc au final, la performance est au centre de l’industrie, on s’est fait rentrer à coup de rush dans la tête que si tu run pas assez, t’es pas fait pour ce monde là. Fait qu’on aime pas les nouveaux-nouvelles. Sauf qu’on oublie que la pression dans un rush understaff nous a déjà fait crisser notre camp, pleurer, calisser une poignée de cenne dans la face d’un client, raccrocher au nez de quelqu’un d’insatisfait, gueuler sur nos collègues, frapper dans un mur. Fait qu’au final, notre collègue qui a de la misère à y arriver, on devrait arrêter de le faire culpabiliser, parce qu’on a des moments où nous aussi on est des plaies pis ça, c’est souvent – tout le temps – parce que notre boss a pris des décisions de marde.

La solidarité, c’est là qu’elle rentre en compte. Parce qu’on veut des collègues formés. Pis il y en a qui vont en avoir besoin de plus des trainings. Mais on s’en fout, on veut du monde qui connaissent la job. Trois trainings c’est pas assez. On veut des salaires qui font que les ancien.e.s restent. On veut des vacances. On veut que la job qu’on a nous donne le goût et les moyens de rester. Comme ça, on se fait pas chier.

Pis pour avoir ça on fait quoi ? Ben moi ma solution c’est de faire ce que j’peux. Le boss y va manger de la marde. S’il veut que ça aille bien, que les clients soient contents et que la bouffe soit bonne, ben qu’il nous paye comme du monde pis qu’il mette plus de staff sur le plancher. Pis les clients s’ils sont pas content que ça ait pris 1h avant d’avoir du service ou leur assiette, pis qu’ils comprennent pas que c’est de la faute de mon boss, ben ils peuvent aller manger ailleurs, j’pas servante, j’suis serveuse.

 

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Pour avoir le 15-5-7, pas de fatalité, il faut s’organiser et lutter!

S’il va sans dire que le mouvement pour le 15$ de l’heure au Québec n’a pas encore atteint le stade de mobilisation et de visibilité qui lui fut accordé aux cours de la dernière année, il a tout de même réussi à s’inscrire comme une partie intégrale de la stratégie de plusieurs regroupements communautaires et syndicaux.

Avec son forum 15-5-7 organisé en février dernier, le section locale montréalaise du SITT-IWW a mit la main à la pâte en regroupant une centaine de personnes autours des conférenciers et conférencières de divers horizons. Le 15 avril 2016 des marches étaient organisées dans de nombreuses villes canadienne. Profitant de l’occasion, la coalition réunis en février se remis en action et se regroupa au métro Jean-Talon pour défiler sur la Plaza Saint-Hubert. Aujourd’hui, au Québec une vingtaine d’organisations syndicales, politiques et communautaires soutiennent la lutte pour le 15$ de l’heure. Nous prendrons les quelques lignes ci-bas pour saluer chaudement quelques luttes mené sur le terrain, soit celles des préposés aux bénéficiaires, du Syndicat des employé.es du Vieux Ports et des salarié.es de l’Université McGill.

Les préposé.es aux bénéficiaires qui aident notamment aux soins d’hygiène, à la mobilité, à l’alimentation et à l’accompagnement des personnes malades ou présentant des incapacités (par exemple, en situation de vieillissement et/ou de handicap) gagnent en moyenne 12,50$. Les préposé.es sont engagé.es par l’état, mais aussi par des agences privées et des entreprises d’économies. Le combat pour l’augmentation du plancher salari13087421_1166449666712562_3629811911288487886_nale mené par les différents locaux syndicaux a commencé il y a plus de trois ans, mais prend une ampleur sans précédent, notamment du coté du SQEES-FTQ qui est en renouvellement de convention collective. Depuis l’automne dernier, ils et elles en profite par ailleurs pour multiplier les actions de visibilités telles les manifestations et les distributions de tracts. S’étant assez tôt doter d’un mandat de grève touchant plus de 3000 membres, les 10, 30 et 31 mai dernier se furent 42, puis 38 résidences privées pour aînées qui furent paralysé. Or, il ne s’agissait là que d’un avertissement lancé par le syndicat. Avertissement que le gouvernement aurait dût écouter, puisqu’une grève illimitée sera déclenchée dès le 21 juin dans une trentaine de résidences.

De leur côté, les 300 membres du Syndicat des employé.es de la société du Vieux Port (AFPC) sont en processus de renouvellement de convention collective depuis mars 2016, mais combattent pour le 15$/h depuis l’automne dernier. Une pétition a d’abord été lancée sur leur lieux de travail, suivie d’une distribution de tracts et pamphlets mettant l’accent sur le précédent historique et la solidarité. L’exécutif estime avoir réussi à toucher 80% des membres et organisèrent une action-éclair le 28 janvier lors d’une journée porte ouverte organisée par leurs employeurs. Le 27 mai une grève fut déclarée exerçant une pression économique sur leurs employeurs comme sur les commerces environnant. Depuis le tout début, le Syndicat des employés de la société du Vieux Port est présent dans pratiquement tous les événements pour le 15$/heures, mettant la collaboration à l’avant-plan de leur stratégie.

15_and_fairFinalement, c’est sous la bannière de 15$ and fairness Mcgill que huit associations syndicale, étudiantes et départementales se sont réunis au début de l’année 2016 pour obtenir un salaire et des conditions de vie décente pour les salarié.es et les sous-traitants de l’Université McGill. Bien que leur première action officielle fut de participer à la manifestation du 15 avril, les militant.es ont enchaîné plusieurs actions : un panel, une journée d’orientation et des capsules vidéos pour diffuser l’information.

Ce ne sont là que quelques uns des nombreux exemples prouvant que pour obtenir 15$/heures, 5 semaines de congé et 7 jours de maladie, on ne peut se laisser aller à la fatalité, il faut s’organiser et lutter!

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Travailler Intelligemment

Lorsque l’on évoque des idées libertaires et d’autogestion cela est malheureusement trop souvent perçu comme une utopie, d’autant plus quand il s’agit du travail. On oublie qu’il existe cependant des organisations fondées sur ces principes. Certes, s’approcher de ceux-ci n’est pas sans imperfections, mais il n’est pourtant pas impossible d’appliquer certains fondements y compris au travail.

Je peux moi-même témoigner d’expérience de travail basée sur la confiance, l’autonomie et l’égalité. Il existe en effet des cadres de travail sans pression ni contrôle qui reposent sur un esprit d’équipe solidaire. Les liens de cohésion unissant l’équipe ne sont pas incompatibles avec professionnalisme et confrontation. Quand je parle d’équipe j’inclue aussi les cadres : boss et coordo. Le boss ne prends pas de décision seul, et a le soucis de s’en référer à l’équipe. Les rapports sont égalitaires. Je compare souvent cette ambiance
de travail avec d’autres expérience. Auparavant, j’exerçais en France comme travailleuse sociale, dans de grosses associations. Les rapports n’étaient pas les mêmes : contrôle
et pouvoir organisaient le travail. Je n’avais aucune culpabilité à ne pas faire plus que je ne le devais. Ma vie personnelle était importante, je ne m’interrogeais pas sur des heures que je ne faisais pas. Dans un contexte différent basé sur la confiance, le bien-être des travailleurs et des rapports égalitaires, le rapport au travail en devient différent. Moi qui ait une vision du travail assez critique, je me suis étonnée de culpabiliser de ne pas faire toutes mes heures. Dans ce cadre là, nous sommes autonomes et nous gérons notre temps de manière assez libre. Je suis travailleuse de rue, aussi lorsque l’on débute on a peu de lien avec le monde que l’on rejoint. Il faut se faire connaître. L’hiver peut donc être long. Je me suis souvent faite dire en équipe « tu ne fais pas de la rue pour faire de la rue quand il ne se passe rien rentre». Avec le recul, je réalise que ma culpabilité et mes questionnements sur mon travail sont liées à la confiance et la liberté qu’on me donne. Par soucis d’honnêteté et de loyauté je me dois que cette confiance et cette liberté soit justifiée.

Malgré de nombreuses souffrances constatées dans le monde du travail, y compris dans le communautaire mon expérience témoigne qu’un rapport différent au travail est possible. Cela émane sans doute plus de comportements individuels qu’institutionnels et requière cependant de refonder les rapports entre salariés et hiérarchie, et d’appliquer de réels principes tels que la confiance, l’autonomie, l’égalité entre salariés au détriments de dominations et de contrôles inutiles. Cela n’en sera que constructif tant d’un point de vue du travail rendu qu’au niveau de l’épanouissement personnel (autant dans le travail communautaire que dans d’autres domaines). Cela est réalisable et n’est donc pas une utopie, mais comment répercuter ce fonctionnement émancipateur à d’autres organismes ?

Publié par Kamel dans le volume 1 de La Sociale, Mars 2014

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Exploitation carcérale, riposte syndicale!

Les prisonniers et prisonnières forment depuis de nombreuses décennies déjà la ligne de
front d’un système de production basé sur l’esclavage. Coincé.es entre quatre murs pour
la durée de leur peine, ils et elles sont souvent forcé.e.s de travailler pour des salaires
dérisoires et dans des conditions inhumaines. Sous le couvert du mensonge voulant qu’ils et elles rendent à la société ce qu’ils et elles lui auraient pris ou à tout le moins qu’ils et elles contribuent à rembourser ce qu’il coûte de les maintenir en détention, le complexe carcéral américain offre de plus en plus régulièrement les services de cette main d’œuvre à faible coût à des compagnies privées.

Considérant que la majorité des gens ayant passé par le système carcéral y retourneront,
qu’ils et elles sont majoritairement issu.e.s de communautés racisées et que vue l’expansion qu’a pris le système carcéral aux États-Unis (70 millions d’états-uniens et états-uniennes ont un casier judiciaire et près d’un pour cent de la population totale est actuellement derrière les barreaux) il ne fait plus aucun doute qu’il s’agit non seulement d’une manière de mettre les sans-emplois au travail forcé, mais aussi de s’assurer que les plus démuni.e.s de la société ne puissent pas exprimer leur mécontentement. C’est pourquoi dès le début de l’année 2014, des membres de l’IWW contactés par des prisonnier.es ont aidé à former l’Incarcerated Workers Organizing Committee iwoc(IWW-IWOC). L’objectif était clair, il fallait faciliter la liaison des prisonniers et prisonnières voulant s’organiser selon les bases du syndicalisme afin d’améliorer leurs conditions de vie. En quelques mois à peine, plus de 700 cartes étaient signées, faisant de l’IWOC l’un des plus gros syndicats de  l’IWW moderne aux États-Unis.

Au début du mois d’avril dernier, la mobilisation a atteint un sommet sans précédent lorsque des grèves ont éclaté dans sept prisons de l’État du Texas. Prenant le slogan «Nous sommes en dedans pour vous, vous êtes en dehors pour nous» au pied de la lettre, les membres des sections locales de l’IWW des quatre coins du monde ont saisi leurs téléphones pour appeler les autorités concernées afin de souligner leur soutien à l’IWOC et leur mécontentement face aux conditions dans lequel ces derniers et dernières sont obligé.e.s de travailler, occasionnant ainsi un blocage complet des communications du Département de la justice criminelle du Texas. De nombreuses grèves continuèrent de manière spontanée jusqu’au 27 avril ou refusant de travailler en plein orage, les travailleurs incarcérées de la prison d’Estelle, toujours au Texas, laissèrent savoir qu’ils pourraient bien devenir la 8e prison de l’État à tomber en grève générale. Face à cette menace, les autorités répondirent en tirant de force les prisonniers de leurs cellules, usant gaz lacrymogène et matraques avant d’en placer plusieurs en cellules de confinement et de leur interdire tout contact avec l’extérieur.

Ne reculant pas devant la menace, le 10 juin, 7 prisonnier.es du Waupun Correctional Institution et du Columbia Correctional Institution entamèrent une grève de la faim afin d’attirer l’attention sur le caractère inhumain des cellules de confinement. En date de publication, les 7 prisonnier.es en seraient à leur 3e journée sans manger et l’IWOC ne compte pas s’arrêter là ayant déjà annoncé une Grève générale nationale le 9 septembre prochain.

Pour plus d’informations, visitez le site de l’IWOC ou consultez son journa bi-annuel l’Incarcerated Worker

 

 

Grève avec le SITT-IWW dans les technologies informatiques du Maryland!

Des travailleurs et travailleuses de l’industrie des technologies informatique du Maryland lancent une grève avec le SITT-IWW et déposent plusieurs plaintes pour pratiques déloyales !

FREDERICK, MD- Les travailleurs et travailleuses de True Technical Experts LLC (TTX) un sous-contractant en Technologie Informatique pour des détaillants majeurs, ont fait la grève le 26 mai dernier demandant l’arrêt du vol de leurs salaires et du harcèlement et que leur syndicat, le Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses – Industrial Workers of the World (SITT-IWW), soit reconnu. Les travailleuses et travailleurs ont soumis une liste de demandes qui incluent un ajustement de leurs salaires au standard industriel, des heures régulières, et une promesse formelle de la part du propriétaire de la compagnie, David Gerlak, que toute forme de harcèlement cesserait.. Les travailleurs et travailleuses SITT-IWW de TTX ont fait grève deux fois ces deux derniers mois pour des salaires non payés, gagnant chaque fois leurs salaires en arrérages et ce, bien que Gerlak refuse de reconnaître le syndicat. Quelques minutes après avoir été contacté par un représentant du SITT-IWW, Gerlak déclara avoir mis à pied deux employé.e.s en grève, une violation très claire de la loi fédérale du travail.

TTX est un petit sous-contractant en technologie informatique dans lequel les travailleurs et travailleuses installent du câblage et du matériel informatique pour les plus gros détaillants du pays, tel que Target et CVS. Comme c’est souvent le cas, leur travail est gérer par une chaîne complexe de contractants et de sous-contractants, ce qui produit une « course vers la bas » (une situation caractérisée par une baisse progressive ou détérioration des standards du travail) où le vol de salaires et les mauvaises conditions de travail sont choses courantes. Depuis plus d’un an, les travailleuses et les travailleurs de TTX s’organisent clandestinement pour avoir une stabilité et du respect en plus de mettre fin aux salaires et aux conditions de travail sous les standards de l’industrie.

user_photo-5747aa4942096« Nous sommes fatigué.e.s d’être utilisé.e.s comme des machines. » a dit Andrew K., technicien de chantier TTX, « Si David ne veux pas nous traiter comme des êtres humains, avec un respect et une dignité élémentaire, nous allons l’obliger à le faire. Nous sommes prêts à rester en grève aussi longtemps qu’il le faut. » Ce ne sera pas la première fois que des détaillants majeurs auront des problèmes avec leurs sous-contractants. Après plusieurs années de manifestations et de grèves par les travailleurs et travailleuses de centres de conciergerie basés à Minneapolis, Target accepta de stipuler dans son langage que  » les compagnies de nettoyage avec lesquelles elle travaille ne peuvent pas interférer avec les droits de s’organiser des travailleuses et travailleurs, doivent obéir aux lois en ce qui a trait aux salaires et au temps de travail et doivent créer des comités de sécurité au travail. » Même si présentement il n’y a aucune stipulation de langage pour leurs sous contractants, les travailleurs et travailleuses de TTX sont confiant.e.s, qu’avec un peu d’encouragement, Target pourrait étendre ses idéaux pour les inclure aussi.

Gerlak a plusieurs fois menacé de mettre à la porte deux travailleurs membres du SITT-IWW et a même menacé de fermer boutique en représailles à l’activité syndicale. Le SITT-IWW de Baltimore a déposé une plainte pour pratiques déloyales au code du travail au National Labor Relations Board ( le Conseil national des relations de travail) contre TTX pour ces flagrantes menaces illégales.

Les travailleurs et travailleuses demandent à leurs supporteurs de les appuyer et de démontrer leur solidarité en faisant un don à leur fond de grève : https://www.crowdrise.com/support-trutech-workers-organizing

 

Écrit par Benjamin Charles de la Section Locale Intersectorielle (SLI) du SITT-IWW Baltimore. Traduit, puis corrigé par Norman L. et la fellow worker X377519 de la SLI du SITT-IWW Montréal.

Proposition syndicale pour un communautaire solidaire

Le milieu communautaire s’en prend plein la gueule. Soit dans nos propres organismes ou chez nos alliés, on connaît quasiment toutes et tous des gens qui n’ont plus accès à certaines ressources, une personne dont le poste a été coupé ou des organismes menacés de fermeture. Et ce, dans tous les secteurs du communautaire..

Faut dire, le système de financement des organismes est tellement complexe. Les groupes doivent se débattre avec les imposantes bureaucraties des programmes de financement des différents gouvernements (fédéral, provincial et municipal). Le financement public n’est plus suffisant depuis de nombreuses années, ainsi de nombreux groupes n’ont d’autres choix que de se tourner vers des fondations privées. Celles-ci posent également des directives qui ne cadrent pas toujours avec les exigences du financement gouvernemental. De plus en plus les bailleurs de fonds (privé ou public) font tout simplement fi de la mission des organisations communautaires en imposant un mode de financement au programme entraînant une reddition de compte toujours plus exigeante.

Décrire ici plus en détails les attaques des politiques néolibérales, ou capitalistes, et leurs impacts dévastateurs sur le communautaire serait une perte de temps : si vous vous y impliquez, de manière rémunérée ou non, vous les vivez au quotidien.

Le milieu se mobilise donc, mais se bute rapidement à un problème : compte tenu de la diversité des bailleurs de fonds, types de subventions et acteurs politiques impliqués, qui ciblons-nous?

Le débat n’est pas nouveau et de solutions sans effort, il n’existe pas. Ce triste constat fait, demeure la sempiternelle question : que faire?

Nous, le Syndicat des travailleurs et travailleuses du communautaire (SITT-IWW Montréal), reconnaissons cet enjeu comme au cœur de notre lutte et vous proposons un espace de réflexion, de coordination, de solidarité et d’action!

D’emblée, nous ne concevons pas nos milieux de travail comme étant séparés les uns des autres, mais plutôt comme les maillons d’une industrie. Au sens où nous travaillons toutes et tous dans le même domaine; tout comme le respect de nos missions de base et de nos conditions de travail respectives sont liées. Toutes et tous dans le même bateau.

Si un poste en travail de rue est coupé, si un organisme en prévention, en hébergement ou en défense de droits ferme, si une ressource d’aide par et pour perd sa subvention, si une clinique communautaire perd son statut distinct, si une maison des jeunes perd ses intervenantes, si la place des usager-ère-s est reléguée à n’être que de simples bénéficiaires, si…nous sommes toutes et tous perdants. Comme employé-e-s ou usager-ère-s.

Nous proposons donc de nous réunir et de nous organiser solidairement, sans se restreindre à nos lieux de travail, mais bien en tant que travailleurs et travailleuses du communautaire, bénévoles et usager-ère-s. De sorte que nous n’attendions plus notre tour de passer au couperet pour se mobiliser. En groupe, si les attaques viennent de plusieurs fronts, nous pouvons nous défendre simultanément. Se mobiliser en tant que travailleurs et travailleuses, bénévoles et usager-ère-s contre le financement par programme, et non pas systématiquement en tant qu’organismes. Tout comme nous pouvons nous protéger ainsi des influences du modèle d’entreprise sur la gestion de nos organismes, en tant qu’« industrie » en prônant plutôt des valeurs de solidarité et d’autogestion.

Le milieu communautaire est issu de l’imagination, de la solidarité, des volontés d’autogestion et du désir de lutter des gens. De s’entraider et d’aider les autres. Notre Syndicat des travailleuses et travailleurs du communautaire (IWW Montréal) vous propose donc les mêmes outils : l’imagination, l’autogestion, la lutte et la solidarité!

La Sociale, Volume 5, Mai 2015
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Brève syndicale

En France, la mobilisation contre la loi El Khomri continue. Alors qu’en 2006 François Hollande fustigeait le gouvernement de l’époque sur son utilisation de l’article 49-3 afin de faire passer la loi sur les CPE (Contrat de Première Embauche), une loi précarisant encore plus la jeunesse, Hollande et son gouvernement dit socialiste, mais qui n’a de socialiste que le nom, utilisent aujourd’hui cette même loi pour faire passer leur projet de loi El Khomri. Dans les deux cas, il s’agit d’un signe clair de faiblesse du gouvernement puisque c’est une loi permettant de faire passer une loi alors que celle-ci n’obtient pas le nombre de votes nécessaire au gouvernement. Depuis la fondation de la Ve république, cette loi a été utilisée 84 fois, notamment à 38 reprise sous le gouvernement de 1988 à 1993, gouvernement qui se présentait comme étant de gauche. Ainsi, cheminots, lycéens, universitaires, chômeurs, syndicats, bref, des milliers de contestataires manifestent sans relâche alors que six des huit raffineries du pays sont bloquées, provocant une grande pénurie d’essence et que bon nombre de ports le sont aussi. De plus, les grévistes de la CGT en charge de l’alimentation électrique et gazière font en sorte d’alléger les factures des abonné-e-s tout en coupant l’électricité dans différents endroits stratégiques, comme dans des gares de triages, puisque les actions sont coordonnées avec différents autres syndicats. Le village de l’actuel président, François Hollande, et la résidence secondaire du patron du MEDEF, une organisation patronale très puissante en France, ont aussi subit des coupures en électricité et en gaz.

Au Mexique, dans la région d’Oaxaca, connue notamment pour le fort mouvement contestataire dans le milieu de l’éducation en 2006, ainsi que dans la région du Chiapas, la lutte aux réformes régressives continue. Environ 4,000 professeur-e-s risquent de perdre leur poste puisque ces derniers-ères ont participé à une grève appelée par leur syndicat au cours de la dernière semaine. De nombreuses manifestations et actions de blocages prennent place dans ces régions. Le 26 mai, les professeur-e-s ont bloqué l’aéroport de la ville d’Oaxaca. Le mouvement de contestation continue à s’étendre puisque des professeur-e-s dissident-e-s ont manifesté dans plusieurs villes du pays, notamment la capitale Mexico.

En Italie, le 8 mai dernier, de violentes manifestations ont eu lieux entre les forces de l’ordre et les manifestant-e-s opposé-e-s au mur anti-migrant-e-s de l’Autriche. À l’heure actuelle, le marché de l’armement connait une croissance énorme, notamment avec la France, la Belgique et le Canada vendant de plus en plus d’armes, alors que les conflits font rage à travers le Moyen-Orient. Ceci crée de nombreux-euses réfugié-e-s fuyant les bombes fabriquées en Occident. C’est sans compter les réfugié-e-s climatiques, repoussé-e-s de leur résidence par les catastrophes naturelles en nombre croissant.

Le Portugal connaissait sa première grève générale de l’année. Les dockers du Port de Lisbonne étaient en grève depuis la fin avril et celle-ci se prolongea jusqu’au 28 mai. Entre temps, le pays fut traversé d’une grève affectant les transports en commun et les autres services des principales villes. La raison de la colère et du mouvement de grève est l’application de mesures d’austérité entraînant la dérèglementation du marché du travail afin de mieux détruire le droit et la sécurité des travailleuses et travailleurs.

Dans le Vieux-Port de Montréal, le syndicat exige une augmentation des salaires atteignant au moins le 15$/heure alors que la direction propose un faible 2% des salaires, actuellement à 10,67$/heure. Se faisant, les employé-e-s sont entré-e-s en grève vendredi le 27 mai afin que le salaire de base soit assez décent pour mieux vivre.

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Barcelone a connu quelques nuits de combats de rue entre les forces de l’ordre et les occupant-e-s expulsé-e-s, le lundi 23 mai, d’un bâtiment d’une ancienne banque transformée en squat depuis 2011. Les expulsé-e-s et leurs sympathisants ont organisé plusieurs manifestations durant plusieurs soirées où les blessé-e-s se comptent par dizaines. La violence de cette expulsion, qui est commune dans les pratiques policières de cette région, ainsi que l’expulsion elle-même étaient dénoncées.

La «Révolution de couleurs» continue en Macédoine. Depuis le 12 avril, les contestataires demandent la démission du gouvernement de droite nationaliste actuellement au pouvoir. En pleine accusation de corruption, une amnistie a été adoptée dans le cas d’un énorme scandale de malversation et de mises sous écoutes illégales de milliers de journalistes, d’hommes et de femmes de politique et de leaders religieux. Les manifestant-e-s se rejoignent donc, munis de fusils à l’eau et de balles d’eau remplies de peinture, le tout afin de décorer les murs extérieurs des bâtiments gouvernementaux.

C’est avec des slogans tels que « du pain, du travail, un toit » que des milliers d’espagnols ont manifestés, samedi le 28 mai, à travers le pays. Plus de 125 organismes sociaux et syndicats ont appelé à manifester dans une trentaine de villes. Alors que le chômage touche près du quart de la population dite active, la colère gronde dans ce pays comme dans le reste de l’Europe.

Depuis mardi le 31 mai, les 200 travailleuses et travailleurs de Sucre Lantic sont en grève puisque les propositions de l’employeur impliquent de modifier le régime de retraite et l’assurance emploi, renforçant ainsi la précarité et les risques de congédiements des employé-e-s. La compagnie a déjà coupé une soixantaine de postes en 2014 pour les remplacer par de la sous-traitance.

Quel syndicalisme pour le secteur communautaire?

Dans le prolongement des luttes qui ont animées le Québec de l’après-révolution tranquille, nombre de groupes populaires ont vu le jour. Une observatrice de l’époque aurait pourtant de la difficulté à s’y retrouver, tant les transformations ont été importantes. Au lieu de groupes peu ou pas financés, l’action communautaire actuelle bénéficie d’une reconnaissance gouvernementale, ce qui assure une certaine stabilité financière.

Comment expliquer cette transformation? Les actions politiques et mobilisations qui étaient au coeur des pratiques ont cédé le pas à la prestation de services. Parallèlement, on a vu se dessiner une tendance a la professionnalisation, qui remplace le militantisme de la première heure. De plus, et c’est peut-être l’élément le plus important, le milieu communautaire actuel est la progéniture d’un l’État social en crise aiguë de néo-libéralite. La prestation de service et la professionnalisation du travail ont préparé le terrain à un partenariat qui permet a l’État de voir dans ces groupes autant d’acteurs capables de reprendre les fonctions sociales qu’il ne souhaite plus assumer pleinement. Dès le milieu des années 80, Brian Mulroney s’exprimait ainsi : « Une des principales priorités de mon gouvernement sera la révision complète des programmes sociaux en vue d’économiser autant d’argent que possible. Une façon d’atteindre cet objectif consiste à encourager le secteur du bénévolat à participer à la réalisation des programmes sociaux. »

Quelle meilleure source d’action bénévole que les groupes communautaires? Au Québec, l’enveloppe financière du milieu passe d’environ 248 à 635 millions de dollars entre 1996 et 2005. Pour l’État, la formule est simple. Les groupes communautaires permettent de combiner une base de bénévole et une force de travail non syndiquée pour réaliser ses objectifs sociaux, le tout à un prix très compétitif. Du même coup, l’État évite le recours à sa propre force de travail, qui est syndiquées dans une proportion de 82 % . Le secteur communautaire a donc grandement bénéficie de l’amputation des fonctions sociales de l’État. Pourtant, le transfert financier n’est pas à la hauteur du transfert des fonctions étatiques. Les conditions salariales et les avantages sociaux y sont donc particulièrement médiocres. Malgré tout, le taux de syndicalisation y est extrêmement faible, puisqu’il se situe autour de 3 %.  On pourrait s’étonner que le secteur communautaire ne soit pas un terreau plus fertile à la syndicalisation, mais plusieurs facteurs nous permettent de comprendre cette situation. Ainsi, les groupes communautaires sont fréquemment un lieu d’expérimentation de modes gestion alternatifs comme la gestion collégiale, la cogestion ou même l’autogestion. Dans un tel contexte, l’attrait d’un syndicalisme axé sur la réduction du droit de gérance est évidemment moindre. De plus, selon notre expérience, plusieurs salariées ont la ferme conviction que la syndicalisation aurait comme effet d’accroître le pouvoir des salariées, au détriment de la base militante.

Les rares études sur le sujet semblent corroborer cette ambivalence des salariées à l’égard de la syndicalisation.  Si celles-ci sont généralement favorables au principe du syndicalisme, plusieurs hésiteraient à se syndiquer elle-mêmes. Plusieurs craignent « d’hériter de toute la rigidité et de la bureaucratie liées au syndicalisme et à la présence d’une convention collective pour gérer le milieu du travail » et que « le fait de se syndiquer amènerait plus d’inconvénients que d’avantages. » Aussi, en l’absence de revenus additionnels pour l’organisme, la syndicalisation ne pourrait entrainer une augmentation des salaires, puisque c’est l’État et non l’organisme qui contrôle la bourse. De plus, l’attitude des centrales syndicales y est aussi pour quelque chose. Le faible nombre d’employées au sein des organismes fait en sorte qu’il s’agit d’unités d’accréditation perçues comme étant très peu rentables.

Le syndicalisme de solidarité pourrait-il réussir là ou le syndicalisme de service ne le peut pas? Aux État-Unis, le Syndicat Starbucks (IWW) et Jimmy John’s Workers Union (IWW) ont bâti une présence durable, sans accréditation, dans l’un des secteurs les plus difficile a organiser. Les syndiquées y ont développé des pratiques fondées sur des revendications concrètes, hors du contexte de la négociation d’une convention collective. La plus récente victoire est la reconnaissance d’un férié en l’honneur de Martin Luther King chez Starbucks.

À notre avis, deux facteurs principaux font la force du syndicalisme de solidarité. D’abord, son fonctionnement radicalement démocratique minimise l’importance des permanents. Cela permet une implantation dans des secteurs non rentables pour les syndicats traditionnels. Ensuite, il s’agit d’une stratégie extraordinairement flexible, qui se moule aux réalités du secteur dans lequel il s’implante. Dans le secteur communautaire, cela pourrait impliquer une stratégie d’implantation qui reconnaît l’importance de préserver la démocratie des groupes. De plus, le syndicalisme de solidarité devrait créer les bases d’une alliance de salariées mobilisées pour lutter contre les conditions de travail médiocres qu’elles ont héritées de la sous-traitance des fonctions sociales de l’État.

Extrait du volume 1 de La Sociale, Mars 2014

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Le SITT-IWW appuie l’arrêt de travail dans le milieu carcéral du 9 septembre 2016

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CONSIDÉRANT que le Free Alabama Movement, le Free Virginia Movement, et d’autres groupes de prisonniers et prisonnières révolutionnaires à travers les États-Unis ont répondu à l’appel d’un arrêt de travail coordonné à l’échelle nationale le 9 septembre 2016, et 

CONSIDÉRANT que des membres du SITT-IWW sont en prison et que ces membres et leurs allié-e-s sont sur la ligne de front dans le combat contre le système carcéral de l’intérieur.

QUE le Conseil Exécutif Général appuie l’arrêt de travail du 9 septembre 2016 avec ces mots :

Le Conseil Exécutif Général du Syndicat industriel des travailleuses et travailleurs appuie l’arrêt national de travail coordonné pour le 9 septembre 2016 organisé par le Free Alabama Movement, Free Virginia Movement, et autres groupes de prisonniers et prisonnières révolutionnaires et par quiconque d’autre. C’est le devoir des organisations de la classe ouvrière comme le SITT-IWW d’appuyer les luttes des travailleuses et travailleurs prisonnières et prisonniers. Nous appelons les autres syndicats et groupes révolutionnaires de la classe ouvrière à montrer leur solidarité et support dans cette importante cause. Le Conseil Exécutif Général encourage aussi les branches et membres du syndicat à considérer l’organisation d’actions pour le 9 septembre, de créer un groupe local d’organisation et faire des dons à ce mouvement ici : iwoc.noblogs.org/donate

( Version originale: https://iwoc.noblogs.org/post/2016/05/25/iww-endorses-the-nationally-coordinated-prisoner-work-stoppage-on-september-9th-2016/ )


WHEREAS the Free Alabama Movement, Free Virginia Movement, and other revolutionary prison groups around the United States have jointly called for a Nationally Coordinated Prisoner Work Stoppage on September 9th, 2016, and

WHEREAS IWW members in prison and their allies are at the forefront of fighting the prison system from the inside,

MOVED that the GEB endorse the September 9th prisoner work stoppage with the following language:

texaslockedin-300x288The General Executive Board of the Industrial Workers of the World endorses the Nationally Coordinated Prisoner Work Stoppage on September 9th, 2016 organized by the Free Alabama Movement, Free Virginia Movement, and other revolutionary prisoner worker organizations and individuals. It is the duty of working class organizations like the IWW to support the struggle of prisoner workers. We call on other unions and revolutionary working class organizations to offer their support and solidarity to this important cause.

The GEB also encourages branches and IWWs to consider planning an action for September 9, to start a local organizing group, and to donate to the efforts at : iwoc.noblogs.org/donate.

Travailleuses et travailleurs du communautaire, jetables après usage?

Témoignage d’Audrey, paru dans le premier volume de La Sociale, en mars 2014.

J’ai commencé à travailler pour l’employeur, dont il sera question dans le présent témoignage, le 3 septembre 2013. J’étais une employée à temps plein, contractuelle, mais permanente, relativement aux renouvellements de subventions accordées par les différents paliers de gouvernement. J’étais travailleuse de milieu pour une maison des jeunes. L’ambiance de travail a toujours été stressante, accablante; l’employeur a souvent fait preuve d’agressivité verbale et de mépris face aux employé-e-s. Mais je chérissais tout de même mon emploi pour la clientèle avec laquelle je travaillais. Des jeunes agé-e-s entre 9 et 12 ans vivant diverses problématiques d’immigration, de pauvreté, de questions existentielles, etc. Mon travail, c’est l’essence même de ce que je suis et cela prévalait largement sur les nombreuses montées de lait de la coordonnatrice.

En date du 19 décembre 2013, je me suis retrouvée en arrêt de travail dû à une récente agression dont j’ai été victime (non dans le cadre professionnel). Suite à l’agression, je suis allée travailler, comme si de rien n’était, mais surtout sous le coup de l’adrénaline, jusqu’à ce que j’explose quelques jours plus tard. Le 3 février, veille du jour de mon retour au travail, je reçois un appel de ma coordonnatrice, à 20h37 me disant que mes services n’étaient plus requis, que mon attitude vis-à-vis le travail était négative. Je suis littéralement sidérée. Des collègues m’ont épaulé et se sont levé-e-s face à l’employeur, protestant que j’adorais mon travail, que je remplissais mes tâches adéquatement en allant même au-delà de celles-ci, que j’apportais beaucoup à l’équipe et aux jeunes…
L’un d’eux a même soulevé l’idée de m’accorder quelques semaines d’arrêt, payées (parce
que nous avions des assurances) afin de me donner pleinement le temps de me remettre, ce que la coordonnatrice a balayé de facto. Certain-e-s jeunes ont même écrit des lettres exprimant à quel point elles et ils étaient attristé-e-s par mon départ, rien n’y fit. Plus malséant encore, deux semaines plus tôt, soit le 20 janvier, ma permanence m’était accordée par le conseil d’administration et je n’ai pas mis les pieds sur mon lieu
de travail entre l’octroi de ma permanence et mon congédiement. Après m’être informée, j’ai su qu’ils avaient le droit de me congédier s’ils jugeaient que l’agression dont j’ai été victime pouvait compromettre mes capacités à m’acquitter adéquatement de mes tâches.

Bien qu’ils devront se défendre devant les Normes du Travail à savoir pourquoi diable m’ont-ils octroyé ma permanence pour me la révoquer deux semaines plus tard sous des
motifs quelque peu houleux, je doute qu’ils seront sanctionnés. Bref, nous, travailleuses et travailleurs du communautaire, sommes trop souvent à la merci et au bon vouloir de nos employeurs, au détriment de notre humanité.

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Brève syndicale

Le 15 avril dernier, une manifestation organisée par différents groupes prenait place à la sortie du métro Jean-Talon afin d’exiger un salaire décent permettant de mieux vivre, c’est-à-dire de 15$ de l’heure. Parmi les organisateurs, on compte le Comité droit au travail; jeunes, immigration et relations ethnoculturelles du CCMM-CSN; POPIR-Comité logement; Temporary Agency Workers Association et bon nombre d’autres allié-e-s. Avec plus de 850,000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté pour la seule province du Québec, le salaire minimum actuel ne permet pas de se sortir de la pauvreté et la faible augmentation de 20 sous par l’actuel gouvernement est loin d’être suffisante. La lutte continue.

Le 24 avril, dans le cadre de la journée des locataires, une manifestation s’est tenue à Montréal pour le droit au logement. C’est le Regroupement des Comités Logement et Associations de Locataires du Québec (RCLALQ) qui appela les locataires de partout à travers le Québec à venir manifester dans les rues de Montréal. Face à une précarité trop présente et une insatisfaction croissante face à la Régie du logement et plus largement, face au gouvernement en matière de services essentiels connaissant toujours plus de coupures, les appels à s’organiser risquent de continuer à croître.

Après trois mois de grève, l’équipe de négociation des métallos de la section locale 6658 et la compagnie Ciment Lafarge ont conclu une entente de principe sur laquelle les travailleuses et travailleurs pourront se prononcer mardi le 10 mai au soir. « C’est grâce à la détermination de nos membres et aux nombreux appuis que nous avons reçus, si nous avons pu conclure la présente entente de principe. Nous avons hâte de la leur présenter », a fait valoir le président de la SL 6658, Éric Boulanger.

Le 1er mai de cette année, comme des années précédentes, a été l’occasion pour des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs à travers le globe de se réunir. Des manifestations se sont tenues sur tous les continents. En Turquie, la foule de manifestant-e-s faisait face à 25,000 policiers. Ces derniers ont bloqué de nombreuses rues, notamment pour empêcher les manifestations de rejoindre la place Tarksim, endroit où bon nombre de contestations se sont tenues par le passé. Des affrontements ont éclatés entre les manifestant-e-s et les forces de l’ordre, provoquant la mort d’un des manifestants écrasé par un canon à eau et l’arrestation de plus de 200 autres. En France, où la mobilisation contre la loi El Khomri perdure depuis des mois, plus de 80,000 manifestant-e-s ont défilé-e-s dans différentes villes du pays, exigeants le retrait de la loi saccageant les conditions de travail déjà précaire pour une large partie de la population.

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À Montréal, plusieurs contingents se sont formés à différents endroits pour se rejoindre dans le centre ville et ainsi pouvoir faire des actions de blocage et de perturbation. Avant de prendre la rue, le contingent appelé par le SITT-IWW dans le parc Lafontaine afin de participer à un BBQ syndical ont assistés à différents discours tenus par des membres du syndicat et de groupes alliés. Par la suite, la foule est passée devant le consulat français par solidarité avec les travailleuses et travailleurs là-bas en plus des différents bureaux de différentes corporations qui non seulement payent de moins en moins d’impôts, mais vont cacher l’argent produit par leurs travailleuses et travailleurs dans des paradis fiscaux. La manifestation s’est vue couper en deux lorsque celle-ci passait devant le poste de police 20 de la rue Ste-Catherine. Des feux d’artifices, des cailloux et des bombes de peintures ont été lancés en directions des policiers et du poste de police.

Vers midi le 3 mai, les policiers ont arrêté 18 manifestant-e-s membres du groupe Solidarité sans Frontières qui occupaient les bureaux de de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC). Cette agence est vivement critiquée puisqu’elle participe à la déportation de sans-papiers provoquant ainsi des détentions, des séparations de familles et un stress énorme sur les épaules des déporté-e-s. Ces derniers-ères sont souvent renvoyé-e-s dans des pays où illes risquent de subir de la répression gouvernementale, dans des pays où c’est la guerre ou encore, de retourner vivre dans une pauvreté extrême.

Le 8 mai marquait le début d’une semaine d’occupations de terrains et de bâtiments à travers la province pour obtenir une plus grande reconnaissance du droit au logement. Avec plus de 23,000 ménages locataires ayant un besoin pressant de logements au Québec, soit 17,7% de l’ensemble des ménages, la marchandisation du logement est fortement critiquée. Pour suivre les différents évènements prévus, voici  les liens vers les pages facebook du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, le POPIR et le FRAPRU.

 

NOUS NE NOUS LAISSERONS PAS APPAUVRIR SANS BRONCHER

Les gouvernements se succèdent et se ressemblent; ils appauvrissent les salarié-e-s, coupent chez les moins nanti-e-s, attaquent les femmes et mettent à mal le filet social, tandis que leurs copains de la finance et du patronat s’engraissent et profitent impunément.

Le Syndicat des Travailleuses et Travailleurs du Communautaire est solidaire des prestataires d’aide sociale qui subissent violemment les effets de l’austérité, tandis que la classe patronale se voit accorder les bonnes grâces d’un État complice et corrompu. Nous sommes indigné-e-s de voir une société riche comme la nôtre traiter avec si peu de considération sa population. Ces coupes doivent cesser!

Le premier mai, le salaire minimum augmentera à 10,75$ de l’heure; nous, le Syndicat des Travailleuses et Travailleurs du Communautaire (SITT-IWW Montréal), voyons plutôt cela comme une mauvaise blague. Est-il nécessaire de rappeler qu’à ce salaire, répondre à ses besoins de base implique automatiquement des sacrifices et des choix douloureux?

C’est dans cet esprit que nous revendiquons une hausse des conditions minimales pour toute personne salarié-e, soit 15$ de l’heure, 5 semaines de vacances et 7 journées de maladie payées. Car si le salaire est un enjeu important, l’accès à une qualité de vie décente passe immanquablement par du temps pour soi et ses proches, ainsi que la possibilité de rester chez soi lorsque malade.

En conséquence, cette nuit, plusieurs bureaux de circonscription ont été décorés d’affiches, pour souligner aux élu-e-s provinciaux que nous ne nous laisserons pas appauvrir sans broncher, et pour appeler la population à manifester son mécontentement en prenant la rue le 1er mai.

En solidarité avec tous les travailleurs et toutes les travailleuses, les chômeurs et chômeuses, les sans-papiers et les assisté-e-s sociaux.

Contact :
Syndicat des Travailleuses et Travailleurs du Communautaire (SITT-IWW Montréal)
438-345-5046
iww_quebec@riseup.net

15$/heure chez UPS

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source : twincities.iww.org

Il y a sept mois, le Package Handler’s Organizing Committee (PHOC) a voté pour commencer une campagne réclamant que le salaire de base dans les trois centres d’activités d’UPS à Twin Cities soit augmenté à 15$/l’heure (actuellement à 10$), en plus d’une augmentation salariale de 5$ pour l’ensemble des employé-e-s. Nous avions concentré nos énergies sur la mobilisation en vue d’actions de perturbation pendant la haute saison au printemps 2015. Maintenant que ce pic est passé, j’aimerais partager certains de mes sentiments sur la progression, l’évolution et l’exécution de cette campagne, ainsi que comment cela a influencé notre organisation en général chez UPS dans Minneapolis.

J’ai le sentiment que ce document sera utile dans les futures rétrospectives sur la campagne de Boxmart et sur le comité du PHOC lui-même. Cependant, j’espère aussi qu’il puisse servir de référence pour les autres comités d’organisations dans le SITT-IWW pour penser sur le long travail que représente une campagne syndicale de moyen à long terme comme celle-ci. Si oui ou non une telle campagne aura un effet positif sur votre organisation est une décision que seul votre comité peut prendre, mais j’espère qu’en partageant mon point de vue que cela permettra à d’autres Wobblies de faire des choix plus éclairés.

La proposition:

Quoi: une hausse de 5$ du salaire horaire dans tous les domaines, ce qui ferait en sorte que le salaire de départ soit amené à 15$. Aussi, mettre fin aux petits vols salariaux et autres problèmes dans le milieu de travail, dans la mesure du possible.

Quand: Beaucoup d’actions directes durant la saison forte de 2015 dans toutes les opérations de Twin Cities ainsi que d’autres au moment opportun. La campagne débutera dans les deux prochains mois.

Qui: Une pétition créée par le comité central, des réunions de groupe dirigées par ——, les autres tâches sont déléguées à —,— et — dans la mesure du possible de recueillir le soutien du reste de la section. Les nouveaux contacts dans l’usine seront appelé-e-s à faire de l’organisation sur le milieu de travail, les enjeux seront à traiter avec une escalade des actions directes et l’inoculation. L’OTC prépare un OT peu après les rencontres de groupe pour les nouveaux contacts. Le comité central s’arrange pour combler le manque d’information de ceux et celles qui ne peuvent pas assister à l’OT.

: La rencontre est au bureau du SITT-IWW à Twin Cities, les actions sont dans le MPLS, Eagan, Maple Grove et l’aéroport. Les actions sont focalisées sur les opérations au Minnesota à moins que d’autres opportunités se manifestent.

Comment:

– Utiliser les pétitions pour rassembler des contacts pour les réunions de groupe. Créer un groupe sur Facebook et d’autres points de contact.

– Utiliser les réunions de groupe pour identifier les personnes partantes pour être organisateurs et organisatrices (ou tout autre rôle) et définir les grandes lignes directrices d’où investir les efforts, qui pourront être changées si nécessaire afin de mieux refléter les préoccupations des travailleuses et travailleurs.

– Continuer avec les organisatrices et organisateurs potentiels, aller aux OT lorsque possible et faires des jumelages pour les one-on-ones. Créer un comité de campagne pour le large travail à réaliser, amener une escalade des objectifs (vols salariaux, harcèlements, etc.), faire grossir le comité lui-même.

– Faire des actions directes sur les petits objectifs, là où les actions symboliques sont appropriées. Inclure des objectifs qui ne concernent pas directement le milieu de travail, comme l’esclavage salarial dans les prisons.

Faire un suivi des représailles pour ce qui a été mentionné plus haut.

– Ramener les plus petits objectifs, susciter l’enthousiasme et de l’engagement et tenir des réunions de groupe dans les mois qui précèdent le moment fort des actions.

– Faire du gros dérangement durant le moment fort des actions.

– Publiciser les gains obtenus et les perspectives des travailleuses et travailleurs des luttes, faire un suivi des représailles.

– Définir d’autres objectifs.

Observations:

Nous avons dévié-e-s de la proposition originale assez tôt. Le premier tour de pétitions s’est plutôt bien déroulé, rassemblant plus de 200 signatures de Minneapolis et Maple Grove. Dans une courte période de temps, nous avions collecté les coordonnées des signataires dans un document partagé et avons appelé toute la liste. Nous avons planifié la première réunion de groupe au début de Mars. Il y avait une douzaine de personnes disant vouloir venir. Mais personne n’est venu. Nous avons tenté le coup à nouveau, avec le même résultat. Nous avons donc redirigé nos efforts pour faire du jumelage d’un-e à un-e avec les contacts. Ça a permis un plus grand succès, mais nous avons échoué à atteindre le nombre de signatures que nous avions espéré.

D’avoir dévié aussi tôt a fait en sorte que le comité n’a pas grandi au rythme nécessaire pour continuer l’escalade comme prévu. Un petit comité fait en sorte que notre capacité à tenir des actions autour de petits enjeux était réduite. Notre influence ne s’est pas répandue à d’autres secteurs de l’édifice. En regardant en arrière, ça aurait dû être les premiers signes montrant que notre stratégie devait être révisée.

Mais nous avons réuni beaucoup de contacts.

Nous avons fait un travail convenable pour stimuler des conversations et un certain niveau d’engouement autour des demandes par le biais d’actions symboliques. Nous avons fait passer une pétition à chaque action de perturbation, ce qui a rajouté plusieurs contacts à notre liste. Nous avons appelé chacun des contacts pour organiser des one-on-ones ou les inviter aux réunions de comités. En septembre, nous avons distribué des autocollants avec « Je supporte un 15$/l’heure comme salaire minimum et une augmentation de 5$ pour les employé-e-s actuel-le-s. C’est le temps!! » Beaucoup de gens les avaient avec eux à leur travail et beaucoup se sont rendu sur des murs, de l’équipement, ou d’autres surfaces du quartier. En novembre, nous sommes restés à l’extérieur de l’entrée entre les quarts de soir et de nuit en compagnie de manifestant-e-s qui avaient des affiches avec le même texte que les autocollants. Nous avons pris des photos des manifestant-e-s tenant les affiches, lesquelles furent affichées sur la page Facebook.

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Mais de l’engouement, ce n’est pas de l’organisation. Beaucoup de gens « touché-e-s » par cette campagne ne vont pas plus loin que signer une pétition. Peu surprenant, ce sont les personnes avec qui les organisateurs et organisatrices ont eu de meilleures relations qui viennent aux réunions, et qui participent dans la campagne dans une plus grande mesure. Ces relations se sont construites au travers de plusieurs parcours, mas la meilleure façon était les rencontrent one-on-ones (ou une autre forme de conversation AEIOU).

L’agitation n’a pas souvent été un enjeu lorsque nous organisions nos camarades. Je crois que les plus grandes difficultés sont l’éducation et l’inoculation. Lorsque l’agitation est très élevée, ces difficultés sont généralement les premiers sujets abordés avec les camarades. Ce sont aussi des sujets difficiles à couvrir pendant nos quarts de travail. Si tu ne peux pas t’éduquer et t’inoculer, comment feras-tu pour construire une organisation à long terme? Les one-on-ones deviennent encore plus cruciaux dans l’équation. Les one-on-ones répétés. Les participations les plus consistantes que nous avons eues ont été les résultats de séries d’interactions à l’extérieur du travail et un effort persistant visant à régler ce qui pouvait empêcher quelqu’un-e de s’organiser.

Réflexions:

Une chose qui je crois nous avons échoué-e-s de faire est de permettre à la campagne d’évoluer en grosseur et en capacité en fonction de comment le comité organisationnel changeait. Au début de l’année, nous étions au sommet d’un élan et nous avions un relativement gros comité qui a connu son apogée à six membres en good standing sur deux sites. À ce moment, nous étions optimistes à propos de notre capacité à organiser de larges pans d’une industrie de travailleuses et travailleurs à et réussir des actions à grande échelle durant le pic de la saison. Au même moment, nous avions pris quelques retards à faire nos one-on-ones, qui ont toujours été en haut de notre liste d’outils d’organisation. Je crois que nous avons trop compté sur les contacts en milieux de travail et sur les conversations, tout comme sur les outils d’agitation comme le Screw UPS. Plus tard durant l’été et l’automne, notre comité a perdu la moitié de ses organisatrices et organisateurs sur le plancher de travail, et nous n’avons pas pu les garder comme organisatrices ou organisateurs externes. Le comité réduit a maintenu le cap sans prendre le temps d’analyser nos capacités. Nous réalisions trop tard que nous n’avions pas fait suffisamment de one-on-ones, autrement nous aurions pu développer nos camarades au point où nous aurions pu leur demander de s’impliquer davantage dans l’organisation pour nous maintenir sur la bonne voie.

Il y a eu plusieurs moments durant la campagne où nous avions un afflux d’élan. Ce sont des moments où nos camarades avec qui nous avions une bonne relation (à l’intérieur et à l’extérieur du plancher de travail) ont assisté à nos réunions et ont contribué avec leurs griefs et leurs idées sur la campagne. La leçon est simple: nous avons besoin d’être cohérents sur l’agitation, l’éducation et l’organisation de nos camarades. C’est vraiment difficile de générer un élan lorsque nos réunions hebdomadaires réunissent les mêmes personnes, parlant des mêmes choses, arrivant avec les mêmes tâches. Aussi, c’est facile d’avoir des réunions avec des collègues moins bien organisées si leurs ami-e-s et/ou d’autres collègues de confiance sont là.

J’ai commencé à écrire ce texte à un moment « faible énergie ». À ce même moment, nous en tant que comité avions de sérieuses discussions et avons depuis pu générer un nouvel élan d’énergie. Nous avions tout juste accueilli un camarade dans le SITT-IWW. Il y avait de sérieuses discussions à propos de faire un « sick-in ». J’ai encore plus d’espoir maintenant que ce texte servira d’outil pour améliorer la qualité de notre travail d’organisation en son ensemble, en vue de construire un pouvoir d’agir chez les travailleuses et travailleurs de UPS dans la ville de Minneapolis et bâtir un mouvement ouvrier militant et révolutionnaire, composé de personnes vivaces, endurcies et engagées.

Les impacts sur l’organisation:

Lorsque cette proposition a été présentée en premier lieu au PHOC, j’ai eu des réserves sur quelques aspects. Ma principale réticence concernait le fait d’entreprendre une si grande campagne avec un comité à la fois relativement petit (moins d’1% des camarades à temps partiel du secteur de Minneapolis), et relativement jeune (la moitié des camarades du comité avaient travaillé trois mois ou moins chez UPS). Pouvions-nous gérer la pression de construire une revendication si monumentale en relativement peu de temps sans perdre de vue sur les plus petits enjeux qui ont été mis de l’avant dans les campagnes d’organisations précédentes? Est-ce que quelqu’un-e nous prendrait au sérieux? Pouvions-nous décider de changer de cap en six mois sans perdre tout notre soutien, ou bien allons-nous avoir l’impression d’avoir complètement perdu notre temps?

J’ai fini par voter en faveur de cette proposition. Je suis heureux de l’avoir fait. Ceci dit, j’ai hésité au cours de cette campagne à savoir si cela avait un effet positif ou négatif sur l’organisation en général à UPS. C’est un peu dû au fait qu’il y a eu des pics ainsi que des creux d’élan. Voici une analyse de mes craintes initiales qui représentent bien mes sentiments mitigés.

1- Pouvions-nous gérer la pression de construire une si monumentale revendication en relativement peu de temps sans perdre de vue sur les plus petits enjeux qui ont été mis de l’avant dans les campagnes d’organisations précédentes? Pour la plupart, je crois que nous avons pu maintenir notre habilité de s’attaquer à des combats plus petits. Il y a même eu une amélioration dans notre capacité à traiter les petits griefs d’une certaine manière, puisque notre réseau de contacts s’est agrandi et que nous nous sommes engagé-e-s avec plein de gens. Je crois que nous en avons appris plus sur les griefs des travailleuses et travailleurs, et que de plus en plus d’entre elles/eux en sont venu-e-s à nous connaitre puisqu’illes venaient nous voir lorsque des problèmes se faisaient sentir avec leurs conditions de travail.

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Manifestation du 5 novembre 2015, étudiantes, étudiants avec les travailleuses et travailleurs pour dénoncer l’austérité.

Mais d’un autre côté, mener cette campagne a été extrêmement exigeant. Même lorsque nous avons pris du retard sur les tâches, un Burnout se cachait toujours dans l’ombre. Screw UPS était publié moins fréquemment cette année que l’année d’avant. Et bien que j’espère que ce ne soit pas vrai, je me demande si le stress chronique associé à quelques organisateurs (dont la plupart travaillaient à 2-3 endroits à l’année longue) travaillant sur une si grosse campagne pour un lieu de travail si grand ne nous a pas empêchés de nous pencher sur les plus petits combats. Cela aurait pu se présenter sous la forme d’un rejet clair, ou dans l’impossibilité de reconnaître un problème / une opportunité lorsque cela se présente. Je peux au moins dire que nous n’avons jamais, de ce que je sais, tourné le dos à des camarades qui se sont présentés à nous avec des problèmes autour desquelles nous pouvions nous organiser. Mais ai-je failli à venir en aide à quelqu’un-e qui passait visiblement une mauvaise journée? Ai-je fait un mauvais travail d’écoute vis-à-vis un-e camarade qui essayait de m’organiser? Ce sont d’importantes questions à se poser régulièrement.

2- Est-ce que quelqu’un-e nous prendrait au sérieux? Oui. Pas tout le monde, mais je ne crois pas que nous étions naïfs et naïves. Travailler dans un travail manuel syndiqué qui paye moins qu’un travail comparable, mais non syndiqué à travers la ville veut dire que les gens écoutent lorsqu’il est question d’une hausse de salaire. Pour les travailleuses et travailleurs ayant moins d’ancienneté (disons dans les cinq dernières années ou depuis le dernier contrat), nos emplois à temps partiel ne sont presque jamais suffisants pour bien vivre. Pour ceux et celles qui ont été dans la compagnie plus longtemps, illes avaient vu leur salaire stagner depuis que Reagan était président. Le salaire stagnant est parmi les plus importants problèmes pour les Teamsters. Alors en ce sens, les salaires étaient un enjeu pertinent pour une campagne syndicale double/solidarité.

Mais bien évidemment il y avait des gens pour nous décourager. Beaucoup de ces réactions se basaient sur les préjugés envers les Teamsters. «Ce n’est pas dans le contrat, » et « seulement si les Teamsters le supportent», étaient des réponses typiques entendues provenant de gens n’ayant ni signé la pétition ni montré un quelconque effort. Un excellent remède à ces sentiments était une bonne vieille réunion one-on-ones. Être capable de s’assoir avec quelqu’un-e, expliquer le rôle des Teamsters dans notre lieu de travail, et pourquoi nous élevions cette demande parmi celles existantes était souvent suffisant pour obtenir du support. Une de nos répliques les plus populaires était, aussi idiot que cela puisse paraître, ressemblait à « eh bien, si les Teamsters ne veulent pas l’obtenir pour nous, nous allons avoir à l’obtenir nous-même.» La plus grande leçon que j’ai apprise est le pouvoir des one-on-ones. Si quelqu’un-e vous prend pour un-e agitateur ou agitatrice, cette personne est moins portée à vous prendre au sérieux que si cette personne vous connaît comme organisateur ou organisatrice.

3- Pouvions-nous décider de changer de cap en six mois sans perdre tout notre soutien, ou bien allons-nous avoir l’impression d’avoir complètement perdu notre temps? C’est une question peu évidente à répondre, car elle est tout à fait hypothétique. Cependant, je pense toujours qu’il y a une certaine manière d’évaluer une grosse campagne. Les choses ne vont pas toujours comme prévu, alors il est utile de posséder un plan de secours qui peut aider à sauver les acquis et prendre une autre direction.

Cette question vous force à penser de façon critique aux étapes nécessaires à la construction et la gestion d’une campagne. Par exemple, notre première étape pour réunir massivement les noms et contacts avec une pétition nous assurait d’avoir gagné une ressource précieuse, même si nous aurions dû abandonner la campagne de départ, celle du salaire à 15$. Cette liste a aussi généré des one-on-ones avec une variété de travailleuses et travailleurs que nous n’aurions pas contacté-e-s autrement. Même si la campagne échoue, nous avons bâti des relations avec plus de nos camarades, et possiblement certains d’entre eux et elles sont devenus des organisateurs et organisatrices.

Conclusion:

Entreprendre cette campagne m’aura appris d’importantes et marquantes leçons comme organisateur syndical. Plusieurs de ces leçons, je ne les aurais pas apprises si nous avions continué-e-s sur les chemins déjà tracés. J’ai appris l’importance d’un comité fonctionnant démocratiquement avec une diversité d’opinions et de perspectives. La responsabilité des membres du comité doit être établie très tôt, et maintenue même durant les moments les plus difficiles de la campagne. J’ai rapidement réalisé que je ne pouvais pas être un organisateur efficace en parlant seulement aux gens que je connaissais déjà. Organiser n’est pas une activité sociale confortable; par moments, ça ressemble à ce que mes camarades décrivent comme « une zone de guerre ». Et aussi longtemps que vous comprenez et restez préparé-e-s pour ça, vous pouvez faire d’importants gains dans la lutte contre le salariat. Mais cette campagne a été plus qu’une expérience enrichissante. Malgré quelques moments persistants de déceptions et de doutes intenses, je suis convaincu que cette campagne a eu des impacts très positifs sur l’organisation à UPS. Nous avons développé une équipe militante de travailleurs et travailleurs sur le planché de travail, et amené quelque-un-e-s d’entre eux et elles dans le SITT-IWW. Nous avons utilisé notre réseau de contacts dans notre milieu de travail. Ces réseaux traversent les barrières d’âges, d’ethnies et de genres. Nous avons appris à reculer et jouer la défensive lorsque les conditions l’exigent. À travers tout le stress, la joie, la déception et l’humour, nous sommes resté-e-s ensemble et avons même grandi-e-s ensemble en tant que comité. Alors que la campagne de 15$/l’heure de départ ne fut pas couronnée de succès, je crois que nous avons montré que l’idée d’entreprendre une grande campagne, une campagne publique contribue à une réussite plus grande et globale dans l’organisation de nos camarades.

Pour le Syndicat pour tous et toutes,

Camarade Cœur de Bord

Membre du PHOC

Congédié, puis expulsé du Canada pour avoir participé à une grève au Québec

Entrevue avec Noé Arteaga Santos par le SITT-IWW

Montréal, le 30 juillet 2015

Mise en contexte : Noé Arteaga Santos, travailleur migrant et saisonnier pour Les Serres St-Laurent inc appartenant à la compagnie Savoura, a été congédié puis expulsé dans son pays natal, le Guatemala, après avoir participé à une mini-grève revendiquant des soins médicaux légitimes pour un travailleur malade. Noé n’a pas lâché prise, il a combattu en cour son congédiement illégal et réclame maintenant justice et compensation. Son combat, commencé depuis son congédiement en 2008, est toujours d’actualité.

Le SITT-IWW a eu le droit à une entrevue exclusive de Noé pour discuter de son combat et aussi des conditions de travail des travailleurs et travailleuses migrant-e-s au Québec.

Question : Bonjour Noé, pourrais-tu expliquer le combat que tu mènes présentement contre la compagnie Savoura ?

Noé : Ok, je vais essayer de faire court parce que je parle beaucoup ! Le 11 décembre 2014 un arbitre nous a donné raison en affirmant que l’on n’a pas été congédié de la bonne façon et qu’il y avait de la discrimination. Cela touche tous les travailleurs et particulièrement ici Isaïa Garcia Castillo et moi.

L’entreprise pour laquelle nous travaillions s’appelait avant Les Serres du St-Laurent inc. mais son nom commerciale est Savoura. Ils avaient quelques problèmes financiers mais en plus de ne pas payer leurs travailleurs, ils sont allés sous la protection de la loi de faillite. Ils ont finalement vendu les actifs à une autre compagnie qui produit le même type de culture et qui s’appelle Sagami, et cela pendant les négociations.

Maintenant on entre dans un autre combat car le fait d’être congédié injustement et qu’il y avait de la discrimination a déjà été prouvé.

Ici on parle de notre cas, deux travailleurs qui ont poursuivi l’entreprise mais il y a encore aujourd’hui d’autres travailleurs qui se font expulsés lorsqu’ils sont malades par exemple et alors ils te renvoient au Guatemala. C’est en fait le cas de mon collègue Oswaldo (qui appliquait des pesticides) et que du coup on a fait une mini-grève… mais on ne savait pas qu’il nous était interdit de faire ne serait-ce qu’une mini-grève ! On était syndiqué mais par le syndicat de l’entreprise !
Au moment de la mini-grève c’est moi qui ai parlé aux bosses et aux coordinateurs, on ne comprenait pas qu’ils n’envoient pas notre collègue voir des médecins vu que nous avions l’assurance-maladie et des assurances privées. C’est l’employeur qui est responsable de voir à la santé de ses travailleurs, leur sécurité enfin de voir à tout et c’est pourquoi nous refusions de travailler s’ils ne le faisaient pas soigner notre collègue.

Le jour suivant, j’ai décidé de prendre un jour de congé, ce à quoi j’avais droit selon les normes du travail et la convention collective car j’avais déjà travaillé plus de 55h cette semaine-là. Mais bon, il y a aussi des semaines où j’ai travaillé plus de 65h et je n’ai pas été payé en temps supplémentaire alors qu’on aurait dû, c’était même écrit en espagnol dans mon contrat mais ça n’était pas le cas en vrai.

Donc je ne suis pas allé travailler, et cette journée-même, je reçois un appel du consulat qui m’annonce que je suis expulsé et qu’Oswaldo, mon collègue malade, aussi. La compagnie, en fait, ne voulait pas payer les congés maladie de mon collègue. En début d’après-midi nos comptes étaient fermés et le soir même on nous accompagnait à l’aéroport de Montréal pour nous retourner chez nous.

Q : Présentement quelle situation vis-tu avec la compagnie car ils disent qu’ils sont en faillite alors qu’ils ne le sont pas ?

Noé : J’ai écrit au syndic que faillite et j’ai reçu une réponse de leur part, une réponse que je trouve drôle mais que je ne peux vous fournir tout de suite.

Cela dit, j’ai fait un évènement le 19 juillet de cette année près de l’oratoire car, si vous ne le saviez pas, en fait les entrepreneurs amènent leurs employés migrants, chaque année, à une messe annuelle pour les remercier et j’en ai profité pour distribuer des flyers et donner de l’information autant que possible. Il y avait un monsieur qui protège les intérêts des entreprises et qui m’a demandé : ‘mais pourquoi n’avez-vous pas parlé au nouveau propriétaire ?’ en disant que le nouveau propriétaire est mieux que l’ancien et qu’aussi, Savoura continuera de toute façon à vendre des tomates.

C’est un peu la réponse du syndic de faillite aussi, comme quoi l’ancienne compagnie n’existe pas vraiment qu’ils ont vendu seulement des actifs de la marque.
En fait ce que je demande c’est que soit la marque, soit les anciens propriétaires ou même les nouveaux propriétaires prennent leur responsabilité face à la décision prise et rendue par le tribunal d’arbitrage. C’est tout ce que je demande, ni plus ni moins.

Q : Est-ce que tu considères que le gouvernement provincial ou fédéral, veut t’aider dans tes démarches ou ils t’ignorent complètement comme la compagnie semble le faire ?

Noé : Les deux gouvernements nous ignorent complètement, et je parle ici de tous les travailleurs immigrants.

Je vais vous donner l’exemple du TUAC qui est le syndicat des Travailleurs et travailleuses Unis de l’Alimentation et du Commerce. Les entreprises pour lesquelles nous travaillons sont ce qu’ils appellent des fermes familiales et ils utilisent ce terme pour faire passer le message que nous sommes tous des frères et sœurs, et que nous sommes là que quelques mois par année donc nous n’avons pas besoin d’avoir un syndicat. On nous a quand même donné le droit de nous syndiquer durant le gouvernement de Pauline Marois, le droit à la syndicalisation a été approuvé par la Cour Suprême. Les entreprises étaient alors très préoccupées car tous les travailleurs allaient avoir des droits !

Le gouvernement suivant a fait un projet de loi ne permettant pas à tous les travailleurs d’être syndiqués. Il leur donne le droit d’association mais pas celui de syndicalisation, ça je m’en souviens très bien ! Ce droit d’association par contre ne nous donne pas le droit de négocier !

Mais à quoi cela sert ce droit d’association du coup ?

J’apprends tout ça maintenant mais j’ai entendu que c’est arrivé même à des québécois ou des canadiens : l’entreprise fait faillite, ne paye pas le travailleur et le propriétaire ré-ouvre une entreprise avec un autre nom et recommence. La loi est totalement disproportionnée, elle n’est pas faite pour les travailleurs, elle sert plus les intérêts commerciaux qu’autre chose.

Q : Y’a-t-il d’autres travailleurs ou travailleuses qui sont dans la même situation que toi ?

Noé : Oui, comme mentionné plus tôt, Isaïa Garcia Castillo a été aussi touché par la décision. J’ai contacté mon collègue qui était malade à l’époque mais vous savez, au Guatemala il n’y a rien pour survivre comme ici, il n’y a pas de chômage, pas d’aide social, alors il a tout laissé tomber. Il a préféré faire le taxi là-bas pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille car les procédures étaient très longues et qu’on n’a pas le droit au chômage d’ici vue qu’on est dans un autre pays.

Rendez-vous compte qu’en comparaison : 1h de travail ici équivaut à 1 semaine de travail là-bas alors beaucoup de travailleurs ou travailleuses veulent faire bouger les choses ici mais… de façon anonyme…

Malheureusement ça ne sert pas à grand-chose car le gouvernement n’accepte pas les revendications anonymes ! Je suis aussi bénévole dans des centres de travailleurs et on a essayé d’envoyer des plaintes anonymes à plusieurs reprises et ça ne fonctionne pas ! Ils veulent toujours savoir de qui cela vient, et s’ils ne savent pas, ils pensent que ce n’est pas crédible. Et si tu donnes ton nom, tu portes plaintes, tu te fais congédier sur le champ car c’est plus facile de te renvoyer ! Ce n’est pas tout le monde qui a la chance de rester malgré tout, moi j’avais un visa donc j’ai pu revenir.

Quand ils te renvoient, ils ne te donnent pas une semaine d’avis, ils te renvoient tout de suite, la journée même et alors tu es expulsé. En plus, on habite chez eux alors s’ils nous renvoient et on n’est pas expulsable, on ne sait même pas où habiter, on n’a aucun contact avec le monde extérieur, on ne parle pas la langue, on est contrôlé ! Alors personne ne porte plainte par peur des représailles.

Les travailleurs que j’ai rencontrés lors de l’évènement du 19 juillet, se plaignaient pas tant de leurs conditions de travail que de la façon dont ils sont traités. Eux aussi aimeraient se plaindre, mais de façon anonyme et de plus, ils se demandent comment ils auraient le temps même de parler de tout ça car ils sont levés à 6h le matin et reviennent le soir à minuit. Si jamais ils se plaignent et qu’ils ne sont pas renvoyés, ils sont de toute façon barrés du programme et ne peuvent pas revenir travailler ici l’année d’après.

C’est comme de l’esclavage moderne !

Une chose que je trouve drôle c’est que tout le monde pense que les anglophones sont pires que les francophones en terme d’exploitation alors que c’est vraiment la même chose : le patronat c’est le patronat !

Q : J’ai lu quelque part que les travailleurs et travailleuses migrant-e-s payent l’assurance chômage à laquelle ils et elles n’ont pas droit car aussitôt qu’ils finissent de travailler on leur demande de partir, est-ce vrai ?

Noé : Oui c’est une réalité. Il y a un mythe que j’aimerai clarifier avec vous ici car les journalistes traditionnels croient que nous sommes des profiteurs : que nous travaillons ici 8 mois puis que nous retournons dans nos pays et que nous touchons un chèque de chômage. Ce qui n’est pas le cas, on ne reçoit rien mais par contre on ne cotise pas seulement pour le chômage, on cotise aussi pour la retraite que l’on ne touchera jamais vu que nous ne serons pas à la retraite au Canada !

Q : On sait que c’est un travail difficile que les gens d’ici n’aime pas faire mais ne pas se faire payer en plus, je trouve ça aberrant ! Te sens-tu apprécier en tant que travailleur (même si on constate bien que non !) ?

Noé : en effet, ce n’est pas un travail que les québécois aiment faire. Et on ne se sent pas spécialement apprécier, parfois on a l’impression qu’on nous prend encore pour des sauvages, on est tout le temps surveillé comme si on n’était pas capable de se comporter dans une société avancée. On n’a pas le droit de se faire des amis québécois, d’aller à l’église et on n’a pas le droit de se syndiquer.

Q : Finalement on se sert de l’excuse en disant que les gens ne veulent pas travailler pour amener des gens que l’on va payer moins cher et faire travailler plus d’heures.

Noé : oui, c’est tout à fait ça ! Surtout que ces travailleurs sont plus disponibles que les québécois car ils travaillent les samedis, dimanches, sous la pluie. Ils obéissent car ils veulent revenir l’année prochaine et rester dans le programme. Il y a même eut des morts car ils travaillaient sous la pluie et le tonnerre leur ait tombé dessus, ce sont des choses qu’ils exigent de travailleurs étrangers et qui ne parlent pas la langue.

Quand Oswaldo est tombé malade il n’a pas eu le choix de travailler, c’était son premier jour et alors ils lui ont demandé : ‘tu es ici pour des vacances ou pour travailler ?’
De plus, ils nous disent tout le temps, c’est bien une des seules choses qu’ils savent dire d’ailleurs : capaz mucho rapido (capable de le faire plus vite), ils nous en demandent toujours plus et plus, chose qu’ils ne font pas avec les québécois.

Quand parfois on travaille avec des québécois il y a ce que l’on appelle des ‘pauses chaleur’ quand il fait très chaud durant l’été. Mais si il n’y a pas de québécois dans les travailleurs les ‘pauses chaleur’ n’existent plus, on travaille jusqu’à minuit et il n’y a même pas de pause pour pouvoir boire de l’eau.

Q : Est-ce que tu fais face à des coûts pour rester ici et faire face à tout cela ? Peut-on contribuer à ta campagne ?

Noé : Si vous voulez aider, vous pouvez envoyer des dons au Centre des travailleurs immigrants qui m’ont bien aidé et m’aide encore dans ma campagne.

Moi la seule chose que je demande c’est le 50.000$ que l’entreprise me doit mais personne ne m’a payé, tout le monde m’ignore !

Je les dérange quand même un peu car ils ne savent pas comment me contrôler et ont même fait des mises en demeure car on a lancé la campagne, c’est même arrivé jusque dans les pages du SITT-IWW, on a fait une grève de la faim devant le consulat… ils ne peuvent plus me poursuivre pour diffamation car il a été prouvé que ça n’en est pas ! Je pense qu’ils ne s’attendaient pas à ça car généralement les travailleurs retournent chez eux et recommencent à travailler dans leur pays pour pouvoir survivre.

Moi je pensais que le Canada était mieux que mon pays car au moins, au Canada il y a la justice. Mais en fait ce n’est pas vrai du tout, je me suis rendu compte que j’avais une idée faussée du Canada. Mais c’est comme ça pas juste avec les travailleurs immigrés, c’est comme ça avec tous les travailleurs : ça prend du temps, c’est long, on devient tanné alors on finit par laisser tomber.

Q : Vous êtes payé au salaire minimum ?

Noé : oui, je me souviens très bien, en 2008 on était payé 8.52$ de l’heure.

Q : Y’a-t-il des choses que tu voudrais ajouter ?

Noé : Je pense qu’on a pas mal fait le tour mais j’aimerai inviter tous les travailleurs québécois qui subissent une injustice à lutter ! C’est la seule façon qu’on arrivera à changer les lois.
Il faut arrêter de rester du côté des employeurs et montrer que nous avons le pouvoir, c’est nous qui sommes les travailleurs et qui faisaient tourner leurs affaires.
Il faut pas qu’on se laisse faire !

Entrevue par Coline G et Norman L.

Rédaction et correction par Coline G.

Brève syndicale du 5 au 11 avril

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– À Houston, au Texas, les membres incarcéré-e-s du IWW ont fait une action historique. 7 prisons s’on entrées en grève à travers l’État. Les prisonniers et les prisonnières travaillent pour des compagnies diverses avec un salaire parfois nul (0$/h). On se souviendra des 4,000 prisonniers et prisonnières qui ont combattu-e-s les feux de forêts de la Californie en 2015 pour 2$ par jour. Les conditions de vie exécrables sont dénoncées, agressions sexuelles, manque d’air climatisée provoquant parfois la mort, obtenir un salaire pour le travail fait, les revendications sont nombreuses. https://iwoc.noblogs.org/post/2016/04/05/strike-roundup-day-1-texas-prisons-shook-by-iwoc-initiated-strikes/

– En France, la mobilisation contre la réforme du travail continue. Le 9 avril, plus de 200 manifestations se sont tenues à travers le pays. La répression a été énorme, on dénombre 177 interpellations et les blessé-e-s se comptent par dizaines.

– Les conducteurs et les conductrices de taxi ont continué-e-s à manifester à Québec et à Montréal contre le manque d’encadrement d’Uber. La compagnie Uber pratique l’évasion fiscale et s’enrichie sur le dos des employé-e-s qui n’ont aucun contact entre eux et elles ni de pouvoir sur les tarifs et les conditions de travail.

– Dans la réserve autochtone du Lac-Simon, des policiers ont happés puis abattus un homme suspecté de se promener avec une arme blanche dans les rues le mercredi 6 avril. On ne connait que peu de détails sur l’opération policière, l’enquête a été donnée à un autre corps policier et l’opération a débutée suite à un appel pour violence conjugale. Le 10 avril la réserve Attawapiskat en Ontario déclare l’état d’urgence après la 39e tentative de suicide depuis le 1er mars dernier. Les conditions de vie difficiles sont pointées du doigt comme facteur important, le chômage étant énorme en plus de l’alcoolisme et la toxicomanie touchant une grande partie de la population.

– le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a fait un palmarès des maires les moins fiables. Au troisième rang se trouve Jean Tramblay, maire de Saguenay, dont la spécialité est le congédiement abusif. En tête du palmarès, c’est nul autre que Régis Labeaume, suivi par Denis Coderre. On les accuse respectivement d’être négociateur de mauvaise foi et de détruire les biens publiques tout en en accordant des contrats aux amis.

Solidarité avec les coursiers et coursières à vélo de San Francisco

Il y a quelques jours à peine, alors qu’une première rencontre des membres du Comité d’organisation pour un Syndicat des coursiers et coursières à vélo chez Sprig.Inc à San Francisco était organisée, l’employeur décréta l’équivalent d’un lock-out d’une semaine suivi d’un retour au travail avec un horaire coupé de moitié.

Les coursiers et coursières à vélo qui ne faisait déjà que 13,50 de l’heure, soumis à une politique de la compagnie leur interdisant de recevoir un pourboire, ont ainsi vue leur horaire passer d’une trentaine d’heure par semaine à de 3h à 15h seulement. Alors que les organismes qui se sont penchés sur la question évaluent le salaire décent à 14,37 pour la région de San Francisco, rappelons que les coursiers et coursières font un métier aussi exigeant physiquement que dangereux. On exige notamment qu’ils et elles soient capable de franchir des distances de 3 à 5km en zone urbaine en moins de 15minutes.

Les membres du syndicat se sont déjà entretenu à de nombreuses reprises avec la direction de Sprig.Inc afin de demander une compensation pour les heures et les journées de travaillent qui furent coupé, de même que des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail, mais la partie patronale semble déterminer à laisser trainer l’affaire aussi longtemps que possible. Les coursiers et coursières à vélo de San Francisco, regroupé sous le Syndicat Industriel 540, en appellent donc à la solidarité des individus, des communautés et des organisations concernées à les appuyer dans leur démarche.

Pour support les coursiers et coursières à vélo en négociation:
https://rally.org/couriersunion?utm_source=leader_banner

Solidarité!

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Palmares des boss pourris. Inscris le tien!

Le SITT-IWW Montréal, à l’approche du 1er Mai, Journée internationale des travailleurs et travailleuses, et dans le cadre de sa campagne pour l’obtention du 15-5-7 (15$ de l’heure, 5 semaines de vacances et 7 journées de maladies, utilisées ou non, payées par année) vous invite à dénoncer ceux qui s’enrichissent du fruit de votre tra-vail !

L’exercice est fort simple : nous dresserons et diffuserons la liste de tous les boss pourris qui n’offrent pas le 15-5-7 à leurs employé-e-s, en partie ou au complet, que vous nous soumettrez! Qu’il s’agisse d’une agence de placement, d’un sous-traitant, d’un commerce, d’une compagnie à numéro, d’une multinationale, d’une société d’état, d’un restaurant/d’une chaîne de restauration, d’un ministère, d’un service public, du bail-leur de fonds de votre organisme, etc. Le nom de l’employeur que vous nous soumettrez se retrouvera dans cet « illustre » répertoire.boom

Pour se faire, écrivez-nous au iww_quebec@riseup.net, via notre page Facebook : facebook.com/montreal.iww, en nommant le ou les pourris de votre choix. Toutes les au-teurs des soumissions seront bien sûr tenues anonymes !

Parce qu’à la Journée internationale des travailleurs et travailleuses, nous avons le droit de lutter pour de meilleures conditions de vie et de travail, d’être en colère et de mettre un nom à cette colère !

Le Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses (SITT-IWW) de Montréal

Brève syndicale du 28 mars au 4 avril

– En France, la lutte contre la loi El Khomri continue à battre son plein. Si les manifestations du 24 mars étaient relativement moins grandes que celles du 9 mars, on peut dire que le 31 mars montre que le mouvement ne s’essouffle pas. Plus de 200 manifestations à travers le pays: Paris, Nantes, Rennes, Lyon, Marseille, et tant d’autres villes ont vu leurs rues submergées de manifestant-e-s. Selon la CGT (Confédération Générale du Travail) et FO (Forces Ouvrière), 1,2 millions de manifestant-e-s se sont rassemblé-e-s cette journée. Ce n’est rien de moins que le retrait total de la loi qui est exigé. Depuis, la place de la République est occupée chaque nuit par des contestataires qui y tiennent des assemblées générales. Voici une prise de parole de l’économiste Frédéric Lordon lors d’un des rassemblements: http://la-bas.org/la-bas-magazine/reportages/frederic-lordon-il-est-possible-qu-on-soit-en-train-de-faire-quelque-chose

– Le 31 mars, à Québec, la Coalition Main Rouge – Non aux hausse mena une action dans les bureaux de revenu Québec pour dénoncer les paradis fiscaux. Bannières et slogans étaient au rendez-vous.

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– Le 1er avril, nous apprenions que dans l’état de New York, un budget a été proposé dans lequel il est question d’augmenter le salaire minimum actuellement de 9$ de l’heure à 15$ de l’heure. Après plus de deux ans de luttes dans le milieu de la restauration rapide à travers les États-Unis, il était plus que temps qu’une avancée de ce côté soit enfin obtenue.

– En Angleterre, les médecins en lutte contre les réformes gouvernementales qui visent à modifier le fonctionnement des écoles de médecine, les contrats et les conditions de travail, pourraient se voir rejoint par les travailleuses et travailleurs du National Union of Teachers. En effet, les réformes attaqueraient jusqu’à la qualité des services et même la sécurité des patients. Se faisant, le mouvement visant à sauvegarder les acquis et la qualité des conditions de travail risque de grossir considérablement.

– Dimanche le 3 avril, des journalistes de plus d’une centaine de médias à travers le monde ont lancé Panama Papers, un site où seront divulguées des informations concernant les paradis fiscaux utilisés par bon nombres de dirigeants tant de pays que de corporations. Lundi le 4 avril, des milliers d’islandais-e-s se sont rejoint devant le parlement exigeant la démission de du gouvernement actuel dont le chef et plusieurs membres ont fait affaires avec des compagnies en liens avec les paradis fiscaux. Qui sait, peut-être verrez-vous le nom de votre patron-ne apparaître parmi les innombrables personnes qui seront dénoncées au courant des prochains mois.

Les Wobblies à travers le monde, Chronique de Mars.

En date du 1er janvier 2016, Randall Jamrok, secrétaire-trésorier général de l’IWW, finissait de faire les comptes et nous annonçait que l’IWW compte désormais plus de 3500 membres. Majoritairement répartie entre l’Amérique du Nord et l’Angleterre on les retrouve aussi en Norgève, en Allemagne, en Lithuanie, en Austrie, en Suisse, en Grèce, en Australie et en Chine. Si cette chronique mensuelle ne ce veut pas une liste exhaustive des activités de chacune des 50 et quelques sections locales qui constituent actuellement le Syndicat pour Tous et pour Toutes, elle tentera tout de même, tant ben que mal, de mettre un peu de lumière sur les activités des wobblies de partout à travers le monde.

Le 1er mars, le fellow worker James, de la branche de Balti10569076_720396931330843_5408464749728183823_nmore se faisait finalement versé rétroactivement les 7500$ de salaire que les magasins Jimmy Johns lui devaient après l’avoir congédié illégalement pour activité syndicale. Un jugement similaire fut rendu par le National Labor Relation Bord quelques semaines plus tard, au sujet des employé.es congédiés.es des les franchises de Minneapolis. Rappelons que la campagne d’organisation des restaurants « Jimmy John » avait été lancée à Minneapolis en 2007 pour sortir publiquement dès 2010 avec l’organisation des 10 succursales rapidement rejointes par les fellow workers de Baltimore.

Toujours à Baltimore, le 2 mars dernier, le café-libraire Red Emma, anciennement accrédité au SITT-IWW, org10405585_751876278193930_2607770610963710947_nanisait le lancement de la dernière édition du livre du défunt Franklin Rosemont  Joe Hill et la création d’une contre-culture ouvrière révolutionnaire. Pour l’occasion David Roediger et Kate Khatib, des ami-es, collaborateur et collaboratrice de Rosemont furent invité-es à prendre la parole.

Le 15 mars, la section-locale de Montréal organisait un BBQ pour souligner la journée internationale contre la Brutalité Policière. La manifestation qui suivit attira plus de 200 personnes qui pour la première fois depuis de nombreuses années réussirent à prendre la rue et à terminer la manifestation sans arrestation de masse ni violence policière.

Le 19 mars, l’IWW Sheffield organisait une journée de formation axée sur les rapports d’oppressions reliés au genre, au sexe et à la sexualité sur les lieux de travail.

Des Formations d’Organisation 101, formation expliquant comment lancer un syndicat IWW sur son lieu de travail, furent organisé à Hartford, Détroit, Mineapolis, Milwaukee et Edmonton.

Deux émeutes secouèrent les prisons de l’État de l’Alabama, ctexaslockedin-300x288teau fort du Comité d’Organisation des Travailleurs et Travailleuses Incarcéré-es de l’IWW (IWOC-IWW), Au cours des dernières semaines. Pendant ce temps, les membres de l’IWOC au Texas se préparent à lancer une série d’arrêts et de ralentissement de travail afin d’obtenir des réformes dans les dossiers de la libération sur parole, de l’accès aux soins de santé et du système carcéral en général afin que les travailleurs et travailleuses incarcérées soient traités humainement.

Des membres de la branche de Portland se joignirent le 26 mars au Portland Solidarity Network pour tenir une ligne de piquetage devant LKQ Foster Auto Parts en solidarité avec le fellow worker Andrew congédié, alors qu’il tentait de s’organiser avec ses collègues contre la stagnation des salaires, la dangerosité de leur environnement de travail, le manque de transparence de la direction et le harcèlement au travail.

Déjà à sa sixième grève de la saison, Familias Unidas por la Justiciale organisait le 31 mars une manif-action au siège social de Driscoll à Watsonville en Californie afin de combattre les conditions de travail inhumaines des travailleurs et travailleuses migrant.es employé.es par la compagnie.

Notons pour terminer que l’été promet une modification géographique et démographique majeure pour l’IWW, majoritairement situé dans le Nord des États-Unis et en Angleterre! Alors que d’un côté les officiers et membres du Comité d’Organisation Régional Canadien, fier-es d’avoir assisté à la création des branches de Sherbrooke et Québec travaillent d’arrache-pied à la mise sur pied d’un projet visant une augmentation de 50% de leur membership et la création de 3 nouvelles branches en sol canadien (Drummondville, Kitchener-Waterloo et Saskatoon). Du côté du Sud des États-Unis, de nombreux membres se sont réunis pour organiser une tournée de conférences visant à faire la promotion du Syndicalisme de Solidarité dans leurs régions en plus de soutenir les efforts du Comité d’Organisation des Travailleurs et Travailleuses Incarcéré.es (IWOC-IWW) qui prévoit de nombreuses grèves et actions qui culmineront lors d’une grève nationale le 9 septembre prochain!

Brève syndicale du 19 au 28 mars

– Les travailleuses et travailleurs d’Amazon en Allemagne sont entré-e-s en grève afin d’obtenir de meilleurs salaires, lundi le 21 mars. Cela fait plusieurs grèves dont les revendications tournent autour des salaires mais aussi des conditions de travail que cette compagnie connait depuis quelques années en Allemagne. La dernière remonte à décembre 2015, durant la période des fêtes.

– En date du 18 mars, on apprenait que dans la localité de Dunga en République démocratique du Congo, les enseignant-e-s continuaient leur grève commencée cinq jours plus tôt. Illes continueront leur grève tant qu’illes n’auront pas obtenus leur salaire promis pour le mois de février.

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– Le syndicat Unifor à Toronto craint que 200 emplois de Bombardier soient délocalisés en Chine et au Mexique. La compagnie a déjà créée une polémique lorsque le gouvernement leur versa plus de 1,5 milliard de dollars en soutien financier en plus d’avoir déjà effectué quatre vagues de compressions en moins de deux ans portant alors à 6300 emplois éliminés.

– Le 23 mars, nous apprenions que la Scierie Petit-Paris, dont le syndicat est affilié à la CSN, a vu ses membres rejeter à 97% l’offre de leur employeur, votant par la suite une grève appuyé à 93%. Les négociation de la convention collective ont débutées en octobre dernier. Gagnant en moyenne 4$ de moins que les travailleuses et travailleurs des autres scieries de la région pour aider l’entreprise à traverser la crise forestière, les  syndiqué-e-s jugent que leurs sacrifices ont été fait et qu’il est temps d’un rattrapage décent.

– En France, la mobilisation contre la réforme du code du travail persiste. Le jeudi 24 mars, les lycées sont toujours bloqués et les manifestations continues à travers la France. Coups aux visages, arrestations musclées, les images de brutalité policière sème la colère dans la population française. Deux commissariats de police de Paris a d’ailleurs été attaqués par les manifestants suite à la propagation ces images violentes. Un appel à manifester est lancé pour le 31 mars par les syndicats et les lycéen-ne-s.
– http://actu.orange.fr/france/videos/des-commissariats-caillasses-apres-la-diffusion-d-une-video-choc-VID00000025DJK.html

– En Inde, durant des manifestations dénonçant les discriminations liées aux castes, 16 personnes sont mortes et 200 ont été blessées. Les castes dites « basses », notamment les Jats représentants 30% de la population du pays, ont manifestées dans le nord du pays, des milliers de manifestants ont encerclés le principal quartier administratif. L’armée est intervenue puisque le chef de la police a reconnue que les autorités ne contrôlaient pas la situation. Les manifestations ont débutées lundi le 21 mars.

La Régie du très très lentement… Pour qui?

Dans le cadre des Jeudis de la Justice, en date du 24 mars 2016, au Comité d’éducation aux adultes de la Petite-Bourgogne et Saint-Henri (CÉDA) sur la rue Delisle, près de la station Lionel-Groulx, se tenait une rencontre ouverte d’information et de discussions sur la campagne menée depuis plus de deux ans par des membres des comités-logements P.O.P.I.R et Projet Genèse. L’avocat des Services juridiques communautaires, Me Manuel Johnson, clarifiait le brouillard et la complexité des formalités juridiques entourant les plaintes, les demandes de dossiers à la Régie du logement et leurs avancées, si avancées, il y a.

Le Comité Régie du Lentement proteste activement contre les inégalités commises à la Régie du logement (tribunal administratif indépendant, officiellement neutre et impartial), à l’endroit des plus précaires. Ses membres militent, entre autre, contre l’immense disparité des délais d’attente entre les propriétaires et les locataires, soit une moyenne de 2 mois pour les causes de non-paiements des loyers face à une moyenne de 20,4 mois pour les raisons 12899656_10153925404744333_1638262227_nnommées ‘’civiles générales’’ (insalubrité, harcèlement, abus et autres préjudices). Les démarches sont donc 10 fois plus rapides, aujourd’hui, pour ceux ou celles qui possèdent le logement que pour ceux ou celles qui l’habitent. Il est notable de spécifier qu’en 1998, le temps d’attente moyen des dossiers de causes civiles générales était d’approximativement 3 mois. Nous pouvons voir que la majorité des procédures juridiques cheminant à la Régie du logement font suite aux demandes d’un ou d’une propriétaire, puisqu’ils et qu’elles déposent 88% des plaintes, dont 62% pour non-paiement d’un loyer, et que 85% des plaintes venant des locataires sont d’ordre civiles générales. Évidemment, étant donné la si mince représentation des moins nanti-e-s et du temps d’attente suffisamment long pour qu’un déménagement survienne dû à la fin d’un bail, leurs demandes finissent souvent par tombées, complètement ou en partie. Selon Me Johnson: ‘’Lorsque les locataires changent de logements, les demandes faites sur les rénovations du logement ou les baisses de loyers tombent, disparaissent’’; C’est-à-dire qu’il ne reste généralement que les demandes de dédommagements moraux qui tiennent, et elles sont les plus difficiles à démontrer juridiquement. Ajoutons que pour toutes plaintes, il est primordial pour le ou la plaignant-e de prouver toutes formes de désagréments, mais que le simple fait de ne pas payer son loyer (qu’il affecte sérieusement ou non les finances des propriétaires) est une preuve substantielle de préjudice à l’endroit des locateurs et des locatrices. Effectivement, il est plus aisé de mettre en évidence le non-paiement d’un loyer que le stress causé par le harcèlement d’un-e voisin-e ou la cause première d’une infestation de vermine. Dans certains cas, il se peut que le non-paiement ou le retard d’un loyer leurs engendrent de réelles difficultés, que ce soit des pénalités économiques ou la saisie de la résidence. Toutefois, l’enjeu abordé dans cette campagne n’est pas un combat contre les avancées accélérées des propriétaires, mais tient plutôt dans le besoin, le droit, d’avoir autant de célérité dans les procédures pour les dossiers des locataires plaignant-e-s.

12899723_10153925404714333_1711200640_nLe manquement à plusieurs conditions de contrats auxquels l’État québécois participe est décrié par la Déclaration commune pour un réel accès à la justice à la Régie du logement, rédigée par le Comité Régie du Lentement et signée par une panoplie de groupes communautaires, de syndicats, d’associations de locataires, de regroupements d’organismes sans but lucratif, d’individus et même des arrondissements municipaux de Verdun et du Sud-Ouest, à Montréal :

Malgré les termes des documents internationaux considérés par le gouvernement du Québec, tel que l’article 11 du Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels, dont le Québec est signataire, ‘’reconnaissant le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu’à une amélioration constante de ses conditions d’existence’’; ainsi que l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, stipulant que ’’Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires’’. Bien que plusieurs articles de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne interdisent la discrimination et obligent l’accès à un environnement de vie et des services sociaux décents, les inégalités dans les conditions des logements sont choquantes. Malgré le devoir, en tant qu’instance législative, de la Régie à être équitable et objective, l’iniquité dans les délais du traitement des plaintes est criante. Ces injustices mènent du bruit… Du bruit produit par le Comité Régie du Lentement qui s’entend dans les rues, devant et dans les bureaux de la Régie du logement, de l’ex-ministre responsable des affaires municipales, Pierre Moreau, et de l’actuel ministre détenant ces responsabilités, Martin Coiteux. Le vacarme mené par la campagne est clair; il réclame par la Déclaration commune pour un réel accès à la justice à la Régie du logement :


– Que toutes les demandes émises sont traitées selon l’ordre d’arrivée (premier arrivé, premier servi);

– Que toutes les demandes soient traitées dans un délai maximum de 3 mois;

– Que les causes concernant la santé et la sécurité des plaignant-e-s soient traitées en moins de 72 heures.

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Soulignons toutefois les quelques acquis obtenus depuis le début e la campagne, minimes, mais des acquis tout de même. La première avancée se manifeste par l’embauche de nouveaux employé-e-s, suite à l’ouverture de postes supplémentaires. Le second et dernier gain, probablement l’enfantement du premier, est la réduction de 0,3 mois d’attente pour les demandes civiles générales, passant d’une moyenne de 20,7 à 20,4 mois.

Suite aux refus répétitifs de Pierre Moreau à rencontrer les membres du Comité Régie du Lentement, l’espoir d’une rencontre avec le nouveau ministre responsable des municipalités, Martin Coiteux, fait surface. Néanmoins très peu optimistes d’une réponse ministérielle divergente de la précédente, les militant-e-s de la campagne ont lancé-e-s lors de cette rencontre, un questionnement quant à l’avenir de leur mobilisation et la façon de l’exercer. Lors de cette soirée d’information et de discussion, des propositions de tous genres fusèrent de part et d’autre : harcèlement médiatique, multiplication des manifestations et des actions directes et l’exigence de la tenue d’une enquête publique sur la Régie du logement, par exemples.

Dans le cadre de la Journée des locataires, le 24 avril prochain se tiendra une manifestation nationale afin de 12899672_10153925404719333_1673965386_nprotester contre les pénibles conditions des logements et de leurs occupant-e-s. Pour plusieurs, les problématiques liées au logement semblent n’être que des caprices, mais pour ceux et celles qui vivent quotidiennement la moisissure, les coquerelles, les rats, les infiltrations d’air et les problèmes de santé (physique et psychologique) qui en découlent, ce n’est pas des ‘’caprices’’ aptes d’attendre près de 2 ans avant quelconque possibilité de changement. Selon la travailleuse sociale, Valérie Beauregard : ‘’Même dans des conditions d’insalubrité, la rapidité d’exécution de la demande varie selon les causes de ces conditions. Lorsque la faute revient aux locataires, le traitement des dossiers est plus rapide que lorsqu’elle provient des locateurs ou des locatrices.’’

Le droit à un logement décent étant certes plus récent que l’ancestral droit à la propriété privée, il parait difficile, même dans les institutions juridiques, de douter de la primauté de cette antiquité légale opposée à un environnement sain et sécuritaire. C’est donc à se demander jusqu’où devrons-nous se rendre pour se faire entendre? À vous de voir, jusqu’où êtes-vous prêt-e-s à aller pour un changement radical des conditions d’existence des locataires?

Par Nathaniel Oliveri-Pilotte

Crédit photos: Arthur Létourneau-Vachon

Liens utiles
http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CESCR.aspx PIDÉSC
http://www.ohchr.org/Documents/Publications/ABCannexesfr.pdf DUDH
http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTM CQDL
http://regiedulentement.com/declaration/ RL-Déclaration
https://www.facebook.com/events/1228395797189519/
Manif 24-02

Images du militantisme, du travail et de la dépression

Mention d’honneur – Images du militantisme, du travail et de la dépression – Graeme M.

Publié par Solidaridad, janvier 2015

Il s’agit du travail. C’est à dire, le travail terrible et précaire, toujours en gagnant moins que le minimum après avoir payé la cotisation du syndicat (J’étais membre du SCFP, le Syndicat canadien de la fonction publique et de la UFCW, United Food and Commercial Workers International Union). Par exemple, le SCFP fonctionne comme n’importe quelle entreprise, mais avec un discours différent. Ils parlent toujours de justice sociale et des difficultés de la vie de la classe ouvrière, mais ils n’hésitent pas à prendre leurs cotisations des salaires de gens qui gagnent seulement le minimum, les laissant encore plus pauvres et sans représentation. C’est une organisation incroyablement hypocrite. De la même manière que les grandes entreprises, elle protège seulement les intérêts de ses bureaucrates professionnels et laisse ses membres de la base dans des conditions très précaires.

Dans ce contexte, avec tout le stress, les préoccupations économiques et travaillant jusqu’à 23h pour revenir à 6h le jour suivant, vient la dépression. Ça commence lentement, dormant beaucoup ou trop peu, avec l’isolement, sans parler à personne… et au final j’ai fini par manquer du temps de travail. Après une semaine sans sortir de chez moi je suis retourné au travail, nettoyer un centre communautaire de la municipalité de Toronto. En entrant dans l’édifice, le patron m’attrape immédiatement et me salue :

« Salut Graeme, comment ça va? Ça fait longtemps qu’on ne t’as pas vu », dit mon boss.

– Désolé. J’étais malade et je ne suis pas sorti de chez moi de toute la semaine

– Tu sais que tu as besoin d’un billet du médecin hein?

-Oui je le sais. Ce qui se passe, c’est que je ne suis pas encore allé chez le médecin. Je peux vous le donner demain?

– Oui, oui. C’est bon. Mais comme on ne savait pas si tu allais venir aujourd’hui, on t’a remplacé par quelqu’un d’autre. Donc, tu n’as pas à rester. Tu peux revenir demain avec le billet du médecin.

Ainsi je retourne chez moi… il est 7h. « Dormir! », dis-je à voix haute. Je n’ai pas pensé une seconde à aller chez le médecin.

Je suis affilié avec les IWW depuis presque un an. Je suis devenu membre en revenant au Canada après avoir vécu deux ans à Santiago au Chili. En huit mois j’ai travaillé à trois endroits différents à Toronto : comme employé de ménage dans un centre communautaire (celui nommé plus haut), dans la pâtisserie d’un supermarché très cher et dans la construction. Je travaillais beaucoup, 45h par semaine et jusqu’à 65 en été, durant les vacances de la construction. À part mon horaire épouvantable, j’allais très bien la majorité du temps. Être occupé m’aide parfois, surtout parce que je rencontrais des gens et pouvais nouer des liens de solidarité. Ça équilibre ma santé mentale. Partager les expériences et les conditions de travail est un aspect essentiel de ce processus. Cependant, dans les lieux où je travaillais les problèmes de la réalité quotidienne recommençaient toujours à réapparaître. Comme m’a dit un collègue de travail un jour : « Ne fais rien; c’est mieux de te cacher. Lis à quelque part dans ce maudit édifice… fais qu’ils ne pensent même pas à toi ».

Il était Égyptien et avait passé trente ans à Toronto, la majorité de ces années comme employé de la ville: ramasser les vidanges, nettoyer les centres communautaires ou les rues… Ça faisait huit mois qu’on travaillait ensemble et j’étais en train de lui raconter pourquoi je n’avais pas pu venir au travail la semaine précédente. On a commencé à discuter et je lui ai dit que les patrons s’étaient trompés, qu’ils ne m’avaient pas payé la semaine où je n’étais pas là ni pour celles d’avant. Je lui disais que je pensais aller voir le syndicat pour déposer un grief, qu’on devrait faire quelque chose pour que les boss nous respectent, quand il m’a dit ce que j’ai mentionné plus haut.

« Ils sont toujours en train de nous avoir d’une manière ou d’une autre », ai-je dit. « Ou ils ne te payent pas ou ils te changent d’horaire sans avertir. Quoiqu’il arrive, c’est toujours pareil. Pourquoi faire comme si de rien n’était? »

– Regarde l’ami, fais ce que tu veux. Mais si tu les dénonce ça va juste te causer plus de problèmes. Tu peux aller voir le syndicat, le juge, parler avec mille avocats… et encore, tu ne vas rien gagner. Tu vas te mettre dans toute cette bureaucratie à te battre contre eux pendant huit ans et quand à la fin ils vont prendre une décision, tu vas être rendu à dormir dans la rue, sans argent et sans travail. Et en attendant, tous les boss vont avoir reçu des augmentations de salaire. Des milliers de dollars vont être dépensés pour ne pas te payer cinquante cents. Ils sont comme ça et si tu veux garder ton emploi ça serait mieux que tu te taises et que tu ne dises rien », m’a t’il dit.

Il avait l’air un peu ennuyé, peut-être même triste. Même s’il était bien payé et qu’il avait de l’ancienneté, il ne respectait pas une seconde les règles du jeu. Il était célèbre parce qu’il arrêtait de travailler quelques jours si les patrons le harcelaient. Comme ça il gardait un peu de sa liberté. Ses conseils étaient le reflet de la peur et de l’impuissance qu’on avait tous et toutes en plus ou moins grande quantité. Au centre communautaire il y avait peu de travailleurs et de travailleuses avec un emploi stable. Des milliers d’employé-e-s travaillaient pour la ville avec des contrats saisonniers instables, sans prestations d’emploi et avec des salaires pires que ceux des employés stables.

L’Administration publique, gestionnaire et propriétaire de ces centres, créait de la compétition entre les employé-e-s. En plus, le syndicat n’évitait pas qu’il y ait plusieurs classes de travailleurs et de travailleuses à l’intérieur de son organisation. Cela créait un climat de méfiance marqué par le stress et la peur. En plus il manquait la confiance, la solidarité entre les travailleurs et les travailleuses et le respect pour ceux et celles qui faisaient un travail nécessaire mais peu valorisé. La proposition implicite du syndicat : partir à la retraite sans causer de problèmes, si c’était possible, et fuir avant qu’ils ne privatisent tout.

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En novembre 2014 le Toronto Harm Reduction Workers Union organisait sa première sortie public.

Durant ces mois à Toronto, j’ai participé à la création du Harm Reduction Workers Union, affilié aux IWW, pour les personnes qui travaillent dans le traitement de la toxicomanie. Au début, beaucoup de membres nous disaient que les syndicats ne les acceptaient pas dans leurs rangs. Ces syndicats avaient l’air de discriminer les travailleurs et les travailleuses pour les mêmes raisons qu’ils les employaient : eux aussi avaient été toxicomanes, prisonnier-e-s et sans-abris. Une personne gagnait 10 dollars pour trois heures de travail pendant que dans d’autres centres le salaire était de 15$ l’heure pour les mêmes tâches. Ces employé-e-s travaillaient pour des municipalités qui dépendaient de l’État pour offrir des allocations de chômage a ses employés afin d’économiser l’argent de leurs budgets.

 

Nous avons organisé le syndicat pour lutter contre cette injustice, contre le stigmate des travailleurs et travailleuses qui avaient vécu dans la pauvreté et que l’administration ne voulait même pas considérer comme des employé-e-s. Elle leur donnait du travail comme si c’était une action charitable. Nous voulions également mettre en pratique les tactiques de résistance ouvrière et le soutien mutuel que la classe ouvrière a développé depuis très longtemps.

La solidarité, l’action directe et l’appui entre camarades marquaient un contraste avec les méthodes bureaucratiques des syndicats traditionnels. Au centre communautaire, le syndicat antérieur a joué le rôle de représentant des personnes qui travaillent mais il ne connaissait pas ses membres. Notre organisation était créée et dirigée par les travailleurs. Cela pouvait se voir dans l’attitude et l’enthousiasme de tout le monde.

Maintenant je vis à Buenos Aires et je suis affilié à la Federación Obrera Regional Argentina (FORA). La semaine prochaine, quand je vais terminer les formalités de résidence et de visa, je vais recommencer à travailler comme employé de ménage, cette fois dans un théâtre où travaille un camarade de la FORA. Il se présente à nouveau une opportunité dont je n’ai pas pu profiter lors de mon dernier emploi : l’opportunité d’organiser les camarades de travail et de leur présenter une alternative. Ça sera un travail précaire et mal payé mais avec la possibilité d’organiser les camarades.

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À mes 18 ans j’ai été diagnostiqué en dépression profonde. C’était la deuxième fois que je finissais par consulter une psychologue amie de ma famille. Les années suivantes, j’irai la voir beaucoup plus souvent. Accepter l’aide de quelqu’un était très difficile pour moi à cette époque. Je suppose que c’est parce que j’étais très jeune. Une personne croit en la nécessité de la solitude, en la nécessité de tout résoudre par soi-même. Quelque chose appris dans l’enfance, à l’école… qu’est-ce que j’en sais moi?

L’accent que donnent les médias de l’idée de l’individu totalement autosuffisant peut s’intérioriser de mille manières. Ce que je veux dire c’est que c’est seulement avec l’appui des autres que j’ai pu surpasser les sentiments d’impuissance, de peur et d’aliénation. Les racines de la dépression sont variées, trop pour en parler ici. Cependant, les conditions sociales du travail et les exigences d’une société individualiste sont des causes inséparables qui contribuent à la souffrance de beaucoup de personnes. L’individualisme tente de détruire les liens communautaires et les liens de solidarité. La lutte contre cette idéologie devrait se baser sur le contraire : la formation d’une société nouvelle où ces liens entre individus jouent un rôle essentiel.

J’ai voulu raconter des histoires quotidiennes de résistance dans l’organisation ouvrière et de ma santé mentale. Raconter les expériences de solidarité, sans hiérarchie sociale, est aussi un processus de création quand nous utilisons l’histoire comme exemple de de lutte populaire et de support mutuel. Bien sûr c’est seulement le début d’un long chemin, mais maintenant je sais que la prochaine fois que me viendra le désespoir et la surcharge de travail, je pourrai compter sur mes camarades.

Écrit par Graeme Myer sous le titre original Imágenes de la militancia, el trabajoy la depresión, l’article paraîtra dans Solidaridad, publication hispanophone officielle du SITT-IWW, en janvier 2015, avant de remporter une mentions d’honneur au working-writters contest qui lui vaudra une place dans le recueil Radical Works for Rebel Workers, The Best of the IWW 2015. Traduction par x385017 en février 2016 pour le Comité Communication-Traduction de la Section Locale Intersectorielle Montréalaise du SITT-IWW.

Les assassins du fellow worker Frank Teruggi condamnés au Chili

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Frank Teruggi, un membre des IWW de Chicago originaire de Des Plaine, en Illinois, a été enlevé, torturé et assassiné lors du coup d’État militaire au Chili en 1973. Le 4 février 2015, deux officiers du renseignement de l’armée chilienne ont été condamnés pour le meurtre du camarade Teruggi et d’un autre américain, Charles Horman. Le brigadier-général Pedro Espinoza a reçu une sentence de sept ans pour le meurtre des deux hommes. Rafael Gonzalez, qui a travaillé pour le service de renseignement de l’armée de l’air chilienne comme « agent civil de contre-espionnage », a reçu une sentence de deux ans pour le meurtre de Horman seulement. Espinoza est présentement déjà emprisonné pour d’autres crimes contre les droits humains. Un troisième homme a été condamné, le capitaine de la marine américaine Ray Davis, chef du groupe militaire américain à l’ambassade américaine de Santiago au moment du coup d’État, qui est mort depuis. Teruggi, 24 ans et Horman, 31 ans étaient allés au Chili pour voir et vivre le nouveau gouvernement socialiste du président Salvador Allende. Le camarade Teruggi a participé à de nombreuses manifestations à Santiago suite à la tentative militaire ratée de 1973 qui a été appelée la « Tanquetazo » ou la « Tancazo. » Des documents du FBI révèlent que le bureau l’avait à l’œil. Ils l’avait étiquetté comme un « subversif » en raison de ses activités contre la guerre du Vietnam et son aide à des déserteurs. Le fichier du FBI contient également son adresse à Santiago. Des soldats chiliens l’ont plus tard trainé hors de sa maison lorsqu’il a été arrêté. Le jugement du juge Jorge Zepeda a déclaré que les meurtres de Horman et Teruggi faisaient partie d’une « opération américaine secrète de cueillette d’informations menée par le groupe militaire américain au Chili au sujet des activités politique de citoyens américains aux États-Unis et au Chili. » Sergio Corvalan, un avocat des droits humains qui travaille pour les familles de Horman et de Teruggi sur le ca, a dit à la reporter Pascale Bonnefoy du New York Times qu’il sentait que le jugement confirmait ce que les familles ont longtemps cru — que les officiers militaires chiliens n’auraient pas agi contre eux par eux-mêmes. Ils ont dû avoir le feu vert des autorités américaines.

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Les familles de Teruggi et de Horman ont reçu une
compensation financière. Sous le droit chilien, un processus d’appel obligatoire doit avoir lieu avant que quelque action ne soit entreprise.

Jani Teruggi Page, la sœur de Frank Teruggi, a dit au Tico Times costaricain : « Joyce Horman [la veuve de Charles Horman] et moi avons toujours un processus d’appels à passer, qui pourrait durer six mois de plus. » Page a dit qu’elle et Horman souhaiterait que le gouvernement américain enquête sur ces meurtres avec plus de rigueur. « Nous demandons à ce que la marine, le département d’État et la CIA enquêtent sur la base de l’information [dans le jugement du juge Zepeda] qui montre du doigt les autorités américaines, en particulier le capitaine Ray Davis.» Les informations publiées par Peter Kornbluh dans son livre « Le cas Pinochet : un dossier révélé sur l’atrocité et l’imputabilité » confirment que Frank et son colocataire, David Hathaway, ont été enlevés de leur maison à 21h le 20 septembre, ont été interrogé à un poste de Carabineros des environs et ont ensuite été emmenés au stade national, qui étaient devenu un réservoir de détention, une cellule de torture et un site d’exécution pour des milliers d’activistes et d’autres qui avaient simplement été emportés par la folie du coup d’État. Hathaway a survécu au calvaire. La journaliste chilienne Pacale Bonnefoy Miralles, qui a couvert le cas Teruggi durant de nombreuses années dans son livre Terrorisme d’État, cite un belge du nom de André Van Lancker, lui aussi torturé dans le stade. Van Lancker s’était fait dire par les autres détenus qu’ils avaient vu Frank Teruggi pendant un interrogatoire dans le stade. Il a été battu et torturé avec des chocs électriques, puis tué avec une mitraillette. Les tortionnaires ont réalisé qu’ils étaient allés « trop loin », rapporte-t-elle, et ils avaient peur d’avoir des ennuis avec le gouvernement américain, donc ils ont laissé le nom de Frank hors de la liste de prisonniers. Son corps a été abandonné plus tard en pleine rue, où il a été découvert le jour suivant, soit le 21 septembre, tout jute après 21h, et amené à la morgue. Pendant des jours, la famille Teruggi a été sans savoir ce qui était arrivé à leur fils. Steve Brown, qui a couvert l’histoire en détail pour le journal local des banlieues de Chicago, le Daily Herald, se souvient d’avoir interviewé le père du camarade Teruggi, Frank Teruggi senior, qui tentait d’en savoir plus et d’aider le gouvernement américain : « J’étais troublé qu’il n’y ait pas plus d’attention portée à ça [par l’administration Nixon.] » Ce n’aurait pourtant pas dû être une surprise, car tout juste avant le coup d’État contre le gouvernement Allende, le conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger a déclaré « Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester les bras croisés et regarder un pays devenir communiste à cause de l’irresponsabilité de son peuple. Les enjeux sont bien trop importants pour laisser les électeurs chiliens décider par eux-mêmes. » La condamnation de ce mois-ci faisait suite à un jugement en juin dernier par le juge Zepeda qui a déclaré que Teruggi et Horman, dans des incidents séparés, avaient été tués par des officiers militaire chiliens suivant l’information qui leur avait été procurée par des agents du renseignement américain au Chili. L’enquête du juge Zepeda, qui a commencé en 2000, a déclaré que les meurtre ciblés faisaient partie d’une « opération américaine secrète de cueillette d’informations menée par le MILGROUP américain au Chili au sujet des activités politiques de citoyens américains aux États-Unis et au Chili. » Un rapport publié en septembre 2000 par la communauté américaine du renseignement affirmait que la CIA « a activement appuyé la junte militaire suite au renversement de Allende. » Mais malgré cet aveu, une grande partie des détails du rôle des États-Unis reste obscure. « Après 14 ans d’enquête, les cours chilienne ont fourni de nouveaux détails sur comment et pourquoi Charles Horman et Frank Teruggi ont été ciblés et exécutés par les forces de Pinochet. », a dit Peter Kornbluh. « Mais les preuves légales et le verdict de l’histoire demeurent silencieux par rapport au rôle de États-Unis dans les suites du coup d’État militaire. » Kornbluh est un analyste réputé aux archives nationales de sécurité, un institut de recherche non-gouvernemental et indépendant et une bibliothèque située à l’université George Washington à Washington D.C. qui a recueilli et analysé des documents à propos du rôle des États-Unis dans le coup d’État au Chili depuis les années 80. En juin 2000, ils ont publié des documents électroniques (http://www2.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB33/index.html) au sujet des morts de Teruggi et de Horman Ces documents ainsi que d’autres ont servi de preuve au juge Zepeda. En 2011, Zepeda, un juge spécial d’enquête chilien, a condamné et a tenté de faire extrader l’ex-capitaine de la marine américaine Roy Davis. Il a été découvert plus tard que Davis avait quitté les États-Unis en 2011 et vivait en secret au Chili, où il est mort à l’âge de 88 ans dans un centre de soins en avril 2013, avant de pouvoir être découvert par les autorités. Sa mort laisse beaucoup de questions sans réponses.

Le film Missing de 1982 donne un rôle beaucoup plus important dans le coup d’État et ses suites qu’il n’en était su du public américain à Ray Davis (appelé « Capitaine Ray Tower » dans le film) et à d’autres officiel américains. Dans une tentative de mieux comprendre ce qui était arrivé à son fils, Frank Teruggi père a fait partie d’une délégation qui est allée au Frank_TeruggiChili du 16 au 23 février 1974. Le groupe, appelé la commission d’enquête de Chicago sur le statut des droits humains au Chili, a déclaré dans son rapport (qui a été cité et imprimé dans la New York Review of Books le 30 mai 1974) : « L’ambassade des États-Unis semble n’avoir fait aucun effort sérieux pour protéger les citoyens américains présents au Chili durant et après la prise du pouvoir des militaires. » L’importance du jugement du juge Zepeda, et le fait qu’il condamne clairement un représentant du gouvernement américain pour son implication dans ces morts, a probablement aidé à faire avancer l’enquête, mais l’étendue de l’implication du gouvernement américain dans ces événements restera possiblement à jamais inconnue. Après que les sentences aient été annoncées en février, la sœur de Frank Teruggi, Janis Teruggi Page, a déclaré à la journaliste Pascale Bonnefoy dans le New York Times : « Frank, un jeune homme charitable et pacifique, a été la victime d’un crime calculé par l’armée chilienne, mais la question de la complicité des États-Uni demeure sans réponse. » Frank Randall Teruggi a été enterré dans un cimetière à Des Plaines, en Illinois. Selon les journaux de l’époque, plus de 100 amis et membres de la famille ont participé, et le regretté poète et activiste exilé de l’Afrique du Sud Dennis Brutus a écrit ce poème pour l’occasion :

Pour Frank Teruggi                                                   For Frank Teruggi

Une simple rose,                                                         A simple rose
Une seule chandelle                                                   a single candle
Un cercueil noir                                                          a black coffin
Quelque pleureurs                                                     a few mourners
Des sanglots;                                                               weeping;
Pour le héros méconnu                                              for the unsung brave
Qui chante dans l’obscurité                                      who sing in the dark
Qui défie les colonels                                                 who defy the colonels
Et qui sait                                                                   and who know
Qu’un monde nouveau se réveille.                          a new world stirs.

Article écrit par le fellow worker Tuck pour l’édition d’avril 2015 de l’Industrial Worker. Considéré comme l’un des meilleurs texte écrit par un membre de l’IWW, il fut choisi par le Working Writer’s Contest pour paraître dans Radical Works for Rebel Workers. Traduit en février 2016 par le fellow workers Félix Vincent Ardea.

Brève syndicale 7 au 18 mars

– Le 8 mars, une manifestation de soir prenait place à Montréal dans le cadre de la journée internationale des droits et des luttes des femmes. Cette célébration, célébrée depuis plus de cent ans, est née de la militante révolutionnaire Clara Zetkin, amie de Rosa Luxemburg. Au départ, cette journée revendiquait le droit de vote des femmes, le droit au travail et la fin de la discrimination au travail, le tout, dans un objectif d’obtenir plus de contrôles sur les conditions d’existences. La lutte continue.

– À Ottawa, le 11 mars, des serveurs du restaurant Union Local 613 ont décidé de s’habiller en talons hauts et en jupes courtes par solidarité avec leurs collègues féminins qui dénoncent la tenue vestimentaire exigée trop souvent par les patrons, tenue encourageant les stéréotypes. Plusieurs se sont plains de la douleur aux pieds que les talons hauts causent, chose que les serveuses doivent endurer lorsque le patron impose un code vestimentaire encourageant les stéréotypes.

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Couverture par Carlos Cortez.

– Le 11 mars, une manifestation du milieu communautaire se déroulait à Montréal. Face aux coupures que le gouvernement impose à différents secteurs, des travailleuses et travailleurs de l’IWW, mais aussi de la Fédération Autonome de l’Enseignement (FAE) étaient présents par solidarité.

– À l’UdeM, une ex-vice-rectrice ayant reçu 252 997$ en indemnité de départ crée une une colère chez la communauté universitaire. Jean Portugais déplore que parmi les 1300 professeur-e-s de l’université qui auraient pu occuper ce poste, ce soit une fonctionnaire qui ait été choisie, ce à quoi le syndicat des professeur-e-s s’était d’ailleurs opposé. De plus, les professeur-e-s n’ont plus droit à une indemnité de départ depuis 10 ans.

– Une manifestation du Frapru s’est tenue le 17 mars, dans le quartier aisé de Westmount. Ce quartier a été choisi pour mettre en lumière la richesse qui existe au Québec, en effet, le revenu moyen du quartier y est de 195 000 $ par année, en 2011, en plus d’accueillir la maison la plus chère de l’île de Montréal en 2013, évaluée alors à 18,7 millions $.

– Les gros portes-feuilles, une vingtaine, qui ont caché plus de 130 millions dans des sociétés-écrans du paradis fiscal qu’est l’île de Man n’auront aucune pénalité ni aucune accusation apprenait-on le 8 mars. Depuis 2013, le cabinet comptable KPMG a reçu un ordre de la cour fédérale les forçant à remettre la liste des autres clients, mais il semblerait lorsqu’il s’agisse de gros-portefeuilles, que eux-ci soient au dessus des lois. « L’Agence du revenu semble dire aux Canadiens: si vous êtes bien nantis, on vous donne une deuxième chance, mais si vous ne l’êtes pas, vous êtes coincés. » – Duane Milot, avocat fiscaliste 1.

– Le 15 mars, le SITT-IWW a organisé un BBQ syndical dans le parc Lafontaine où partait la traditionnelle manifestation contre la brutalité policière organisée par le COBP (Collectif Opposé à la Brutalité Policière. Le BBQ a rassemblé une centaine de personnes, rapidement rejoint par quelques centaines d’autres pour la manifestation qui commença à 20h00. Des manifestations du genre se sont déroulées un peu partout à travers le globe, au Canada, en Allemagne, à Bruxelles, et plusieurs autres endroits. une journée avant, soit le 14 mars, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture en France a déposé un rapport faisant part d’un changement dans l’approche de la police dans son désir de ‘’maintenir l’ordre’’. En effet, on compte une utilisation accrue d’armes dites alternatives engendrant aussi plus de blessures graves ou encore, de morts. Le rapport met aussi en lumière de « graves défaillances dans les enquêtes administratives et judiciaires effectuées à la suite de plaintes pour violences policières » 2. Ce sont des problèmes souvent soulevés à travers l’Amérique, notamment par les organismes tels que le COBP.

– En France, la mobilisation continue contre la loi du travail. Plusieurs lycées sont bloqués par les étudiant-e-s et des manifestations, auxquelles se sont joint les syndicats, se sont tenu-e-s un peu partout en France le 17 mars. Les manifestations sont cependant moins grandes que lors des rassemblements du 9 mars, où c’était rassemblés quelques centaines de milliers de contestataires à travers la France. Il faut dire qu’une AG dans une université de Paris, Tolbiac, n’a pu prendre place du à l’intervention des CRS (Compagnie Républicaine de Sécurité) le 18 mars. Cet évènement se rajoute à la répression qu’ont connue les mouvements de contestations depuis l’adoption des lois concernant l’État D’urgence adoptées en novembre dernier.

1.http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2016/03/08/001-agence-revenu-canada-millionnaires-paradis-fiscaux.shtml

2.http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/14/violences-policieres-un-rapport-denonce-un-risque-d-impunite-des-forces-de-l-ordre_4882121_1653578.html

Les Wobblies à travers le monde

Des États-Unis, au Canada, à la Grande-Bretagne et à l’Irlande, en passant par la Norvège, l’Allemagne, la Lituanie, l’Autriche, la Suisse, la Grèce, l’Australie et la Chine, les Industrial Workers of the World sont plus que jamais un syndicat présent à l’échelle mondiale. Mais que font nos organisateurs et nos organisatrices réparties aux quatre vents? Quels sont leurs plans? Quelles sont leurs luttes? C’est à ces questions que tentera tant bien que mal de répondre cette nouvelle colonne, qui chaque mois mettra le feu des projecteurs sur les activités des wobblies de partout à travers le monde!

Le 9 janvier 2016, le Comité de Défense Générale Local 14 de Minneapolis a rejoint la famille Quinn, Native Lives Matter, Idle No More, AIM, Black Lives Matter et bien d’autres pour aller manifester dans le froid afin de réclamer justice pour Phil Quinn, assassiné par la police de Minneapolis en décembre 2015. La ligne verte du système de métro et l’Avenue Université ont été bloquées tandis que des actions de perturbations avaient lieu dans un Target, un Walmart et un Club Food. (Industrial Workers Hiver 2016) Un mois plus tard le CDG Local 14 participait à une nouvelle action, cette fois pour Jam12744270_1729009820645471_1093583573150809589_nar Clarck, lui aussi assassiné par la police de Minneapolis. Le lendemain le CDG, le IWW African People Caucus et les membres de la branche de Minneapolis se réunissent pour une journée de discutions et de formation, notamment au sujet de l’augmentation de la violence policière.

Le 28 janvier, les membres de la branche de Boston se présentent pour la 4e fois à la Cour du District de Quincy, en solidarité avec les arrêtés du blocage de l’autoroute 93 lors de la Martin Luther King Day. Nombre d’entre eux et elles participeront également de manière hebdomadaire aux journées de tractage des fellow workers de la Museum Independant Security Union, qui se voient imposer des horaires pas possible suite à un gel des embauches.

Dès les premiers jours de février, des wobblies de la Pennsylvanie participent à des piquets pour protéger plus de 10 000 arbres qu’on menace de couper pour favoriser la construction d’un pipeline.

Le 1er février la branche de Portland marche au coté des travailleurs et travailleuses du Graduate Student Union de l’Université d’État de Portland alors qu’il-les rendent leur campagne publique en allant déposer leurs demande au bureau du président de l’Université.

Le 4 février les wobblies de la Grèce participaient à une grève générale qui paralyse les transports publics, les avions, les navires, les taxis, les écoles et ne laissa qu’un minimum vital d’employé dans les hôpitaux, le tout afin de contrer les réformes touchant la pension de vieillesse.

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Le 15 février la Branche de Washington et le 27 février la branche de Whatcom-Skagit participent à des blocages en solidarité avec Familias Unidas por la Justicia farm workers union qui appelle actuellement à un boycott des fruits Driscoll. Boycott que l’IWW accepta d’endosser lors de sa dernière convention internationale.

Le même jour, de nombreux prisonniers regroupés sous la bannière du Free Virginia Movement, faisant ainsi écho au Free Alabama Movement, rejoignent les IWWs afin de lancer des campagnes pour lutter contre le traitement des travailleurs et travailleuses incarcéré.es.

Le 17 février, les membres de la Branche de Milwaukee participent à un piquetage de solidarité avec les enseignant.es du Wisconsin.

Le 18 février, la branche de Madison participe à une grève sauvage généralisée dans l’État qui réunie plusieurs dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses immigrant.es dans la rue afin de contester un projet de lois anti-immigrant. Le soir même le Madison Infoshop (Syndicat Industriel 620 IWW ) et la Branche de Madison, en collaboration avec le Lakeside Press Printing Coop (IWW) organisent une conférence sur les soulèvement populaires que connut le Wisconsin en 2011.

Le 19 février, le Irish Center for Histories of Labour and Class, situé à Galway en Irlande, a lancé un appelle aux contributions afin de dresser un portait du legs de l’IWW en Irlande et au sein de la diaspora Irlandaise.

Le 21 février, les wobblies de Pittsburgh participent au Malcom X Legacy Brunch en compagnie du New Afrikan Independance Party.

Le 24 février avait lieu une manifestation de 300 personnes devant la cours de Londres en solidarité avec 13 militant.es écologistes, incluant 4 membres de l’IWW, arrêté.es pour des actions menées contre l’extension de l’Aéroport d’Heatrow.

Le 25 février 2016, les travailleurs et travailleuses membres du Sister Camelot Canvass Union ont célébré le troisième anniversaire de leur Syndicat. La lutte menée par le SCCU ne représente pas seulement la première grève organisée par la branche de Minneapolis, elle est aussi, sans aucun doute, la plus longue que le Syndicat ait connue depuis son renouveau au début des années 2000, et a permis la création de la North Country Food Alliance, une coopérative de travail gérée démocratiquement par une douzaine de wobblies qui redistribue de la nourriture organique. (Industrial Workers Hiver 2016)
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Brève syndicale du 29 février au 6 mars

– Le 4 mars, les travailleuses et travailleurs de la distillerie manitobaine fabriquant le whisky Crown Royal ont voté à 98% le rejet de l’offre finale de leur employeur. Le samedi, les travailleuses et travailleurs étaient sur les lignes de piquetage afin d’obtenir une hausse salariale, du temps de vacances et des prestations d’aide sociale. Il s’agit des travailleuses et travailleurs produisant le whisky ayant été qualifié comme le meilleur au monde pour l’année 2016.

– Plusieurs gros médias au Québec ont souligné qu’il est illégal de faire payer aux employé-e-s la note des clientes et clients qui partent sans payer. Cette pratique est vivement dénoncée par les travailleuses et travailleurs du domaine de la restauration, mais plusieurs patrons semblent faire fi des lois.

15724656329_3843dcfef9_k– Les travailleuses et travailleurs du centre de distribution montréalais des magasins Brault et Martineau, dont la convention collective est échue depuis le 31 décembre 2015, se sont fait avertir que les dirigeants de l’entreprise ont décrété un lock-out le 28 février, ces derniers veulent implanter un régime de retraite à cotisations déterminées, ce qui revient à adopter des conditions de travail à rabais pour les futur-e-s employé-e-s de l’entrepôt, ce qui ne plaît pas du tout aux employé-e-s actuel-le-s. Brault & Martineau a enregistré des profits de 40 millions l’année dernière.

– L’entente de principe entre Québec et la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) a été rejetée le vendredi 4 mars. Le président du Conseil du trésor, Sam Hamad ne veut pas donner davantage aux syndicats qui voteraient contre l’entente de principe. Les trois autres fédérations de la CSN ont accepté les ententes de principe avec Québec, de même que les huit fédérations de la CSQ et les quatre grands syndicats concernés à la FTQ laissant la FSSS-CSN représentant 110 000 membres et la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) représentant 30,000 membres.

– Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a occupé l’entrée du siège social de Bombardier le mercredi 2 mars pour faire pression sur le gouvernement afin que ce dernier investisse davantage dans les logements sociaux. On se souvient que le gouvernement a investi 1,3 milliard de dollars chez Bombardier qui annonçait éliminer 2400 emplois simultanément, puis haussera le nombre d’emplois éliminés à 7000 malgré l’argent donné par le gouvernement.

Prospection de conjonctures

« What can Labor do for itself? The answer is not difficult. Labor can organize, it can unify; it can consolidate its forces. This done, it can demand and command.»—Eugene V. Debs

Une vision du travail d’organisation particulièrement répandue dans le milieu progressiste consiste à affirmer qu’il faut s’organiser « dans notre milieu » de vie, travail , étude,etc. On peut tout de suite observer un contraste avec ce qui était le « moto » des socialistes des années 70-80 où l’on faisait du placement en usine qui consistait à disperser les militant.e.s d’un groupe ou d’un parti à travers les usines pour se trouver directement dans la classe, cette approche est beaucoup moins utilisée aujourd’hui, les groupes faisant encore de « l’établissement » sont disparus ou réduit à l’état de collectif groupusculaire.

Cependant, aussi différentes ces deux visions puissent sembler se présenter à nous, elles proviennent toutes deux du même raisonnement qu’on peut résumer ainsi :

« Militant.e.s (organisateurs, organisatrices) + opprimés = mouvement.»
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Mais l’état du second modèle nous laisse présumer qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette équation. Pour la majorité des jeunes radicaux de l’époque s’étant établi en usine rien , ou très peu, n’est arrivé. Pour ce qui est de la situation actuelle et de mon expérience, malgré notre volonté de vouloir faire en sorte que « les choses se passent » dans notre localité, il arrive souvent que la pâte ne lève pas : l’engouement semble manquer, les ressources sont rare, les gens ne sont pas en mesure de s’impliquer, tout est perpétuellement à recommencer, etc.

Évidemment, on peut observer que dans le cas d’une tentative tel ou tel aspect aurait pût être amélioré ou que notre « ligne » ne devait pas être la bonne, etc. Mais je crois que la raison de ces faibles balbutiements n’est pas là.

Je crois qu’une autre position d’analyse vis-à-vis le travail d’organisation doit être prise.
Le travail et l’activité d’organisateurs-organisatrices ne devraient être vu que comme un des derniers facteurs permettant  aux travailleurs-travailleuses de s’activer et de se mettre en action. Ces luttes ou « événements » sont le résultat de conjonctures complexe et difficiles (non pas impossible) à prévoir, mais existantes avant le travail d’organisation. Le travail d’organisateurs-organisatrices ne peut donc être grandement fructueux que dans certains sites précis, pour des raisons que nous ne contrôlons pas.

Autrement expliqué, pensez notre classe sociale comme un terrain : des richesses sont dans son sol, invisibles au premier coup d’œil et envoyer creuser nos modestes forces de façon à couvrir systématiquement le terrain ne permettrait probablement que de déterrer quelques roches, les minéraux rares restant  cachés dans une parcelle de terrain n’ayant pas été couverte, faute de forces suffisantes pour s’étendre sur toute son ampleur.

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Quelles sont les implications de ce changement de position d’analyse?
Même si le travail local systématique peut mettre à jour des conjonctures inexplorées, ce serait avant tout laisser les choses au hasard, tandis que l’établissement en usine aurait plus une apparence de reconstitution historique de mouvements passés au mieux, de cosplay au pire.
Bien qu’un travail systématique va souvent être particulièrement formateur au niveau individuel des organisateurs-organisatrices, cette approche ne peut pas être la direction d’une organisation ou d’un mouvement.

Comme organisation, nous devrions donc prêter une attention particulière au naissances « d’événements » et l’apparition ou la découverte de conjoncture prometteuse. Bien sûr, cela implique que nous ayons à notre disposition un bon nombre d’organisateurs-organisatrices flexibles, de Salt dévoué.e.s, pouvant aller travailler dans des secteurs clés ou encore des régions où un potentiel est observé. Évidemment, cela exige aussi une certaine flexibilité dans l’organisation elle-même, afin qu’elle puisse réorienter son activité : bon nombre d’organisations progressistes se sont , par exemple, abstenues lors du Mississipi 1964 Freedom summer, trop prises qu’elles étaient dans leurs obligations et travail en cours, manquant par le fait même une occasion de grande valeur. Il nous faudra donc collectivement être capables de concerter nos efforts sur des sites précis, et non disperser de façon non planifiée nos maigres forces.
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Ces sites propices aux « événements » ne sont cependant pas systématiquement ceux que l’on pourrait croire à première vue, un hot shop en est un parfait exemple : l’agitation y est forte et l’esprit de révolte animé, mais très vite, les travailleurs-travailleuses abandonneront leur lieu de travail pour aller voir ailleurs, faute de réelles perspectives. À l’inverse, ces sites peuvent être en apparence très calme, mais sous eux se situe la jonction de nombreuses contradictions ou un brin d’agitation peut provoquer un effet important , bref, un croisement entre plaques tectoniques pour reprendre l’image du terrain. Il ne suffit donc pas d’avoir une organisation capable de diriger ses efforts de façon concertée et rapide, la capacité à déterminer le sens et la direction de ses efforts est tout aussi importante, sinon plus.

Je ne peux cependant pas donner de formule permettant de découvrir systématiquement ces sites prometteurs, il s’agit d’un travail long et minutieux qui peut être réalisé par des entrevues, des recherches, etc. Il nous faut donc trouver des moyens de penser et découvrir les conjonctures qui sont favorables à notre travail d’organisation.

Si je peux me permettre, mon «intuition » me laisse à croire que la lutte des travailleurs d’Uber et des taxis est un de ces sites et que la lutte du secteur public a été « manquée » (mais elle n’est pas finie, rappelons le, les FSSS continuent de combattre). Sinon je crois que la campagne 15-5-7 peut rejoindre des salarié.e.s dans une conjoncture intéressante et que la question des travailleurs et travailleuses d’agence de placement devrait être abordée plus directement.

Mais donc, au final, sur la tâche qui est à accomplir, je ne dirai que deux mots : enquête et convergence.

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Ce texte trouve son inspiration dans le pamphlet de Mike Ely « Sites of a communist beginning »

Pensez-y (Dernière partie)

Voici finalement la troisième et dernière partie de Pensez-y, Thin it Over, un pamphlet d’introduction écrit par un camarade travailleur membre de la section IWW de Portland, Oregon, Tim Acott. Text in English here.

Première Partie

Deuxième Partie

Le Droit du travail en un mot
Le Droit du travail est un sujet d’étude que l’on enseigne à l’université jusqu’au doctorat, et qui peut procurer une carrière très rentable. Vous pourriez acheter une voiture par an, vivre dans une grande et belle maison dans les bons quartiers, subvenir aux besoins d’une épouse ou d’un époux qui n’a jamais à quitter la maison pour se faire de l’argent, être membre d’un club de haute société, porter de magnifiques vêtements, et envoyer vos enfants dans les plus prestigieuses universités. Vous auriez tout. Bien sûr, vous n’auriez pas grand chose en commun avec les gens que vous passez vos journées à défendre. C’est le commun des avocat-e-s – d’une profession spécialisée et bien rémunérée. Comprenez-moi bien. Nous apprécions nos avocat-e-s, surtout quand la justice frappe à nos portes. Nous voulons qu’ils et elles soient vifs et vives, et qu’ils et elles comprennent intimement la complexité du Droit du travail. Mais ni vous ni moi n’avons le temps et l’argent pour étudier le Droit du travail dans une université prestigieuse. Cependant, nous devons comprendre les principes de base du Droit du travail et comment celui-ci touche notre vie quotidienne au travail.

Eh bien, le voici en un mot. Le Droit du travail est mis en place par les patrons et leur système de gouvernements et de tribunaux pour nous empêcher, travailleurs et travailleuses moyen-ne-s, de nous réunir et nous battre pour notre juste part, de peur que nous voudrions, et qu’un jour nous aurions, tout. C’est l’information essentielle. L’idée fondamentale, derrière les grandes lois régissant la syndicalisation, est qu’il est possible d’avoir un syndicat si vous le voulez vraiment, mais il ne peut que se battre pour certaines causes. Il ne peut que régler certains problèmes. Il doit être suffisamment alourdi et faible, et suivre un ensemble de règles sophistiqué qui ne s’applique pas, du moins en pratique, à votre patron et ses amis au club de golf. Vous êtes obligé-e-s d’attendre tandis que ces derniers obtiennent un service rapide devant les tribunaux. Vous devez limiter vos activités à certaines formes légales, mais ces gens peuvent faire quasiment ce que bon leur semble. Leurs avocat-e-s sont plus reconnu-e-s que les nôtres, car ils et elles coûtent plus cher. Vous devriez voir ne serait-ce que leurs voitures !

Cela vous surprend dans ce pays ? J’espère sincèrement que non. Voyez-vous, ce n’est pas vraiment une démocratie, les décisions économiques ne sont pas prises démocratiquement, et pourtant elles sous-tendent toutes les autres décisions qui y sont prises. La circulation de l’argent, la marchandise, les biens et services, la nourriture et le logement, la santé et les vacances, tout cela tombe sous cet autre système de prise de décisions. Vous pouvez le nommer capitalisme, règne corporatif, les affaires, ou ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas le nommer démocratie. Tout le monde en rira. La loi n’est pas celle du peuple, par le peuple, pour le peuple, peu importe ce que vos enseignants vous ont appris. Désolé, mais ça ne marche pas ainsi.

Le Droit du travail résulte de l’influence des intérêts corporatifs sur le gouvernement et la  magistrature, et implique que vous devez protéger votre tête et votre cul, et de bien faire attention à ce que vous dites et faites. Si vous voulez jouer leur jeu, suivez simplement le système en place : signez vos cartes, appelez à une élection d’accréditation, et patientez. Il est possible que par moment ce soit la bonne démarche à adopter. Mais ne laissez jamais le patron définir le champ de jeu et décider de tout.

C’est un combat de rue, une agression, un assaut froidement calculé, et vous devez vous défendre autant que faire se peut. Protégez votre tête et votre cul, utilisez votre créativité et surtout l’aide de vos camarades travailleurs et travailleuses, ainsi que chaque tactique, stratégie, et idée intéressante que vous trouvez. Si vous les laissez définir le terrain de jeu et façonner les règles, vous n’avez pas une seule chance de gagner. C’est aussi simple que ça le Droit du travail.

cardMais rappelez-vous que leur jeu n’est pas le seul qui existe. Ce n’est pas la seule manière de faire, la seule solution à nos problèmes com
muns. Prenez pour exemple le SITT-IWW. Pensez-y – rejoignez le syndicat de votre classe et luttez pour le plein-produit de votre travail, à la façon des Wobblies. Ne les laissez pas décider à votre place. C’est notre jeu : nous faisons le travail, nous fabriquons et trans
portons tout. Au final, nous contrôlons l’économie. Si nous nous organisons démocratiquement pour faire avancer nos propres intérêts, nous pouvons partager la richesse que nous produisons déjà et nous en aurions assez pour tous et toutes ceux et celles qui accomplissons le travail.

Aidez à avancer le travail
William D. Haywood, alias Big Bill, avait l’habitude de signer ses lettres et correspondances « Aidez à avancer le travail, William D. Haywood. » C’était un organisateur fondateur et un Trésorier-secrétaire général du SITT-IWW pendant de nombreuses années dans nos moments les plus turbulents, et ce fut une grande figure du syndicat. Cette formule de clôture vous en dira beaucoup sur ses méthodes de leadership et le syndicat à ce moment.

Aidez à avancer le travail. Nous nous sommes rejoints, aujourd’hui comme dans le passé, pour faire un travail, pour accomplir une tâche, pour nous-mêmes et les un-e-s pour les autres, pour notre classe et pour les générations à venir. Cette tâche, affirmée clairement dans le préambule, est l’abolition du salariat. Bâtir une société nouvelle à l’intérieur même de l’ancienne. En finissant, une fois pour toute, avec la tyrannie de l’argent, celle des patrons sur les travailleurs et travailleuses.

C’est un gros boulot. Bien trop gros pour s’accomplir par un-e seul-e personne ou une bande de formidables gens, peu importe combien puissant-e-s. Aidez à avancer le travail. C’est un gros travail qui prend autant de temps qu’il le faut, peu importe combien de batailles et combien d’heures de travail bénévole et de pensée nous devons y mettre. Peu importe le nombre de tâches, petites ou grandes, sont accomplies ; combien d’heures de route ; combien d’éditions de journaux ; combien de réunions, de discussions, de bulletins de votes envoyés et décomptés, de timbres vendus, léchés, et apposés dans combien de petits carnets rouges, et de combien d’argent compté et vérifié.

C’est un travail peu glorieux dans son ensemble. C’est du sérieux, et c’est souvent laborieux. Un boulot dur allégé par beaucoup de bras, et avançant à petits pas. Des fois c’est juste tenir la ligne contre des reculs. Des fois, c’est même pas ça. Et encore des fois, c’est de vastes bonds en avant.

« Chaque membre est organisateur/organisatrice, » « Nous sommes toutes et tous des chefs, » « Si chaque wobbly inscrit un-e nouveau ou nouvelle wobbly chaque semaine, on syndique le monde en quelques années. » Aidez à avancer le travail.

Le travail : Éduquer, Organiser, Émanciper. Ce sont les noms des trois étoiles sur l’emblème du SITT-IWW, inscrit dans chaque carte et macaron. L’éducation de soi et des camarades. L’organisation de soi et des camarades. L’émancipation d’une classe dans la lutte, la guerre, et de la Terre qui nous nourrit et nous berce toutes et tous.

Alors allez-vous nous rejoindre ? Allez-vous aider à avancer le travail ? Que nous reste-t-il d’autre à faire ?

IWW-SITT

Traduction et adaptation vers le français par
Comité Communication-Traduction, SITT-IWW Montréal
2015

La moitié des canadien.nes sont à 200$ près de ne pas y arriver

CALGARY- Un récent sondage réalisé au courant du mois de janvier suggère que près de la moitié des Canadiens sont à 200$/mois de ne pas réussir à payer leurs comptes et faire les versements minimaux requis pour payer leurs dettes.

Le sondage Ipsos Reid annonce aussi que près du quart des 1,582 personnes contactées sont déjà dans l’incapacité de faire leurs paiements.

31% des répondants au sondage en ligne, réalisé entre le 27 et 29 janvier 2016 pour le compte de MNB Debt, déclarent, entre autre, que la moindre augmentation des taux d’intérêts pourrait les pousser à la faillite personnelle.

Ipsos Reid a mené le sondage environ une semaine après que le Directeur Parlementaire du Budget ait publié un rapport dévoilant que le Canada a connu la plus grande augmentation de la dette des ménages par rapport au revenu, de tous les pays du G7 depuis 2000.

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Parlons-en du salaire minimum !

Une réticence quant à son augmentation

La principale réticence au 15$ de l’heure comme salaire minimum est que l’augmenter équivaudrait à couper dans les emplois et/ou augmenter les prix.

Cette demande d’augmentation effraie les principales industries où les employé-e-s sont payé-e-s au salaire minimum, à savoir : le commerce de détails, l’hébergement et la restauration1 car elles ont peur que leur survie en dépende et qu’elles doivent alors mettre à pied des employé-e-s et/ou la clé sous la porte.

Selon l’étude2 des professeurs Michael Lynn et Christopher Boone, même lorsque les restaurants augmentent leurs prix en fonction de l’augmentation des salaires de leurs employé-e-s, il n’y a pas de changement notable dans l’affluence de la clientèle ni même dans le profit des restaurateurs et donc, pas non plus dans le nombre d’employé-e-s. En fait, ils ont même assisté à une productivité plus grande de ces derniers.
Encore selon une étude3 menée en Pennsylvanie et au New Jersey par les professeurs David Card et Alan Krueger, l’augmentation du salaire minimum n’amène à aucune perte d’emploi.

Et pour finir, selon l’analyste économique David Cooper4, en fait, augmenter le salaire minimum pourrait même amener à la création de plus d’emplois en plus d’augmenter modérément l’activité économique.

L’argumentaire selon lequel l’augmentation du salaire minimum engendrerait une perte d’emploi, des pertes de profits ou même handicaperait l’économie en général tombe alors. L’austérité ou la peur de la faillite ne sont donc plus des arguments pour refuser l’augmentation du salaire minimum.

L’importance de l’augmentation du salaire minimum

Selon Philippe Hurteau et Minh Nguyen, chercheurs à l’IRIS, « pour une personne seule vivant à Montréal, un salaire de 15.38$ de l’heure est nécessaire [afin d’avoir un salaire viable]5« 

En effet, le salaire minimum au Québec de 10.55$ ne permet pas à un travailleur ou une travailleuse exerçant son emploi à temps plein, de répondre à tous ces besoins, même les plus fondamentaux, car ils et elles se retrouvent sous le seuil de pauvreté. L’augmentation à 15$ de l’heure permettrait à cette population de travailleurs et travailleuses pauvres, car c’est ce qu’il est en, d’atteindre une qualité de vie décente, viable.

En 2015, travailler à temps plein à 10.55$ de l’heure équivaut à gagner 21 944$ par année. Le seuil de pauvreté se situe à 22 831$ par année (en 2014). Avec 15$ de l’heure, le revenu annuel passerait alors à 28 800$, soit à peine 6 000$ au-dessus du seuil.
On est donc loin du compte si l’on constate que le 1
er mai 2016, le salaire minimum augmentera à 10.75$ de l’heure, soit de 0.20$ par heure. Apparemment, cette augmentation (de 1.9%) sera plus grande que l’inflation (de 1.5%) mais il reste que le coût du panier d’épicerie augmentera d’entre 2% et 4%6 en 2016, et cela sans parler des coûts d’énergie qui augmentent eux aussi, le prix du transport en commun etc.

Le nombre de travailleurs et travailleuses au salaire minimum au Québec est passé de 163 500 en 1998 à 210 200 en 20147, et, contre la croyance populaire, plus de la moitié de ces employé-e-s ne sont pas étudiant-e-s et travaillent à temps plein. On assiste ici à une augmentation importante de travailleurs et travailleuses pauvres qui doivent cumuler plusieurs emplois afin de pouvoir boucler leur mois et répondre à leurs besoins primaires nécessaires à leur survie.

Travailleurs et travailleuses pauvres

C’est en effet une réalité aujourd’hui au Québec. Le travail n’est pas synonyme de viabilité et encore moins de dignité car il est souvent aussi synonyme de peu de vacances et de ne pas tomber malade (avec peu de repos au nombre de congés auquel ils et elles ont droit). On ne parle même pas ici des salarié-e-s au pourboire qui ne touche que 9.05$ de l’heure (et qui toucheront 9.20$ le 1er mai 2016) et qui vivent des aléas de la bonté et affluence des client-e-s sur leur milieu de travail…

Un salaire minimum à 15$ de l’heure, ce n’est pas du luxe !

C’est tout juste viable !

1 Selon l’Institut de la Statistique du Québec, ministère du Travail du Québec (ISQ)

2 Have minimum wages increases hurt the restaurant industry? The evidence says NO! du Dr. Michael Lynn et du Dr. Christopher Boone de la Cornell University’s school of Hotel Administration.

3 Minimum wages and employment: a case study of Fast Food industry in New Jersey and Pennsylvania des professeurs David Card et Alan Krueger

4 Raising the federal minimum wage to $10.10 would lift wages for millions and provide economic boost de David Cooper, 19 décembre 2013

5 Quel est le salaire viable ? Calcul pour Montréal et Québec en 2015 de Philippe Hurteau et Minh Nguyen, chercheurs à l’IRIS, avril 2015

6 Selon Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires de l’Université de Guelph

7 Chiffres tirés de l’ISQ

Brève syndicale du 8 au 14 février

– Le 8 février, les membres du syndicat Unifor chez Métaux GBL à Dolbeau-Mastissini ont eu la mauvaise surprise de se retrouver en lock-out par leur employeur. Les représentant-e-s syndicaux déplorent que le patron s’attaque à la libre négociation; pour le patron, son offre est à prendre ou à laisser malgré les propositions de solutions avancées par le syndicat.

– Le 10 février, les manifestations contre le projet de loi 70 continuaient à travers le Québec, le SITT-IWW avait un contingent à Montréal. Les personnes sans emplois se retrouvent à s’appauvrir et être discriminé-e-s de plus en plus. En effet le projet de loi 70 pénalise ceux et celles qui n’arrivent pas à se trouver un emploi rapidement, comme s’ils ou elles étaient les seul-e-s responsables de leur condition, faisant fit des facteurs sociaux pourtant nombreux. Même la Commission des droits de la personne estime que ce projet de loi attaque la Charte québécoise des droits et libertés.

– Le secrétaire à la santé du Royaume-Uni veut imposer un nouveau contrat aux docteur-e-s sans leur consentement. Après une journée de grève le 10 février et sans avoir conclut d’accord à la table des négociations, ce contrat imposé allongerait les heures de travail tout en amoindrissant les salaires. Le syndicat des médecins craint que cela affecte les conditions de travail à un tel point que la santé des patient-e-s en soit mise en péril.

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– Le 10 février, à l’aéroport Pierre-Elliot-Trudeau, des centaines de chauffeur-e-s de taxi ont manifesté-e-s leur colère face au transporteur illégal Uber et dénoncer les gouvernements qui ne prennent pas suffisamment de mesures pour protéger les travailleuses et travailleurs. En France, les deux dirigeants d’Uber subissent un procès pour leur activité illégale. Uber, comme Airbnb et Blablacar, sont des compagnies dites «collaboratives» et donc le qualifitatif sonne bien. Hors, d’après le président du Lab de l’économie sociale et solidaire (ESS) Hugues Sibille, la « communauté » de travailleuses et travailleurs de ces entreprises n’ont aucun véritable lien entre eux et elles, ni même de pouvoir sur l’entreprise. La finalité de ses entreprises reste de faire de l’argent et étant très pyramidale, l’argent va vers les patrons et il n’en reste que peu pour les travailleuses et travailleurs, de plus, l’entretien des voitures, l’essence et les autres dépenses sont faites par les travailleuses et travailleurs.

– Vendredi le 12 février, des milliers d’agriculteurs et d’agricultrices mécontent-e-s d’un projet de loi impopulaire visant à réformer les régimes de retraite et la Sécurité sociale, que les créanciers et les créancières du pays jugent encore insuffisant, ont manifesté-e-s violemment, attaquant banques, policiers, policières et bâtiments gouvernementaux. «Nous n’avons pas d’autre choix que de venir camper devant le Parlement, place Syndagma [place de la Constitution]. C’est ça, ou mourir. Je vends chaque tomate 30 centimes d’euro. Ce qui me fait un revenu annuel de 10 000 à 15 000 euros, calcule Panagiotis. Jusqu’à présent, j’étais imposé à 13% mais avec son projet de loi, le gouvernement veut nous imposer à 20 puis 25% ! C’est intenable, il faut en finir avec cette austérité qui succède à l’austérité. Voilà cinq ans que ça dure», martèle le quinquagénaire à un journal français. La grogne envers Alexis Tsipras, qui représentait beaucoup d’espoir avant son élection, pour finalement céder aux puissances financières du pays n’est pas près de s’apaiser. Le pays est traversé de blocus de tracteurs depuis plus d’une semaine pour ralentir la circulation et donc faire pression sur les dirigeant-e-s du pays afin qu’ils arrêtent leurs mesures austères. http://bit.ly/1TcHK2g

– Le 14 février marque le 80e anniversaire de l’entré en grève des fabricants de pneus Goodyear à Akron, en Ohio. La plupart non-syndiqués, ils ont fait face à 150 policiers armés de battes de baseball et des tuyaux en plomb. Par la suite, ils ont menacés d’entrer en grève générale illimitée si une armée était utilisé par le patronat, pratique courante à l’époque. Après plus d’un mois, la direction accepta la majorité des demandes des travailleuses et travailleurs. http://bit.ly/20wSngS

Syndicalisme de fast-food: la syndicalisation de McDonald et la McDonaldisation des syndicats.

Organisateur aux IWW, Erik Forman dresse un grand historique de l’industrie de la restauration rapide, des tactiques des syndicats corporatistes et indique des directions à suivre afin de permettre aux travailleuses et travailleurs de la restauration rapide de remédier, à travers une organisation autonome, aux situations problématiques qu’il énumère.

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Le fast-food c’est l’Amérique. Premièrement fondée lors de la longue période de boom économique d’après-guerre, l’industrie s’impose parmi les autoroutes, banlieues, maisons unifamiliales, centres commerciaux, de l’automobile et de la télévision comme un véritable organisme vivant au sein de l’écosystème de la culture américaine de consommation. Dès l’aube de la Guerre Froide au crépuscule de la grande récession, l’industrie du fast-food est façonnée, puis façonne les valeurs centrales de la société américaine.

Notre désir de satisfaction instantanée a été comblé par un service rapide et le sourire (forcé) du service au volant. Le carrousel incessant de publicités télévisées montrant des boissons et sandwichs nouveaux et améliorés n’a fait que nourrir encore et encore la dépendance américaine à l’inédit – et meilleur – produit. Des repas surdimensionnés à l’image de notre calcul apparemment rationnel que plus gros c’est mieux. D’un mode de production à la Taylor en passant par des burgers et des frites génétiquement modifiés et bourrés de pesticides, la direction des entreprises a accompagné ses produits d’une allure scientifique, chatouillant ainsi l’amour des américain-e-s pour la prévisibilité engendrée par la technologie. Assoiffés par des profits résultants des économies d’échelles hautement rationalisées, les cadres des chaînes de fast-food ont colonisé le décor des États-Unis avec d’éclatants symboles de leurs empires corporatifs, et ce d’un océan à l’autre. Entretenant et entretenu par une culture préférant l’image à la réalité, l’apparence à la substance et un profit immédiat à une planification à long terme, le peuple américain est facilement interpellé par le chant de sirène que sont les publicités montrant des burgers reluisants. Les consommateurs américains feront engraisser les coffres des chaînes de restauration rapide pour un montant projeté de 191 million de dollars en 2013. Au même rythme que croit l’industrie du fast-food aux États-Unis, son emprise sur les valeurs de la société américaine s’étend. Nous sommes ce que nous mangeons. L’Amérique c’est le fast-food.

En 1993, le sociologue George Ritzer a donné son nom à cette «McDonaldisation de la société» en notant que «les principes de la restauration rapide en viendront à dominer de plus en plus de secteurs de la société américaine ainsi que du reste du monde». Ritzer dénonçait la mise au pas d’un groupe croissant d’institutions vers les quatre valeurs fondatrices de l’industrie du fast-food: l’accélération des rapports humains dans un but d’«efficacité», réduire la vie à un «calcul» confondant qualité et quantité, la «prévisibilité» d’une expérience humaine standardisée ainsi qu’une obsession d’un contrôle bureaucratique à l’aide de la technologie. En revisitant le diagnostique élaboré par Max Weber et les théoriciens critiques de l’école de Francfort, Ritzer décrit le malaise se trouvant au cœur de notre société McDonaldisée comme étant l’«irrationalité de la rationalité» – la subordination de toutes préoccupation au but ultime : le profit. Bien entendu, la McDonaldisation pourrait être la Disneyfication, la Walmartisation ou bien la Coca-colonisation… peu importe le signifiant, puisque derrière ces logos d’entreprises se déroule toute la logique d’un capitalisme à l’échelle planétaire.

Ayant saturé le marché américain dans les années 70, l’industrie du fast-food a tourné son regard cupide vers d’autres contrées, cherchant rapidement à transformer en machine de profit le système digestif de six milliards d’humains. Les Deux Arches dorées sont devenus un symbole d’avant-garde de la mondialisation. Dès les années 90, une quantité généreuse de McDonald, PFK et Starbucks est allée s’étendre à travers le monde, matérialisant l’esprit du temps, le triomphe du libre marché comme dénouement heureux de l’histoire. En 1997, McDonald a tiré plus de revenus d’opérations outre-mer que chez lui. Le chroniqueur néolibéral du New York Times Thomas Friedman a proclamé l’avènement de ce McMonde comme l’aube d’un nouvel ordre mondial, où tous trouveraient justice et liberté, affirmant que jamais deux pays ayant des McDonald ne pourraient se faire la guerre (il se trompait). Mais la liberté aux yeux des apologistes du capitalisme mondial a toujours impliqué une esclavagisme voilé pour la classe ouvrière de l’industrie du service croissante.

L’exploitation se cachant derrière chaque burger et chaque frite n’est plus secrète. Au cours de la dernière année, une vague de «grèves» d’une journée très télégéniques dans plusieurs restaurants a permis d’exposer cette triste réalité. C’est une réalité que je connais personnellement. De 2006 à 2012, je me suis impliqué dans deux campagnes syndicales avec les Industrial Workers of the World en tant que travailleur de fast-food chez Starbucks et Jimmy John’s. J’ai constaté de mes propres yeux que les profits astronomiques de l’industrie sont basés sur les péchés originels de la société américaine – racisme, sexisme et exploitation de la classe ouvrière. L’industrie du fast-food emploie un nombre disproportionné de femmes et de gens issus de minorités visibles dans des rôles sans avenir, à un salaire tournant autour du salaire minimum. Mes collègues et moi n’étions que des marchandises pour nos patrons, tout comme les grains de café ou la viande, des biens à utiliser lorsque tournent les affaires, puis mis de côté quand les temps sont plus durs. Nos horaires variaient fortement d’une semaine à l’autre, selon ce que dictait le système automatisé de l’entreprise, nous empêchant de planifier ou de se faire un budget. Le travail réunissait toutes les joies répétitives d’une chaîne de montage d’usine, avec tout le charme des abus psychologiques habituels des clients. Chez Starbucks, le manque chronique de personnel a transformé nos quarts de travail en une frénésie de mouvements constants pour servir des lattés et Frapuccinos à une file de clients sans fin. Notre patron nous a montré sa gratitude en nous payant à peu près le salaire minimum. Lors des jours les plus bondés, il «demandait» aux travailleuses et travailleurs de rester après la fin de leur quart, puis il effaçait les heures supplémentaires de la feuille de paye. Comble de l’insulte, il faisait fréquemment des remarques sexuellement explicites envers mes collègues féminines. Ma patronne chez Jimmy John’s avait pour habitude d’agrémenter ses diktats de menaces de mort : «Je vais te poignarder» si tu n’étends pas la mayo plus doucement ou «Je vais ramener un fusil à pompe et te tirer dessus» si la préparation des sandwichs est trop lente. Mais si ce n’étaient pas de bons emplois, ils étaient pourtant dur à conserver. Comble du ridicule, une collègue du Starbucks a perdu son assurance maladie, parce qu’elle était trop malade et ne travaillait plus suffisamment d’heures pour y être admissible. Incapable de se permettre le traitement médical, elle a manqué un quart de travail, car transie de douleur. Elle n’a pu se permettre d’aller voir un médecin et se procurer un papier pour le prouver et elle fut donc renvoyée. Deux de mes collègues ont tenté de se suicider durant mes six années passées chez Starbucks, succombant au stress imposé par des gérants trop exigeants, des clients irrespectueux et l’angoisse de voir leurs rêves leurs échapper des mains, alors qu’ils s’enfonçaient encore plus profondément dans la pauvreté.

Malgré les conditions de travail déplorables qu’endurent les 3,6 millions de travailleurs et travailleurs du fast-food, les principaux syndicats ne leurs ont montré aucun intérêt avant la dernière année. Le «Vice Président Sénior» du local syndical UNITE-HERE de Minneapolis me disait en 2008, «on va pas aller syndiquer tous les groupes de travailleurs de McDonald qui viennent vers nous.» Il a ensuite refusé de soutenir nos efforts indépendants d’organisation chez Starbucks. L’ancien président du SEIU (Service Employees International Union), Andy Stern, a même dit qu’il applaudirait Starbucks s’ils payaient leurs dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses à quelques cents au dessus du salaire minimum. Comment se fait-il qu’un mouvement ouvrier qui a mené les masses affamées dans une bataille contre les autocrates industrialistes à la barre du pays en arrivent à tourner le dos à ceux qui ont le plus soif de changement?

Syndicalisme corporatiste
Au cours de la période d’Après-guerre, au moment où les églises se transforment en cathédrales et où les boutiques familiales laissent la place aux centres commerciaux, la plupart des syndicats américains se transforment en syndicats corporatistes, adoptant une structure similaire à celle de leurs prétendus adversaires. Comme l’entreprise, un syndicat corporatiste est dirigé par une petite clique bien payée de présidents, vice-présidents et directeurs de tout et de rien – bref, des patrons – qui impose des directives par le biais d’une hiérarchie d’employé-e-s souvent exploité-e-s jusque dans les rangs de la base. Plutôt que d’habiliter les membres par une implication dans leurs propres luttes, les patrons syndicaux implantent une logique carriériste au cœur même du mouvement ouvrier. Le SEIU et UNITE-HERE – souvent, et ironiquement, perçus comme les syndicats les plus progressistes des États-Unis – ont tendance à embaucher comme organisateurs ou organisatrice de jeunes idéalistes issu-e-s de la classe moyenne et fraîchement diplômé-e-s d’université. Ces jeunes employé-e-s ont tendance à se brûler rapidement sous les demandes – et les contradictions – de l’emploi et repartent vers les études supérieures.

Cette façon de faire n’est que la pointe de l’iceberg. La montée du syndicalisme corporatiste au États-Unis n’est qu’un instant dans l’évolution d’une tension qui mijote au sein du mouvement ouvrier. Pour citer la Solidarity Federation dans Fighting for Ourselves, il est «possible d’identifier deux significations du terme « syndicat ». Le premier est simplement une association ouvrière…» et la seconde est «celle d’une représentation des travailleurs et travailleuses vis-à-vis le capital.» En tant qu’association de travailleurs et travailleuses, un syndicat a théoriquement un pouvoir illimité d’arrêter ou de transformer l’économie. En tant qu’institution «représentant» les travailleurs et travailleuses, un syndicat se comporte comme un «groupe d’intérêt» cherchant à influencer en utilisant les même outils de lobbying, de RP et de marchandage que n’importe quelle autre entreprise.

Plutôt que de s’en remettre au pouvoir associatif de leurs membre s’exprimant à travers des grèves perturbant la production, les syndicats corporatistes dépendent plus souvent du National Labor Relations Act de 1935 qui met en place un processus bureaucratique afin que les travailleurs et travailleuses puissent voter pour un syndicat les «représentant». Le NLRA est imbibé d’une politique qui transparaît dans son préambule : «Il est déclaré qu’il est une politique des États-Unis d’éliminer les causes de certaines obstructions substantielles au libre cours du commerce et d’atténuer ou éliminer ces obstructions lorsqu’elles se produisent en encourageant la pratique et la procédure des conventions collectives…» Il vaut la peine de le répéter : le code du travail américain a pour objectif de garantir le «libre cours du commerce», un but adopté de tout cœur par les leaders syndicaux de l’Après-guerre qui ont joyeusement désarmé la base, échangeant l’action directe pour des procédures bureaucratiques, tel les griefs et des clauses de non-grèves. C. Wright Mills les a même surnommés «Les nouveaux hommes de pouvoir», des hommes d’état pro-travailleurs et travailleuses enthousiastes d’agir comme petit partenaire du capital dans la Guerre Froide contre le communisme. Avec un élan en direction de la «fin de l’histoire» de notre propre époque, ces partisans du syndicalisme corporatiste ont chassé les radicaux hors du mouvement ouvrier, abandonnant le changement social qualitatif pour le remplacer par une vision étroitement limitée à des enjeux élémentaires et quantitatifs, se laissant ensuite bercer par le compte de fée Keynésien, d’éternels cycles d’augmentation de productivité reliés à l’augmentation des salaires négociés par les syndicats comme composante permanente de la politique et de l’économie américaine.

La bureaucratie syndicale a subis un dur réveil vers la fin des années 70. Les employeurs ont intensifié leur résistance face aux campagnes syndicales, menant au déclin du taux de victoires lors des élections du NLRB (National Labor Relation Board). Comme le notait le vétéran de la négociation syndicale Joe Burns dans Reviving the Strike, les syndicats n’ont pas répondu adéquatement aux défis des patrons, excluant le genre de confrontations collectives avec les employeurs qui ont rendu possible les ententes des années 30. Ils ont plutôt essayé de maintenir des ententes de «neutralité» avec les patrons à l’aide de négociations à la carotte et au bâton, souvent à l’insu des travailleuses et travailleurs. La carotte : les dirigeants syndicaux offrent un soutient politique au programme législatif de l’entreprise et jurent de ne pas négocier d’autres enjeux, allant même jusqu’à accepter des pertes salariales et des restrictions quant aux droits des travailleurs et travailleuses. Le bâton : le syndicat fera interférence dans l’application du programme politique et dans la croissance de l’entreprise jusqu’à ce que cette dernière accepte la neutralité. Les campagnes de neutralité ne jouent généralement pas sur le pouvoir associatif des travailleuses et travailleurs, mais plutôt sur des campagnes publicitaires, des amis haut-placés et des astuces d’avocats. Bref, sur la manipulation du système de représentation de notre société. La tâche d’un «organisateur» syndical se résume désormais à convaincre les travailleur de faire ce que le patron du syndicat demande plutôt que de les rassembler pour prendre des décisions en commun. Le plus souvent , l’implication des travailleuses et travailleurs dans les campagnes de neutralité se limite à des prises de photos lors de rencontres avec des politiciens, ou tout au plus à des grèves d’une journée pour la télévision. Pire encore, les syndicats engagent parfois des «supporteurs» qui tiennent des «actions directes» au nom des travailleurs et travailleuses. Généralement, les patrons syndicaux vont rechercher des campagnes selon une logique très corporatiste, en établissant les coûts engendrés et les profits que les nouvelles cotisations négociées vont rapporter. Pour la plupart des syndicats, les chances de réussite dans l’industrie du fast-food semblaient trop faibles par rapport aux bénéfices envisagés pour y investir des ressources.

Grèves dans le fast-food
Plusieurs personnes de gauche ont exprimé leur espoir de voir la mobilisation dirigée dans le fast-food par le SEIU et d’autres groupes dits « Alt-Labor » représenter une fracture avec la logique corporatiste du syndicalisme, ou du moins une ouverture pour aller plus loin que de simples grèves dans le fast-food et ainsi créer un mouvement transformateur. Il n’a pas été facile de mesurer ce que ces espoirs valent face à la réalité; le SEIU empêche son personnel de parler aux médias et laisse les membres de la base dans l’ombre quant aux plans du syndicat. J’ai donc contourné les porte-paroles officiels du SEIU et suis allé consulter des travailleurs et travailleuses et les membres du personnel au sein même de la campagne pour comprendre se qui se passe réellement.
Selon les dirigeant-e-s du SEIU, il aura fallu que les travailleuses et travailleurs du fast-food s’organisent eux et elles mêmes et défoncent pratiquement la porte du local syndical pour demander de l’aide à s’organiser. En vérité, les grèves pour le 15$ ne sont pas vraiment des manifestations spontanées. Selon des sources internes, la demande de 15$/heure n’a pas été émise par les travailleurs et travailleuses, mais plutôt par des consultants de Berlin Rosen PR Firm travaillant avec le SEIU. Les projets du SEIU sont en développement depuis au moins 2009. Selon une autre source interne, certaines villes furent initialement sélectionnées pour les grèves car le syndicat croyait pouvoir utiliser la couverture médiatique pour encourager de nouvelles lois. Les manifestations d’une journée n’ont donc pas été conçues comme armes économiques permettant des gains, mais plutôt comme des appâts dans la «marche médiatique», comme le notait Adam Weaver. Plusieurs activistes ont usé du terme wildcat strike (grève sauvage) pour définir ces grèves d’une journée. Une grève sauvage est une grève organisée par la base syndicale contre ou sans la bureaucratie. Ces dernières en étaient l’opposé total – des mobilisations dirigées du haut par les bureaucrates. Cela implique que les planificateurs du SEIU savaient qu’il y aurait une grève avant même les travailleuses et travailleuses. Par conséquent, l’organisation syndicale est désormais de convaincre la base d’adhérer à un projet axé sur les médias, mis en place par les dirigeants syndicaux, instrumentalisant les relations qu’entretiennent les employé-e-s avec les travailleuses et travailleurs et les poussent à fausser des chiffres pour garder leur emploi. Cette dynamique s’est avérée lorsque j’ai discuté avec des travailleurs-ses de trois villes qui m’ont affirmé que le nombre réel de grévistes était nettement moins élevé que celui rapporté par le SEIU. Étant donné l’inefficacité des communications (c’est-à-dire mentir au patron pour ne pas être mis à la porte) inhérente à toute hiérarchie d’entreprise, il est tout à fait possible que le SEIU lui même ne connaisse pas le nombre exacte de travailleuses et travailleurs ayant participé aux grèves.

S’inspirant du modèle corporatif, le SEIU a sous-traité la syndicalisation des fast-foods à des organismes communautaires – une section locale de Jobs with Justice, quelques groupes ex-membres de l’ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now) et d’autres – dans le but de partiellement réduire les dépenses associées aux salaires des organisateurs. Un travailleur du fast-food impliqué dans la campagne me disait que «les organisateurs travaillent 12 heures par jour durant la semaine. Quand tu calcule leur revenu, ça donne moins que le salaire minimum.» Un ancien organisateur employé avait reçu l’ordre d’abandonner un groupe de travailleuses-rs du fast-food peu de temps avant une grève et de porter son attention sur un autre site où les patrons syndicaux croyaient pouvoir obtenir plus de capital médiatique. Le même organisateur a été renvoyé tout juste avant le temps des fêtes suite à une décision arbitraire par des haut-placés du syndicat, forçant sa famille à gratter les fonds de tiroirs pour mettre à manger sur la table pour leur jeune enfant. C’est sans surprise que, dans au moins une ville, des organisateurs ont formé leur propre syndicat pour combattre le modèle de gestion à haut roulement du SEIU.
Le traitement minable subi par ces organisateurs et organisatrices acharné-e-s démontre tout à fait le déficit démocratique au sein du SEIU. Des travailleuses et travailleurs anonymes au sein de la campagne disent être contraint-e-s de soutenir la stratégie déterminée par les dirigeants du syndicat, sans possibilité de discuter d’alternatives plus durables et transformatrices. Une source proche du SEIU m’a informé que des haut-placés de la campagne refusent d’organiser dans le but d’obtenir des gains immédiats par crainte qu’une trop grande victoire enlève aux travailleurs et travailleuses la volonté de se syndiquer. Alors que quelques villes ont adopté une approche plus orientée vers la base, la stratégie globale demeure hors de portée de cette dernière. Le SEIU a tenu un sacro-saint rassemblement national à Detroit avec des travailleuses et travailleurs qu’on avait convaincu de voter «Oui» pour la journée d’action nationale du 29 août, peu importe si celle-ci servirait à bâtir une organisation à long terme dans leurs communautés et lieux de travail. Le risque encouru par la syndicalisation rapide de première page demandée par le SEIU international est que les travailleurs-ses sont poussé-e-s à risquer leur emploi pour atteindre les quotas déterminés par les bureaucrates au sommet, sans se soucier de bâtir une base pouvant mener à un réel mouvement social réussi. Ryan Watt, travailleur à Potbelly’s de Chicago, était récemment en grève. Selon lui : «je crois qu’à cause de ça, mon gérant commence à riposter. Récemment, après la dernière grève, ils m’ont dit de rentrer chez moi et de ne pas revenir avant cinq jours parce que je suis revenu cinq minutes en retard de mon dîner.» Le gérant de Ryan ne l’a pas rappelé après cinq jours, ce qui signifie un renvoi de fait.

Le comité organisateur des travailleuses et travailleurs de Chicago combat ces représailles, mais de telles histoires sont susceptibles de se reproduire sans une stratégie impliquant plus de travailleurs et travailleuses dans le processus de syndicalisation avant de faire parader devant les caméras des individus isolés de différents restaurants. Étant donné la récente éviscération de Our Walmart, lors du renvoi de plus de 60 travailleurs et travailleuses militant-e-s, on aurait cru que le SEIU prendrait plus de précautions en créant une base forte avant de se dévoiler au grand public. Les dirigeant-e-s d’entreprises n’ont pas besoin d’entraînement pour ordonner aux gérant-e-s de démanteler les syndicats et d’ajouter des employé-e-s aux listes noires. Tous et toutes les gérant-e-s savent comment resserrer et appliquer sélectivement les règles afin de se débarrasser de travailleurs et travailleuses «fauteur-ses de troubles». Sans un redressement stratégique permettant de changer le rapport de forceavec les compagnies de fast-food, de telles représailles subtiles finiront par avoir un effet important sur la syndicalisation.
Il se pourrait que le SEIU n’en ait tout simplement rien à faire. Après tout, le syndicat a déjà obtenu ses 15 minutes de gloire devant les caméras pendant la campagne. Un porte-parole du SEIU a exprimé l’attitude déconcertante du syndicat face au prix que les travailleurs et travailleuses vont payer pour cette stratégie, me disant qu’ils et elles pourront facilement traverser la rue et obtenir un emploi dans un autre restaurant après s’être fait montrer la porte.
Avec toutes les décisions majeures entre les mains du SEIU international, le caractère bureaucratique de la campagne a engendré une dynamique raciale troublante. J’ai discuté avec plusieurs participants et participantes qui étaient consterné-e-s par le spectacle récurrent d’employé-e-s du syndicat principalement blancs criants des ordres à travers un mégaphone lors des grèves à des travailleurs et travailleuses de fast-food principalement noir-e-s ou hispaniques. À New York, un membre blanc du service d’ordre du SEIU a même poussé plusieurs travailleurs et travailleuses s racialisé-e-s pour les empêcher d’occuper un McDonald. Aux États-Unis, les hiérarchies sont trop souvent sujettes à un code de couleurs. Le SEIU et ses substituts n’y font pas exception.
Et que fait dire le SEIU au travailleuses et travailleurs? Si «15$ et un syndicat» est un bon slogan, les problèmes accablants la nation du fast-food ne se régleront pas par une augmentation salariale d’un dollar. Autre concession faite au nom des besoins médiatiques de la campagne, le Fight for Fifteen a recréé l’étroite focalisation économique du syndicalisme corporatiste de l’Après-guerre. D’autant plus malheureux, puisque l’industrie du fast-food constitue le nerf de la guerre du consumérisme capitaliste. Les travailleurs et travailleuses du fast-food peuvent parler et agir directement contre les horreurs de l’agriculture industrielle, la déshumanisation de la production Taylorisée et des hiérarchies absurdes des lieux de travail, la monoculture corporatiste, le fléau de la faim de la classe ouvrière, entre autres plaies qui découlent de leurs lieux de travail. Imaginez si un syndicat de travailleuses et travailleurs du fast-food soutenait une vision non-seulement de meilleurs conditions de travail dans une économie fondamentalement inhumaine, mais aussi d’une industrie de la nourriture contrôlée par les travailleurs et travailleuses dans le meilleur intérêt de toute l’humanité et de la planète. Une telle tournure est peu probable tant que les campagnes sont dirigées par des bureaucrates syndicaux qui ne se voient pas comme fossoyeurs du capitalisme, mais plutôt comme ses médecins.
Une évaluation honnête de la campagne jusqu’à maintenant nous pousse vers une conclusion inévitable – la logique corporatiste de l’industrie du fast-food est bien vivante à l’intérieur même des efforts de syndicalisation du SEIU. De la décision de prioriser la quantité de grévistes plutôt que la qualité de l’autonomisation des travailleurs et travailleuses et de la démocratisation, de privilégier des événements médiatiques accrocheurs et soutenir des changements législatifs plutôt qu’une organisation substantielle afin de bâtir un réel pouvoir. Tout cela en passant par un simulacre de communications méthodiques pensé par des consultants, par le mode opératoire centralisé du SEIU international, par l’horrible réalité du racisme institutionnalisé au sein de la campagne, par la réduction pécuniaire de l’objectif de la campagne tout en acceptant les fondement d’une société de classe. C’est cela le véritable syndicalisme de fast-food.

Syndicalisme néo-corporatiste
Y a-t-il un espoir pour les travailleurs et travailleurs, employé-e-s et sympathisant-e-s de transformer la syndicalisation des fast-food du SEIU en un mouvement plus large et à plus long terme pour engendrer des changements substantiels, comme le prédisent plusieurs personnalités de gauche?

Le SEIU n’est pas monolithique. Plusieurs perspectives s’y affrontent concernant la direction de la campagne du 15$ et concernant le niveau d’autonomie dans certaines sections (quoique constamment sous menace de tutelle). On voit toutefois un plus haut niveau de participation et de démocratie dans certaines villes que d’autres. Il y a des centaines de travailleurs et travailleuses courageux et courageuses et des dizaines d’employés-e-s acharné-e-s avec des principes, qui font tout en leur pouvoir pour passer d’un modèle transactionnel à un modèle transformatif à l’intérieur même des confins du SEIU.
Il est possible pour des membres de la base et des employé-e-s radicaux d’élaborer une stratégie qui se défait de la logique du syndicalisme fast-food, mais cette initiative ne viendra jamais du SEIU international ni sans combattre la bureaucratie. L’histoire du syndicat, ses tendances inhérentes au neo-corporatisme et les témoignages d’employé-e-s du syndicat nous en disent long sur ce que peuvent attendre les membres de la base et leurs allié-e-s. Un article de 2010 dans The Nation résumait le mode opératoire du SEIU sous la direction du président Andy Stern, «alors que la croissance devenait son unique passion, Stern s’en est remis à des ententes à huis clos avec les employeurs et d’autres raccourcis, perpétuant une illusion de croissance robuste ayant obscurci l’échec du SEIU à établir une stratégie viable pour contrer le déclin du mouvement ouvrier. Ce faisant, le leadership unilatéral de Stern a aliéné des membres de la base et a isolé le syndicat de plusieurs de ses ancien-ne-s allié-e-s.»
Alors que les factures de dispendieux services de relations publiques et de l’armée de personnel travaillant sur la campagne du 15$ s’accumulent, la pression augmente sur les patrons du SEIU pour conclure un marché qui pourra être présenté comme une victoire. Comme pour toute transaction commerciale, ce marché inclura un quiproquo. Les recherches de Steve Early sur les machinations du SEIU, parues dans son livre The Civil Wars in U.S. Labor, offrent un aperçu de ce que cela représente. À travers ses 339 pages, Early expose ce qui semble être une parade sans fin de cadavres sortant des placards du SEIU, plusieurs comportant non seulement les empreintes digitales d’Andy Stern, mais également de Mary Kay Henry et de la brochette de patrons actuels du SEIU.
Entraîné par la cupidité de la croissance à tout prix, identique à celle des entreprises qui lui font face en négociation, le SEIU s’est tourné vers une stratégie de «partenariat» avec les employeurs, ainsi qu’à du maraudage, afin d’augmenter ses revenus avec des cotisations supplémentaires. Au diable la démocratie ouvrière. Dans la plupart des cas, l’organisation syndicale récente se limite à faire signer par l’employeur une entente préétablie qui limite les droits des travailleurs et travailleuses à décrier ou agiter contre leurs problèmes au travail, délaisse le contrôle du lieu de travail à la gérance en ne permettant qu’un-e ou aucun-e délégué-e syndical-e sur place et limite les paramètres de négociation collective – le tout sans avoir préalablement consulté les travailleuses et travailleurs. Pire encore, dans le but de convaincre les employeurs de signer ces «partenariats», le SEIU va jusqu’à soutenir la mise en place de lois avantageant les patrons aux dépens de toute la classe ouvrière. Par exemple, en Californie et à Washington, le SEIU a fait pression pour limiter les droits de patients à poursuivre les hôpitaux et services de soins à domicile pour mauvais traitements, en échange d’une reconnaissance syndicale facilitée pour les travailleuses et travailleurs de la santé.
Une fois les termes de l’entente négociés par les professionnels syndicaux et patronaux, les organisateurs et organisatrices sont chargé-es de faire signer les cartes aux travailleuses et travailleurs, autorisant les prélèvements de cotisations sur le bulletin de salaire. C’est souvent la dernière fois qu’ils et elles verront un organisateur. Une fois syndiqué, le SEIU fait profil bas, entreposant ses membres dans de mégas locaux à des kilomètres des lieux de travail. Il devient donc impossible pour des travailleurs et travailleuses à petits salaires d’assister aux réunions où ils et elles pourraient avoir une voix, ni même de se présenter comme représentant-e syndical-e ou comme délégué-e. Ce travail est remis aux professionnels diplômés. Qu’est-ce qui leur reste? Un numéro 1-800 à appeler si elles et ils ont des questions ou des préoccupations.

L’auteur Early conclue que le SEIU est «une institution de plus en plus autocratique et profondément défectueuse qui n’est pas à la hauteur de ce qu’elle prétend, peu importe qui est responsable.» Il semble avoir raison. Alors que plusieurs espèrent que le SEIU ait pris un nouveau départ sous la direction de sa nouvelle présidente Mary Kay Henry et que la tactique de grève dans la campagne pour le 15$/h représente un distanciement du syndicalisme corporatiste habituel, un simple regard sous le tapage médiatique révèle les même vieilles dynamiques et tendances comportementales en action. Une source interne raconte que le SEIU a déjà ouvert la porte à la National Restaurant Association, offrant de la soutenir pour des réductions d’impôts sur les chaînes de fast-food en échange d’une quelconque entente de neutralité. Voilà ce que semble nous réserver l’avenir.
Au delà des grèves dans le fast-food

Au delà des critiques du modèle syndicale néo-corporatiste du SEIU, il y a aussi le fait que ça ne fonctionnera probablement pas. Cela fait maintenant plus de 30 ans que nous sommes dans une guerre d’annihilation du mouvement ouvrier par les employeurs américains. Tout comme dans les années 30, les employeurs vont tenir la ligne dure contre toute incursion syndicale à moins de faire face à une véritable menace existentielle. Le seul bras de levier assez long pour faire bouger la montagne d’opposition face au pouvoir ouvrier dans l’industrie du fast-food, c’est l’action directe massive par les principaux concerné-es sur une échelle jamais vue depuis la période tumulteuse de l’entre-deux-guerres. Les syndicats corporatistes ne sont pas près d’actionner ce levier. Comme l’écrivait l’ex-stratégiste du SEIU Stephen Lerner, «les syndicats ayant des centaines de millions d’actifs et des conventions collectives concernant des millions de salarié-es ne risqueront jamais leurs trésoreries et leurs contrats en s’engageant dans des actions à grandes échelle telles des sit-ins, des occupations et autres formes non-violentes de désobéissance civile défiants injonctions et pressions politiques.» On pourrait rajouter que même s’ils le voulaient, les syndicats corporatistes ont depuis longtemps ravagé leur base militante, aliénant les travailleurs et travailleuses par leur processus décisionnel de haut en bas et par les années de porte-à-porte étouffantes en soutien des Démocrates. Réticent et incapable de suivre la voie pouvant mener à une réelle victoire, le SEIU commencera à diluer son slogan de «justice pour tous», amenant des propositions pour moins de justice et pour moins de travailleuses et travailleuses (rétrécissant sa vision à de moins en moins de villes, de moins en moins d’entreprises et demandant de plus petites augmentations salariales) à la table de négociation et aux bureaux de vote. Si cela échoue, le SEIU tentera probablement de trouver un moyen de se retirer et se sauver la face. Ironiquement, cela pourrait donner plus d’espace aux travailleuses et travailleurs de s’organiser eux et elles mêmes. De façon plus tragique, cela pourrait également isoler des personnes ayant pris des risques face aux éventuelles représailles engendrées.
Heureusement, le syndicalisme fast-food du SEIU n’est ni le premier, ni le dernier mot de la lutte de classe dans cette industrie. Les travailleuses et travailleurs du fast-food ont combattu des patrons les exploitant depuis le début de cette industrie. Pour nommer quelques exemples, vers le milieu des années 60, McDonald était tellement préoccupé par la syndicalisation de ses employé-e-s de la baie de San Francisco, qu’ils ont rendu nécessaire la prise d’un test de détecteur de mensonges aux potentiels employé-es pour éliminer les sympathisant-e-s du syndicat. Le spécialiste anti-syndicat à temps plein de la chaîne a affirmé avoir écrasé des «centaines» de tentatives de syndicalisation au début des années 70. Au début des années 80, ACORN a lancé un syndicat des salarié-es du fast-food à Détroit qui a brièvement gagné une des seules conventions collectives dans les fast-food franchisés aux États-Unis. Au Royaume Unis, l’énigmatique McDonald’s Workers Resistance a mené une résistance anonyme de type guérilla contre les patrons entre 1998 et le début des années 2000. Malgré qu’aucun de ces efforts n’ait mené à une organisation à long terme, ils ont joué un rôle important dans la longue évolution d’une conscience de classe au sein de l’industrie du fast-food.
Alors que j’étais organisateur avec les IWW chez Jimmy John’s et Starbucks, nous avons appris des expériences de ceux qui nous ont précédé et nous avons créé un modèle d’organisation associatif fonctionnant dans l’industrie du fast-food. Notr modèle fut bâti sur notre propre force de travailleurs et travailleuses : la dépendance de notre patron à notre travail. Au lieu de dépenser des millions (que nous n’avions pas) pour payer des firmes de relations publiques et des employé-e-s à temps plein, nous avons misé sur une approche à long terme en entraînant nos collègues à devenir organisateurs ou organisatrices, leur donnant les armes nécessaires afin de mener leurs propres batailles, peu importe où ils et elles se retrouvent, et en prenant toutes les décisions ensemble de façon démocratique. Et nous avons gagné. Nous avons fait renvoyer notre patron qui volait nos salaires et harcelait sexuellement nos collègues, nous avons mis fin aux renvois injustes, nous avons fait installer l’air climatisé et fait réparer l’équipement brisé. Nous avons gagné un renforcement d’effectifs, nous avons obtenu ma réintégration après que j’ai été renvoyé par Starbucks pour avoir organiser mon lieu de travail et, à l’aide d’une courte grève, nous avons même forcé notre gérant de district à émettre un chèque pour un collègue n’ayant pas été payé. Lors d’une autre campagne des IWW, nous avons rédigé un «Programme en dix points pour la justice chez Jimmy John’s», rassemblant les dix demandes les plus importantes telles qu’identifiées par nos collègues, allant au delà des enjeux élémentaires afin d’aborder les questions fondamentales du contrôle du lieu de travail. Usant d’une escalade des moyens de pression à travers l’action directe, nous avons gagné la paye par dépôt direct, des augmentations, des congés payés, le droit d’absence pour cause de maladie, une politique disciplinaire cohérente ainsi que plusieurs autres demandes, expliquées plus en détail dans le New Forms of Worker Organization à paraître. Aucune de ces campagnes n’était parfaite et le mouvement ouvrier a encore beaucoup à apprendre à propos de l’organisation des travailleuses et travailleurs à faible revenu dans le service, mais notre expérience a mis une chose au clair : les travailleuses et travailleurs peuvent se déclarer indépendant-e-s de la bureaucratie des syndicats corporatistes, mener leurs propres batailles et les gagner.
Dans plusieurs villes, les bases militantes de la campagne pour le salaire minimum de 15$ ont déjà commencé à bâtir leurs propres organisations autonomes de bureaucratie, tissant des liens avec des sympathisant-e-s qui sont libres de toutes les entraves qu’implique recevoir un chèque signé par les patrons syndicaux. La lutte de classe n’a pas commencé avec le SEIU et ne prendra pas fin une fois qu’un contrat sera signé, qu’une loi sera passée, que le salaire minimum aura augmenté ou que les patrons des syndicats arrêterons de payer la facture de la campagne. La lutte continue; les emplois dans le fast-food sont les emplois du futur – pas seulement parce que 58% des emplois créés lors de la période de récupération post-2007 sont des emplois à faible revenu, mais aussi métaphoriquement – comme le notait George Ritzler, la logique corporatiste du fast-food a imbibé notre société de façon plus large. Qu’on travaille dans un McDonald, un bureau, un hôpital, une école, un organisme à but non-lucratif, le gouvernement ou n’importe aillers, nous avons tous vu un collègue subir des abus ou se faire renvoyer de façon arbitraire, être forcé de faire plus avec moins, se faire dire de lésiner aux dépens du public et se faire refuser une voix au travail et dans la société en général. Des millions de salarié-es vivent leur vie dans un désespoir discret, voyant leur labeur disparaître dans les rouages du système capitaliste. Un système qui se retourne contre eux et perpétue les maux auxquels ils et elles s’opposent: Les travailleuses et travailleurs du fast-food voient les produits qu’ils servent empoisonner leurs communautés, les travailleurs et travailleuses des banques voient leurs employeurs octroyer des prêts avec condition abusives à leurs voisins, les travailleuses et travailleurs des hôpitaux sont témoins de la façon dont le profit est mis aux devants du bien-être des patients et les professeurs croulent à voir la déshumanisation que les tests standardisés produisent sur leurs étudiant-e-s. Collectivement, les travailleurs et travailleuses produisent tous les maux de notre société, ce qui veut dire que collectivement nous pouvons arrêter de les produire. Et nous en avons la volonté, de plus en plus.
Ryan Wyatt, un gréviste chez Potbelly’s à Chicago, le décrit bien, «Nous ne demandons pas seulement de meilleures conditions de travail pour nous, nous voulons vivre dans une Amérique meilleure.»
Le syndicalisme fast-food ne peut pas changer la nation du fast-food, mais il peut être une première étape vers un mouvement qui le pourra.
Erik Forman est un organisateur et écrivain ouvrier. Vous pouvez le rejoindre à erikforman (at) gmail.com. Il est sur Twitter au @_erikforman.
Première parution le 5 novembre 2013 comme contenu exclusif de CounterPunch, republié le 17 novembre 2013 sur Recomposition, puis en décembre 2013 dans l’Industrial Workers. Syndicalisme fast-food: la syndicalisation de McDonald et la McDonaldisation des syndicats est publié pour la première fois en français sur le blog de la Section Locale des IWW de Montréal, traduit par Alexis Kelly et Tristan W.

Pensez-y (partie 2 sur 3)

Ce qui suit est la deuxième partie d’un pamphlet d’introduction écrit par un camarade travailleur membre de la section IWW de Portland, Oregon, Tim Acott. Text in English here.

Démocratie syndicale
Les syndicats auxquels la plupart des personnes travailleuses appartiennent aujourd’hui, quand ils et elles en ont, sont parmi les organisations les plus non-démocratiques du monde. Les officiers et officières sont désigné-e-s au lieu d’être élu-e-s, les ententes se font à huis clos et sont ensuite présentées à la base pour approbation, les locaux non-conformistes sont mis sous séquestre par les centrales et les patrons syndicaux sont enracinés à vie, ne faisant jamais face à un retour au vrai travail, si jamais ils y étaient pour commencer.
thinkitover

 

Est-ce alors surprenant de constater que l’adhésion est en baisse et que la confiance des travailleurs et travailleuses en leurs dirigeants soit quasiment non-existante ? Est-ce par miracle que nous perdons les gains pour lesquels on s’est durement battu dans le passé ? Est-ce une surprise que le contrat de faveur et de complaisance, que le maton syndical et le bureaucrate enrichi soient des clichés associés au mouvement travailleur moderne, tandis que l’organisateur et l’organisatrice de base est vu-e comme un personnage pittoresque d’un passé lointain ?
Afin qu’on se défende, nous et nos familles, nous devons nous unir dans des syndicats. Nous avons besoin de notre force combinée pour faire face aux riches et à leurs gouvernements. Nous avons besoin du syndicat, mais celui-ci doit être démocratique. Sinon, comment pourrait-il défendre nos intérêts et non ceux des patrons ? Comment pouvons-nous contrôler autrement nos propres luttes, et choisir nos propres objectifs et enjeux. Nous avons besoin de syndicats démocratiques, de contrôle par la base, et de démocratie au travail pour mener nos propres luttes. Aucun bureaucrate syndical ne
s’est totalement battu pour les travailleurs et travailleuses, et aucun ne le fera. Nous devons nous défendre nous-mêmes, ensemble, au sein d’un syndicat démocratique. Si nous ne pouvons pas contrôler notre syndicat et ses dirigeants, alors nous ne pouvons pas leur faire confiance. C’est aussi simple que ça.

 

Wobble est un verbe
La valeur essentielle d’un syndicat est ce qu’il peut faire. Qu’est-ce qu’il peut faire pour vous et vos proches, et pour votre classe entière. Que pouvez-vous faire avec lui ? Comment pouvez-vous l’utiliser pour accomplir ce que vous avez à faire ? Faire est le verbe. L’action est le sujet.

 

Lorsque nous nous réunissons au travail pour répondre à des problèmes communs par la force de notre action collective, nous faisons quelque chose. Nous n’en parlons pas, même si c’est important, et nous ne cherchons pas de publicité ou d’en faire un grand spectacle, même si ces choses peuvent être utiles à des moments propices. Nous agissons. Agir. Faire. Nous sommes le sujet, pour le mettre en termes de grammaire, le problème est notre objet, sur lequel nous agissons collectivement pour le changer.

 

Dans le métier de la construction, le verbe «wobble» en anglais est souvent utilisé pour désigner une action de groupe qui cherche à répondre à un problème au travail, ou un problème avec le patron, comme c’est souvent le cas au boulot. «Wobbler» le travail, c’est débrayer, ralentir, ou aller ensemble voir le patron pour «discuter» lors des heures rémunérées. Plus directement, c’est se mettre ensemble pour affronter les problèmes de manière directe. C’est ça dont il est question.

 

Cela se passe partout, tout le temps. C’est un aspect nécessaire de la vie quotidienne au travail. Vous pouvez aussi le faire. Vous et vos collègues, au travail, pouvez «wobbler»
la situation pour l’améliorer. C’est le contrôle du travail, et c’est la chose que nous devons établir et protéger, pour notre propre sécurité et notre santé, afin d’assurer une bonne indemnisation de notre temps précieux, pour s’amuser, profiter, et se détendre de l’ennui et de la solitude qui inondent nos vies dans ce monde de travail moderne.

 

La clé du bon «wobbling» est syndicale. C’est le petit syndicat de coopération et d’efforts concertés parmi des camarades, des gens avec les mêmes besoins et circonstances – les personnes avec qui vous travaillez tous les jours, par exemple. Seul-e-s, nous sommes faibles et impuissant-e-s. Ensemble, nous regorgeons de puissance. Nous avons seulement à organiser cette puissance pour la manier, pour notre bien commun, afin de bâtir un monde meilleur. Ensemble nous pouvons gagner. Nous avons seulement à le faire. Agissons maintenant.

 

La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun
« La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun » nous dit le préambule de la Constitution du SITT-IWW. C’est la base de notre approche aux relations de travail et au syndicalisme. Étudions quelques instants cette affirmation.
thinkitover2Cela ne veut dire que les travailleurs et travailleuses et les patrons sont des espèces différentes, qu’ils et elles ne respirent pas le même air pollué et boivent la même eau, même si l’eau et l’air d’un quartier ouvrier sont bien plus dégueulasses que sur la colline. Cela implique que les deux classes, qui existent bel et bien, sont en opposition à même leur nature.

 

Ce qui est bon pour les patrons –une main-d’œuvre bon marché, contrôlée au maximum et passive –est mauvais pour les travailleurs et travailleuses. Ce qui est bon pour la classe ouvrière–un contrôle maximal au travail, sur les conditions de travail, des méthodes et objectifs, et une rémunération maximale de notre temps précieux– est la hantise des patrons, et ces derniers se battront bec et ongle contre cela. Ce n’est rien de personnel. Pas plus qu’un lion déteste une gazelle. C’est juste une hostilité naturelle, impersonnelle et économique, qui ne peut pas être contournée ou facilement
ignorée. C’est le principe qui régit nos vies, capitaliste et masse confondus.

 

Si un patron essaye de faire des travailleurs et travailleuses ses ami-e-s, son entreprise en souffrira. Si un-e travailleuse ou travailleur essaye de faire du patron son ami, il ou elle sera plus facilement exploitable et trahi-e. Des ennemis naturels sur le plan économique. Vous pouvez faire partie de la même paroisse ou boire au même bar, mais vous ne pouvez pas vous soucier longtemps de leurs intérêts sans mettre en danger les vôtres. C’est assez simple et clair pour tout-e travailleuse et travailleur qui prête attention à la vie quotidienne. Un patron intelligent ne l’oublie jamais. Ce n’est pas du tout ésotérique ; c’est du bon sens et du pragmatisme.

 

Ce que ça implique en termes de syndicalisme est très radical. C’est à dire : une orientation vers la source des problèmes et des solutions. Cela implique une solidarité de classe. Tous et toutes les travailleurs et travailleuses ont les mêmes intérêts et le même ennemi de classe. Cela implique une démocratie syndicale. Nous sommes tous et toutes impliqué-e-s ensembles, et seul le contrôle par la base peut guider de manière fiable et continue le syndicat. Les seules personnes à qui on peut faire confiance sont nous-mêmes, et un syndicat que nous ne pouvons pas contrôler directement est un
grand danger pour nos intérêts.

 

Cela implique donc un militantisme, parce que celui-ci illumine la situation d’une guerre de classes en cours (c’est d’ailleurs le terme approprié, compte-tenu de la destruction qui en résulte) qui doit être gagnée pour la mener à terme. Nous devons nous battre coûte que coûte pour défendre nos intérêts et notre sécurité. C’est la guerre, camarades travailleurs et travailleuses. Mais aussi laide qu’elle soit,
nous y sommes coincé-e-s, et nous ne pouvons en sortir qu’en nous organisant et en menant le bon combat.
La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun. C’est une vérité pleine de bon sens, et nous ne pouvons pas nous permettre de l’ignorer.

 

Brève syndicale du 30 janvier au 7 février

– Le 2 février, la Fédération canadienne des enseignantes et enseignants a publié une lettre à la ministre du Commerce international Chrystia Freeland. Cette lettre expose les inquiétudes de la Fédération face à l’Accord du partenariat transpacifique pour la qualité de l’éducation. «L’Accord contient un chapitre sur le commerce transfrontière des services qui, s’il était appliqué sans restriction à l’éducation et aux autres services publics, aurait pour effet d’avaliser définitivement certaines mesures susceptibles d’intensifier la privatisation et la commercialisation de l’éducation sans aucune possibilité de retour en arrière.»

– À Karachi au Pakistan, deux manifestants participant à une manifestation dénonçant la privatisation de Pakistan International Airlines, sont décédés et huit autres ont été blessés dans des affrontements avec les policiers et les paramilitaires le mardi 2 février. Les forces de l’ordre ont utilisé des gaz, des canons à eau et des charges pour empêcher la manifestation d’entrer dans l’aéroport. En solidarité, les employés de la compagnie arrêtent de travailler et le Pakistan Air Line Pilots Association a rejoint le mouvement de grève.

– Selon l’Association des pilotes de ligne internationale, 96% des 524 pilotes d’Air Transat ont voté et 97% des participants sont pour la tenue d’une grève. Cela fait un an que les négociations sont entamées. La partie patronale veut détériorer les conditions de travail et les préoccupations des pilotes ne sont pas prises au sérieux selon l’Association. La grève pourrait commencer le 28 février.

Yanis Cernesse

Manifestation à Québec contre le projet de loi 70, 27 janvier 2016. Photo: Yanis Cernesse.

– Les manifestations contre les coupes dans les CPE continuent à travers le Québec avec des manifestations prévues le dimanche 7 février pour dénoncer les coupes de 120 millions. Le président de l’Association prévient que ce sont entre 2000 et 2500 emplois qui sont menacés par les compressions.

– Les travailleuses et travailleurs de l’Usine de Ciment Lafarge à Saint-Constant sont en grève depuis le samedi 6 février. Les 68 membres du syndicat des Métallos veulent surtout défendre leur régime de retraite, le point le plus litigieux des négociations de conventions, la dernière ayant pris fin le 30 septembre 2015.

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Le SITT-IWW gagne un Réclame Ta Paye contre une garderie privée à Mineapolis


L’été dernier, Anja, membre des IWW de Minneapolis, perdait son emploi à la garderie
Crocus Hill Academy de St-Paul au Minnesota. On lui expliqua que ce congédiement était dû au fait qu’elle avait eu des conversations avec ses collègues et d’ancien.nes collègues à propos de problèmes qu’ils et elles avaient avec leur patron, un dénommé Imran Khan. Deux semaines plus tard, Anja n’avait toujours pas reçu ni sa dernière paye, ni la copie de son dossier, ni même ses affaires personnelles. Trois membres de la section locale intersectorielle de Minneapolis accompagnèrent donc Anja à la garderie pour y porter une lettre demandant qu’on lui remette ce qui lui était dû. Khan a réagi de manière agressive, criant et menaçant la délégation syndicale, il accusa Anja de maltraiter les enfants, refusa de prendre la lettre et appela la police pour que cette dernière demande aux membres des IWW présent.es de quitter les lieux.


Le lendemain un plus grand groupe de membres des IWW se présentèrent devant la garderie pour distribuer des pamphlets. Pendant que Khan, fidèle à son habitude, hurlait depuis la porte d’entrée, les membres du syndicat discutèrent avec les parents du congédiement d’Anja et des problèmes qui l’avaient poussée à en parler avec ses collègues. Étant donné que Khan s’entêtait à refuser de prendre la lettre qui lui était destinée, les membres de Minneapolis décidèrent de mener des campagnes d’appels téléphoniques et via les réseaux sociaux contre la
Crocus Hill Academy. À peine quelques jours plus tard, Anja reçu un appel du nouveau directeur de la garderie la suppliant de lui donner une copie des demandes que Khan avait refusées. Elle a depuis reçu sa paye ainsi qu’un chèque de 120$US de compensation pour ses effets personnels et son dossier que Khan avait  »égaré ».

Les bosses menteurs et manipulateurs du genre d’Imram Khan sont un danger pour tous les salarié.es, spécialement quand ils se mettent à punir les travailleurs et les travailleuses pour des activités supposément protégées tels que le droit de parler de conditions de travail ou de vol de salaires. Quand nous décidons d’agir seul.es ou que nous essayons de recourir à l’aide gouvernementale, nous laissons tomber notre pouvoir de combattre mais, lorsque nous nous regroupons avec d’autres salarié.es comme nous, nous pouvons alors obtenir ce qui nous revient de droit.

La victoire s’obtient par l’action directe et la solidarité.

-Publié par The Organizer, le blog de la section locale Intersectoriel des IWW de Minneapolis et l’édition de l’automne 2015 de l’Industrial Worker, le journal anglophone officiel des IWW et traduit par x374166 de la section locale intersectoriel des IWW de Montréal.


Pour plus d’informations: twincities@iww.org, iw@iww.org ou iww_quebec@riseup.net

Appel au Forum 15-5-7

Le Syndicat industriel des travailleurs et des travailleuses – IWW Montréal vous invite à participer à un forum public abordant la lutte pour un salaire minimum de 15$ de l’heure, 5 semaines de vacances et de 7 jours de maladie payés par année.

Celui-ci aura lieu le 12 février 2016 au Centre d’éducation populaire de la Petite-Bourgogne et de St-Henri, au 2515 rue Delisle, à 18h00.

Ce forum proposera un panel où plusieurs personnes présenteront des facettes différentes de cette lutte, soit l’aspect économique, le vécu d’une travailleuse au salaire minimum, une analyse féministe ainsi que l’expérience de cette lutte aux États-Unis. Sur le panel seront présent-e-s :

Minh Nguyen, chercheur à l’IRIS
Morgane M.-Parsons des IWW Montréal
Daniel Kroop de 15NOW (États-Unis)
Jean-Pierre du Centre des travailleurs et travailleuses immigrant-e-s (CTI)
Jacques Fontaine du Syndicat des employé-e-s de la Société du Vieux-Port de Montréal
Kim Bouchard du Mouvement Action-Chômage

Suite au panel, il y aura une période de questions et d’interventions de trente minutes. Après une courte pause, des groupes de discussions se tiendront autour des thèmes suivants :

Travailleurs et travailleuses immigrant-e-s
Femmes et conditions de travail
Travailleurs et travailleuses précaires
Logement et travail précaire
Communautaire et conditions de travail

Ce moment sera l’occasion pour tous et toutes de proposer des actions à mener lors des prochains mois.

Nous lançons cette campagne parce que les conditions minimales de travail ne nous permettent pas de vivre, à peine de survivre. Ces revendications sont essentielles pour n’importe quel-le travailleur ou travailleuse voulant mener une vie décente, payer son loyer, être capable d’élever des enfants et ne pas être pris-e à la gorge dès qu’un imprévu survient.

Si cela ne réglera pas la question de l’oppression du capitalisme sur nos vies, ces revendications vont nous permettre, collectivement, de nous mobiliser et d’aller chercher le minimum que l’on nous doit!

Nous tenons à mentionner que ce forum sera ouvert à tous et toutes.

« Parce que nous valons plus que le minimum! »

Le Syndicat industriel des travailleuses et des travailleurs.

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Brève syndicale de la semaine du 23 au 29 janvier

– Le lundi 25 janvier, à Halifax, les employé-e-s en grève du Chronicle Herald ont manifesté devant leurs locaux. Cette journée, le syndicat des typographes devait négocier avec la direction du plus vieux journal canadien encore indépendant. Les négociations se trouvent toujours dans une impasse; 61 employées sont en lock-out et font face à des employeurs désireux de baisser les salaires, augmenter les heures de travail, modifier le régime de retraite et renvoyer des salarié-e-s.

– Le syndicat Unifor s’inquiète de la fermeture de deux quotidiens canadiens, Guelph Mercury et Nanaimo Daily News. En effet, l’accès à de l’information diversifiée et de qualité est attaqué chaque fois qu’un quotidien ferme. Les règlementations du CRTC adoptées par le gouvernement Harper auront aussi causé la fermeture de stations de télévisions locales à travers le pays permettant une meilleure couverture de l’actualité des communautés.

– Toujours le lundi 25 janvier, des cols blancs de Montréal ont bloqué l’accès à l’hôtel de ville. L’intervention du SPVM a fait en sorte que les employé-e-s qui n’étaient pas en grève puissent accéder à l’hôtel de ville. Denis Coderre s’est contenté de dire que les employé-e-s avaient le droit de manifester. Les 8000 cols blancs sont sans contrat de travail depuis le 31 décembre 2011 et font face à une administration de la ville faisant de plus en plus appel à des contrats de sous-traitance. Pourtant, cette pratique encouragerait la corruption selon la commission Charbonneau.

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Manifestation à Québec contre le projet de loi 70, 27 janvier 2016. Photo: Yanis Carnesse

– La plupart des centrales syndicales du Québec se sont jointes à une coalition d’organismes communautaires visant à bloquer le projet de loi 70 du gouvernement. Ce projet de loi risque de pénaliser les bénéficiaires de l’aide sociale pour soi-disant «favoriser l’intégration à l’emploi».  Une manifestation avait d’ailleurs lieu le jeudi 28 janvier à Québec pour dénoncer ce projet de loi, et le SITT-IWW y avait un contingent. Sam Hamad, ministre du Travail, n’a pas voulu réagir à cette manifestation.

– En France, la lutte des chauffeurs et chauffeuses de taxis continue. Débuté le mercredi 27 janvier, le mouvement social a bloqué une bonne partie de Paris, la capitale française ainsi que dans quelques autres villes, notamment Toulouse. Les actions ont continué jusqu’à vendredi, demandant la démission d’Emmanuel Macron et un renforcement du contrôle des plates-formes illégales (Uber en France par exemple) et Les Véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC). Il y a eu une vingtaine d’arrestations pour les feux au milieu des rues et autres accrochages.

– Le jeudi 28 janvier, tard le soir, le Syndicat des étudiants et étudiantes employé-e-s de l’UQAM (SÉTUE) est allé manifester devant la résidence de René Côté, vice-recteur à la vie étudiante de l’UQAM pour protester contre les injonctions et la mauvaise foi de l’administration. Le 14 janvier c’était devant la résidence de Robert Proulx, recteur, que le SÉTUE piquetait. Le syndicat n’exclut pas de continuer ce type d’actions jusqu’à ce qu’une entente soit finalement trouvée.

– Le 29 janvier, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) rejette la proposition du gouvernement. La FAE a fait entendre que les enseignants et enseignantes sont mobilisé-e-s et ne plieront pas.

– Encore le 29 janvier, dans les ports de New York et du New Jersey, les travailleurs et travailleuses quittent leurs postes de travail en protestation face à l’impasse du conflit entre le syndicat et les autorités des ports. Aucun camion ne peut déposer ou prendre de cargaison.