La gauche allemande soutien l’interdiction d’un syndicat ouvrier

Actualité de l’Anarcho-syndicalisme

La FAU-AIT (Freie Arbeiterinnen- und Arbeiter Union, union libre des travailleuses et des travailleurs) est une petite organisation ouvrière allemande, la section outre Rhin de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT). Elle essaie de promouvoir un mode d’organisation autonome des travailleurs, renouant ainsi avec le syndicalisme originel, sans permanent ni représentants élus. A l’intégration dans les organismes paritaires qu’elle refuse, elle privilégie l’organisation collective des travailleurs en assemblée générale, et l’action directe (c’est-à-dire sans intermédiaire) plutôt que le compromis de classe. En un mot, elle essaie de promouvoir et pratiquer l’anarchosyndicalisme.

Depuis le mois de juin 2009, un groupe de travailleurs affiliés à la FAU-AIT mène une lutte dans un cinéma de Berlin, le cinéma Babylon. Les revendications sont malheureusement des plus courantes dans le mode d’exploitation capitaliste : horaires en hausses, salaires en berne, relations de travail déplorables, précarité généralisée. Toutefois, trois éléments ont donné à cette lutte une originalité qui attire l’attention :

• d’une part l’employeur n’est pas un employeur ordinaire. Il s’agit de patrons qui se disent de Gauche, un des deux propriétaires est même lié au partie Die Linke, le Parti de gauche allemand. Ils se veulent engagés en diffusant des films politiques (ce qui ne les empêche pas de verser des salaires horaires de 5 euros 50 – bruts ! – à leurs employés !). Pour cela, ils touchent des subventions de la Mairie de Berlin, dirigée par une coalition SPD (sociale-démocrate) et Die Linke. Le cinéma Babylon fait partie du paysage de la bonne conscience de l’intelligentsia de gauche Berlinoise, à qui ce conflit social vient rappeler que la lutte de classes signifie qu’il y a un antagonisme irréconciliable entre les propriétaires des moyens de production (les patron du cinéma ici en l’occurrence) et leurs salariés, qui n’ont que leur force de travail à vendre.

• D’autre part, le mode de fonctionnement autonome des travailleurs du cinéma, qui s’auto-organisent en dehors du sacro-saint syndicat unique DGB/Ver.Di. sonne comme un coup de tonnerre en ces temps de crise. En effet, pour les bureaucraties syndicales qui jouissent des avantages matériels de leur situation de monopole (subventions via la formation, permanents, etc …) il ne faudrait pas que les travailleurs s’avisent de s’organiser par eux même, en dehors du cadre établi de la concertation pacifiée patron-syndicat. Le syndicat Ver.Di, bien qu’il ne dispose d’aucun adhérent dans le cinéma s’est donc empressé de signer un accord avec la direction pour briser la lutte engagée, et ce avec la bienveillance de la municipalité et du parti Die Linke.

• Enfin les modes d’action innovants de ce conflit social, s’appuyant sur un boycottage très efficace (car mené sur la durée) pour gagner sur des revendications amples et innovantes, avec une participation, inhabituelle pour le syndicalisme allemand, des salariés eux-mêmes : tout cela a impressionné largement le public. Voila qui change des journées d’action sans lendemain, du corporatisme de métier et des trajets rituels pour épuiser les forces de la combativité des travailleurs.

Quand la pression a atteint un niveau tel que la direction ne pouvait plus éviter les négociations, ce ne sont pas seulement la municipalité SPD/Die Linke, mais aussi le syndicat Ver.di qui sont intervenus. Bien que celui-ci ne dispose pas d’une base syndicale dans l’entreprise, Ver.di a entamé des négociations avec la direction sans y être mandaté par les travailleurs. Malgré son indignation, le personnel concerné n’a pas été impliqué. Il est clair qu’un marché entre le syndicat Ver.di, la municipalité et la direction est à l’origine de ces négociations afin de débarquer la FAU-AIT et de rétablir le calme dans la boîte.

Mais les salariés et la FAU ne s’étant pas résignés, il s’est suivi plusieurs « coups de matraque » judiciaires et une campagne de Ver.di contre la FAU-AIT. Ainsi, les modes d’actions de ce conflit social, comme le boycottage, ont été proscrits par un tribunal. Mais la FAU-AIT ne reculant toujours pas, cela a mené à un arrêt le 11 décembre dernier du tribunal des prudhommes de Berlin, qui interdit à la FAU-AIT de se désigner comme syndicat ou syndicat de base, et de fait lui interdit d’avoir toute activité syndicale. Cet arrêt, prononcé sans audience contradictoire et donc en l’absence de la FAU-AIT qui n’était même pas informée de l’action judiciaire lancée par les patrons, précise même que toute infraction par un de ses membres l’expose à une amende de 250 000 euros (deux cent cinquante mille euros), ou le cas échéant à l’emprisonnement du secrétaire, si elle poursuivait ses actions syndicales. La FAU-AIT peut être considérée comme un syndicat interdit à Berlin. C’est la seconde fois de son histoire, la précédente avait eu lieu en 1933, après l’accession par la voie légale des nationaux-socialistes au Pouvoir.

Ce conflit social est pourtant bien modeste. Qu’est ce qui justifie un tel empressement du Pouvoir et de ses alliés à chercher à l’étouffer dans l’œuf ? C’est qu’il montre pour la première fois en RFA qu’il existe une alternative ouvrière au paritarisme et au dialogue social de la DGB. Visiblement ceci ne peut pas être toléré par les syndicats établis et les partis politiques qui craignent évidemment la contagion de cet exemple.

Au-delà de la FAU-AIT, c’est toute organisation autonome des travailleurs, sur les bases qu’ils se donnent eux même librement, en totale indépendance, qui est de fait interdite. Cet arrêt ouvre la porte à la criminalisation d’éventuels mouvements sociaux qui pourraient survenir en cas de réaction populaire contre la crise. Suite à cette décision judiciaire, le patron lui-même peut non seulement choisir le syndicat dans son entreprise, mais aussi définir ce qu’est même un syndicat ! L’auto-organisation des travailleurs, dans le cinéma Babylon à Berlin ou ailleurs, est rendu illégale et l’institutionnalisation de la mise sous tutelle de la classe ouvrière progresse. Le syndicat DGB Ver.di porte une lourde responsabilité dans cet arrêt, avec son intervention hostile, contraire à toute solidarité ouvrière. Hostilité volontaire, Ver.di ayant déjà déclaré par écrit qu’il considère la FAU Berlin comme une organisation concurrente contre laquelle on doit agir !
UN APPEL A LA SOLIDARITE DE CLASSE INTERNATIONALISTE !

C’est précisément au nom de cette solidarité, ouvrière et internationaliste, que nous nous adressons aujourd’hui à vous, militants et sympathisants du Parti de Gauche en France. Bien sûr, votre parti et les anarchosyndicalistes nous avons de nombreuses divergences politiques fondamentales, notamment sur la question du parlementarisme ou encore de l’État. Cependant nous voulons croire que pour un certain nombre d’entre vous, les notions de lutte de classe, et d’organisation indépendante des travailleurs ont encore une signification. Et que la liberté d’association et d’organisation des travailleurs est un droit fondamental à faire respecter par les patrons.

C’est pourquoi nous vous appelons à faire pression sur le ppropiétaires des cinémas Babylon pour exiger le rétablissement de la liberté d’association des travailleurs pour défendre leurs droits et leur dignité, selon le mode qu’ils auront décidé collectivement. Pour ce faire, vous pouvez envoyer un fax de protestation et de soutien des travailleurs à la direction du cinéma (fax : +49 – (0)30 – 24727-800 ) ainsi qu’à l’ambassadeur d’Allemagne à Paris (13/15, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris.). Vous pouvez également consulter le site de solidarité (http://www.fau.org/verbot/) où vous trouverez des modèles de courrier en allemand, et les informations à jour.

Mais nous invitons également ceux d’entre vous qui considèrent que la lutte pour la liberté d’union ouvrière mérite d’être soutenue à intervenir auprès de vos homologues allemands de Die Linke pour protester contre leur choix d’appuyer les patrons et non les salariés dans le conflit au cinéma Babylon, et d’exiger que Die Link refuse l’attribution de subventions à une entreprise certes culturelle mais qui surtout use et abuse de la précarité des salariés.

L’union fait la force, la solidarité est notre arme !

« Celui qui se bat peut perdre, celui qui ne se bat pas à déjà tout perdu. »

Bertholt Brecht

Pour envoyer un message de protestation à Die Linke Berlin : Die Linke, Landesverband Berlin – Landesvorstand Kleine Alexanderstraße 28, 10178 Berlin Télephone : +49 30 24 00 93 01 ; Fax : +49 30 24 00 92 60 ; E-Mail : info@die-linke-berlin.de

CNT-AIT (section française de l’Association Internationale des Travailleurs)

Adresse postale : CNT AIT 108 rue Damrémont 75018 PARIS

contact@cnt-ait.info ; http://cnt-ait.info

Liste de diffusion : http://liste.cnt-ait.info

Forum Rouge et Noir : http://cnt.ait.caen.free.fr/forum

SOLIDARITE AVEC LES TRAVAILLEURS DU CINEMA BABYLON DE BERLIN !

jeudi 14 janvier 2010

Rappel des faits :

Le Cinéma Babylon est un cinéma « engagé », qui passent des films « concernés qui font réfléchir ». Pour cela il touche des subventions de la Mairie de Berlin (alliance SPD (Sociaux-démocrates, PS en France) et Die Linke – PCF / Parti de Gauche ici).

Mais cela n’empêche pas le patron du cinéma, lui même lié à Die Link d’exploiter ses salariés comme la pire des crapules capitalistes (par exemples les salaires horaires sont entre 5 euros 50 et 8 euros brut …)

Des salariés ont décidé de ne pas se laisser faire et d’entrer en lutte. Ils ont pris contact avec le groupe de Berlin de la FAU (section en Allemagne de l’AIT, l’internationale anarchosyndicaliste), et de façon autonome ont commencé à entamer un processus de lutte pour ne plus se laisser faire.

Ils ont notamment organisé des campagnes de boycott du cinéma, qui n’ont pas été du goût de la direction. Celle ci a utilisé tous les moyens contre les lutteurs : les pressions et intimidations en tout genre. Ils ont été jusqu’à organiser une réunion avec d’anciens militants syndicalistes révolutionnaires pour essayer de discréditer la lutte qui se menait alors dans le cinéma (ceux qui ont de la mémoire se souviendront que les ex-salariés en lutte du cinéma Utopia de Toulouse, avec l’appui de la CNT-AIT, avaient du faire face aux mêmes manoeuvres, la direction recevant l’appui tacite de groupuscules gauchistes venus organiser un débat politiques dans le cinéma, rompant ainsi le boycott auquel appelaient les ex salariés en lutte. Depuis, le patron d’Utopia a été condamné intégralement par les prud’hommes, qui ont de fait reconnus la validité de la lutte menée).

Mais les manoeuvres patronales n’ont pas entamé la détermination des lutteurs. La direction a donc porté l’affaire devant une cours Allemande, demandant l’interdiction de fait du syndicat. Ce qu’elle a obtenu facilement. Il faut dire que la FAU-AIT n’était pas informée de la procédure, que le jugement a donc eu lieu en son absence ! Bel exemple de « justice » expéditive … dont le dernier exemple remontait en 1933, quand les nationaux socialistes arrivés au pouvoir interdisaient la FAU en Allemagne.

Pendant ce temps, les partis politiques et le syndicat institutionnel DGB / Ver.di ne sont pas restés inactifs : ils ont négociés et signés – en ce qui concerne Ver.di – un accord de compromis avec la direction et ce bien qu’aucun des salariés du cinéma ne soit syndiqué à Ver.di ! Il faut dire que Ver.di, syndicat intégré, voit d’un très mauvais oeil toute velléité d’auto organisation des travailleurs en dehors de sa tutelle.

Au-delà de la FAU-AIT, c’est toute organisation autonome des travailleurs, sur les bases qu’ils se donnent eux même librement, en totale indépendance, qui est de fait interdite. Cet arrêt ouvre la porte à la criminalisation d’éventuels mouvements sociaux qui pourraient survenir en cas de réaction populaire contre la crise. Suite à cette décision judiciaire, le patron lui-même peut non seulement choisir le syndicat dans son entreprise, mais aussi définir ce qu’est même un syndicat ! L’auto-organisation des travailleurs, dans le cinéma Babylon à Berlin ou ailleurs, est rendu illégale et l’institutionnalisation de la mise sous tutelle de la classe ouvrière progresse. Le syndicat DGB Ver.di et Die Linke portent une lourde responsabilité dans cet arrêt, avec son intervention hostile, contraire à toute solidarité ouvrière. Hostilité volontaire, Ver.di ayant déjà déclaré par écrit qu’il considère la FAU Berlin comme une organisation concurrente contre laquelle on doit agir

Mais cette situation n’est spécifiquement allemande : ce qui arrive aujourd’hui à nos compagnons en Allemagne, c’est aussi ce qui se passe aujourd’hui ici en France, où toute volonté de dépassement de l’immobilisme syndical est systématiquement entravé par les directions syndicales, voire même cassé et criminalisé si la résistance est plus forte.

Ainsi la lutte de nos compagnons nous concerne t elle au premier plan !

Situation judiciaire

L’appel interjeté par nos compagnons a été rejeté, et l’injonction contre la FAU lui interdisant de s’auto-designer comme syndicat a été confirmé le 6 janvier dernier. Du côté judiciaire les compagnons vont porter le cas devant la court consitutionnelle fédéral, car il s’agit clairement d’une attaque contre une liberté de base, la liberté d’association de travailleurs pour s’organiser comme ils l’entendent, en pleine autonomie, pour faire valoir leurs intérêts.

A noter qu’en Allemagne, la notion de justice de classe a une signification très concrète et pesante : non content d’interdire l’auto-organisation des travailleurs, les tribunaux allemands (cette fois ci la Cour fédérale du travail,) ont confirmé la validité des licenciements pour faits mineurs : en octobre 2009, une aide-soignante employée dans une maison de retraite renvoyée après qu’elle eut voulu emporter les restes du repas d’un patient ; en juillet, une secrétaire contrainte de quitter son poste après avoir mangé une boulette de viande lors d’une réception avec des clients. Enfin, en février, un tribunal avait confirmé le licenciement d’une caissière d’un supermarché berlinois après trente et un ans d’ancienneté, pour avoir encaissé à son profit deux bons de retour de consigne pour des bouteilles, d’une valeur de 1,30 euro…

Actions de solidarité

La campagne de mails et de courrier à la direction du syndicat et aux instances judiciaires allemande bât son plein. Vous trouverez sur le site http://fau.zsp.net.pl/send-a-protest-to-kino-babylon/emailpage/ un modèle de lettre en allemand que vous pouvez utilisez, mais vous pouvez bien sûr envoyer selon votre propre inspiration. Les contacts postaux, fax mails à qui les envoyer y sont également indiqués.

En Espagne, les compagnons de la CNT AIT ont organisé des rassemblements devant des institutions allemandes à Madrid, Vigo, Ténérife, et Saragosse (p.ex. http://graficas.cnt.es/new249.html). Les compagnons de la nouvelle section polonaise ont également organisé un rassemblement à Poznan. (http://www.ozzip.pl/serwis-informacyjny/wielkopolskie/988-poznan-akcja-w-obronie-fau)

A Paris, des compagnons du Syndicat Interco Paris-Nord ont distribué le 10 janvier le tract ci dessous aux participants du meeting de lancement des régionales du « front de gauche ». En effet, le parti Die Linke est lié au Parti de gauche et autres composantes de ce conglomérat. Nous avons donc voulu nous adresser à leurs militants et sympathisants, au delà des divergences politiques fondamentales qui nous caractérisent, de façon tout d’abord à les informer de la situation, et ensuite pour que ceux qui ne renient pas complètement la notions de lutte des classes interpelle Die Linke sur cette question politique lourde de conséquence.

Voici ce que nous ont écrit les compagnons de Berlin à propos de cette action :

« Chers compagnons,

Merci pour votre soutien ! nous avons mis un petit compte rendu rapide sur notre site http://www.fau.org/artikel/art_0912….

Votre protestation peut avoir été utile pour une raison que ni vous ni nous ne savions avant. des compagnons ont distribué hier et avant hier des tracts à la conférence annuelle Rosa Luxembourg. [1]

Il s’agit d’une relativement grande conférence ouverte pour la gauche au sens large, mais organisée par la Fondation Rosa Luxemburg, du partie de Gauche Die Linke. Parmi les conférences, il y avait un débat sur « quel syndicalisme pour le 21ème siècle ». L’une des intervenantes (elle travaile pour la fondation) a fait référence à notre tract et a déclarée qu’elle soutenait les travailleurs du cinéma Babylon, même si ce n’était pas au nom de la fondation [mais en son nom propre]. Elle a reçu beaucoup d’applaudissement pour sa déclaration. Je pense que ce la fera donc deux fois que les dirigeants du Parti de Gauche à Berlin seront dérangés par des protestations contre leur politique envers le conflit à Babylon🙂

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