Chine : Les conflits salariaux gagnent en violence

Traduit par Samantha Deman · Global Voices

Un travailleur migrant, originaire de la province du Hebei, a été poignardé le 9 janvier dernier à Beijing, après avoir réclamé des arriérés de salaire auprès d’un sous-traitant ; l’homme a perdu un rein, précise l’article paru dans le journal Yangchen Evening News.

L’événement a été surnommé l’affaire “Salaire réclamé, rein perdu” par les médias chinois.

Selon le Yangcheng Evening News, Gao Zhiqiang, un père de trois enfants âgé de 28 ans, a subi l’ablation de son rein droit après avoir reçu des coups de couteaux commandités par le sous-traitant auquel il avait demandé 70 yuans (7 euros) d’arriérés de salaire. Un médecin a évalué les frais médicaux de Gao à près de 50 000 yuans (5 107 euros).

Le cas de Gao n’est en aucune manière un incident isolé. En novembre 2009, “le passage à tabac et l’humiliation” de Wang Hongli pousse à faire le lien entre le fait de réclamer un arriéré de salaire et être agressé. Selon le site internet Shanxi News Network, Wang Hongli et son mari Hao Shi furent battus et humiliés par l’employeur de Wang et trois autres hommes à Hangzhou, dans la province du Zhejiang, après avoir fait une demande de rappel de salaire.

Ces drames attirent l’attention sur un problème, plus large et très répandu, relatif aux salaires illégalement retenus des travailleurs migrants de l’intérieur. Des expressions telles que “quémander sa paye” ou “la retenue malintentionnée de salaire” sont devenues monnaie courante dans les médias chinois.

Dans un article paru sur le blog Jingchu Net, Wei Bin décrit les épreuves souvent rencontrées par les travailleurs venu de la campagne pour réclamer leurs payes, justement gagnées, et les implications sociales de tels dilemmes:

Ces dernières années, Internet et les journaux se sont constamment fait l’écho de toute une variété de moyens utilisés par les “travailleurs migrants” pour réclamer leurs salaires, parmi lesquels l’organisation de sit-in, de manifestations, de marches, mais aussi le fait de se jeter du haut d’un immeuble. Le choix de ces modes d’expression extrêmes est révélateur d’une infinie souffrance et d’une impuissance sous-jacentes, ils témoignent que le prix de la défense de leurs droits est trop élevé. Celui-ci est devenu un fardeau trop lourd à porter pour les travailleurs migrants.

La récente agression à l’arme blanche est évoquée sur le blog Worker’s Daily dans un billet – parlant d’un arriéré de paiement de 140 yuans (environ 14 euros) – qui rappelle aux lecteurs qu’alors que nombreux sont ceux qui conseillent aux travailleurs migrants de porter leur affaire devant le ministère du Travail, une grande partie de cette population n’a pas de contrat de travail et aucun moyen de se faire représenter légalement.

L’article s’interroge plutôt sur le fait que de tels événements soient devenus communs en Chine, et se demande si le statut social du travailleur migrant s’est, oui ou non, dégradé:

Au lieu de rappeler aux travailleurs migrants comment défendre légalement, et par le biais d’organismes, leurs droits, j’ai peur qu’il faille plutôt se demander pourquoi les retenues malintentionnées de salaires par des sous-traitants n’ont pas été réprimées, ou pourquoi des sous-traitants clament-ils si ouvertement : “Nous poignarderons à mort ceux qui réclament leur argent.” Sont-ce les vagues notions juridiques que possède le sous-traitant qui lui laissent penser que la retenue malintentionnée de salaire n’est pas bien grave ? Ou que le fait de poignarder un travailleur migrant n’est pas bien grave non plus ?

Selon l’article 50 de la Loi sur le Travail en République populaire de Chine:

Le salaire doit être versé mensuellement et en espèces à l’ouvrier. Le salaire de l’ouvrier ne saurait subir ni diminution ni retard.

Chen Bulei, chercheur à l’institut d’étude des Relations au travail de l’université du Peuple, a déclaré, lors d’un entretien accordé au site Shanxi News Network, que cette loi manquait de précision et de clarté, toutes deux nécessaires à la mise en place d’un système de paiement efficace pour les travailleurs migrants:

Il manque [dans la loi chinoise sur le travail] un système de paiement des salaires clair et rigoureux. Le tout est largement subordonné au respect des lois, au niveau de connaissance et aux principes moraux en vigueur dans un lieu de travail donné. Tout dépend des engagements que l’employeur prend avec lui-même ; les obligations inhérentes au système, telles qu’elles sont édictées par la loi, ne sont pas suffisantes.

Les sites d’information The Chaozhou Daily et Yangzhou News se font tous deux l’écho d’une recrudescence des cas de retenue de payes à l’encontre de travailleurs migrants à l’approche du Nouvel An chinois. Selon The Chaozhou Daily, le nombre de ce genre de cas s’élèverait à entre dix et vingt par jour pour la ville de Chaozhou, dans la province du Fujian, alors que les ouvriers se préparent à rentrer chez eux pour les fêtes du Nouvel An chinois.

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