Travail du sexe: « La décriminalisation protégerait nos vies »

Le fait que le travail du sexe soit entouré de lois qui en criminalisent certains aspects a pour effet de plonger les travailleuses et travailleurs du sexe dans l’insécurité, la précarité et la violence, et les forcent à exercer leurs activités professionnelles dans une situation de vulnérabilité. Mais de plus en plus de travailleuses et de travailleurs de l’industrie se lèvent pour contester ces lois répressives qui mettent en danger leur santé et leur vies.

Une organisation de travailleuses du sexe, la Downtown East Side Sex Workers United Against Violence Society (SWUAVS), a en effet plaidé pour l’abolition des lois qui criminalisent la prostitution, les 20 et 21 janvier dernier, en cour supérieure de Colombie-Britannique. Cette audience fait suite à une tentative infructueuse effectuée par le même groupe en 2008, cause dans laquelle le tribunal avait statué que l’organisme ne pouvait plaider en cour criminelle car celui-ci n’était pas accusé dans le dossier. Le jugement a été pris en différé et sera rendu dans les prochaines semaines.

Une cause similaire se déroule présentement à Toronto, où les travailleuses Terry-Jean Bedford , Valerie Scott et Amy Lebovitch contestent la loi interdisant la tenue de maison de débauche en plaidant que celle-ci a pour effet de perpétuer la violence envers les travailleuses du sexe, les forçant à travailler dans des conditions dangereuses.

À Montréal, l’organisme de défense des droits des travailleuses du sexe Chez Stella appuie la démarche de leur consoeurs Ontariennes: « Nous félicitons les trois travailleuses du sexe de Toronto qui font un recours judiciaire contre la criminalisation du travail du sexe devant la Cour supérieure de l’Ontario en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés», peut-on lire un communiqué de l’organisation disponible sur leur site web.

Depuis quelques années, un mouvement international de travailleuses et de travailleurs du sexe a vu le jour pour tenter de défendre les droits des prostituées, qui sont presque toujours sous la pression de lois répressives, d’une moralité sociale qui les stigmatise et qui doivent de plus composer avec des organisations criminelles souvent spécialisées dans le proxénitisme et le trafic humain.

Les lois et les règlements qui interdisent le travail du sexe sont basés sur une logique qui prétend que ces activités sont immorales et doivent être interdites, alors que dans la réalité une telle interdiction a plutôt pour effet de marginaliser les travailleuses du sexe en les criminalisant.

Une telle criminalisation fait ensuite porter la responsabilité des problèmes sociaux sous-jacent à la prostitution sur le dos des prostituées elles-mêmes. Plutôt que d’affronter franchement et directement ces problèmes, la société transforme ainsi les travailleuses et travailleurs du sexe en bouc émissaire d’une situation créée par l’exploitation, la pauvreté, la violence faite aux femmes et aux enfants, et la nécessité qu’a tout le monde de travailler pour assurer sa survie, ce qui mène certaines femmes et certains hommes vers la prostitution.

Pire, la criminalisation met directement en danger les travailleuses du sexe, en forçant celle-ci à travailler cachées et dans des conditions de précarité extrême:
« Nous avons d’ailleurs documenté en 2001 le fait que la Ville de Montréal, sous la pression de groupes conservateurs, a procédé à l’arrestation massive de clients, sur une période de trois mois. Durant cette période, les travailleuses du sexe que nous rencontrons nous ont rapporté subir des attaques trois fois plus violentes et cinq fois plus d’actes violents avec arme blanche. », rapporte Stella.

« Notre travail – la vente de services sexuels – n’est pas violent en soi. Ce sont les préjugés, les politiques et lois qui criminalisent et répriment nos vies et notre travail qui alimentent et créent cette violence contre nous. », poursuit l’organisme, qui milite en faveur de la décriminalisation depuis maintenant 15 ans.

« Décriminaliser les métiers du sexe, comme nos consoeurs de Toronto l’expliquent à la Cour, permettrait aux travailleuses du sexe de travailler en sécurité et avec dignité. Dit tout simplement, ça protègerait nos vies. », conclut Stella.

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