La grève qui touche Honda en Chine pourrait faire tache d’huile

DNDF

ZHONGSHAN Chine, 14 juin (Reuters) – Le mouvement social qui touche un fournisseur du groupe japonais Honda (7267.T: Cotation) en Chine pourrait s’étendre à d’autres entreprises du secteur manufacturier chinois dans lequel les ouvriers réclament un meilleur partage de la croissance économique.Lundi, une centaine d’employés se sont rassemblés dans l’usine Honda Lock, qui produit des serrures pour Honda à Zhongshan, touchée par des arrêts de travail depuis mercredi.

La situation y est restée relativement calme. La semaine passée, plusieurs centaines d’ouvriers s’étaient massés devant les grilles de l’entreprise et la police anti-émeutes avait brièvement empêché les employés de partir.

Plusieurs entreprises du delta de la rivière des Perles, dans le sud de la Chine, ainsi que d’autres régions sont affectées par des mouvements sociaux.

Outre Honda Lock, deux fournisseurs du constructeur automobile nippon en Chine ont été touchés par des arrêts de travail. Il s’agit d’usines produisant des transmissions et des pots d’échappement. Les conflits y ont été résolus par une hausse des salaires.

« On a déjà constaté un acroissement du nombre de grèves ces dernières années, en particulier en 2007 et 2008, quand la nouvelle législation sur le travail est entrée en vigueur. Puis, il y a eu une pause en 2009 et maintenant on voit cette tendance reprendre », explique Liu Kaiming, directeur général de l’Institut d’observation contemporaine, un organisme privé de Shenzhen spécialisé dans les questions sociales.

« La grève chez Honda est une prolongation de cela (…) Ça montre aussi qu’il existe une tendance portée par une nouvelle génération de travailleurs migrants. Ils expriment plus facilement leurs doléances et se montrent moins enclins que la vieille génération à accepter les longues heures et les mauvaises conditions de travail », ajoute-t-il.

PERSONNEL QUALIFIÉ

La direction de Honda Lock a proposé une hausse de salaire de 100 yuans (15 dollars) et une prime de 100 yuans, mais certains employés estiment que c’est insuffisant.

Face à ces offres de la direction, un ouvrier de l’usine se dit toutefois optimiste. « Ils nous ont exhortés à reprendre le travail pour les prochains jours et certaines chaînes ont été remises en route », dit-il à sa sortie de l’usine lundi.

Certaines entreprises auraient eu recours à des tentatives d’intimidation des grévistes et à l’emploi de travailleurs intérimaires. Ces informations n’ont pu être confirmées de manière indépendante.

« En général, les conditions de travail dans les usines d’assemblage automobile sont meilleures que dans d’autres secteurs, que ce soit en terme de salaires ou de conditions générales », note Wen Xiaoyi, chercheur à l’Institut chinois des relations industrielles de Pékin.

« Mais les conditions chez les fournisseurs tendent à être plus mauvaises. La raison en est que l’assemblage de voitures exige un personnel souvent qualifié et ayant reçu des formations spécialisées. La production de pièces détachées est moins perfectionnée, les ouvriers sont moins qualifiés et leurs salaires sont plus bas », ajoute Wen.

Une cinquantaine de blessés dans des heurts dans une usine en grève

C’est dans ce contexte d’agitation sociale qu’une cinquantaine de personnes ont été blessées dans des heurts dans une usine à capitaux taïwanais de l’est de la Chine dont les quelque 2.000 employés s’étaient mis en grève pour réclamer de meilleurs salaires et conditions de travail.

Une cinquantaine d’employés de KOK, spécialisé dans les pièces en caoutchouc pour voitures notamment, ont été blessés, dont cinq grièvement, dans des affrontements avec des gardes de sécurité locaux qui tentaient de les empêcher de manifester dans la rue, à Kunshan, une ville de la province du Jiangsu, a affirmé le China Daily.

« La police nous a frappés sans faire de distinction (…) peu importait que nous soyons des hommes ou des femmes », a déclaré une employée au journal de Hong Kong South China Morning Post, selon lequel au moins 30 personnes ont été arrêtées.

Un porte-parole de KOK Machinery joint par l’AFP mercredi a indiqué que le travail avait repris normalement et n’a pas voulu commenter davantage.

Les autorités locales n’ont pas non plus souhaité répondre dans l’immédiat, confirmant simplement la reprise des activités de l’usine.

Une liste présumée des revendications des employés de KOK — 13 points au total — a été publiée sur un site internet.

Elle fait notamment état de températures trop élevées sur le site et réclame des compensations financières, ainsi que des indemnités pour le logement « devenu trop cher », se plaint que les anciens employés gagnent la même chose que les nouveaux entrants et demande un nouveau système d’augmentation des salaires chaque année.

Le South China Morning Post fait état de témoignages sur des températures de 40 à 50 degrés dans les ateliers et des odeurs « insupportables » de caoutchouc.

Ces événements interviennent alors que plusieurs affaires ont mis en évidence une montée de la contestation sociale au sein des ouvriers chinois, touchant à chaque fois des entreprises à capitaux étrangers.

Les conditions de travail des ouvriers en Chine et leur rémunération ont été largement débattues ces dernières semaines après une série de suicides dans les usines chinoises du taïwanais Foxconn, fabricant de composants technologiques pour les plus grandes marques de la planète comme Apple, Dell, Sony et Hewlett-Packard.

Foxconn a annoncé une hausse des salaires de près de 70% de ses employés chinois à compter du 1er octobre, qui passeront en moyenne de 1.200 yuans à 2.000 yuans (245 euros).

Parallèlement, les usines d’assemblage du constructeur automobile japonais ont été paralysées plus d’une semaine, jusqu’à vendredi dernier, par une grève au sein de l’usine Honda de pièces détachées.

A peine le conflit résolu par une augmentation de salaire de 24%, une nouvelle grève a éclaté lundi dans une coentreprise établie par une filiale de Honda, à Foshan (sud).

Honda a affirmé mercredi que deux de ses usines d’assemblage en Chine restaient fermées à cause de ce mouvement, contredisant une information de l’agence de presse Chine nouvelle.

Enfin selon les médias de Taïwan, une grève a récemment touché un autre taïwanais, le fabricant de composants pour téléphones Merry Electronics qui y a mis fin rapidement en relevant les salaires dans son usine de Shenzhen (Guangdong) de 16,7%.

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