Le travail des enfants et les mauvaises conditions de travail restent la norme dans la fabrication des ballons de soccer

Alors que la coupe du Monde de soccer bat son plein, nous sommes allés voir derrière les rideaux de cet événement, là où se cachent généralement l’exploitation sans scrupules, le cheap labour, la répression, bref tout ce qui façonne le véritable visage de notre société mondialisée.

Treize ans après l’engagement solennel de l’industrie et des marques à mettre un terme au travail des enfants dans la couture des ballons de football, un nouveau rapport diffusé par la Campagne Vêtements Propres souligne que le travail des enfants et les mauvaises conditions de travail restent la norme dans le secteur.

En 1996, à la veille d’une précédente Coupe du monde, les images d’enfants pakistanais cousant des ballons de football pour 0,06 $ par heure crèvent les écrans. Face au scandale, des marques de sport, des industriels,des gouvernements et d’autres parties prenantes s’engagent à éliminer le travail des enfants dans ce secteur. En 1997, ils scellent leur engagement dans l’Accord d’Atlanta.

Or, une récente recherche réalisée dans les quatre plus importants pays de production de ballons de football, le Pakistan, l’Inde, la Chine et la Thaïlande, constate que le travail des enfants est toujours bien présent dans cette industrie au Pakistan, surtout à domicile. Il est également présent de manière importante en Inde.

Plus grave encore, l’attention quasi exclusive accordée à l’éradication du travail des enfants dans de nombreux accords sectoriels et programmes de monitoring a laissé dans l’ombre les graves problèmes touchant les travailleurs adultes, risquant ainsi de miner les efforts orientés vers les enfants.

Les initiatives prises dans le secteur n’ont par exemple pas pris en compte la grande faiblesse des salaires, la précarité des contrats d’emploi et les mauvaises conditions de travail.

Des conditions de travail très précaires

Au Pakistan, en Inde, en Chine, la plupart des usines continuent à sous-traiter l’opération de couture, très intensive en main d’oeuvre, à des travailleurs employés dans des centres de couture ou à domicile. Cette segmentation de la filière rend particulièrement difficile le contrôle du processus de production et de sa conformité vis-à-vis de normes d’emploi. Mais les nombreux témoignages recueillis et compilés par l’International Right Labor Forum montrent que l’emploi précaire est la norme pour les couseurs de ballons.

La prévalence de contrats de travail occasionnel ou temporaire entraîne de fréquentes et sérieuses violations des droits des travailleurs. Salaires sous le minimum légal qui ne permettent pas de couvrir les besoins essentiels, inéligibilité d’accès à la protection sociale et aux soins de santé, négation du droit des travailleurs sans statut formel de s’associer en syndicat et de négocier collectivement. Les interviews de travailleurs employés dans un centre de couture et à domicile pour le compte d’un fabricant pakistanais ont révélé que tous ces travailleurs étaient employés sur une base occasionnelle et presque tous payés en-dessous du minimum légal. Dans le filière de production du même fabricant les travailleurs faisaient état de discriminations basées sur le sexe. Les travailleuses à domicile perçoivent les plus faible salaires et vivent sous la menace constante de perdre leur emploi en cas de grossesse.

Des abus similaires ont été observés en Inde et en Chine. Certains centres de couture indiens ne disposent pas de toilettes, ni mettent de l’eau potable ou un service sanitaire à disposition des travailleurs. Dans une usine chinoise les travailleurs prestaient régulièrement de 14 à 15 heures par jour et jusqu’à 21 heures par jour durant la période de pointe sans un seul jour de repos en un mois.

Une responsabilité sectorielle

La recheche présente également une analyse d’initiatives entreprises dans le secteur, à savoir IMAC (Independent monitoring association for child labor) au Pakistan, la SGFI (Sport Goods Foundation) en Inde, la certification SA8000 et le système de labellisation du commerce équitable de FLO.

Tant IMAC que SGFI souffrent de manque de transparence sur leur gouvernance et souffrent du manque de durabilité financière et de capacité humaine. Ces limites sèment le doute sur leur capacité à mener à bien des activités qui iraient au-delà de l’identification de cas de travail d’enfants.

La recherche attire aussi l’attention sur des entreprises (marques de seconde zone, distributeurs ou intermédiaires) qui sont rarement sous les feux de l’actualité internationale et qui de ce fait ne subissent pas autant de pression pour respecter les droits des travailleurs. Ces entreprises n’ont pas pris d’initiatives sérieuses pour résoudre les problèmes auxquels les travailleurs font face dans le secteur.

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