De la séparation entre le travailleur et son syndicat

Comité de mobilisation Verdun

Texte distribué le 2 novembre aux représentants de la FIQ réunis en congrès. Un huis clos empêchait les travailleuses cotisantes à la FIQ d’assister au congrès car leur présence aurait pu nuire à la sécurité des informations transmises de la FIQ à ses délégués. Notre texte s’adresse aux représentants de cette centrale, mais nous considérons que la critique qu’il exprime est également valable pour les autres centrales du secteur de la santé, surtout en ce qui a trait à l’état du syndicalisme local.

Nous espérons qu’après avoir tant juré de leur détermination à lutter jusqu’où bout, les négociateurs de la FIQ ne se préparent pas à faire avaler aux délégués réunis en congrès aujourd’hui une entente à rabais sous le couvert de la crise économique et de la difficulté à mobiliser les membres. La démobilisation n’est pas une fatalité mais le résultat de pratiques syndicales bureaucratiques en rupture avec la base. Tout le monde sait que le syndicalisme local est dans un état lamentable. Dans ces circonstances, la FIQ a beau se donner des allures de guerrière, le gouvernement, lui, sait très bien que c’est du vent. Et du fait que la FIQ néglige le potentiel d’une lutte soutenue par une réelle mobilisation et consultation des travailleuses de la base en assemblée, elle n’a aucun rapport de force.

« TOUT EST SUR LE BABILLARD»

Les critiques que nous ferons à propos du syndicalisme local ne sont ni nouvelles, ni originales. Elles sont archiconnues, ce qui rend d’autant plus grave le fait de tolérer la situation. Ces critiques sont d’ordinaire attribuées au tempérament chialeux des syndiquées, alors qu’elles expriment en fait la vérité au sujet de l’état léthargique du syndicalisme local. Le déni des syndicalistes n’y peut rien : les travailleuses n’ont plus confiance en leurs représentants, à un point tel que quand certains exécutifs d’un autre syndicat du front commun ont proposé à leurs membres de refuser l’entente, ces derniers l’ont acceptée malgré un haut niveau de frustration face à leurs conditions!# Pourquoi? Parce que les syndiquées en apprennent plus à la télé qu’au travail sur les négociations, parce qu’ils sont blasés, parce que la dernière grève et le décret les ont laissés amers, parce que les représentants n’assurent aucune présence sur le terrain. Quand, par chance, on trouve un représentant, on découvre vite qu’il peine à répondre à des questions simples ou à offrir une aide valable. Quelle misère! La perte de confiance des membres à la fois dans leur syndicat et dans leur propre pouvoir d’agir mène à leur démobilisation, ce à quoi les syndicats locaux répondent par le défaitisme : acceptation de quorums de plus en plus ridicules, abandon du travail de terrain sous prétexte que les travailleurs ne sont pas mobilisables, aucune confiance dans le potentiel de la base, manque total de combativité face au patronat.

La conséquence de cette absence de vie syndicale est que les salariées doivent endurer des conditions de travail intolérables – temps supplémentaire obligatoire, temps supplémentaire sous pression, manque de respect de la part des gestionnaires, épuisement professionnel, etc. – sans même avoir la possibilité de s’organiser pour les dénoncer et les combattre. Et que ce soit clair : ces problèmes seront encore là demain, entente ou pas avec le gouvernement.

Il est plus que temps de sortir du cycle sans fin de démobilisation où syndicalistes et syndiquées ne font que s’accuser entre eux.

ON NE PAIE PAS DES COTISATIONS POUR QUE D’AUTRES PENSENT À NOTRE PLACE

Le syndicalisme actuel nuit objectivement à l’émancipation politique du travailleur. Prenons comme exemple les négociations en cours. Le plan des moyens de pression a été unilatéralement établi par la centrale FIQ et transmis aux membres qui eux, lorsqu’ils faisaient des propositions ou des critiques en assemblée, pouvaient être assurés que la centrale n’en apprendrait rien. Il s’agit d’une négation totale de l’originalité des travailleuses, de leur expertise sur leur propre milieu et de la nécessité de leur implication dans toute décision qui les concerne. À mesure que les exécutifs se séparent des membres en imposant des plans qui viennent du haut, les membres sont entretenus dans l’ignorance. On rompt l’éducation politique au sein du syndicat. Les représentants finissent par s’approprier la direction de la machine sans qu’il y ait de médiation avec la base. À la connaissance dynamique que le travailleur a de son milieu, on préfère se référer à une supposée expertise militante des représentants syndicaux payés qui s’occupent dans leurs bureaux de gérer l’aspect politique de ce qui se passe sur le plancher. Il y a une fracture entre la base et ses représentants. La tension est palpable.

La réussite du syndicalisme passe par l’instauration d’une vie politique démocratique en milieu de travail, ce qui veut dire faire circuler de l’information, organiser des discussions et débats, utiliser les lieux de rencontres offerts aux employés pour discuter de leurs conditions et des problèmes en milieu de travail. Et surtout, il est impératif de rétablir une véritable démocratie dans les assemblées syndicales, ce qui signifie que les travailleurs ne se présentent pas pour donner leur aval à des propositions venus exclusivement de l’exécutif, mais pour débattre de leurs propres propositions et s’impliquer dans leur application. Sans cette perspective, le syndicalisme est voué à l’échec.

COMMENT SCRAPER UN RAPPORT DE FORCE

La FIQ n’a absolument pas su utiliser le potentiel des travailleuses mobilisées et l’appui de la population qui auraient du lui permettre d’oser une escalade des moyens de pression. Elle a plutôt choisi de se cantonner aux actions les moins perturbatrices possibles, comme l’exige le partenariat avec l’État, tout en se pavanant partout sur la place publique. Si l’opération visibilité a été un succès, on repassera pour l’efficacité.

De prime abord, le mercredi noir aurait du être considéré comme une sorte de test afin de vérifier si les syndiquées étaient prêtes à lutter. Il ne s’agissait pas d’un moyen de pression, mais d’un moyen de solidarité et beaucoup de syndiquées s’entendent sur ce point. Au lieu de voir dans la réponse massive des travailleuses une occasion d’augmenter la pression sur l’État, la FIQ a érigé le mercredi noir en moyen de pression par excellence. Évidemment, la diminution du nombre de syndiquées en noir sera vue comme un signe de démobilisation et non de lucidité.

Les gains du mouvement syndical ont toujours été le fruit d’une mobilisation efficace des travailleuses et cette mobilisation doit constituer une priorité absolue. Néanmoins, comment un représentant syndical peut-il mobiliser ses membres lorsqu’il est parti faire du camping à l’assemblée, en balade avec la pétition ou en congrès? C’est au moment où leur avenir se joue et que leurs conditions continuent à se détériorer que les syndiquées se heurtent plus que jamais à des portes fermées.

NÉGOCIER SANS DÉRANGER

Il serait faux de prétendre que les représentants syndicaux et de la centrale sont restés inactifs pendant les négociations. C’est même tout le contraire! Cependant, on a pris bien soin de les restreindre et de les occuper dans des actions qui n’impliquaient aucune ou les plus minimes perturbations possibles, comme l’exige le partenariat avec l’état.

Le respect de la loi qui préoccupe tant la FIQ n’est pas un frein à des moyens de lutte concrets. En 1989, avant d’envisager un débrayage, les infirmières avaient tout simplement arrêté de faire des heures supplémentaires. Imaginez l’effet d’un tel moyen légal aujourd’hui.

La pire preuve de partenariat est cependant l’acceptation par la FIQ des offres minables de la table centrale. Notre syndicat souscrit à l’idée que le travailleur de l’État doit se sacrifier en temps de crise. C’est montrer une absence totale de critique face au système financier et accepter que ce ne sera jamais au tour des riches de se serrer la ceinture. Un syndicat qui fait siennes les priorités de l’état ne devient ni plus ni moins qu’une extension de l’état.

Les dernières années ont été extrêmement pauvres en gains pour le syndicalisme. Un examen critique est nécessaire, sans quoi c‘est la pertinence même des syndicats qui sera bientôt remise en cause. Rétablir le contact avec et entre les travailleurs et réfléchir à de nouvelles formes de pratiques syndicales, voilà le défi! Un vrai rapport de force ne peut résulter que d’une réelle volonté de la base, une base informée, politisée, mobilisée. Ça n’arrivera pas du jour au lendemain. Le travail qui nous attend est colossal, mais nécessaire et urgent.

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