Grèce: un automne de plus en plus chaud

OCL

Pendant l’été, la colère des Grecs contre le gouvernement et les instances internationales imposant les mesures de recul social sans précédent (et sans équivalent en Europe) n’a pas eu l’occasion de s’adoucir.

Le “paquet” de lois voté fin juin dans un Parlement en état de siège afin d’obtenir le versement d’une nouvelle tranche du premier prêt de 110 milliards d’euros et l’accord de principe pour un nouveau prêt de 160 milliards consécutif des effets du premier (récession donc baisse des recettes fiscale) s’est révélé aussitôt insuffisant pour les bailleurs de fonds : de nouvelles mesures ont été exigées dès le mois de juillet et à la fin de l’été, les grandes lignes étaient connues : gel des embauches et départ forcé de 30 000 fonctionnaires (dans une « réserve du travail », payés 60% du salaire pendant un an puis plus rien), création d’une taxe sur la propriété immobilière (touchant 80% des Grecs) et recouvrement de celle-ci par l’intermédiaire des factures de l’électricité, baisse des retraites supérieures à 1 200 euros par mois et abaissement du seuil d’imposition à 5 000 euros de revenus annuels (abaissé deux mois plus tôt de 12 000 à 8 000 euros par an), soit tous les bas salaires…

Pendant ce temps, l’église continue d’échapper à tout contrôle et à ne pas être taxée sur son patrimoine et ses revenus considérables, pendant ce temps les dépenses militaires ne sont pas non plus atteintes : le service militaire est toujours en vigueur et l’armée reçoit ce qu’il faut pour poursuivre ses acquisitions (entre autre, elle voulait acquérir 400 chars Abrams, avant de renoncer devant le tollé dans l’“opinion” européenne) et ses entraînements (marine et aviation avec les Etats-Unis et Israël), pendant ce temps les armateurs et la bourgeoisie grecque – qui ne paient déjà pas d’impôts – continuent de placer leur argent en dehors des frontières, dans les Balkans ou les paradis fiscaux qui ne manquent pas.

Les mobilisations sociales – qui n’ont pas cessé chez les chauffeurs de taxis, les salariés des municipalités et des hôpitaux – ont donc logiquement repris dès le début septembre avec l’occupation des universités et de plusieurs centaines de lycées où la rentrée s’est faite sans livres scolaires et avec des enseignants en moins (les non titulaires), dans les facs avec la fin de la “cogestion” administrative et pédagogique qui existait jusque là et l’introduction de frais d’études (bibliothèques…), dans les hôpitaux avec des ruptures d’approvisionnement en médicaments consécutifs des coupes budgétaires…

Simultanément, les grandes entreprises européennes (comme Deutsche Telecom, EDF ou Véolia) prêtes à “acheter” les entreprises d’Etat privatisables (électricité, téléphonie, gaz, chemins de fer, ports, aéroports, pétrole, jeux et paris, compagnies des eaux…) profitent de la situation pour imposer un chantage : elles exigent qu’elles soient d’abord restructurées et rentable, que le personnel soit réduit, ou alors que ce “surcoût” soit déduit du prix proposé par le gouvernement : les “négociations” entre ce dernier et les envoyés de la Troïka portent aussi là-dessus. Mais comme pour la récession, la vente des entreprises d’Etat pour une bouchée de pain fait encore baisser les recettes escomptées lors de l’élaboration des premiers plans de privatisations et contribue donc à creuser un peu plus la spirale de la dette.

Rappelons qu’un Fonds d’exploitation du patrimoine de l’Etat, a été créé pour diriger le processus des privatisations dans lequel la Commission européenne et la BCE auront postes d’observateurs. Mais les plus grosses cessions sont prévues courant 2012 et surtout 2013, or c’est maintenant que la Grèce est au bord de la faillite (défaut de paiement).

Autre “négociation”. Les 30 000 licenciements de fonctionnaires ne seraient qu’une mesure provisoire. La Troïka exige au moins 100 000 suppressions de postes d’ici 2015 en incluant les salariés des entreprises d’État dans le “périmètre” de la fonction publique et en exigeant les fusions/suppressions de 35 agences et organismes publics. On parle aussi de l’exigence d’une baisse du SMIC (actuellement de 750 euros et de 590 pour les jeunes), de nouvelles taxes (sur les carburants entre autre), la fin des accords de branche et des conventions collectives…

Petit tour dans un pays en pleine effervescence sociale.

Des habitants de la ville grecque de Veria rebranchent l’électricité qui avait été déconnectée… et ils expliquent pourquoi :

Le 29 septembre, un petit groupe de personnes de la ville grecque de Veria (nord du pays) a décidé d’agir et de rebrancher l’approvisionnement en l’électricité d’un certain nombre de maisons qui avaient été déconnectées du réseau. Les factures de l’électricité, il faut le rappeler, sont le moyen qu’a choisi par le gouvernement pour recouvrer le paiement du nouvel impôt immobilier ; dans un pays avec plus de 80% de propriétaires de logement, on s’attend à ce que des milliers ne puissent pas payer cet impôt (en plus de leur facture actuelle, bien sûr) et donc de risquer la coupure d’électricité.

Le groupe d’habitants de Veria a édité le texte suivant, expliquant leur action :

« À l’heure actuelle, alors que les citoyens jouissent de la paix, de l’ordre et de la sécurité, où les lois prudentielles et l’État-providence sont la règle, quelques citoyens de Veria ont décidé de commettre un acte criminel. Ils ont commencé à rebrancher les approvisionnements en l’électricité déconnectés.

Répondant à l’avancée de la barbarie, ils ont rebranché l’électricité pour des familles qui ne pourraient pas la payer. Or l’électricité est un bien commun. Ce comportement envers les citoyens de notre pays est criminel ; alors qu’ils les ont amenés au chômage et à la paupérisation, ils les condamnent maintenant à vivre un quotidien comme dans le tiers-monde.

Les citoyens ordinaires ne vont pas prendre en charge le coût du pillage généralisé par une poignée de personnes haut placées, la liquidation totale par les marionnettes politiques. Dans ce pays, indépendamment de l’obligation de payer – encore et toujours – pour des voleurs et des escrocs, nous avons également des droits. Et le plus important de tous est la dignité. »

Le groupe, semble-t-il, a ouvert le coffret de raccordement de l’électricité, sans que sont son propriétaire ne soit prévenu à l’avance, ont rebranché l’électricité et refermé le coffret, en la recouvrant d’un autocollant disant : “CITOYENS DE VERIA – Solidarité Sociale – Nous rebranchons l’électricité”.

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L’effervescence sociale n’est vraiment retombée pendant l’été, avec le mouvement des chauffeurs de taxis et des employés municipaux, des éboueurs… et encore et toujours celui des travailleurs des transports publics et de la compagnie d’électricité, qui non seulement va être privatisée mais que le gouvernement veut utiliser pour obtenir le paiement de la nouvelle taxe immobilière votée dans l’urgence à la fin de l’été. Début septembre, le syndicat des électriciens a d’ailleurs déclaré qu’il ne fallait pas compter sur eux pour exécuter le sale boulot:

« Nous ne sommes pas des cow-boys ou des shérifs qui allons mettre le pistolet sur la tempe des usagers pour leur soutirer de l’argent ».

Lors de la dernière visite de la Troïka, au moins six ministères, dont celui des Finances, ont été occupés par leurs employés, ce qui a contraint les ministres (notamment celui des Finances et celui des Transports) à trouver d’autres locaux pour leurs réunions avec les superviseurs de la BCE/FMI. Le 27 septembre, jour du vote de la nouvelle taxe immobilière, des milliers de personnes se sont retrouvées sur la place Syntagma à l’appel de plusieurs mouvements dont “Ðen Plirono” (“Je ne paie pas”). Des affrontements avec la police ont éclaté et ont duré plusieurs heures, jusqu’à 22h30, heure à laquelle la police est parvenue à dégager toute le place.

Blocage de ventes aux enchères après saisies

Quelques jours auparavant, le 21 septembre, les Comité de Lutte « Je ne paie pas” sont intervenus et ont bloqué les portes du Tribunal d’Instance d’Athènes, empêchant les ventes aux enchères de biens immobiliers saisis à des personnes endettées. Extrait du communiqué :

« Les membres du mouvement “Je ne paie pas” ont bloqué la salle d’audience où les enchères ont eu lieu, a exigé et imposé la suspension des procédures et le départ des représentants désignés par la Banque Alpha et par l’Eurobank qui tentaient de saisir le logement de petits emprunteurs grâce aux prêts hypothécaires et aux intérêts additionnels (suppléments). Toutes les enchères ont été arrêtées et reportées.

Nous n’allons pas permettre que des usuriers récupèrent la moindre maison.

Nous appelons chaque salarié et chaque communauté à se coordonner avec nous dans des actions communes et d’organiser ensemble un grand mouvement de résistance et de solidarité. »

Etudiants, lycéens contre l’austérité

Depuis le début septembre, la Grèce connaît une vague de grèves avec occupation des universités, instituts supérieurs et lycées. Fin août, lorsque le gouvernement a fait voter la réforme universitaire, des milliers d’étudiants ont interrompus leurs sessions d’examens de rentrée et ont organisé des assemblées. Rapidement, près de 300 établissements ont été occupés. Deux semaines plus tard, juste après la rentrée scolaire, les lycéens sont à leur tour entrés dans la danse. Actions de protestation, sit-in, rassemblements, occupations… se sont multipliés à grande vitesse. Dans le primaire et le secondaire, la rentrée s’est faite avec tous les enseignants non-titulaires en moins et absence de livres scolaires.

Le 22 septembre, une manifestation panhellénique de 10 000 étudiants et enseignants était organisée à Athènes. Nos seulement le mouvement étudiant n’est pas couvert par la presse, mais les médias montent en épingle la création d’un soi-disant mouvement d’étudiants “indignés contre les occupations”, réclamant le retour à la légalité dans les centres d’enseignements, etc.

Action directe contre la désinformation

Devant le « mur du silence » que les grands médias ont installé autour de leur mouvement, les étudiants ont décidé de passer à l’action en réalisant des “plans médias” à leur façon. Le 25 septembre au soir, une cinquantaine d’étudiant a fait irruption dans les studios de la chaîne de TV publique pour qu’elle passe une vidéo qu’ils ont confectionnée. Refus des responsables et blocage des émissions en direct. Pendant ce temps, plusieurs centaines de manifestants étaient rassemblés dans la rue et se sont faire disperser par les lacrymos des forces anti-émeutes alors que, sur la place Syntagma, environ 3000 personnes participait à une assemblée.

Lors du tout début du JT, on aperçoit la banderole : « Nous brisons le mur du silence. Le combat des étudiants est le combat de toute la société ». Le début du message, non passé, rappelle que plus de 15000 étudiants tiennent des assemblées hebdomadaires où est voté la poursuite des occupations pour le retrait de la réforme universitaire qui annule toute idée d’éducation publique et gratuite. Il dit aussi ceci : « C’est le combat pour refuser de payer les livres. Pour les étudiants et les lycées. C’est le combat pour trouver un travail, non pas pour 500€ comme la troïka et notre gouvernement veulent nous imposer comme règle [le SMIC pour les jeunes est déjà inférieur de 20%], mais selon des règles dignes. C’est le combat pour que personne ne soit licencié, pour ne pas se retrouver comme le Premier ministre, M. Papandréou l’a dit, avec “Un seul travailleur par famille”. C’est ce que les étudiants combattent.

C’est aussi ce que le gouvernement et les médias essaient de cacher, car ils ne veulent pas que les étudiants fassent la même chose qu’en 1973 [le soulèvement des étudiants à l’École Polytechnique a provoqué la chute de la junte des colonels], ils ne veulent pas que les étudiants s’unissent avec toutes les autres personnes qui manifestent. Aujourd’hui, nous brisons le silence que le gouvernement et les médias imposent et nous appelons tous les travailleurs à nous rejoindre et les étudiants à occuper leurs établissements, nous appelons à aller tous ensemble dans la rue, dans les manifestations, pour renverser cette politique qui détruit notre présent et notre futur dans le pire moment de notre histoire. »

Lundi 3 octobre, une manifestation de lycéens a été dispersée au moment où elle s’approchait du centre d’Athènes. Parmi les banderoles: « Du travail pour les parents, des livres pour les enfants ! »

Mais le gouvernement semble vouloir aller plus loin pour mater la révolte et semble préparer une offensive “sécuritaire” visant à ne pas laisser impuni le moindre acte pouvant être qualifié délictueusement. Sur injonction de Papandréou, les autorités judiciaires prévoient en effet d’envoyer des Procureurs Généraux et des forces de police dans les écoles occupées et un plan d’intervention serait en cours de finalisation sous la supervision du Procureur de la Haute Cour de Justice.

De son côté, la ministre de l’Éducation élabore un plan de récupération des jours de cours perdus, y compris les week-ends, les vacances de Noël, l’extension de l’année universitaire…

Pour les étudiants, cela n’a pas l’air de les concerner, et de toutes façon, pour eux, ce n’est plus un ministère mais une « photocopieuse » depuis que sa titulaire a enjoint les enseignants à utiliser cet instrument à la place des livres scolaires.

Les comités de coordination des assemblées étudiantes ont récemment déclaré :

« Nous le disons clairement au ministère de la photocopie et au gouvernement : les cours commenceront seulement si l’État couvre toutes les dépenses exigées pour le fonctionnement normal de nos établissements ! Nous exigeons que des livres soient distribués maintenant et que des professeurs permanents soient nommés et rémunérés. Nous n’acceptons pas que nos parents paient pour chaque chose, pas même 1 euro, pour couvrir les dépenses de fonctionnement et d’entretien des écoles. Toute intervention des procureurs de la République visant à exploiter des actions isolées qui n’ont rien à voir avec notre combat est une manière d’imposer la soumission à la misérable réalité dans laquelle nous vivons. Cela ne passera pas ! »

Ils appellent à une journée de lutte et de manifestations le 5 octobre, jour d’une nouvelle grève générale des fonctionnaires, du secteur public, auxquels d’autres secteurs se joignent, alors même que le nœud coulant des conditions impossibles à tenir qu’imposent les créanciers est en train d’asphyxier un peu plus les comptes publics courants.

Crête : action média !

Le 4 octobre, pendant le journal TV de deux chaînes locales de l’île, une intervention-occupation a été réalisée par l’“Initiative Lycéens-Etudiants-Travailleurs-Chômeurs” dans le cadre des opérations de contre-information et d’agitation pour l’appel à la grève du 5 octobre et au-delà, à une mobilisation et une grève générale illimitée.

Le texte suivant a été lu à l’antenne :

« Que faire ?

Ce texte a été écrit par une composante de la lutte sociale qui considère que ce n’est ni le début ni la fin de ce mouvement.

1. Nous vivons la fin des prestations sociales. Maintenant, celui qui ne paie pas, n’aura plus d’électricité, d’eau, de nourriture, de chauffage, de santé et d’éducation. Comme un bon éleveur, le régime sait quand il doit nourrir ses animaux et quand il ne doit pas. L’époque des vaches grasses est révolue. Personne ne nous a rien donné et nous ne devons rien donner à qui que ce soit. Nous ne paierons rien. Récupérerons ce qu’ils ont volé. Reconnectons l’électricité et l’eau coupées et brisons les guichets des tickets dans les hôpitaux. Nous ne sommes pas des animaux à qui ils peuvent donner à manger quand ça leur plaît, et nous laisser mourir si cela ne leur plait plus. Occupons les bureaux de l’administration fiscale. Organisons-nous dans chaque quartier, dans chaque secteur ou habitation et sauvegardons notre désobéissance. Créons des centres sociaux de consultation, des repas communautaires, des collectifs agricoles. Organisons notre survie.

2. Comme toute histoire, celle de l’unité nationale a ses bons et des mauvais personnages. Les bons sont les Grecs, riches et pauvres, maîtres et esclaves ensemble, et les méchants ce sont les étrangers, les immigrants illégaux, les « autres » qui nous enlèvent nos emplois, remplissent nos hôpitaux et nos écoles et volent pour manger. Le régime doit diviser pour mieux régner et les prolétaires devraient s’entretuer pour un drapeau brisé et un idéal national. Si l’on ne cherche pas à savoir qui est réellement celui qui nous enlève la vie, si nous ne voyons pas l’ennemi réel et ne l’écrasons pas, alors nous sommes condamnés à être constamment en train de combattre dans un cirque, avec les patrons qui applaudissent. Nous devons proposer la solidarité, indépendamment des races, des religions et des couleurs, et attaquer nos vrais ennemis.

3. Flics à pied et motorisées, canons à eau, gaz lacrymogènes, interdictions des réunions et prisonniers politiques, c’est tout cela la nouvelle doctrine du maintien de l’ordre. L’opération militaire de grande envergure qui s’est propagé partout, les petits caudillos des partis, les journalistes, les intellectuels et les dirigeants syndicaux progouvernementaux qui ont été recrutés pour sauver le pays, montrent que, pour le régime, l’ennemi n’est autre que la société elle-même qui se bat. Nous devons revendiquer notre liberté, créer des groupes d’autodéfense contre les cochons, en uniforme ou non, et leurs maîtres. Brisons les téléviseurs et prenons l’information entre nos mains. Créons des foyers de résistance partout. Luttons et battons-nous.

4. Des décennies de lutte défensive, la misère et les larmes ont été suffisantes. Le scénario a été et est très bien monté. Les syndicats qui veulent calmer la colère et les petits partis qui rêvent du Pouvoir, ont été chargés de mettre des limites dans lesquelles nous devons nous battre. L’impasse des luttes défensives est déjà évidente, mais de toute façon le régime nous enlèverait comme consommation tout ce qu’il nous donnerait. Par ce trou noir, ont surgi dernièrement plusieurs mouvements, avec le seul but de contribuer à calmer la situation et à guider le peuple vers les élections. Les combattants et ceux qui veulent lutter, doivent les identifier et les isoler. Organisons-nous dans le lieux de travail, dans les écoles et les universités. Brisons les chaînes de la hiérarchie et de la bureaucratie dans le travail. Bloquons l’économie.

Organisons une grève générale illimitée.
Arrêtons de rêver à un passé pourri et commençons à construire l’avenir.
Liberté – Egalité – Dignité
Lycéens –Etudiants – Travailleurs – Chômeurs
Manifestation de grève. Héraklion, Crète, Place Eleuteria (Liberté), Mercredi 5 octobre à 10h ».

Grève générale du 5 octobre

Le 4 octobre, des syndicalistes de ADEDY (la confédération des fonctionnaires) ont occupé les ministères du Développement rural, du Commerce et des Finances, en opposition à la mesure de licenciements de 30 000 fonctionnaires.

Au départ, la journée était convoquée par le seul syndicat des fonctionnaires, mais le cadre initial a été débordé. De nombreuses professions ainsi que le mouvement des étudiants et lycéens se sont joints à la protestation et aux manifestations de rue. Grève des contrôleurs aériens, pas de trains, peu de bus (sauf pour permettre aux manifestants de venir), métros en fonctionnement pour venir manifester et gratis grâce à l’action des travailleurs, arrêts de travail dans les écoles, les lycées, les municipalités…

Manifestation de 40 000 personnes à Athènes, 20 000 à Thessalonique, avec occupations de ministères, blocages des musées et de l’Acropole et affrontements avec les forces de l’ordre : comme les 29 et 30 juin, ce n’étaient pas seulement les “encapuchonnés” qui allaient au contact avec les flics.

Vendredi 7 octobre

Patras, Via Olympia : ouverture des péages contre le terrorisme d’Etat et l’entreprise de construction Vinci

A partir de 19h00, le vendredi 7 octobre et pendant 24 heures, a été réalisée une ouverture du péage à Rio (Patras), avec la participation des travailleurs et de personnes solidaires, après un appel lancé par le syndicat des travailleurs de la construction de l’autoroute Elefsina-Corinthe-Patras-Pyrgos-Tsakona.

Communiqué (extrait) du groupe anarchiste Ergalioforos :

« Cette action a été un moment de plus dans la lutte des ouvriers de la “Via Olympia” contre les plans des entreprises de construction, les banquiers et l’Etat, élaborés sur le dos des travailleurs. Depuis le mois de juin, 2800 d’entre eux ont été licenciés et la construction de la route a cessé. Plus précisément, le segment Patras-Egio, dont la construction était à la charge la société Vinci (intérêts français) : 400 travailleurs étaient employés au début du chantier et ils ne sont plus que 40 (personnel administratif et technique), en attendant une nouvelle vague de licenciements à la mi-octobre, alors que le péage est installé et le passage est facturé normalement.

Dans tout ce mouvement, l’ “Assemblée des anarchistes contre l’esclavage salarié” « Ergalioforos », (« Les Porteurs d’Outils »), a été présente et a participé avec sa propre voix, en identifiant la lutte des travailleurs / licenciés de la Via Olympia comme une composante d’un combat plus large contre le système d’exploitation et d’oppression.

Contre les licenciements, le chantage et le terrorisme des patrons.

Solidarité avec les travailleurs de la Via Olympia qui résistent aux plans des sociétés d’État et de la construction. »

Samedi 8 octobre

Un parfum d’Argentine… Un ministre viré d’un cinéma à coups de yogourts !

Dans le centre de Thessalonique avait lieu un concert organisé par la Coordination des assemblées générales des universités occupées de la ville. Environ 100 étudiants ont quitté l’endroit du concert et se sont rendus au cinéma voisin Olympion où Kastanidis, le ministre de l’Intérieur (qui fait partie de ceux qui gère les rapports avec les envoyés de la troïka) était en train de regarder un film. Les étudiants ont déployé une banderole et crié des slogans :

« Nous sommes ici, nous serons partout, nous serons la peur de chaque ministre »
« Peuple, en avant, ne baisse pas la tête, la seule voie c’est la résistance et la lutte »
« La solidarité est l’arme du peuple, guerre aux patrons »
« Le terrorisme c’est l’esclavage salarié, pas de paix avec les patrons »
« Le ministre traite les étudiants de voyous, les voyous, ce sont les forces anti-émeute et la police secrète »
« Une nuit magique comme celle de l’Argentine viendra quand nous verrons qui sera le premier à monter dans l’hélicoptère »
« A chaque coin de rue, il y a un policier, la dictature n’a pas pris fin en 1973 »

Dès le début, et avec les slogans, les étudiants s’adressant au ministre lui disent qu’il a détruit leur vie et qu’il les a conduit au chômage. Les spectateurs du film crient au ministre avec les élèves : “Va-t-en”. Puis les étudiants lui jettent des yaourts. Le ministre se lève et avec son coûteux costume taché de yogourt, se dirige vers les étudiants, en les menaçant. Après un moment de conflit et de confusion, les lumières s’éteignent et la projection du film reprend.

Les étudiants quittent le cinéma et retournent au lieu du concert. Quelques-uns des slogans criés pendant la manif :

« Peuple en avant, rébellion partout, virons le gouvernement, le FMI et l’Union européenne. »
« Les flics ne sont pas des fils d’ouvriers, ce sont les chiens des patrons ».
« A chaque coin de rue il y a un policier, la dictature n’a pas pris fin en 1973 »

La marche des étudiants est suivie par des escadrons des dites forces anti-émeute. La réponse des étudiants est dans ce slogan révélateur :

« La dictature est vivante. Elle porte un casque blanc et elle nous suit ».

La marche arrive au lieu du concert. Une fois parvenus là, l’intervention des étudiants au cinéma a été annoncée par mégaphone.

Ce n’est pas la première, mais la dernière action en date de ce genre. D’autres ministres ont été pris à partie au cours des derniers mois. Le vice-premier ministre Theodoros Pangalos, a été agressé dans une taverne. Le secrétaire à la Protection du Citoyen, Manolis Othonos a reçu un œuf dans l’île de Crète. Plusieurs députés et un ancien ministre du PASOK ont été obligés de fuir sous protection policière en participant à diverses activités publiques.

La vidéo de l’action :

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Multiplication des mouvements sectoriels, vers la grève générale…

Alors que le site Web d’information sur le mouvement étudiant recense 57 universités et 813 lycées touchés par la vague d’occupations, cette méthode de lutte commence à se répandre dans d’autres secteurs. Après les ministères, les municipalités, les sièges des compagnies, certains lieux de travail.

Lundi 10 octobre

Grève de 24 heures dans les transports en commun (métro, bus, trolley, tramway) et poursuite de la grève des éboueurs (employés municipaux) qui en sont à leur huitième jour. A Athènes, les ordures commencent à s’entasser spectaculairement dans les rues et la seule déchetterie de la ville demeure fermée.

L’occupation d’un bâtiment de la compagnie d’électricité continue à Megalopolis contre leur intégration dans le plan de licenciement des fonctionnaires et la privatisation de la compagnie.

Plusieurs organismes publics, comme l’Organisme national des médicaments (Eof), le Laboratoire national de chimie et la Société de gestion informatique de la sécurité sociale (Idika) sont en outre toujours occupés par leurs personnels.

A Athènes, les travailleurs de la Compagnie des eaux ont occupé les locaux dans le quartier Candia. Les blocages et occupations de locaux municipaux se sont répandus dans les quartiers d’Athènes et de sa banlieue, à Thessalonique, Ptolemaïda, Kozani, Volos, Héraklion, Lerapetra, Sitia (en Crête), Preveza, dans les îles de Lesbos et d’Eubée.

A Athènes, les membres et sympathisants du mouvement “Den Plirono” (“Je ne pais pas”) ont manifesté dans la rue puis ont occupé symboliquement les locaux de la Compagnie d’électricité du pays. Les travailleurs présents ont déclaré être solidaires de ce mouvement. Au même moment, dans la ville de Lamia, d’autres membres du mouvement “Je ne paie pas” se sont rassemblé et ont distribué des tracts dans la rue, puis devant les locaux de la compagnie d’électricité et la recette des impôts.

Le gouvernement, dans un mouvement assez provocateur, a annoncé le renflouement d’une banque de plus, la Banque Proton avec plus de 800 millions d’euros d’argent public.

Mardi 11 octobre

La journée a commencé par des marches des employés des hôpitaux dans le centre d’Athènes. Deux défilés ont convergé vers la place Syntagma. A Athènes, deux hôpitaux sont occupés par les employés.

Les travailleurs des municipalités ont occupé plusieurs bâtiments municipaux dans tout le pays et les décharges d’Athènes continuent d’être bloquées afin que les poubelles ne soient pas collectées. Les salariés des municipalités manifestent à partir de 12 h (midi). Au même moment, les enseignants des écoles primaires et secondaires sont appelés à un rassemblement à la place Klathmonos. Le rassemblement finira en blocage des entrées du bâtiment du ministère.

Les locaux de plusieurs ministères sont occupés par exemple le ministère de l’éducation, plusieurs locaux du ministère des Finances, tandis que le bâtiment central de la Banque agricole (d’Etat) de la rue Panepistimiou sont occupés par les travailleurs de la banque.

Les ouvriers des raffineries de compagnie pétrolière appartenant à l’Etat ont bloqué les locaux de la société et ont décidé d’une grève non-stop (au moins pour 10 jours) provoquant dans tout le pays de longues files de voitures aux stations service. L’ensemble des travailleurs du secteur du pétrole, des raffineries et de l’industrie chimique sont en grève.

Les salariés de l’Hôpital Général de Patision à Athènes ont organisé un acte de protestation contre les fermetures de salles avec les patients, les habitants du quartier et les membre du mouvement “Je ne paie pas”.

Vidéo:

A Thessalonique, les travailleurs de la Compagnie des eaux et des égouts de la ville ont occupé plusieurs bâtiments municipaux.

Mercredi 12 octobre

Le syndicat de la compagnie d’électricité occupe les locaux à Athènes contre la collecte de l’impôt immobilier, tandis les occupations et grèves sauvages s’étendent à travers le pays

GENOP (le syndicat de la DEH, la Compagnie Publique d’Electricité) a occupé à Athènes le bâtiment d’où sont émises les factures de la société. Ce mouvement de blocage est un acte de protestation contre l’imposition d’une taxe foncière par l’intermédiaire des factures d’électricité. En solidarité, des centaines de personnes se sont rassemblées sur place. Immédiatement, le ministre du Développement (Papakonstantinou, l’ex-ministre des Finances) a demandé l’intervention d’un procureur général pour que l’occupation prenne fin.

« L’électricité (…) ne peut pas être utilisée comme moyen de chantage contre les chômeurs, les pauvres, les salariés », a prévenu le syndicat GENOP-DEH. « (Nous) ne laisserons pas nos concitoyens pauvres sans électricité ».

En attendant, les occupations de ministères et autres bâtiments publics se répandent de manière un peu sauvage avant la grève générale du 19 octobre.

Quant à cette grève, les appels se multiplient pour des mouvements de 48h ou plus :

  • Il n’y aura pas de transport public à Athènes, le jeudi et le vendredi (au moins), car tous les travailleurs (sauf pour les trains de banlieue) ont appelé à une grève de 48 h.
  • Les chauffeurs de taxi ont également appelé à une grève le vendredi, et décideront des mobilisations à venir pendant la journée.
  • ADEDY (syndicat des fonctionnaires) a demandé à la GSEE (le principal syndicat réformiste hors fonction publique) pour qu’ils transforment la grève du mercredi 19 octobre en une grève de 48 heures.
  • Les enseignants organisent une grève 48h la semaine prochaine (mercredi et jeudi) et appellent à cinq journées de grèves tournantes par la suite.
  • Les avocats vont aussi arrêter de travailler à partir de demain (jeudi 13 ocobre) jusqu’au 19 octobre.
  • Les salariés du ministère des Finances ont déclaré une grève et fermeture pendant 10 jours, du 17 au 27 octobre.
  • Les douaniers ont également appelé à une grève de 10 jours (du 14 au 24 octobre). Cette grève peut provoquer des ruptures d’approvisionnement en produits pétroliers notamment.
  • Les fonctionnaires des impôts vont faire grève entre le 17 et le 20 octobre.
  • Les travailleurs du secteur bancaire sont appelés à arrêter le travail les 18 et 19 octobre.
  • Les travailleurs de tous les médias publics appellent à une grève de 48 heures du jeudi au samedi.
  • Les musées et sites archéologiques seront fermés mercredi et jeudi en raison de la grève.
  • Les travailleurs de préfectures et des ports seront également en grève. Tous les ports seront fermés entre le 17 et le 19 octobre, tandis que les marins seront en grève lundi et mardi.
  • Les organisations professionnelles de travailleurs indépendants (commerçants, artisans) ont également annoncées qu’elles se joignaient à la grève du 19 octobre.
  • Jeudi 13 octobre

    Les locaux du Fonds de retraites des ingénieurs des travaux publics est occupé depuis ce matin et au moins jusqu’à demain par son personnel.

    Les mouvements sociaux se poursuivent dans les crèches, les hôpitaux, les écoles primaires et les collèges, et même le service des statistiques du ministère des Finances, ce qui embête beaucoup le gouvernement en ce moment !

    De leur côté, différents collectifs et organisations de base (Front de Classe- Initiative des Travailleur-e-s du Métro, Ouvrières et Ouvriers du secteur du Livre – Vivliofrikarios, Initiative Ouverte des Chômeur-e-s (SOVA), Initiative des agents contractuels de la Poste Grecque (ELTA), Assemblée Ouverte des Travailleur-e-s/Chômeur-e-s…) appellent à la grève générale et à manifester sur leur propres bases :

    « Contre les machinations de l’Etat, des patrons et des syndicalistes vendus.
    Grèves, manifestations, occupations.
    Rupture – Auto-organisation – Solidarité »

    Quelques perspectives

    La multiplication de mouvements sectoriels et leur simultanéité, l’enchaînement des grèves, des occupations, des manifestations quotidiennes dans les rues et d’actions de toutes sortes va en s’amplifiant en ce moment et chaque jour de nouveaux appels sont lancés.

    Dans le même temps, le gouvernement essaie de mater la rébellion des lycéens, en lançant de multiples descentes de policiers (en civils et en uniformes) dans les établissements. Ces opérations d’intimidation, reliées par une campagne médiatique d’une association de parents d’élèves de droite, s’accompagnent d’une campagne de délation contre les élèves les plus actifs dans le mouvement, de recueil de données personnelles et fichage systématique auprès des directeurs des lycées.

    Le gouvernement grec doit faire voter les nouvelles mesures avant le 23 octobre, date du prochain sommet des pays européens et avant le versement de la nouvelle tranche du prêt de 8 milliards d’euros devant intervenir juste après.

    Ceci dit, l’annonce d’un défaut partiel de la Grèce, c’est-à-dire d’un effacement de fait d’une partie de la dette, n’aura aucune conséquence dans le pays : c’est simplement le moyen de rendre possible la poursuite du processus, de relancer la partie, de maintenir le lien de dépendance (et d’interdépendance) entre créancier et débiteur. Car si le lien se rompt, il se rompt pour les deux parties. La conséquence se trouve plutôt du côté des banques privées européennes (qui détiennent des titres de la dette grecque) et dont on s’aperçoit maintenant qu’elles seraient “sous-capitalisées” pour résister à un défaut de paiement (total ou partiel) de la Grèce et d’autres pays européens ou encore au refus, par des collectivités locales françaises, de payer les dettes “explosées” dans le cas de Dexia.

    Il est trop tôt pour prendre la mesure de ce qui se passe. Disons simplement que, par rapport au printemps dernier, il y a une évolution. Si ce qui dominait encore en mai et juin dernier était une combinaison de journées de grèves espacées, de quelques actions ponctuelles initiées par des activistes (comme le mouvement “Je ne pais pas”) et l’irruption d’un mouvement spontané (fin mai) d’occupations massives des places publiques, séquence qui culmina avec les journées des 29 et 30 juin, on peut noter depuis la fin de l’été une accélération, une intensification et une diversification des modes d’action. Avec un enracinement et une plus grande localisation de l’action collective dans les lieux de travail et d’enseignement, dans les villes et les quartiers, dans la dynamique d’un mouvement tendant à une généralisation de la protestation sur un mode cumulatif, par l’addition des mouvements grévistes sectoriels, des blocages divers, de la permanence de luttes longues (éboueurs, taxis…), de menaces de nouvelles luttes dures (raffineries, employés des douanes…), des actions symboliques ponctuelles et celles plus concrètes de rébellion et de désobéissance collective (notamment les refus de payer les péages, les frais hospitaliers, les tarifs des transports publics, les nouvelles taxes, les saisies immobilières…), pendant que s’ébauchent ici et là (en Crète, à Ierapetra notamment) des propositions pratiques visant à mettre en place dès maintenant des bouts d’économie alternative, auto-organisée, une “économie de résistance”, avec des réseaux d’échange, de troc, sur des bases non capitalistes.

    Dernière minute : la GSEE (confédération des syndicats de travailleurs non fonctionnaires) accepte, sous la pression de la base, d’étendre le prochain mouvement de grève de 24 à 48 heures, soit les 19 et 20 octobre.

    Les jours qui viennent s’annoncent très chauds.

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