DYNAMITE! Un siècle de violence de classe en Amérique

« Le polar est l’histoire de la criminalité et du gangstérisme, c’est-à-dire histoire de la violence obligée des pauvres après la victoire du capital. Vous croyez que j’exagère ? Lisez donc Dynamite, de Louis Adamic. On y voit lumineusement comment le syndicalisme américain s’est transformé en syndicalisme criminel quand la possibilité de la révolution a disparu et quand, par conséquent, la question n’a plus été que celle des fameuses ‘parts du gâteau’. On y voit comment des militants ouvriers radicaux ont pu devenir racketters et bootleggers puisqu’il n’y avait plus d’autre moyen de jouir. »
Jean-Patrick Manchette, octobre 1979
Citation tiré du site des éditions Sao Maï qui ont publié la traduction française du livre

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Revue du livre par l’UCL – Journal Cause Commune

« Monsieur le Président, il nous est désormais impossible de différer plus longtemps. Nous avons essayé de trouver une porte de sortie, en vain. Cette grève ne vient pas des dirigeants. Elle vient de la base syndicale. »
American Federation of Labour (AFL), 1919.

Les récents évènements – que ce soit la crise économique, le printemps arabe, les explosions sociales en Europe, les attaques contre le droit à la syndicalisation au Wisconsin ou les lockouts à répétitions – annoncent, pour la prochaine décennie, une période de luttes sociales et de violences de classes qui sera une lutte à la mort entre le capital et les travailleurs et travailleuses. Cette période de troubles à venir n’est pas sans rappeler le début du 20e siècle et son cycle de crise. Chaque variation quantitative du prolétariat amenait des attaques frontales du capitalisme auxquelles succédait inévitablement une radicalisation des syndicats, dont le membership était en explosion. Un superbe bouquin de Louis Adamic, relatant cette période, vient d’ailleurs d’être traduit en français.

Louis Adamic, né en Yougoslavie en 1899, est un historien populaire, un syndicaliste révolutionnaire et un auteur malheureusement presque inconnu aujourd’hui. Militant nationaliste au sein d’un groupe clandestin, il est jeté en prison à 13 ans. Afin de fuir la répression, il émigre aux États-Unis à l’âge de 14 ans. Il est ensuite mobilisé pendant la Première Guerre mondiale et, suite à son retour, se rapproche des Industrial Workers of the World (IWW), le grand syndicat révolutionnaire états-unien. C’est à ce moment qu’il entame sa carrière d’auteur. Désillusionné du syndicalisme et du prolétariat états-unien, il devient un partisan de Tito (le leader yougoslave) et meurt en 1951, au New Jersey dans des circonstances nébuleuses, vraisemblablement assassiné par les staliniens.

À travers ce livre, l’auteur, en tant qu’historien et acteur de ces luttes, analyse les moments clés d’un siècle de luttes ouvrières chez nos voisins du sud. Ce livre, à sa façon, n’est pas sans rappeler l’incontournable Histoire Populaire des États-Unis d’Howard Zinn. Adamic y traite entre autres des évènements plus connus de l’historiographie ouvrière états-unienne – du moins pour les libertaires – tels que le massacre de Haymarket, la fondation des IWW et l’exécution de Sacco et Vanzetti. On y aborde aussi des éléments historiques beaucoup moins connus tels que la grande grève de Homestead, le dynamitage de l’immeuble du Times par des membres de l’AFL (l’affaire McNamara) ou les Molly Mcguire, une société secrète de mineurs irlandais catholiques spécialisée dans l’exécution de patrons! On y apprend aussi comment le gompérisme, du célèbre président et fondateur de l’AFL Samuel Gompers, un réformiste et ennemi acharné du syndicalisme révolutionnaire, a tranquillement transformé la lutte des classes (Class struggle) en lutte des places (Ass struggle), supprimant à moyen terme toute perspective révolutionnaire à la classe ouvrière au pays de l’Oncle Sam.

L’atmosphère américaine est surchargée de violence parce que la société américaine est mûre pour la révolution alors que l’esprit américain ne l’est pas…

La thèse d’Adamic est que le capitalisme, par sa violence et sa répression armée, a poussé le prolétariat à opter pour des moyens plus radicaux, allant des dynamitages aux exécutions de « jaunes » et de patrons. Les mercenaires, à l’origine embauchés par le patronat, furent à leur tour utilisés par certains syndicats qui développèrent des liens de plus en plus étroits avec certains groupes criminels. Ces liens donnèrent en bonne partie naissance au crime organisé, nommé « syndicat du crime ». Les menaces et « rackets de protection » contre les patrons, mais aussi contre les non syndiqués ou les syndiqués  provenant d’autres syndicats devinrent monnaie courante.

Pour Adamic, le racket devint un « moment de conflit de classe ». On vit de plus en plus d’anciens leaders syndicaux se convertir en « chefs de gangs » méprisant les « travailleurs honnêtes » qui travaillaient trop, pour si peu. Comme le mentionnait Jean-Patrick Manchette, libertaire et auteur de polars noirs bien connu en France : « On y voit lumineusement comment le syndicalisme américain s’est transformé en syndicalisme criminel quand la possibilité de la révolution a disparu et quand, par conséquent, la question n’a plus été que celle des fameuses parts du gâteau. » Un bouquin qui permet de mieux comprendre comment le syndicalisme nord-américain est passé de vecteur révolutionnaire à gestionnaire de convention collective.

Bref, un livre d’histoire populaire qui ne fait pas dans la dentelle et qui se dévore comme un roman noir. Le truc idéal à lire durant les vacances, pour ceux et celles qui en ont, lorsqu’on est loin du patron…

ADAMIC, Louis. Dynamite ! Un siècle de violence de classe en Amérique (1830-1930) [1931]. Paris : Sao Maï, 2010. 476 p.

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