Seuls les riches seront immortels

Commentaires, analyses et compte-rendu sur le dossier du Courrier international :

Cette semaine, le nouveau numéro du journal français le Courrier international mettait à la une un numéro spécial sur les nouvelles technologies anti-âges qui font l’objet de recherche intensive de nos jours. En vedette, David Sinclair, professeur en biologie de l’université d’Harvard, qui affirme avoir mis au point un médicament capable d’inverser le vieillissement chez les souris. Ce procédé, s’il fonctionne sur l’humain, permettrait d’atteindre l’âge de 120 ans en bonne santé. Au-delà des promesses au lendemain qui chante, qui pourra se payer la pilule miracle? À l’heure où le Québec voit son système de santé public et gratuit être graduellement privatisé et que les coûts médicaments explosent, le marché de l’immortalité doit faire preuve d’une attention plus importante.

Nous ne sommes pas égaux devant la mort

La pauvreté est mauvaise pour la santé. C’est un fait qui est largement documenté depuis bien des décennies dans la littérature scientifique de la médecine et de la santé publique. Ce fait s’explique par la réalité biologique d’une personne : ces conditions de vie à une influence sur l’état de santé. À ce titre, le dossier en fait l’illustration :

« La pauvreté en elle-même est un facteur de stress, car elle borne tout le périmètre de la vie d’une personne. Les difficultés pour joindre les deux bouts lors des dépenses du quotidien (nourriture, logement, soins médicaux et transports) peuvent provoquer angoisse et insomnie chronique (…) Le contraste est saisissant avec les Américains les plus privilégiés (…) (U)ne enfance passée dans des environnements moins toxiques avec des parents dans une situation financière stable, mais aussi une plus grande facilité à décrocher des bons postes rémunérés convenablement et comprenant une couverture santé appropriée » (p.30 du numéro).

Le journal cite également une statistique dévoilant le fossé des inégalités de santé malgré la hausse généralisée et graduelle de l’espérance de vie au XXIe siècle. Aux États-Unis, une personne n’ayant que son secondaire vivra en moyenne 67 ans contre une personne ayant un diplôme universitaire dont l’espérance de vie est autour de 80 ans. À Montréal, par exemple, il est tout aussi possible de voir cet écart. Entre les quartiers Saint-Henri et Westmount, le fossé est d’environ 10 ans. Bien évidemment, l’article ne parle uniquement de la situation aux États-Unis ou dans les pays développés. Une simple recherche Google nous permet de constater que l’écart entre le pays avec l’espérance de vie la plus haute (Monaco) et celui avec la plus basse (Sierra Leone) est de 40 ans.

À l’heure actuelle où les inégalités sociales s’accentuent et la médecine avance, il sera possible d’assister un monde dont les plus riches verraient sa durée de vie doublée pendant que les plus pauvres ne pourraient atteindre la longévité qu’avait leur parent. Cette situation, exposée par l’hebdomadaire, force à plonger dans le monde high-tech de la médecine de pointe.

Membres artificiels, pilule miracle, conscience virtuelle… Réalité ou fiction?

Le dossier du photoarticleCourrier international nous plonge dans quelques-unes des recherches les plus incroyables en cours dans le monde. La première est celle de David Sinclair, comme présenté au début de cet article, dont l’objectif est de créer la fontaine de jouvence par ces découvertes sur les souris.

« David Sinclair était à la tête de l’équipe de Harvard qui a récemment découvert un composé qui inverse le vieillissement des cellules. Les chercheurs l’ont administré aux souris du  NAD, une coenzyme qui stimule les mitochondries (…), permettant ainsi au métabolisme d’être plus efficace et de produire des déchets moins toxiques (…) (L)es tissus des souris âgées ressemblaient à ces des souris de 6 mois » (p.29 du numéro).

Le dossier énumère aussi d’autres tests en laboratoire pour trouver la pilule miracle. Toutes ces recherches ne peuvent être analysées sans penser aux recherches de l’Umbrella Corporation de Resident Evil (sans tomber dans le conspirationnisme bien sûr). Le dossier parle également de plusieurs autres domaines qui pourraient aider à augmenter l’espérance de vie ou la santé des patients. Le premier de la liste est évidemment les implants robotiques. Que ce soit de la simple puce aux jambes bioniques, une panacée de supports robotiques est à l’étude. Certains prédisent même que le handicap pourrait disparaître grâce à ces supports d’ici 2035. L’idée de l’homme augmenté peut faire également penser à un autre jeu vidéo Deus EX (encore une fois sans entrer dans la conspiration). Finalement, l’hebdomadaire nous présente Dmitry Itskov qui investit fortement dans son entreprise hors du commun : être capable de créer des « avatars » virtuels. C’est-à-dire une réplique complète d’un esprit humain au sein d’un ordinateur afin de permettre à « l’âme » de la personne de vivre éternellement dans le cyberespace et de voyager à la vitesse du web. Cette idée a déjà été largement exploitée par la science-fiction. Il est possible de nommer un des derniers films Johnny Deep : Transcendence.

Derrière les recherches et les fictions, le capitalisme

Dmitry Itskov est un jeune russe de 33 ans qui a pour grand atout d’être milliardaire. La plupart des recherches actuelles sur le prolongement de la vie suivent le schéma des recherches pharmaceutiques classiques : parfois publique, souvent privée. Si David Sinclair travaille pour une institution semi-publique (Université d’Havard), plusieurs joueurs sont totalement privés et leur seul intérêt est le profit. Le journal nous présente la nouvelle compagnie fondée par Google du nom de Colico dont l’objet avoué est de prolonger la vie.  Ce dernier est suivi par plusieurs start-ups : Pharmasset, Gilead, Mesoblast et etc.

Ces différentes organisations embryonnaires ont comme ambition d’un jour pouvoir vendre au plus offrant la vie éternelle. Ils sont donc, dans une certaine mesure, la phase la plus achevée de commerce pharmaceutique traditionnel : avoir l’humanité comme patiente. Cette manne dont la demande pourrait être infinie permettrait de percevoir une quantité incroyable de bénéfice.

Tout comme l’industrie pharmaceutique classique, le piller de cette future manne est le même : la propriété intellectuelle. Le doit à la propriété intellectuelle permet au créateur pour une période de 20 ans d’avoir le monopole juridique sur l’utilisation d’une invention. Avoir le monopole de l’éternité ou même d’un médicament traditionnel permet d’avoir une position de force pour réclamer des frais importants à des remèdes dont le coût de fabrication est minime. L’augmentation de ces coûts fait pression au Québec sur le budget national de santé et représente des dépenses de plusieurs milliards de dollars facilement récupérables.

Néanmoins, contrairement aux pharmaceutiques classiques, les nouveaux gourous de la pilule magique conçoivent une idéologie pour justifier leurs entreprises. Cette idéologie, dont l’émergence est latente, est le transhumanisme. Cette idée est fondée sur le principe que le dépassement des contraintes humaines (durée de vie ou capacité) permettrait de construire une nouvelle société beaucoup plus belle pour tous et toutes. Cette vision remplace la lutte sociale par le développement technologique comme moteur du changement sociale. Il fut souvent repris par les Libertariens 2.0 de la Silicone Valley dont le PDG actuel de Google : Larry Page.  Comme quoi, à tout pouvoir, son idéologie.

Pour une justice en santé, vers une recherche libre

Une des solutions qui pourrait pallier l’explosion du fossé entre les espérances de vie reste avant tout dans l’abolition de la propriété intellectuelle privée dans la recherche pharmaceutique. Une recherche dont le fruit serait la liberté complète de diffusion des découvertes de pointe permettrait de faire pression sur le marché de baisser les coûts des médicaments et des futures fontaines de jouvence. Il sera également possible pour les organismes communautaires, coopératifs et publics de faire sa propre production à destination des classes les plus populaires. Au Québec, le maintien d’un réseau de santé gratuit sera un outil important sur cet enjeu. Un enjeu dont il faut toujours se souvenir prend racine depuis très longtemps au sein des divisions sociales de classe de notre société.

Le Courrier international est un hebdomadaire français créé en 1988. Le journal n’écrit pas d’article en soi, mais offre une sélection d’articles parus dans la presse internationale.

Pour en savoir plus :

L’adresse du dossier du Courrier internationale :

http://www.courrierinternational.com/magazine/2014/1251-seuls-les-riches-seront-immortels

Sur les inégalités de santé :

http://www.centrelearoback.ca/coup_d_oeil

Sur la différence de l’espérance de vie par pays : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_esp%C3%A9rance_de_vie

Sur le tanshumanisme :

https://www.youtube.com/watch?v=cteL0h03XVM

Sur David Sinclair :

https://www.youtube.com/watch?v=vCCdmGKtxPA

Sur le vieillissement de la population et l’augmentation de l’espérance de vie :

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/06/MINOIS/20654

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