Être délégué-e, ce n’est pas que ramasser des cotisations!

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Un article par DJ Alperovitz sur le rôle des délégué-e-s du SITT-IWW, paru originellement dans l’édition de décembre 2012 de l’Industrial Worker sous le titre Not just dues collectors.

Traduction libre par x 374166 de l’IWW Montréal 19/11/2014.

Au cours des derniers mois, différentes discussions ont eu lieu sur Facebook à propos de délégué-e-s de l’IWW qui auraient pris des décisions arbitraires, dépassant largement le cadre de leur mandat (par exemple en refusant à des étudiant-e-s le droit d’entrer dans le syndicat ou en faisant littéralement couler une campagne d’organisation). À de nombreuses reprises, il a ainsi été rappelé que les délégué-e-s ne sont que des «volontaires devant ramasser les cotisations». En tant que délégué qui a essayé de vivre chacun de ses mandats selon des standards des plus élevés, je trouve ces deux déclarations extrêmement troublantes. D’un coté, nous trouvons des délégué-e-s qui n’ont clairement pas reçu une formation correcte (voir une formation tout court) et qui n’ont pas lu leur manuel de délégué-e-s et de l’autre il semble qu’il y ait une incompréhension au sujet de la position de délégué-e par les membres de l’IWW.

Les délégué-e-s ont une histoire et une position au sein de leur section locale et de l’IWW internationale qui se trouve à être aussi honorable que colorée.

Durant les premières années du Syndicat, alors que l’IWW était surtout une organisation de travailleurs et travailleuses sédentaires, attaché-e-s à une maison, à un emploi, à une famille et aux responsabilités que cela inclut, les nouvelles et nouveaux membres faisaient leur entrée dans les locaux de la section de leur ville où ils et elles rencontraient le ou la secrétaire-trésorière ou secrétaire-trésorier ou un-e délégué-e présent-e qui les initiaient au Syndicat. C’est un système qui fonctionnait bien pour construire l’effectif du Syndicat dans une ville donnée, mais qui posait certains problèmes lorsque vint le temps d’aller à l’Ouest, dans les camps de travail saisonniers et rencontrer les travailleurs et travailleuses nomades qui prenaient le train et changeaient d’États, allant de travail en travail.

Presque simultanément dans l’ouest canadien et états-unien, les secrétaires des différentes sections locales commencèrent à nommer des représentant-e-s parmi les membres dans les camps de bûcheron-ne-s, les vergers et les champs. Appelez-les comme vous voulez, délégué-e-s de camps, délégué-e-s nomades, ou encore «job-deleguate» pour reprendre l’expression anglaise encore utilisée aujourd’hui, ces travailleurs et travailleuses entièrement dédié-e-s au Syndicat ont voyagé, travaillé, mangé et vécu avec leurs camarades de travail. Dans les champs comme dans les camps, ces représentant-e-s du secrétaire-trésorier ou de la secrétaire-trésorière agitaient, éduquaient et organisaient, oui, pour construire la One Big Union dans l’industrie, mais aussi pour des améliorations dans les conditions de travail, dans les salaires et dans la vie quotidienne de ces gens!

Dans son discours Mémoire des Industrial Workers of the World du 8 novembre 1962, Elizabeth Gurley Flynn décrit ces représentant-e-s nomades du Syndicat comme des gens ne voyageant «qu’avec une petite caisse noire contenant des cartes de membres, des macarons, quelques livres et pamphlets sur le Syndicat, des timbres de cotisations et les cotisations amassées. Le plus surprenant est qu’au cours de l’histoire, on ne compte pratiquement aucun cas de désertion ou d’argent manquant. Une ou deux pas plus! Un homme est parti avec l’argent une fois et s’est suicidé par la suite. Ce qui est tout à fait compréhensible vu la grande dévotion et le niveau de loyauté qu’on retrouvait chez ces organisateurs et organisatrices des travailleurs et travailleuses migrant-e-s.»

Un autre exemple fut présenté par le fellow worker Sam Green qui récemment trouva dans un Bulletin d’Organisation Géneral de 1920 une lettre mentionnant le nom d’un délégué ayant fui avec l’argent que les membres lui avaient confié et la note suivante : «Si vous le voyez, vous savez quoi faire».

Il arrivait souvent que ces délégué-e-s transportent de relativement larges montants d’argent et les histoires de ces gens qui parfois n’avaient même pas de quoi s’offrir une tasse de café, mais qui continuaient de transporter avec eux l’argent du Syndicat sont légendaires.

À la fin des récoltes, quand l’identité sociale des travailleurs et travailleuses passait soudainement de respectables travailleurs et travailleuses agricoles à clochard-e-s à chasser à tout prix, les clowns en bleu locaux et les officiers du système d’(in)justice commençaient leur propre ‘’récolte’’ de vagabond-e-s, dont l’objectif était d’arrêter le plus de sans emploi possible pour garnir les coffres de la ville avec les amendes ou bien les envoyer aux travaux forcés pour accélérer un projet municipal comme la construction d’une route ou d’un pont. Dans ce contexte, afin de s’assurer que les fellows workers ne se fassent pas vider de tout ce qu’elles et ils avaient gagné pendant l’été, parfois des travailleurs et travailleuses décidaient de confier leurs gains à un-e délégué-e qui iraient les déposer au local du Syndicat de la ville ou la ou le dit-e travailleur ou travailleuse planifiait passer l’hiver. Et comment est-ce que les délégué-e-s évitaient elles et eux-mêmes de se faire prendre par les clowns en bleus? Souvent en devenant vendeur ou vendeuse d’assurance ou d’outils agricoles de rue, ce nouveau permis de travail leur permettant de voyager sans encombre.

Dans le cas des délégué-e-s du Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses de l’Agriculture, elles et ils ont longtemps été autorisé-e-s à conserver les frais d’initiations de 50 cents pour couvrir leurs dépenses, pour l’envoi d’un télégramme au local le plus proche, l’achat de timbres et d’enveloppes, la location d’une chambre d’hôtel qui serait temporairement transformée en salle de réunion, l’achat d’une tasse de café ou d’un beigne à un fellow worker dans le besoin et parfois lorsqu’il s’avérait nécessaire de protéger les fonds du syndicat ou un travailleur, travailleuse, en payant le prix d’une entrée clandestine sur un train. Ces délégué-e-s était des wobs dévoué-e-s, la ligne de front de la lutte des classes, désireux, désireuse et capable d’endurer les pires camps de travail ainsi que les mauvaises conditions de travail pour se battre pour l’amélioration des conditions de travail de leurs confrères et consoeurs.

De retour au 21e siècle où les délégué-e-s n’ont plus à sauter de trains ou à vivre dans des camps de travail insalubres et mal chauffés, elles et ils sont encore et toujours plus que de simples volontaires uniquement bon-ne-s à ramasser les cotisations. Un-e bon-ne délégué-e est un peu organisateur, organisatrice, un peu trésorier-e, un peu représentant-e du département de littérature, un peu leveur, leveuse de fonds et cent pour cent membre de l’IWW. Ils et elles sont élu-e-s par le syndicat et ses membres non seulement pour ramasser les cotisations, mais aussi pour signer de nouveaux et nouvelles membres et s’assurer qu’ils et elles comprennent nos principes et notre structure. Ils et elles continuent de se tenir au courant des nouvelles via l’Industrial Worker et le GOB et restent en contact avec les membres de leur section locale comme de la grande IWW. Être délégué-e c’est certainement plus qu’être uniquement un-e volontaire qui ramasse des cotisations.

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