Le mythe entrepreneurial

Le texte suivant ne représente pas nécessairement le point de vue du Syndicat industriel des travailleuses et travailleurs, il est uniquement publié à titre de consultation.

Nous sommes dans l’ère du culte de l’entrepreneur. Nous analysons les Tory Burches et Evan Schepegels de ce monde à la recherche d’une formule magique ou d’une série de traits de caractère qui amène au succès. L’entrepreneuriat est en pleine ascension et de plus en plus d’étudiant-e-s sortent des écoles de gestion et choisissent de se lancer à leur compte.

Pourtant, ce qui est souvent perdu dans les conversations autour de ces success-stories, c’est que le trait commun tant recherché que partage la majorité de ses entrepreneurs et entrepreneuses est l’accès à un certain capital financier -fortune familiale, héritage, connexion, etc.- leur garantissant une stabilité. Alors qu’on présente ces entrepreneurs et entrepreneuses comme des gens partageant un goût pour le risque, ce qu’ils et elles ont réellement en commun est en fait un accès à suffisamment d’argent pour leur permettre de prendre des risques.

Et c’est là un avantage des plus important: quand les besoins primaires sont satisfaits, il est plus facile d’être créatif ou créative. Pareillement, lorsqu’on a accès à un filet de sécurité pour nous rattraper en cas de coup dur, nous sommes plus enclin à prendre des risques. Alors que certain-ne-s d’entre eux et elles mettent leur succès sur le dos de leurs gènes ou de leur dur labeur , Andrew Oswald, professeur à l’Université de Warwick, répond que «les gènes importent sûrement un peu, comme tout le reste dans la vie d’ailleurs». Les recherches de Ross Levine et Rona Rubenstein, économistes de l’Université de Californie de Berkeley, quant à elles, témoignent que la majorité de ces entrepreneurs et entrepreneuses dynamiques sont des hommes blancs ayant un haut niveau d’éducation. Lorsque l’argent n’y est pas déjà, les chances de perçer comme entrepreneur baissent de manière substantielle.

Toujours en réponse au mythe du gène de l’entrepreneur, une recherche récemment publiée par le Bureau National de Recherche Économique s’est penchée sur le bluff et la prise de risque dans le domaine des finances et a réalisé que les facteurs environnementaux (donc non-génétiques) sont parmis les plus influents sur la prise de décision, démontrant entre autre que la tolérence au risque se construit au fil du temps et donc de l’expérience.

Si la persévérance amenant ladite expérience est sans aucun doute un trait nécessaire au succès, rappelons que plusieurs entrepreneurs réputés n’ont connu le succès qu’après avoir connu de nombreux échec, le prix d’entrée reste donc extrêmement élevé. Selon la Fondation Kauffman, il faut être capable de passer plusieurs mois, voire plusieurs années, sans salaire, le temps que le projet ne prenne réellement forme et, seulement alors, les coûts de démarage s’élèvent à environ 30 000$ US. Les données du Global Entrepreneurship Monitor démontrent que plus de 80% des fonds destinés aux nouvelles entreprises proviennent des fonds personnels ou alors de ceux de la famille ou d’ami-e-s proches. Le dur labeur, la persévérance et le sens du flair ne seraient donc pas suffisants?

«Suivre ses rêves est dangereux» annonce d’emblée une habitué des cercles d’entrepreneurs de la région de New York qui demanda à garder l’anonymat. «Il existe toute une portion de la population qui est séduite par cette idée qu’on leur vend, soit qu’ils et elles n’ont qu’à ouvrir la porte et partir à la conquête de leur rêve! Mais ce n’est pas vrai.» Comme le démontre de nombreuses recherches, le rêve américain, bien qu’extrêmement séduisant, n’est généralement possible que lorsqu’il s’asseoit sur une fortune déjà existante, chance que la majorité d’entre nous n’avons pas, trop occupé-e-s que nous sommes à construire la fortune des autres pour pouvoir boucler le mois.

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N.B. : Si les conclusions diffèrent légèrement, le gros de l’article est une traduction libre de Entrepreneurs don’t have special genes for risk -they come from family with money paru sur le site Quartz le 17 juillet 2015. http://qz.com/455109/entrepreneurs-dont-have-a-special-gene-for-risk-they-come-from-families-with-money/

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