Réclame ta paye : Victoire à la Station des Sports !

J’ai travaillé à la Station des Sports de septembre 2014 à juin 2015. Un gros neuf mois à ne pas trop savoir sur quel pied danser parce qu’il y a tellement de directives qui émanent du bureau chef et tellement de gérants qui passent qu’on ne sait plus trop ce qu’on attend de nous. Il y a eu ce gérant avec qui une barmaid a dû s’obstiner parce qu’il voulait mettre les souliers de tout le monde aux vidanges. Il trouvait que ça faisait pas ‘propre propre’ que nos runnings soient dans une armoire sous le bar, alors hop ! Aux poubelles ! Il y a eu celui qui faisait des bruits d’animaux en passant derrière les serveuses. Celui qui ramassait des cotisations pour les portiers et les empochait. Celui qui nous faisait fouiller dans les poubelles pour ramasser les trucs qu’il y échappait. Et même celui qui faisait pleuvoir les avertissements et qui a fini par se faire congédier pour avoir callé malade. Je vous épargne le classique : de la formation non-payée, des payes raccourcies de quinze minutes par-ci et par-là et des factures à payer à la place des clients qui se sont sauvés. Je crois que vous avez déjà saisi le tableau.

Mine de rien on finit par s’y faire. J’imagine que c’est un peu comme l’histoire de la grenouille qu’on met dans l’eau chaude. À force de clapoter dans notre chaudron on oublie que les petits bulles qui montent autour de nous ne sont pas si normales que ça.

Au début du mois de juin j’ai rempli des formulaires pour demander un congé de deux semaines et pour avoir droit à ma paye de vacances. À la Station des Sports on est toujours en train de signer quelque chose. Profession barman, ascendant bureaucrate. Je savais déjà que le bureau chef avait parfois tendance à oublier d’envoyer les 4% à temps, alors j’avais à plusieurs reprises pris le temps de parler à mon gérant pour m’assurer que tout irait bien. Tout va bien se passer, qu’il disait.

Mon billet de train est acheté, mon sac est fait et j’ai même pris le temps d’aller m’acheter toutes ces petites choses en miniature pour voyageur. Petite brosse à dent, petit tube de dentifrice, petit shampoing… petits plaisirs pour gars qui s’amuse avec pas grand-chose quoi. Je rentre donc au boulot par ce beau vendredi ensoleillé pour ramasser ma dernière paye, mon 4% et, accessoirement faire mon dernier shift avant de partir en vacances. Mais vous connaissez le proverbe : s’il fait beau c’est qu’il va pleuvoir.

Mon gérant m’annonce que le bureau chef m’a refusé ma paye de vacances. Ça ne fait pas un an que je travaille pour eux. Ils ne sont pas obligés de me la donner, qu’il me dit. C’est
à ce moment-là que la grenouille arrête de clapoter pour réaliser qu’outre l’argent qu’on lui vole un peu chaque semaine, cela fait neuf mois qu’on pile sur sa fierté. Entre nous, je veux bien être bon joueur et faire comme si j’étais le genre qui croit que c’est normal que pendant la première année on puisse refuser son 4% à un travailleur, mais minimalement ça pourrait être sympathique de le lui faire savoir plus tôt que trois jours avant son départ. Vous savez, juste pour faire comme si c’était un être humain en soit qui a des envies, des aspirations et des besoins autres que de faire plaisir à son patron. J’explique à mon gérant que si le barman que je suis n’a pas son 4%, le gérant qu’il est n’aura pas son barman. Je doute que ça l’ait vraiment surpris, mais je lui avoue du même souffle que si je travaille là, c’est plus pour l’argent que pour le plaisir et que si je n’ai pas accès à mon argent; il n’y a vraiment aucun intérêt à servir de la Budweiser dans un sous-sol coin Berri et Sainte-Catherine pendant 10 heures. Étrangement, on n’a pas réussi à s’entendre. Il ne m’a pas donné mon 4% et je n’ai pas fait mon shift. Il a trouvé un nouveau barman et je suis parti en vacances.

C’est là où le grand naïf en moi intervient. Je me suis dit que je pourrais partir en vacances un peu serré mais que, cessation d’emploi oblige, j’aurais minimalement mon 4% à mon retour. Un beau 430$ qui me permettra de payer mon loyer. Malheureusement les choses ne sont jamais aussi simples au royaume de Placements Sergakis, compagnie possédant les Stations des Sports, le Sport Direct, le Sky, Les Amazones, la Boite à Karaoké, et je ne sais combien d’autres bars et blocs à appartements. En dépit des normes du travail, supposément en vigueur au Canada, pour obtenir son dû chez Sergakis, il faut préalablement signer un papier de départ volontaire.

Or, j’ai eu la chance d’être tombé il y a quelques temps sur le Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses, mieux connu sous le nom des Industrial Workers of the World (SITT-IWW). Leurs conseillers juridiques m’ont laissé savoir d’une part qu’il était tout à fait illégal d’obliger un-e employé-e de signer un tel papier pour obtenir son 4% et d’autre part, que j’avais en fait tout à perdre à signer puisque cela pourrait permettre à mon ancien employeur de me boompoursuivre pour dommages et intérêts. Après les avoir vu me rouler dans la merde pendant neuf mois, il n’était pas question que je leur fasse ce dernier cadeau. J’ai rencontré un organisateur et une organisatrice du Syndicat et ensemble nous avons mis sur pied un plan d’action

Illes m’ont d’abord accompagné à la Station des Sports, où j’ai rencontré mon ancien gérant qui m’a mis directement en contact avec le grand patron, Peter Sergakis. Ce dernier m’a demandé de venir à son bureau dans Saint-Henri où mes deux wobblies m’ont encore une fois accompagné et où, après une longue discussion, nous avons fini par nous entendre. Cela aura pris beaucoup de temps et beaucoup de mots, mais j’ai enfin mon argent à temps pour mon loyer et cela ne m’aura pas obligé à me mettre à genoux une dernière fois.

Le plan que nous avons élaboré avec l’organisateur et l’organisatrice n’aura pas eu à être mis en action au complet, mais je dois avouer que je ne suis pas certain que j’aurai eu la force de faire tout ça si je n’avais pas su qu’il y avait 150 wobblies derrière moi à Montréal et plusieurs milliers d’autres dans le monde. C’est certain qu’il me reste encore à trouver un nouveau boulot, mais au moins j’ai mes quatre-cents et quelques piastres et ma fierté. La Station ne m’aura pas pilé dessus une fois de plus.

Souvent les IWW sont associés aux manifestations, aux grèves et aux actions directes, mais ce qu’ils ont de plus précieux à offrir, c’est la solidarité. Celle qui donne la force de refuser de se faire marcher dessus. Celle qui donne la force de dire non! Vous n’allez pas me fourrez une fois de plus. Celle qui donne la force de combattre parce qu’on sait qu’on n’est plus seul. Un gros merci à tous mes fellow workers de l’IWW pour la solidarité au quotidien et dans les temps durs!

M.S.

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