Travailler pour un organisme de dernier recours

Voilà maintenant plus d’un an que je travaille pour un OSBL, un organisme sans but lucratif, un organisme vital pour la société, ou en tout cas, un certain pan de cette société.

Mes collègues et moi faisons partie d’un organisme dit de dernier recours, que je ne nommerai pas ici car je n’en vois pas l’intérêt. Mon discours est applicable à bien des organismes œuvrant dans un autre domaine que le mien, et c’est par expérience que je l’affirme ici.

Je suis entourée de collègues passionné-e-s par leur métier, de gens ayant à cœur un certain bien-être et qui travaillent dans l’urgence tous les jours de l’année, sans exception, et cela pour un salaire ridicule. Certain-e-s d’entre eux et elles, si ce n’est pas la majorité, cumulent 2 ou 3 jobs pour boucler (ou pas d’ailleurs) leurs fins de mois… quand je vous parlais de personnes passionnées, je ne vous mentais pas car de mes collègues, bon nombre sont là depuis plus de 10, 15, 20 ans !

Mais, cet OSBL ne survit (car vivre est un bien grand mot) que grâce aux dons du public… et, comme beaucoup d’organismes, il a été aux mains de gens moins passionnés par la cause mais plus par l’appât et le détournement de gains. L’argent, l’argent, l’argent… des milliers (et je suis gentille) de dollars détournés et quelques années plus tard, nous voilà avec les pommes pourries virées mais un bâtiment délabré et hypothéqué, où à chaque pluie ou pire – la fonte des neiges – on n’a pas assez de seaux sous chaque fuite pour pallier aux trous du toit. Je ne vous raconte pas la course à obstacles que représente une traversée de couloirs !

Les gérant-e-s de l’organisme se sont engagé-e-s à réparer cela… mais à quel prix ? Celui de geler nos salaires depuis des années… (les leurs aussi, soyons honnêtes, mais bon, on n’a pas le même salaire de base non plus) et cela, pour encore bien des années à venir tant il y a de rénovations à faire…

Et puis, si les dons ne rentrent pas assez et bien… pendant tes vacances, tu ne seras pas remplacé-e. Tes collègues devront mettre les bouchées doubles pour couvrir ton poste et le leur… Alors les vacances, t’y penses à 2 fois avant de les prendre. Tu t’assures que c’est pas en période de pointe, mais bon, en étant sans arrêt dans l’urgence c’est un peu compliqué, et puis, quand tu prends un congé maladie, tu finis par te sentir coupable de ne pas rentrer parce que tu sais que tes collègues vont galérer, que l’attention qui devrait être donnée à ta job ne pourra pas être palliée car oui, on travaille avec des êtres vivants, pas des machines… enfin… tu culpabilises de prendre des vacances ou d’être malade. Pour le coup, ça me rend vraiment malade !

Ah oui, on a un syndicat. Si efficace que même lors d’assemblées générales, il n’est pas foutu d’avoir un-e secrétaire qui prenne en note les revendications, commentaires et plaintes de ses membres. Un syndicat auquel on n’a pas le choix d’adhérer et de payer (cela va sans dire) et qui lorsqu’un grief veut être déposé, te dit que ce n’est pas grave, que ça va passer ! Bref, un gros syndicat corpo dont on voit bien des bannières lors de manifs ou sorties publiques mais qui en fait bien peu pour nous représenter au sein de notre organisme !

Bref, quand je dis que je travaille pour cet OSBL, le public trouve cela merveilleux. Oui, je travaille pour une cause admirable… et encore… si plus haut dans la hiérarchie sociétaire dans laquelle on vit les choses changeaient, je ne serais pas là, à travailler dans l’urgence tous les jours. Nous, mes collègues et moi, faisons un boulot admirable, mais à quel prix ? Celui de nos payes, de nos propres conditions de vie et de travail… et de subir tous les jours les frasques d’une société bancale avec ses priorités qui n’épousent pas les nôtres.

Bref, je travaille pour un OSBL, je suis passionnée, je me sens coupable quand je ne rentre pas au boulot, j’ai un salaire de merde, mais je n’arrive pas à quitter ma job car elle me fait sentir qu’elle a besoin de moi. Un cercle vicieux que je ne suis pas seule à vivre !

À tous mes collègues et toutes et tous les travailleurs et travailleuses d’OSBL : vous êtes des guerriers et guerrières incroyables ! Mais voilà pourquoi j’ai aussi rejoint les rangs du SITT-IWW : parce qu’on peut faire autrement, on peut vivre autrement : on peut s’organiser !

Je vous accorde que c’est dur, que la tête dans l’urgence on a du mal à la sortir de l’eau mais il faudra le faire, un jour ou l’autre, parce qu’il y a moyen de faire autrement, de faire mieux. Toute cette énergie déployée peut faire plus que juste panser les plaies d’une société qui ne mérite pas des gens comme nous, qui sont autant aux petits soins pour tous ces êtres qu’elle abîme.

On peut, avec la même passion qu’on met à la job, révolutionner un monde, notre monde, et le construire autrement !

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Tiré du journal des travailleuses et travailleurs du communautaire, La Sociale vol 4

Pour la page facebook du syndicat IWW des travailleuses et travailleurs du communautaire
communautaire

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