Portrait de la situation actuelle.

De l’après-guerre aux années ‘70, d’importantes luttes ouvrières ont permis de faire avancer la reconnaissance et l’établissement des syndicats qui, grâce à ces gains légaux, purent faire gagner d’importantes victoires à la classe ouvrière dans son ensemble, et non seulement aux syndiqué.e.s.

Ces mécanismes de reconnaissance et d’encadrement ont contribué à l’intégration des syndicats dans le système politique dans son ensemble, les rendant à la fois dépendants (qu’arriverait-il aux syndicats sans la formule Rand garantie par l’État?) et vulnérables (étant enregistrés, reconnus et ayant des représentants, tout syndicat « rebelle » peut s’exposer à de féroces représailles).

À l’ère du néolibéralisme, il n’y a plus de concession « facile ». On n’imagine plus gagner des conditions, on espère « perdre moins vite » ou, pour les plus optimistes, avoir un salaire indexé à l’inflation. Se réapproprier une plus grande portion de ce qu’on nous vole à chaque minute? N’y pensez plus.

Au moindre signe d’agitation, il commence à pleuvoir des poursuites ou d’autres attaques juridiques. Alors, le syndicat, figé dans sa convention, son accréditation, son institutionnalisation, grogne, mais ne bouge plus, ou si peu. On a beau attendre 4 ans, notre grève devient illégale : d’un claquement de doigt, une loi « spéciale» (autant que les spéciaux 1 pour 3$ 2 pour 6$ du IGA) surgit, déjà prête, du fond d’un tiroir. On a beau respecter les règles, elles changent au gré de l’adversaire, on a l’impression de jouer au ballon avec un gamin de 6 ans qui invente les règles au fur et à mesure.

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Légende : Une partie de Calvinball dans Calvin et Hobbes par Bill Watterson

Comment ne pas perdre d’avance? Comment renouveler la pratique syndicale?

Si on veut éviter de tous et toutes « rentrer » à la prochaine menace de loi spéciale, si on veut réussir à contourner les injonctions qui nous empêchent de faire grève comme il se doit et si on veut espérer avoir réparation pour une injustice sans avoir à passer 6 ans devant les tribunaux, il va falloir frapper en parallèle.

Nos locaux actuels peuvent servir de bons boucliers contre l’offensive patronale et prendre les coups mais ne peuvent pas contre-attaquer efficacement. On ne peut pas simplement tenter de « réformer » nos syndicats, ou de faire élire un nouvel exécutif plus combatif, le problème est structurel et profond. Il nous faut « sortir » et nous organiser formellement, au-delà de groupes sur des médias sociaux, entre travailleurs et travailleuses de base, dans des instances syndicales para-légales : structures, cotisations minimales, démocratie et redevabilité mais pas d’accréditation ou d’existence légale. C’est ce que nous faisons déjà ici, au SITT-IWW Montréal. On appelle ces gens déjà syndiqué.e.s qui nous rejoignent des Dual-carders.

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Des travailleurs et travailleuses de différents milieux se rejoignent dans une nouvelle instance, pour mener collectivement des actions contre leurs patrons repectifs sans être cette fois encadré.e.s par les mesures légales habituelles.

En s’organisant par industrie, en dehors de nos traditionnels syndicats « officiels », il nous est possible d’aller lutter là où certain.e.s ne peuvent plus ou pas et de former des syndicats combatifs là où ça semblait impossible. Nous pouvons aider les travailleurs et travailleuses irréguliers et irrégulières à répliquer à des situations d’exploitation crasse et aider des salarié.e.s isolé.e.s à réclamer des salaires volés.

À déjà si peu, nous pouvons faire beaucoup sans les entraves habituelles. Nous l’avons mis en pratique à l’usine MAPEI où des travailleurs et travailleuses extérieur.e.s ont érigés un piquet de grève alors que les syndiqué.e.s locaux étaient sous injonction, à Poste-Canada avec des visites aux employé.e.s pendant les quarts de travail qui ont déstabilisé le déroulement et motivé les travailleurs et travailleuses, avec les « réclame ta paye » quand des salarié.e.s de d’autres lieux de travail vont réclamer des salaires non payés aux employé.e.s , et bien d’autres fois encore. C’est ce que nous appelons le syndicalisme de solidarité.

Cependant, si on veut espérer réussir à défier massivement une loi spéciale il nous faudra être organisé en beaucoup plus grand nombre que nous le sommes actuellement. Autant commencer tout de suite et prendre l’initiative d’organiser des caucus dans nos entreprises et lieux de travail ou s’organiser avec ceux et celles déjà en lutte pour aller prêter main forte.

Remember that you are fighting more than your own fight.  You are fighting for the entire working class and you must stand together -William Dudley « Big Bill » Haywood, to the striking mill workers in Lawrence, Massachusetts, 1912

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