Pensez-y (partie 2 sur 3)

Ce qui suit est la deuxième partie d’un pamphlet d’introduction écrit par un camarade travailleur membre de la section IWW de Portland, Oregon, Tim Acott. Text in English here.

Démocratie syndicale
Les syndicats auxquels la plupart des personnes travailleuses appartiennent aujourd’hui, quand ils et elles en ont, sont parmi les organisations les plus non-démocratiques du monde. Les officiers et officières sont désigné-e-s au lieu d’être élu-e-s, les ententes se font à huis clos et sont ensuite présentées à la base pour approbation, les locaux non-conformistes sont mis sous séquestre par les centrales et les patrons syndicaux sont enracinés à vie, ne faisant jamais face à un retour au vrai travail, si jamais ils y étaient pour commencer.
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Est-ce alors surprenant de constater que l’adhésion est en baisse et que la confiance des travailleurs et travailleuses en leurs dirigeants soit quasiment non-existante ? Est-ce par miracle que nous perdons les gains pour lesquels on s’est durement battu dans le passé ? Est-ce une surprise que le contrat de faveur et de complaisance, que le maton syndical et le bureaucrate enrichi soient des clichés associés au mouvement travailleur moderne, tandis que l’organisateur et l’organisatrice de base est vu-e comme un personnage pittoresque d’un passé lointain ?
Afin qu’on se défende, nous et nos familles, nous devons nous unir dans des syndicats. Nous avons besoin de notre force combinée pour faire face aux riches et à leurs gouvernements. Nous avons besoin du syndicat, mais celui-ci doit être démocratique. Sinon, comment pourrait-il défendre nos intérêts et non ceux des patrons ? Comment pouvons-nous contrôler autrement nos propres luttes, et choisir nos propres objectifs et enjeux. Nous avons besoin de syndicats démocratiques, de contrôle par la base, et de démocratie au travail pour mener nos propres luttes. Aucun bureaucrate syndical ne
s’est totalement battu pour les travailleurs et travailleuses, et aucun ne le fera. Nous devons nous défendre nous-mêmes, ensemble, au sein d’un syndicat démocratique. Si nous ne pouvons pas contrôler notre syndicat et ses dirigeants, alors nous ne pouvons pas leur faire confiance. C’est aussi simple que ça.

 

Wobble est un verbe
La valeur essentielle d’un syndicat est ce qu’il peut faire. Qu’est-ce qu’il peut faire pour vous et vos proches, et pour votre classe entière. Que pouvez-vous faire avec lui ? Comment pouvez-vous l’utiliser pour accomplir ce que vous avez à faire ? Faire est le verbe. L’action est le sujet.

 

Lorsque nous nous réunissons au travail pour répondre à des problèmes communs par la force de notre action collective, nous faisons quelque chose. Nous n’en parlons pas, même si c’est important, et nous ne cherchons pas de publicité ou d’en faire un grand spectacle, même si ces choses peuvent être utiles à des moments propices. Nous agissons. Agir. Faire. Nous sommes le sujet, pour le mettre en termes de grammaire, le problème est notre objet, sur lequel nous agissons collectivement pour le changer.

 

Dans le métier de la construction, le verbe «wobble» en anglais est souvent utilisé pour désigner une action de groupe qui cherche à répondre à un problème au travail, ou un problème avec le patron, comme c’est souvent le cas au boulot. «Wobbler» le travail, c’est débrayer, ralentir, ou aller ensemble voir le patron pour «discuter» lors des heures rémunérées. Plus directement, c’est se mettre ensemble pour affronter les problèmes de manière directe. C’est ça dont il est question.

 

Cela se passe partout, tout le temps. C’est un aspect nécessaire de la vie quotidienne au travail. Vous pouvez aussi le faire. Vous et vos collègues, au travail, pouvez «wobbler»
la situation pour l’améliorer. C’est le contrôle du travail, et c’est la chose que nous devons établir et protéger, pour notre propre sécurité et notre santé, afin d’assurer une bonne indemnisation de notre temps précieux, pour s’amuser, profiter, et se détendre de l’ennui et de la solitude qui inondent nos vies dans ce monde de travail moderne.

 

La clé du bon «wobbling» est syndicale. C’est le petit syndicat de coopération et d’efforts concertés parmi des camarades, des gens avec les mêmes besoins et circonstances – les personnes avec qui vous travaillez tous les jours, par exemple. Seul-e-s, nous sommes faibles et impuissant-e-s. Ensemble, nous regorgeons de puissance. Nous avons seulement à organiser cette puissance pour la manier, pour notre bien commun, afin de bâtir un monde meilleur. Ensemble nous pouvons gagner. Nous avons seulement à le faire. Agissons maintenant.

 

La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun
« La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun » nous dit le préambule de la Constitution du SITT-IWW. C’est la base de notre approche aux relations de travail et au syndicalisme. Étudions quelques instants cette affirmation.
thinkitover2Cela ne veut dire que les travailleurs et travailleuses et les patrons sont des espèces différentes, qu’ils et elles ne respirent pas le même air pollué et boivent la même eau, même si l’eau et l’air d’un quartier ouvrier sont bien plus dégueulasses que sur la colline. Cela implique que les deux classes, qui existent bel et bien, sont en opposition à même leur nature.

 

Ce qui est bon pour les patrons –une main-d’œuvre bon marché, contrôlée au maximum et passive –est mauvais pour les travailleurs et travailleuses. Ce qui est bon pour la classe ouvrière–un contrôle maximal au travail, sur les conditions de travail, des méthodes et objectifs, et une rémunération maximale de notre temps précieux– est la hantise des patrons, et ces derniers se battront bec et ongle contre cela. Ce n’est rien de personnel. Pas plus qu’un lion déteste une gazelle. C’est juste une hostilité naturelle, impersonnelle et économique, qui ne peut pas être contournée ou facilement
ignorée. C’est le principe qui régit nos vies, capitaliste et masse confondus.

 

Si un patron essaye de faire des travailleurs et travailleuses ses ami-e-s, son entreprise en souffrira. Si un-e travailleuse ou travailleur essaye de faire du patron son ami, il ou elle sera plus facilement exploitable et trahi-e. Des ennemis naturels sur le plan économique. Vous pouvez faire partie de la même paroisse ou boire au même bar, mais vous ne pouvez pas vous soucier longtemps de leurs intérêts sans mettre en danger les vôtres. C’est assez simple et clair pour tout-e travailleuse et travailleur qui prête attention à la vie quotidienne. Un patron intelligent ne l’oublie jamais. Ce n’est pas du tout ésotérique ; c’est du bon sens et du pragmatisme.

 

Ce que ça implique en termes de syndicalisme est très radical. C’est à dire : une orientation vers la source des problèmes et des solutions. Cela implique une solidarité de classe. Tous et toutes les travailleurs et travailleuses ont les mêmes intérêts et le même ennemi de classe. Cela implique une démocratie syndicale. Nous sommes tous et toutes impliqué-e-s ensembles, et seul le contrôle par la base peut guider de manière fiable et continue le syndicat. Les seules personnes à qui on peut faire confiance sont nous-mêmes, et un syndicat que nous ne pouvons pas contrôler directement est un
grand danger pour nos intérêts.

 

Cela implique donc un militantisme, parce que celui-ci illumine la situation d’une guerre de classes en cours (c’est d’ailleurs le terme approprié, compte-tenu de la destruction qui en résulte) qui doit être gagnée pour la mener à terme. Nous devons nous battre coûte que coûte pour défendre nos intérêts et notre sécurité. C’est la guerre, camarades travailleurs et travailleuses. Mais aussi laide qu’elle soit,
nous y sommes coincé-e-s, et nous ne pouvons en sortir qu’en nous organisant et en menant le bon combat.
La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun. C’est une vérité pleine de bon sens, et nous ne pouvons pas nous permettre de l’ignorer.

 

Une réflexion sur “Pensez-y (partie 2 sur 3)

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