Pensez-y (Dernière partie)

Voici finalement la troisième et dernière partie de Pensez-y, Thin it Over, un pamphlet d’introduction écrit par un camarade travailleur membre de la section IWW de Portland, Oregon, Tim Acott. Text in English here.

Première Partie

Deuxième Partie

Le Droit du travail en un mot
Le Droit du travail est un sujet d’étude que l’on enseigne à l’université jusqu’au doctorat, et qui peut procurer une carrière très rentable. Vous pourriez acheter une voiture par an, vivre dans une grande et belle maison dans les bons quartiers, subvenir aux besoins d’une épouse ou d’un époux qui n’a jamais à quitter la maison pour se faire de l’argent, être membre d’un club de haute société, porter de magnifiques vêtements, et envoyer vos enfants dans les plus prestigieuses universités. Vous auriez tout. Bien sûr, vous n’auriez pas grand chose en commun avec les gens que vous passez vos journées à défendre. C’est le commun des avocat-e-s – d’une profession spécialisée et bien rémunérée. Comprenez-moi bien. Nous apprécions nos avocat-e-s, surtout quand la justice frappe à nos portes. Nous voulons qu’ils et elles soient vifs et vives, et qu’ils et elles comprennent intimement la complexité du Droit du travail. Mais ni vous ni moi n’avons le temps et l’argent pour étudier le Droit du travail dans une université prestigieuse. Cependant, nous devons comprendre les principes de base du Droit du travail et comment celui-ci touche notre vie quotidienne au travail.

Eh bien, le voici en un mot. Le Droit du travail est mis en place par les patrons et leur système de gouvernements et de tribunaux pour nous empêcher, travailleurs et travailleuses moyen-ne-s, de nous réunir et nous battre pour notre juste part, de peur que nous voudrions, et qu’un jour nous aurions, tout. C’est l’information essentielle. L’idée fondamentale, derrière les grandes lois régissant la syndicalisation, est qu’il est possible d’avoir un syndicat si vous le voulez vraiment, mais il ne peut que se battre pour certaines causes. Il ne peut que régler certains problèmes. Il doit être suffisamment alourdi et faible, et suivre un ensemble de règles sophistiqué qui ne s’applique pas, du moins en pratique, à votre patron et ses amis au club de golf. Vous êtes obligé-e-s d’attendre tandis que ces derniers obtiennent un service rapide devant les tribunaux. Vous devez limiter vos activités à certaines formes légales, mais ces gens peuvent faire quasiment ce que bon leur semble. Leurs avocat-e-s sont plus reconnu-e-s que les nôtres, car ils et elles coûtent plus cher. Vous devriez voir ne serait-ce que leurs voitures !

Cela vous surprend dans ce pays ? J’espère sincèrement que non. Voyez-vous, ce n’est pas vraiment une démocratie, les décisions économiques ne sont pas prises démocratiquement, et pourtant elles sous-tendent toutes les autres décisions qui y sont prises. La circulation de l’argent, la marchandise, les biens et services, la nourriture et le logement, la santé et les vacances, tout cela tombe sous cet autre système de prise de décisions. Vous pouvez le nommer capitalisme, règne corporatif, les affaires, ou ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas le nommer démocratie. Tout le monde en rira. La loi n’est pas celle du peuple, par le peuple, pour le peuple, peu importe ce que vos enseignants vous ont appris. Désolé, mais ça ne marche pas ainsi.

Le Droit du travail résulte de l’influence des intérêts corporatifs sur le gouvernement et la  magistrature, et implique que vous devez protéger votre tête et votre cul, et de bien faire attention à ce que vous dites et faites. Si vous voulez jouer leur jeu, suivez simplement le système en place : signez vos cartes, appelez à une élection d’accréditation, et patientez. Il est possible que par moment ce soit la bonne démarche à adopter. Mais ne laissez jamais le patron définir le champ de jeu et décider de tout.

C’est un combat de rue, une agression, un assaut froidement calculé, et vous devez vous défendre autant que faire se peut. Protégez votre tête et votre cul, utilisez votre créativité et surtout l’aide de vos camarades travailleurs et travailleuses, ainsi que chaque tactique, stratégie, et idée intéressante que vous trouvez. Si vous les laissez définir le terrain de jeu et façonner les règles, vous n’avez pas une seule chance de gagner. C’est aussi simple que ça le Droit du travail.

cardMais rappelez-vous que leur jeu n’est pas le seul qui existe. Ce n’est pas la seule manière de faire, la seule solution à nos problèmes com
muns. Prenez pour exemple le SITT-IWW. Pensez-y – rejoignez le syndicat de votre classe et luttez pour le plein-produit de votre travail, à la façon des Wobblies. Ne les laissez pas décider à votre place. C’est notre jeu : nous faisons le travail, nous fabriquons et trans
portons tout. Au final, nous contrôlons l’économie. Si nous nous organisons démocratiquement pour faire avancer nos propres intérêts, nous pouvons partager la richesse que nous produisons déjà et nous en aurions assez pour tous et toutes ceux et celles qui accomplissons le travail.

Aidez à avancer le travail
William D. Haywood, alias Big Bill, avait l’habitude de signer ses lettres et correspondances « Aidez à avancer le travail, William D. Haywood. » C’était un organisateur fondateur et un Trésorier-secrétaire général du SITT-IWW pendant de nombreuses années dans nos moments les plus turbulents, et ce fut une grande figure du syndicat. Cette formule de clôture vous en dira beaucoup sur ses méthodes de leadership et le syndicat à ce moment.

Aidez à avancer le travail. Nous nous sommes rejoints, aujourd’hui comme dans le passé, pour faire un travail, pour accomplir une tâche, pour nous-mêmes et les un-e-s pour les autres, pour notre classe et pour les générations à venir. Cette tâche, affirmée clairement dans le préambule, est l’abolition du salariat. Bâtir une société nouvelle à l’intérieur même de l’ancienne. En finissant, une fois pour toute, avec la tyrannie de l’argent, celle des patrons sur les travailleurs et travailleuses.

C’est un gros boulot. Bien trop gros pour s’accomplir par un-e seul-e personne ou une bande de formidables gens, peu importe combien puissant-e-s. Aidez à avancer le travail. C’est un gros travail qui prend autant de temps qu’il le faut, peu importe combien de batailles et combien d’heures de travail bénévole et de pensée nous devons y mettre. Peu importe le nombre de tâches, petites ou grandes, sont accomplies ; combien d’heures de route ; combien d’éditions de journaux ; combien de réunions, de discussions, de bulletins de votes envoyés et décomptés, de timbres vendus, léchés, et apposés dans combien de petits carnets rouges, et de combien d’argent compté et vérifié.

C’est un travail peu glorieux dans son ensemble. C’est du sérieux, et c’est souvent laborieux. Un boulot dur allégé par beaucoup de bras, et avançant à petits pas. Des fois c’est juste tenir la ligne contre des reculs. Des fois, c’est même pas ça. Et encore des fois, c’est de vastes bonds en avant.

« Chaque membre est organisateur/organisatrice, » « Nous sommes toutes et tous des chefs, » « Si chaque wobbly inscrit un-e nouveau ou nouvelle wobbly chaque semaine, on syndique le monde en quelques années. » Aidez à avancer le travail.

Le travail : Éduquer, Organiser, Émanciper. Ce sont les noms des trois étoiles sur l’emblème du SITT-IWW, inscrit dans chaque carte et macaron. L’éducation de soi et des camarades. L’organisation de soi et des camarades. L’émancipation d’une classe dans la lutte, la guerre, et de la Terre qui nous nourrit et nous berce toutes et tous.

Alors allez-vous nous rejoindre ? Allez-vous aider à avancer le travail ? Que nous reste-t-il d’autre à faire ?

IWW-SITT

Traduction et adaptation vers le français par
Comité Communication-Traduction, SITT-IWW Montréal
2015

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