Travailler Intelligemment

Lorsque l’on évoque des idées libertaires et d’autogestion cela est malheureusement trop souvent perçu comme une utopie, d’autant plus quand il s’agit du travail. On oublie qu’il existe cependant des organisations fondées sur ces principes. Certes, s’approcher de ceux-ci n’est pas sans imperfections, mais il n’est pourtant pas impossible d’appliquer certains fondements y compris au travail.

Je peux moi-même témoigner d’expérience de travail basée sur la confiance, l’autonomie et l’égalité. Il existe en effet des cadres de travail sans pression ni contrôle qui reposent sur un esprit d’équipe solidaire. Les liens de cohésion unissant l’équipe ne sont pas incompatibles avec professionnalisme et confrontation. Quand je parle d’équipe j’inclue aussi les cadres : boss et coordo. Le boss ne prends pas de décision seul, et a le soucis de s’en référer à l’équipe. Les rapports sont égalitaires. Je compare souvent cette ambiance
de travail avec d’autres expérience. Auparavant, j’exerçais en France comme travailleuse sociale, dans de grosses associations. Les rapports n’étaient pas les mêmes : contrôle
et pouvoir organisaient le travail. Je n’avais aucune culpabilité à ne pas faire plus que je ne le devais. Ma vie personnelle était importante, je ne m’interrogeais pas sur des heures que je ne faisais pas. Dans un contexte différent basé sur la confiance, le bien-être des travailleurs et des rapports égalitaires, le rapport au travail en devient différent. Moi qui ait une vision du travail assez critique, je me suis étonnée de culpabiliser de ne pas faire toutes mes heures. Dans ce cadre là, nous sommes autonomes et nous gérons notre temps de manière assez libre. Je suis travailleuse de rue, aussi lorsque l’on débute on a peu de lien avec le monde que l’on rejoint. Il faut se faire connaître. L’hiver peut donc être long. Je me suis souvent faite dire en équipe « tu ne fais pas de la rue pour faire de la rue quand il ne se passe rien rentre». Avec le recul, je réalise que ma culpabilité et mes questionnements sur mon travail sont liées à la confiance et la liberté qu’on me donne. Par soucis d’honnêteté et de loyauté je me dois que cette confiance et cette liberté soit justifiée.

Malgré de nombreuses souffrances constatées dans le monde du travail, y compris dans le communautaire mon expérience témoigne qu’un rapport différent au travail est possible. Cela émane sans doute plus de comportements individuels qu’institutionnels et requière cependant de refonder les rapports entre salariés et hiérarchie, et d’appliquer de réels principes tels que la confiance, l’autonomie, l’égalité entre salariés au détriments de dominations et de contrôles inutiles. Cela n’en sera que constructif tant d’un point de vue du travail rendu qu’au niveau de l’épanouissement personnel (autant dans le travail communautaire que dans d’autres domaines). Cela est réalisable et n’est donc pas une utopie, mais comment répercuter ce fonctionnement émancipateur à d’autres organismes ?

Publié par Kamel dans le volume 1 de La Sociale, Mars 2014

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