C’est un drôle de milieu de travail, que celui du communautaire.

Bien ancré dans son environnement, on est ici en contact constant avec la population, à lui scruter l’épiderme, à lui éplucher le moral dans ses tréfonds. Accompagnement, soutien, services en tout genre, empowerment, name it, les intervenant-e-s marchent côte à côte avec leurs gens. Et pas que pour les moments de liesse, est-il nécessaire de le mentionner? C’est un lien privilégié, gagné par la confiance, tissé serré. Conséquemment, outre les populations concernées, les employé-e-s du communautaire sont de fait les plus à même d’observer et comprendre la source de nombre de problématiques sociales. Et donc d’y
apporter des solutions, ou d’en soutenir les initiatives. Mais cela, tant et si bien qu’une certaine marge de manœuvre est permise.

Pourtant, malgré cela, quand vient le temps de réfléchir sur la nature, la mission et l’orientation d’un organisme, on leur demande de respecter leur rang. Hiérarchie prévaut, coûte que coûte! Connais ta place et tais-toi! Et en cette époque austère, avec les pontes de la finance qui décident qu’y en a marre, que l’onéreuse digue solidaire doit sauter, et qu’au final, on laissera la population se coltiner la facture et les pots cassés, on est ici au front. Responsabilité collective, donc vache maigre pour tout le monde, sauf pour les potes, que les gourous du politique brament. Alors, ils exigent la rationalisation des bourses les plus vulnérables et imposent la précarité dans les organismes communautaire. Merde ceci, merde cela, on coupe tout azimut. Directement ou indirectement, qu’importe.

Mais tâter le pouls des services sociaux et des personnes dont la santé et le bien-être en dépendent, ça ne se fait pas entre deux rencontres au sommet, à tripoter des chiffres et statistiques glanés ça et là. Ce n’est pas du haut de sa tour d’ivoire, le cul au chaud dans des draps de soie, qu’on constate l’étendue d’un merdier socioéconomique provoqué, c’est sur le terrain.

Faire autant avec moins, et prouver l’utilité de sa job, en chiffres, de manière quantifiable, voilà les mots d’ordre. Le travail au quotidien dans le communautaire, et sa finalité, c’est souvent autrui en haut qui en dicte la couleur et la valeur, à sa guise, et pas toujours dans notre intérêt et celui de la population. Et ils sont nombreux, ces sociopathes de la nouvelle gestion publique, à exiger des redditions de compte. Il y a, justement, les spécialistes de la gestion, mais aussi les bâilleurs de fonds, les cadres apolitiques, les cadres avec visée
politique, les politiciens locaux, les caisses de charité, les conseils d’administration, les directeurs de centre, un éventail de boss, etc. Un tas de gens aux titres pompeux et aux idées calculables.

Et c’est bien là que le bat blesse. Car, dans le communautaire, autant pour les personnes qui en bénéficient que pour celles qui y œuvrent, les attaques proviennent de partout. D’un bord, il y a les instances, privées et publiques, qui accordent le financement et en déterminent les conditions; de l’autre, il y a cette hiérarchie bureaucratique et technocratique qui vient dépouiller de leur pouvoir les travailleurs et travail- leurs du communautaire ainsi que la population. Et il est facile pour les uns et les autres de se renvoyer la balle, de brouiller le jeu, de se déresponsabiliser.

À ces multiples sphères décisionnelles auxquelles répondre, vient souvent s’ajouter l’absence d’une structure de solidarité entre les acteurs et actrices du milieu communautaire. Parce que si occasionnellement, surtout lorsque des coupures s’annoncent, l’adversaire est commun, le combat se fait individuellement, ou organisme par organisme. Certes, les ordres professionnels ont une certaine influence, et certains
secteurs sont syndiqués, mais le milieu en soi n’intéresse pas les centrales. La raison est simple : de petits groupes, des salaires raison- nables mais sans plus, donc, de petites cotisations sur lesquelles se mettre la dent. Et les syndicats corporatistes n’aiment pas
se déplacer pour des bagatelles.

C’est à la lumière de cet état de fait que le Syndicat industriel des travailleuses et des travailleurs (SITT-IWW) en appelle à la réappropriation de leur milieu de travail par les employé-e-s du communautaire! La lutte, en solitaire, n’égalera jamais le pouvoir collectif que peuvent se donner les gens qui s’organisent!

Gens du communautaire, it’s time to organize!

La Sociale, Volume 3, Mai 2015

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