Secrets of a Successful Organizer, le parfait guide de l’organisateur et de l’organisatrice syndicale!

Impossible de parler de Secret of a Succesful Organizer sans d’abord mentionner Labor Notes, l’organisation qui l’a publié. Labor Notes est un mouvement qui, depuis 1979, rassemble des militant.e.s syndicaux, dans le but de remettre le « mouvement » dans « mouvement ouvrier ». Publiant des manuels divers et organisant des conférences et des formations visant à renouveler le syndicalisme par une pratique axée sur le « rank and file ». On retrouve d’ailleurs tous leurs livres dans la section sur les origines du syndicalisme de solidarité sur le site de l’IWW

Secret of a Succesfull Organizer est d’ailleurs le petit dernier de Labor Notes. Il vise à créer une synthèse des livres et manuels précédents. Bien que faisant 265 pages, une importante proportion de l’espace est consacré à des images ou laissé « vide » entre deux leçons pour bien séparer les idées et ainsi en simplifier la lecture.

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La double adhésion. Questions et Réponses

Vous trouverez ci-bas quelques notes m’ayant servies de brouillon pour un éventuel atelier sur la double-adhésion (Ndtr : le dual carding, soit l’adhésion à l’IWW et à un autre syndicat). Vous trouverez des questions et mes réponses juste en dessous. J’espère qu’il s’agira là de la première publication d’une série sur  »Le SITT-IWW et les autres syndicats”’ ayant pour but de souligner quelques perspectives sur le sujet.

Là où il sera écrit  »nous » je ferai une affirmation référant aux positions classiques du SITT-IWW, tandis que là où j’utiliserai le  »je », il s’agira de mon opinion. J’ai fait de mon mieux pour garder les deux points de vue séparés, mais comme bon nombre de personnes, j’ai énormément de difficulté à le faire.

 

*Quel est notre rapport à la décertification ou la désafiliation? Il semblerait qu’au Work People College de 2012 plusieurs personnes ont amené l’idée que nous devrions mettre notre focus sur la décertification de syndicats d’affaires afin de les remplacer par une nouvelle accréditation, celle du SITT-IWW. Je ne suis pas certain qu’il s’agisse d’une stratégie qui ait déjà été utilisée, si quelqu’un a eu vent d’une telle expérience je serais curieux d’en apprendre plus.

Je peux seulement parler de notre expérience à Edmonton où nous avons été approché.es à quelques occasion par des travailleurs et des travailleuses, désireux et désireuses de décertifier leur syndicat. De manière générale, nous l’avons toujours déconseillé. Le problème est que le SITT-IWW n’occupe pas le même espace que les autres syndicat, il est donc illogique de remplacer l’un par l’autre. D’autre part, d’habitude, lorsque des travailleurs ou des travailleuses cherchent à faire retirer l’accréditation de leur syndicat sur leur lieu de travail, c’est parce qu’ils et elles ne sont pas satisfait.es des services qu’ils et elles reçoivent de ce dernier. Avec un budget squelettique, des cotisations minimales et aucun.es employé.es, nous ne feront pas beaucoup mieux en terme de services. Ce n’est pas ce que nous faisons.

Dans le local du Syndicat des Travailleurs et Travailleuses des Postes (STTP) où je me trouve, le grief moyen, après avoir franchi toutes les étapes aura coûté au delà de 10 000$. Il s’agit de plusieurs centaines de dollars seulement pour les premières étapes. Avec nos cotisations volontaires et à faibles coûts, financer un tel niveau de bureaucratie grâce à des levées de fond, n’est pas une option non plus.

 

* Quel est le rôle des caucus de gauche? Tout au long de la conversation au Work People College, le sentiment général était que les caucus de gauche sont inévitables et peuvent même être utiles. Or, il faut constater que tou.tes les fellow workers présent.es étaient impliqué.es dans des endroits qui, grosso-modo, servaient des caucus de gauche. Les premiers dans un réseaux de solidarité naissant chez OPSEU (Syndicat des Employé.es du Service Public de l’Ontario) et les autres dans un local de l’Alliance de la Fonction Publique du Canada (AFPC), qui sert en quelques sortent de quartier général pour militant.es.

Je suis d’accord que les caucus de gauches sont inévitable et j’ai participé à titre personnel à l’un d’eux au sein du STTP, mais je n’ai jamais fais pas de rapport de mes activités au SITT-IWW, pas plus que le SITT-IWW ne semble s’en être préoccupé. Tout ce qui est politiquement significatif en ce bas monde n’a pas besoin de se faire sous la bannière du SITT-IWW. Je suis tout aussi intéressé par une réforme des syndicats et par une bonne représentation des membres que n’importe qui d’autre. Or, il ne s’agit pas d’un engagement révolutionnaire et pour être franc, je ne pense pas que cela ait quoi que ce soit avoir avec le SITT-IWW.

En ce qui concerne les sanctuaires de militants et principalement de militant.es syndicaux, notons simplement que les militant.es ne forment pas toujours les meilleurs bassins de recrutement pour trouver de bons wobblies. Bon nombre d’entre eux ont des ambitions carriériste à l’intérieur même de leur syndicat et si cela n’est pas un problème en soit, cela ne fera pas avancer le SITT-IWW non plus. Des travailleurs et des travailleuses en colère et respecté par leurs pairs sont bien plus important, et si par hasard, ce sont aussi des militant.es, c’est tant mieux, mais ce n’est pas le plus important.

 

*Qu’en est-il des élections? Ici encore, le sentiment partagé était qu’à certains moments cela pouvait être utile.

Pour commencer, il faut se rappeler que dans les règlements du SITT-IWW beaucoup de choses sont mentionnées à propos de la position d’officier ou officière pour un autre syndicat, il ne s’agit pas de dire que vous ne pouvez pas l’être, mais nous plaçons des limites assez sévères sur le sujet. Bien sur, il est toujours possible d’amener les règlements en appel pour se dérober à certaines restrictions, mais il est important de comprendre pourquoi nous avons ces règles en premier lieu. C’est parce que notre compréhension du syndicalisme révolutionnaire ne se limite pas à être un  »syndicat très progressiste ». Tout comme nous recommandons l’établissement de comités d’organisation sur le plancher et dépassant le système de délégué; une position révolutionnaire dépassant l’électoralisme et évitant le contractualisme, notre structure et notre fonction s’incarne dans un engagement envers un autre type de politique. Dans le SITT-IWW, les syndicats ne sont pas des organismes politiquement neutres, au contraire, leurs structures et leurs engagements reflètent les perspectives politiques de leurs architectes.

Tout cela était plus clair à une époque où le mouvement ouvrier était marqué par une plus grande diversité idéologique, mais depuis les années 60 on assiste à une hégémonie de la social-démocratie et c’est ce que la structure standard reflète. S’emparer de ces structures sans les remettre sérieusement en question ne peut que conduire à une cooptation, à un redressement judiciaire ou aux deux.

 

*Toujours sur la question d’être un.e délégué.e syndicale, la question suivante vint sur le plancher : Si personne d’autre n’est pour se présenter, n’est-il pas souhaitable qu’un de nos militants le fasse afin, qu’au moins, le travail soit fait? Est-ce que cela ne permet pas en plus d’avoir une raison légitime de parler du travail avec ses collègues sans que cela n’ait l’air bizarre?

Je ne suis pas contre les gens qui décident de devenir délégué syndical, mais ces gens devraient le faire en gardant les yeux grands ouverts. Qu’est-ce que ce travail implique? Si la priorité est de construire un comité qui traite les demandes depuis le plancher et aide les gens à développer une stratégie pour mettre collectivement de la pression sur le patron, je suis tout à fait pour. Si le travail consiste simplement à faire ce que n’importe quel autre délégué va faire, il ne s’agit pas non plus d’une erreur, mais cela devrait être clair pour les personnes concernée qu’ils et elles le font pour des raisons personnelles et non en tant que membre du SITT-IWW. Cela dit, notons que le SITT-IWW n’a pas de position claire sur le sujet.

 

*Comment est-ce que la double adhésion fonctionne dans un environnement multi-syndicales? Comment pouvons nous réellement amener le Syndicat pour Tous et pour Toutes à aider l’organisation au jours le jours?

Nous avons une certaines expérience sur le sujet à Edmonton et le plus important est de commencer par communiquer avec les gens travaillant ensemble. Pas seulement entre syndicats, mais aussi entre travailleurs et travailleuses syndiqué.es et travailleurs et travailleuses non-syndiqué.es. L’avantages que l’action directe a sur les canaux officiels c’est qu’en attaquant une structure managériale unifiée, il est possible de mettre plus de pression. Prioriser des demandes qui affectent tout le monde (comme les questions relatives aux Droits Humains, aux places de stationnement, à la santé et à la sécurité) permet un élargissement du champs d’actions, tandis que les disputes de types contractuelles sont évidemment plus étroites et moins utiles. Les assemblées conjointes (dans notre cas les réunions durant les pauses café) permettent de rassembler tout le monde sur le plancher.

 

*Si des wobblies peuvent faire des choses comme prendre le contrôle de la newsletter ou du bulletin du syndicat, mettre la main sur des listes de contacts, etc. Comment devrions nous, et devons nous, mettre ses possibilités à usage?

Bien sur que vous devriez. Vous devriez tout faire comme dans la Formation d’Organisation 101 (FO101 ou OT101 en anglais), faire des rencontres individuelles, identifier les meneurs et meneuses, les amener à faire des actions sur le lieux de travail, puis les inclure dans votre comité. Les newsletters et bulletins peuvent être un bon moyen de faire connaître les gains qui ont été gagné sur le plancher.

 

*Comment pouvons nous éviter d’être co-opter par le syndicat? C’est à dire de voir le syndicat légaliste en place clamer que les victoires du comité sont les siennes?

Le plus important c’est que les travailleurs et travailleuses eux-mêmes et elles-mêmes s’approprient la victoire, pas plus le syndicat d’affaire en place que le SITT-IWW. Si le rôle du SITT-IWW a été décisif, alors il faut souligner ce que l’organisation a fait, mais on ne peut pas simplement prendre tout le crédit. Par exemple, nous avons déjà mis en place un programme d’éducation, fait la promotion des tactiques de March on the Boss et travailler sur un blog indépendant. Or il ne s’agit pas ici d’être cette gauche si typique qui répète encore et encore les mêmes slogans en s’autoproclamant d’une avant-garde éclairée, mais plus tôt de l’utilisation par les travailleurs et travailleuses de méthodes qui font du gros bon sens.

 

*À quelle sorte de backlash pouvons nous nous attendre lorsque la double adhésion sera découverte par les plus hauts échelons de la hiérarchie? Quel type d’inoculation est requise avant que la campagne ne devienne public? Plus d’histoires et d’anecdotes pourraient être utile ici…

Au STTP nous avons simplement mis les choses au clair. Nous n’avions aucun intérêt à devenir l’unité de négociation certifiée pour les bureaux de postes et nous nous considérions comme de fidèles membres du STTP . Nous avons pourtant insisté qu’aucun travailleur, ni aucune travailleuse n’ait de permission à demander pour mener des actions sur le plancher, et que les officiers et officières devaient répondre de leurs membres et non le contraire. Cela étant dit, je pense qu’il y a trop de différences d’un syndicat à l’autre pour pouvoir donner une sorte de prescription passe-partout plus précise que d’être clair sur le fait que ce que nous voulons dire par syndicat est très différent de ce que l’AFPC, par exemple, entend par syndicat.

 

*En quoi est-ce que le AEIOU diffère t-il dans le contexte d’un environnement déjà syndiqué?

Il ne diffère pas.

 

*Quel est l’objectif ultime de l’organisation en double-adhésion? Dans la FO101 plusieurs sections commencent en demandant aux participant.es ,  »Pourquoi est-ce qu’on fait ça? », comme dans  »Pourquoi est-ce qu’on agite? »,  »Pourquoi est-ce qu’on demande à nos collègues de joindre le syndicat? »,  »Pourquoi faire un suivi sur les tâches? », etc. Je me demande si, peut-être, garder ce format pourrait être une bonne manière d’introduire ce module. Puis, tout comme dans la FO101, cela pourrait inclure une série de réponses. Pourtant je me sens un peu ridicule en disant cela, mais après m’être assis pour réfléchir à la question, je n’arrivais pas à articuler de réponse claire à  »pourquoi » nous faisons cela.

Je pense que l’objectif ultime de l’organisation en double-adhésion est le même que dans la FO101, construire un comité d’organisation fonctionnel qui peut mobiliser les travailleurs et les travailleuses sur le plancher pour faire des actions directe afin de faire valoir leurs intérêts propres.

Je vais essayer et travailler avec Rhiannon pour répondre à vos questions pratiques au sujet de l’atelier, je pense que plusieurs d’entre elles sont valides et le manque de précision ou de clarté de nos réponses ne relève non pas d’un problème avec vos questions, mais plus tôt du niveau de réflexion où nous sommes rendu. Néanmoins, un des points auquel je peux d’ores et déjà répondre au sujet de ce module est qu’il s’agit délibérément d’un supplément à la FO101 parce que nous pensons que cette formation couvre la base du travail d’organisation. Ce à quoi j’ajouterais qu’à mon avis, non seulement, le travail d’organisation en double-adhésion n’est pas si différent du travail d’organisation en milieu non-syndiqué, notamment en ce qui à trait aux compétences nécessaire, mais aussi que le gros du matériel est en fait orienté vers une compréhension de ce qu’est le SITT-IWW. Cela étant dit, je pense aussi que nous avons besoin de travailler la question plus en détails étant donné que le phénomène des syndicats d’affaires arborant le drapeau rouge est de plus en plus fréquent.

 

Écrit par Nick Walter, Edmonton IWW, le 17 octobre 2014
Traduit par le Comité Communication de la SLI de Montréal, le 16 mars 2017

Maraudage dans le secteur de la santé ou la dérive d’un corporatisme toxique

C’est le 6 février 2015 qu’a été adoptée la Loi modifiant l’organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux notamment par l’abolition des agences régionales, aussi appelée la Loi 10, qui allait entraîner des changements majeurs dans la structure du secteur de la santé et des services sociaux québécois. À cette époque, une importante mobilisation, constituée d’organisations syndicales, citoyennes et même professionnelles, a contesté cette réforme drastique dont les répercussions impliquent un chamboulement important de la structure organisationnelle du secteur.

Cette loi, comme tant d’autres, fut évidemment adoptée sans aucune consultation préalable des acteurs concernés. Son principal effet consiste à abolir de nombreux paliers administratifs et à fusionner une quantité importante d’établissements jusqu’alors autonomes. Avant, dans le réseau de la santé, il existait 182 établissements. Avec la Loi 10, nous passons à seulement 34, soit les Centres intégrés en santé et en services sociaux et les Centres intégrés universitaires en santé et en services sociaux. Cette réorganisation est évidemment présentée par le Gouvernement du Québec comme une mesure « d’optimisation des ressources allouées au réseau de la santé » en abolissant les agences régionales de santé et de services sociaux. Dans les faits, on peut surtout y voir une autre manifestation de l’austérité budgétaire puisqu’elle aura servi de prétexte pour des coupures de plusieurs centaines de millions de dollars dans l’enveloppe budgétaire du Ministère de la Santé.

Mais un autre effet, plus obscur, de l’adoption de cette loi est le chambardement dans le découpage syndical du secteur. Selon la CSN, il s’agirait de « la plus importante période de vote d’allégeance syndicale en santé et en services sociaux jamais connue au Québec »1. Concrètement, il faut comprendre qu’avec le monopole de la représentation syndicale, l’ensemble du réseau de la santé et des services sociaux est décortiqué en diverses unités de négociation. Pour chacune de ces unités, une association syndicale (généralement affiliée à une centrale syndicale) a le droit exclusif de représenter l’ensemble des travailleurs et travailleuses qui la composent (l’accréditation syndicale). La réforme actuelle, en procédant à la fusion d’établissements, a pour effet de réduire de 800 à 100 les accréditations syndicales du secteur de la santé. Il va sans dire qu’il s’agit alors d’un moment névralgique pour les syndicats puisqu’il y aura une redéfinition des « parts de marché » à se diviser entre eux. Pour les établissements fusionnés dans lesquels se trouvaient des associations syndicales affiliées à plus d’une centrale syndicale (CSN, APTS, FIQ, CSQ, SCFP, FTQ et CSD), un vote, supervisé par le Tribunal administratif du travail, doit avoir lieu afin de déterminer l’affiliation de la nouvelle entité fusionnée.

Ce sont ces nombreux votes qui ont lieu du 30 janvier au 24 février 2017, aussi appelés le maraudage du secteur de la santé et des services sociaux.

1) Le maraudage : un complot de l’État et du patronat contre l’action syndicale?

Le maraudage, soit ces périodes durant lesquelles il est possible de changer d’accréditation syndicale, est un processus qui découle directement du modèle de rapports collectifs du travail imposé par l’État québécois (inspiré lui-même du Wagner act américain). En effet, à partir du moment où un syndicat a le monopole de la représentation de tous les travailleurs et toutes les travailleuses d’un milieu de travail donné, il est logique de prévoir certains mécanismes pour leur permettre de changer d’organisation selon leur volonté collective. Il peut s’agir d’un mal nécessaire, si on pense par exemple à certains syndicats contrôlés par les patrons de l’entreprise. Cependant, nous y voyons aussi des effets délétères.

C’est ainsi que le Code du travail prévoit certaines périodes précises durant lesquelles il est possible pour un syndicat rival de contester l’accréditation syndicale en obtenant une majorité de membres. La détermination des moments où ceci est permis est évidemment d’une grande complexité, laissant peu de place à l’initiative des travailleurs et travailleuses, généralement dépendants-es de l’expertise d’une centrale rivale, sans parler du nombre effroyable de règles qui régissent aussi le déroulement du maraudage. Comme c’est le cas dans tant d’autres volets du syndicalisme légaliste, on peut voir dans cette technicisation de l’action syndicale un phénomène des plus néfastes pour la démocratie interne, l’autonomie et la vitalité du syndicat local.

Dans le maraudage se trouve la manifestation d’une autre pratique désolante : la compétition intersyndicale. Dans ce contexte, nous assistons possiblement à l’expression la plus hideuse de la dérive corporatiste des centrales syndicales québécoises, ne serait-ce que parce qu’on peut facilement faire un parallèle avec le secteur privé où diverses entreprises compétitrices se disputent le même marché. Plutôt que de mettre énergie et ressources au service de la défense des intérêts des membres (et ultimement leur émancipation?), l’accent est mis sur la diffusion de campagnes de publicité, la tenue de kiosques dans les milieux de travail, la production de matériel de promotion, etc. Ces périodes sont ainsi excessivement contre-productives pour la lutte contre le patronat qui joue dans ces circonstances, un rôle de simple spectateur. Qui plus est, dans ce contexte toxique, il est assez fréquent qu’un syndicat poursuive dans les tribunaux ses concurrents. Encore une fois, nous sommes excessivement loin de la fonction légitime d’une telle organisation; c’est d’abord la solidarité entre salariés-es qui en prend tout un coup!

2) Critique de la situation actuelle : une marchandisation du service syndical?

Le maraudage du secteur de la santé est l’illustration parfaite de la nocivité d’un tel processus. Déjà, tel que mentionné, on peut présumer que les sommes d’argent investies sont l’accumulation de plusieurs millions de dollars. Cependant, au-delà de la simple préoccupation budgétaire, le discours et les arguments tenus par les centrales afin de convaincre les salariés-es de voter pour leur organisation sont des plus préoccupants.

Pour commencer, l’obsession quantitative et financière est tout à fait symptomatique de l’hégémonie de l’idéologie néolibérale qui a même réussi à contaminer les organisations syndicales. Pour la plupart des centrales, il semble que le meilleur argument pour « vendre » leur service se trouve dans la faiblesse du coût de la cotisation syndicale. Par exemple, la CSQ ne s’est pas gênée durant le temps des fêtes pour déclarer qu’un vote pour cette centrale « c’est plus d’argent pour Noël l’an prochain! » (sic). Du côté du SCFP, on met à la disposition des membres potentiels un calculateur virtuel permettant de déterminer, selon le poste, la catégorie et la région de résidence, avec quelle organisation il en aura le plus pour son argent. Évidemment, à la lumière des résultats, on constate que c’est plus souvent qu’autrement ce syndicat qui serait le plus avantageux. Bref, tout cela donne l’impression de vendeurs qui affirment avoir « le prix le plus bas en ville. »

Aussi, il est fort évocateur de prendre note de la prédominance du thème des assurances collectives dans les arguments de l’ensemble des organisations prétendantes. Chacune tente de faire la démonstration de la supériorité du produit qu’ils offrent en comparaison avec ses concurrentes. Des tableaux comparatifs sont ainsi diffusés afin de prouver que l’un est meilleur que l’autre. Bien sûr, ce ne sont pas les centrales elles-mêmes qui autogèrent ces régimes assurantiels; leur fonction se résume plutôt à être les courtiers de leurs membres afin de négocier avec les compagnies d’assurance (généralement privées).

Mention spéciale doit être faite à la CSN, qui semble beaucoup moins prompte que ses rivales à mettre l’accent sur les avantages pécuniers d’un vote favorable. Effectivement, son discours porte généralement plus sur sa capacité de mobilisation et d’action politique. Une fois que cela est dit, ça ne signifie pas que la Confédération soit moins obsédée par les nombres : il semble que ses spécialistes en communication aient décidé que la « force du nombre » devait être le principal argument en sa faveur, puisque la supériorité du syndicat découlerait de la prépondérance de membres en comparaison avec les rivaux.

Tous ces exemples permettent d’établir une constante : le syndicat n’est plus présenté comme une organisation par et pour les membres. Plutôt que d’y voir l’occasion de s’unir pour faire la force, on semble être dans un paradigme où le syndicat n’est qu’un vulgaire prestataire de services qui doit offrir le produit le moins cher et le plus avantageux sur le marché. Bref, on peut se questionner à savoir s’il ne s’agirait pas de la manifestation d’une marchandisation de l’action syndicale.

Cela est sans compter la dérive corporatiste qui est incluse dans le discours de nombres d’organisation. Ce chauvinisme institutionnel, en plus d’être fortement contre-productif si on garde en tête l’objectif ultime de la lutte contre le patronat, est d’autant plus nocif qu’il joue un rôle de démobilisation pitoyable pour l’ensemble du mouvement syndical. Ainsi, plusieurs centrales s’accusent les unes et les autres de mentir à la population ou de falsifier les statistiques afin de s’auto-promouvoir. Pensons seulement à la CSN qui a accusé la FIQ de « mener une campagne de désinformation » et d’avoir trahi ses membres lors de la dernière négociation.

Au niveau du corporatisme et de la désolidarisation, soulignons la campagne de la FIQ qui a atteint les bas-fonds du cynisme syndical. Sa campagne de publicité met d’abord l’accent sur l’uniformité de la composition du membership de l’organisation qui se veut une fédération interprofessionnelle. Ainsi, avec la FIQ, pas question de côtoyer des vulgaires préposés-es aux bénéficiaires, des travailleurs et travailleuses des cuisines, de l’entretien ménager, etc., car, « Contrairement aux autres syndicats, à la FIQ, nous sommes 100% professionnels en soins. » Ce discours est d’autant plus déplorable qu’il n’a pas seulement pour effet d’exacerber la compétition entre les organisations, mais de favoriser le mépris entre les salariés-es qui sont appelés-es à se désolidariser en fonction de leur profession, plutôt que de faire un front uni contre l’employeur.

3) Une autre vision du syndicalisme

Il existe certainement de nombreuses différences entre les diverses organisations syndicales présentement actives dans ce maraudage, notamment pour les questions liées à l’action politique, le positionnement dans les débats publics, le coût des prestations, etc. Cependant, il nous faut également reconnaître une homogénéité certaine quant aux moyens mis en œuvre pour jouer leur rôle de défense des travailleurs et travailleuses. Effectivement, toutes ces organisations effectuent au final la même tâche : soit de négocier « de bonne foi » des conventions collectives qu’ils co-administreront, avec le patronat, pour la période durant laquelle elles sont en vigueur. Elles amèneront en arbitrage les griefs de leurs membres, siègeront sur des comités de relations de travail ou de santé et sécurité au travail, tiendront des BBQ et, parfois, participeront à des manifestations.

Toutefois, il faut savoir qu’un autre syndicalisme est possible. On peut prôner une autre façon de faire par et pour les salariés-es. Plutôt que de voir le syndicat comme une entitée extérieur que nous ne contrôlons pas, il pourrait être une constellation de travailleurs et travailleuses qui s’unissent pour mener un combat collectif contre nos exploitants. Ainsi, toutes nos énergies seront concentrées sur la lutte contre le patronat, afin de nous émanciper pour de bon de l’exploitation salariale.

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Grèves contre l’investiture de Trump!

Si la multitude de memes et de parodies de la vidéo du leader suprématiste blanc Richard Spencer, se faisant frapper au visage, aurait à elle seule suffit à justifier toute la mobilisation entourant le fameux #J20 de l’investiture de Donald Trump, l’équipe du Combat Syndical, fidèle à son sérieux révolutionnaire tient néanmoins à vous présenter quelques-unes des grèves qui marquèrent cette journée nationale de contestation contre le nouveau porte-parole autoproclamé de la classe ouvrière.

Il nous semble important de parler de cette auto-proclamation, parce que si Trump a été élu par seulement 26% des voies, c’est dire que 74% de la population américaine n’a pas voté pour lui. Qu’on donc fait ces 74% d’Américains le 20 janvier? Si certain.es ont sans doute regretté Clinton, Sanders ou même Staline, nous saluerons ici les travailleurs et travailleuses qui se sont organisé.es pour faire entendre leur colère et leur refus de cautionner le populisme fascisant du 45e président.

Au port d’Oakland, en Californie, l’absence des travailleurs et travailleuses obligea la fermeture d’un des terminaux maritimes, suspendant temporairement la circulation des navires, bloquant complètement les activités de chargement et de déchargement et ralentissant les opérations de camionnage de manière telle, qu’un bouchon de circulation monstre se dessina dans les rues avoisinantes. Selon Mike Zampa, directeur aux communications pour le port d’Oakland, c’est près de 90% de toute l’activité portuaire qui fut arrêtée. Citant les syndiqué.es du Local 10 de l’International Longshore Warehouse Union, «Trump n’est pas la solution, il est le problème».

usastrikeAu même moment à Minneapolis et Saint-Paul dans le Minnesota, les concierges s’occupant du nettoyage de différentes succursales de Home Depot (on en compte une vingtaine dans la région métropolitaine), organisèrent une grève de 2 heures pour protester contre les bas salaires offerts par le sous-contractant les embauchant et l’agenda politique de Trump pour qui, l’un des problèmes de l’Amérique serait les salaires trop élevé. La veille les enseignant.es de la Saint Paul Federation of Teachers organisaient une manifestation appelant à protéger les étudiant.es et leurs familles. Et toujours dans le domaine de l’éducation, mais cette fois à Boston, les 375 employé.es de service de la Northeastern University arrêtèrent le travail pour aller rejoindre les différentes manifestations qui avaient lieu dans la ville.

Même le milieu des arts s’est joint au mouvement de contestation. Ainsi de nombreux musées comme le Queens Museum of Art et le Whitney Museum de New-York, le National Museum of American Indian de Washington, le Denver Art Museum ou le Boston Contemporary Art Institute, de même que de nombreuses galeries d’arts et de théâtres fermèrent leurs portes pour se joindre à la Grève des Arts à laquelle participaient déjà plus de 500 artistes du cinéma, de la musique, de la danse et de la sculpture.

Rappelant les nombreuses Grève des Femmes que connurent différents pays au cours de leur histoire, ce sont plus de 4 millions de femmes qui marchèrent dans les différentes villes des États-Unis, dont 1 million uniquement à Washington. Parallèlement, de nombreuses Marche des Femmes eurent lieu dans plus de 600 villes à travers le monde. Les organisatrices du Womens March parlent d’un grand total de 5 millions de marcheuses pour le 20 janvier.

Si la journée du 20 janvier ne marqua pas la Grève Générale que certain.es auraient aimé voir et qui, avouons-le, aurait été des plus appropriées, les nombreuses actions qui eurent lieu aux quatre coins des États-Unis et dont l’échantillon présenté ici ne compte que pour une infime portion, démontre néanmoins la volonté de combattre des travailleurs et travailleuses Américain.es. Des camarades de la section locale de Montréal étaient d’ailleurs à New-York la semaine dernière afin de discuter des possibilités d’organisation et de mobilisation pour un arrêt de travail massif. Une rencontre à laquelle plus de 80 personnes issues de différents regroupements autonomes, syndicaux et politiques ont participé.

La lutte continue, l’avenir nous appartient!

 

Mathieu Stakh

Un restaurant chantant de New-York s’organise avec les IWW

C’est une nouvelle campagne du SITT-IWW, et des plus excitante, qui a été lancée à New York dernièrement. Les travailleurs et travailleuses du Ellen’s Stardust Diner à Time Square sont sortis publiquement vers la fin aout 2016. C’est sous le nom de Stardust Family United que ces travailleurs et travailleuses se sont réuni.es pour répondre aux conditions de travail dangereuses, aux congédiements arbitraires et au harcèlement au travail.

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Témoignage d’un.e membre de l’IWW Québec pour la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.

Voici un témoignage d’un.e membre de l’IWW-Québec:

«En cette journée Internationale pour l’élimination de la pauvreté, je ne peux que ressentir une profonde solidarité de classe envers celles et ceux faisant les frais des puissants. Provenant moi-même d’un milieu pauvre, je ressens depuis toujours dans mon corps et mon esprit le poids d’avoir à lutter contre les ravages et les traumatismes hérités de cette forme de violence : la violence économique. Selon moi, la pauvreté n’est pas une fatalité sortie tout droit de la nature, elle est planifiée par l’élite économique afin que ceux-ci conservent leurs privilèges et nous avons le pouvoir de la faire cesser.

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Être syndiquée IWW et être travailleuse autonome…

J’ai entendu à plusieurs reprises des questionnements sur l’enrôlement de travailleurs ou travailleuses autonomes au sein du IWW et j’aimerai y répondre en partie ici.

De 1, le IWW syndique tout le monde (sauf les patrons entre autres), autant les itinérant-e-s, que les prisonnier-e-s ou travailleurs et travailleuses du sexe que des étudiant-e-s ou chômeurs et chômeuses ou gen-t-es sur le bien-être social ou même encore toute personne travaillant dans une industrie particulière. Alors pourquoi pas les autonomes aussi. Ce sont, au final, des employé-e-s du système aussi.
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