Pour avoir le 15-5-7, pas de fatalité, il faut s’organiser et lutter!

S’il va sans dire que le mouvement pour le 15$ de l’heure au Québec n’a pas encore atteint le stade de mobilisation et de visibilité qui lui fut accordé aux cours de la dernière année, il a tout de même réussi à s’inscrire comme une partie intégrale de la stratégie de plusieurs regroupements communautaires et syndicaux.

Avec son forum 15-5-7 organisé en février dernier, le section locale montréalaise du SITT-IWW a mit la main à la pâte en regroupant une centaine de personnes autours des conférenciers et conférencières de divers horizons. Le 15 avril 2016 des marches étaient organisées dans de nombreuses villes canadienne. Profitant de l’occasion, la coalition réunis en février se remis en action et se regroupa au métro Jean-Talon pour défiler sur la Plaza Saint-Hubert. Aujourd’hui, au Québec une vingtaine d’organisations syndicales, politiques et communautaires soutiennent la lutte pour le 15$ de l’heure. Nous prendrons les quelques lignes ci-bas pour saluer chaudement quelques luttes mené sur le terrain, soit celles des préposés aux bénéficiaires, du Syndicat des employé.es du Vieux Ports et des salarié.es de l’Université McGill.

Les préposé.es aux bénéficiaires qui aident notamment aux soins d’hygiène, à la mobilité, à l’alimentation et à l’accompagnement des personnes malades ou présentant des incapacités (par exemple, en situation de vieillissement et/ou de handicap) gagnent en moyenne 12,50$. Les préposé.es sont engagé.es par l’état, mais aussi par des agences privées et des entreprises d’économies. Le combat pour l’augmentation du plancher salari13087421_1166449666712562_3629811911288487886_nale mené par les différents locaux syndicaux a commencé il y a plus de trois ans, mais prend une ampleur sans précédent, notamment du coté du SQEES-FTQ qui est en renouvellement de convention collective. Depuis l’automne dernier, ils et elles en profite par ailleurs pour multiplier les actions de visibilités telles les manifestations et les distributions de tracts. S’étant assez tôt doter d’un mandat de grève touchant plus de 3000 membres, les 10, 30 et 31 mai dernier se furent 42, puis 38 résidences privées pour aînées qui furent paralysé. Or, il ne s’agissait là que d’un avertissement lancé par le syndicat. Avertissement que le gouvernement aurait dût écouter, puisqu’une grève illimitée sera déclenchée dès le 21 juin dans une trentaine de résidences.

De leur côté, les 300 membres du Syndicat des employé.es de la société du Vieux Port (AFPC) sont en processus de renouvellement de convention collective depuis mars 2016, mais combattent pour le 15$/h depuis l’automne dernier. Une pétition a d’abord été lancée sur leur lieux de travail, suivie d’une distribution de tracts et pamphlets mettant l’accent sur le précédent historique et la solidarité. L’exécutif estime avoir réussi à toucher 80% des membres et organisèrent une action-éclair le 28 janvier lors d’une journée porte ouverte organisée par leurs employeurs. Le 27 mai une grève fut déclarée exerçant une pression économique sur leurs employeurs comme sur les commerces environnant. Depuis le tout début, le Syndicat des employés de la société du Vieux Port est présent dans pratiquement tous les événements pour le 15$/heures, mettant la collaboration à l’avant-plan de leur stratégie.

15_and_fairFinalement, c’est sous la bannière de 15$ and fairness Mcgill que huit associations syndicale, étudiantes et départementales se sont réunis au début de l’année 2016 pour obtenir un salaire et des conditions de vie décente pour les salarié.es et les sous-traitants de l’Université McGill. Bien que leur première action officielle fut de participer à la manifestation du 15 avril, les militant.es ont enchaîné plusieurs actions : un panel, une journée d’orientation et des capsules vidéos pour diffuser l’information.

Ce ne sont là que quelques uns des nombreux exemples prouvant que pour obtenir 15$/heures, 5 semaines de congé et 7 jours de maladie, on ne peut se laisser aller à la fatalité, il faut s’organiser et lutter!

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Les Wobblies à travers le monde

Des États-Unis, au Canada, à la Grande-Bretagne et à l’Irlande, en passant par la Norvège, l’Allemagne, la Lituanie, l’Autriche, la Suisse, la Grèce, l’Australie et la Chine, les Industrial Workers of the World sont plus que jamais un syndicat présent à l’échelle mondiale. Mais que font nos organisateurs et nos organisatrices réparties aux quatre vents? Quels sont leurs plans? Quelles sont leurs luttes? C’est à ces questions que tentera tant bien que mal de répondre cette nouvelle colonne, qui chaque mois mettra le feu des projecteurs sur les activités des wobblies de partout à travers le monde!

Le 9 janvier 2016, le Comité de Défense Générale Local 14 de Minneapolis a rejoint la famille Quinn, Native Lives Matter, Idle No More, AIM, Black Lives Matter et bien d’autres pour aller manifester dans le froid afin de réclamer justice pour Phil Quinn, assassiné par la police de Minneapolis en décembre 2015. La ligne verte du système de métro et l’Avenue Université ont été bloquées tandis que des actions de perturbations avaient lieu dans un Target, un Walmart et un Club Food. (Industrial Workers Hiver 2016) Un mois plus tard le CDG Local 14 participait à une nouvelle action, cette fois pour Jam12744270_1729009820645471_1093583573150809589_nar Clarck, lui aussi assassiné par la police de Minneapolis. Le lendemain le CDG, le IWW African People Caucus et les membres de la branche de Minneapolis se réunissent pour une journée de discutions et de formation, notamment au sujet de l’augmentation de la violence policière.

Le 28 janvier, les membres de la branche de Boston se présentent pour la 4e fois à la Cour du District de Quincy, en solidarité avec les arrêtés du blocage de l’autoroute 93 lors de la Martin Luther King Day. Nombre d’entre eux et elles participeront également de manière hebdomadaire aux journées de tractage des fellow workers de la Museum Independant Security Union, qui se voient imposer des horaires pas possible suite à un gel des embauches.

Dès les premiers jours de février, des wobblies de la Pennsylvanie participent à des piquets pour protéger plus de 10 000 arbres qu’on menace de couper pour favoriser la construction d’un pipeline.

Le 1er février la branche de Portland marche au coté des travailleurs et travailleuses du Graduate Student Union de l’Université d’État de Portland alors qu’il-les rendent leur campagne publique en allant déposer leurs demande au bureau du président de l’Université.

Le 4 février les wobblies de la Grèce participaient à une grève générale qui paralyse les transports publics, les avions, les navires, les taxis, les écoles et ne laissa qu’un minimum vital d’employé dans les hôpitaux, le tout afin de contrer les réformes touchant la pension de vieillesse.

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Le 15 février la Branche de Washington et le 27 février la branche de Whatcom-Skagit participent à des blocages en solidarité avec Familias Unidas por la Justicia farm workers union qui appelle actuellement à un boycott des fruits Driscoll. Boycott que l’IWW accepta d’endosser lors de sa dernière convention internationale.

Le même jour, de nombreux prisonniers regroupés sous la bannière du Free Virginia Movement, faisant ainsi écho au Free Alabama Movement, rejoignent les IWWs afin de lancer des campagnes pour lutter contre le traitement des travailleurs et travailleuses incarcéré.es.

Le 17 février, les membres de la Branche de Milwaukee participent à un piquetage de solidarité avec les enseignant.es du Wisconsin.

Le 18 février, la branche de Madison participe à une grève sauvage généralisée dans l’État qui réunie plusieurs dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses immigrant.es dans la rue afin de contester un projet de lois anti-immigrant. Le soir même le Madison Infoshop (Syndicat Industriel 620 IWW ) et la Branche de Madison, en collaboration avec le Lakeside Press Printing Coop (IWW) organisent une conférence sur les soulèvement populaires que connut le Wisconsin en 2011.

Le 19 février, le Irish Center for Histories of Labour and Class, situé à Galway en Irlande, a lancé un appelle aux contributions afin de dresser un portait du legs de l’IWW en Irlande et au sein de la diaspora Irlandaise.

Le 21 février, les wobblies de Pittsburgh participent au Malcom X Legacy Brunch en compagnie du New Afrikan Independance Party.

Le 24 février avait lieu une manifestation de 300 personnes devant la cours de Londres en solidarité avec 13 militant.es écologistes, incluant 4 membres de l’IWW, arrêté.es pour des actions menées contre l’extension de l’Aéroport d’Heatrow.

Le 25 février 2016, les travailleurs et travailleuses membres du Sister Camelot Canvass Union ont célébré le troisième anniversaire de leur Syndicat. La lutte menée par le SCCU ne représente pas seulement la première grève organisée par la branche de Minneapolis, elle est aussi, sans aucun doute, la plus longue que le Syndicat ait connue depuis son renouveau au début des années 2000, et a permis la création de la North Country Food Alliance, une coopérative de travail gérée démocratiquement par une douzaine de wobblies qui redistribue de la nourriture organique. (Industrial Workers Hiver 2016)
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Syndicalisme de fast-food: la syndicalisation de McDonald et la McDonaldisation des syndicats.

Organisateur aux IWW, Erik Forman dresse un grand historique de l’industrie de la restauration rapide, des tactiques des syndicats corporatistes et indique des directions à suivre afin de permettre aux travailleuses et travailleurs de la restauration rapide de remédier, à travers une organisation autonome, aux situations problématiques qu’il énumère.

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Le fast-food c’est l’Amérique. Premièrement fondée lors de la longue période de boom économique d’après-guerre, l’industrie s’impose parmi les autoroutes, banlieues, maisons unifamiliales, centres commerciaux, de l’automobile et de la télévision comme un véritable organisme vivant au sein de l’écosystème de la culture américaine de consommation. Dès l’aube de la Guerre Froide au crépuscule de la grande récession, l’industrie du fast-food est façonnée, puis façonne les valeurs centrales de la société américaine.

Notre désir de satisfaction instantanée a été comblé par un service rapide et le sourire (forcé) du service au volant. Le carrousel incessant de publicités télévisées montrant des boissons et sandwichs nouveaux et améliorés n’a fait que nourrir encore et encore la dépendance américaine à l’inédit – et meilleur – produit. Des repas surdimensionnés à l’image de notre calcul apparemment rationnel que plus gros c’est mieux. D’un mode de production à la Taylor en passant par des burgers et des frites génétiquement modifiés et bourrés de pesticides, la direction des entreprises a accompagné ses produits d’une allure scientifique, chatouillant ainsi l’amour des américain-e-s pour la prévisibilité engendrée par la technologie. Assoiffés par des profits résultants des économies d’échelles hautement rationalisées, les cadres des chaînes de fast-food ont colonisé le décor des États-Unis avec d’éclatants symboles de leurs empires corporatifs, et ce d’un océan à l’autre. Entretenant et entretenu par une culture préférant l’image à la réalité, l’apparence à la substance et un profit immédiat à une planification à long terme, le peuple américain est facilement interpellé par le chant de sirène que sont les publicités montrant des burgers reluisants. Les consommateurs américains feront engraisser les coffres des chaînes de restauration rapide pour un montant projeté de 191 million de dollars en 2013. Au même rythme que croit l’industrie du fast-food aux États-Unis, son emprise sur les valeurs de la société américaine s’étend. Nous sommes ce que nous mangeons. L’Amérique c’est le fast-food.

En 1993, le sociologue George Ritzer a donné son nom à cette «McDonaldisation de la société» en notant que «les principes de la restauration rapide en viendront à dominer de plus en plus de secteurs de la société américaine ainsi que du reste du monde». Ritzer dénonçait la mise au pas d’un groupe croissant d’institutions vers les quatre valeurs fondatrices de l’industrie du fast-food: l’accélération des rapports humains dans un but d’«efficacité», réduire la vie à un «calcul» confondant qualité et quantité, la «prévisibilité» d’une expérience humaine standardisée ainsi qu’une obsession d’un contrôle bureaucratique à l’aide de la technologie. En revisitant le diagnostique élaboré par Max Weber et les théoriciens critiques de l’école de Francfort, Ritzer décrit le malaise se trouvant au cœur de notre société McDonaldisée comme étant l’«irrationalité de la rationalité» – la subordination de toutes préoccupation au but ultime : le profit. Bien entendu, la McDonaldisation pourrait être la Disneyfication, la Walmartisation ou bien la Coca-colonisation… peu importe le signifiant, puisque derrière ces logos d’entreprises se déroule toute la logique d’un capitalisme à l’échelle planétaire.

Ayant saturé le marché américain dans les années 70, l’industrie du fast-food a tourné son regard cupide vers d’autres contrées, cherchant rapidement à transformer en machine de profit le système digestif de six milliards d’humains. Les Deux Arches dorées sont devenus un symbole d’avant-garde de la mondialisation. Dès les années 90, une quantité généreuse de McDonald, PFK et Starbucks est allée s’étendre à travers le monde, matérialisant l’esprit du temps, le triomphe du libre marché comme dénouement heureux de l’histoire. En 1997, McDonald a tiré plus de revenus d’opérations outre-mer que chez lui. Le chroniqueur néolibéral du New York Times Thomas Friedman a proclamé l’avènement de ce McMonde comme l’aube d’un nouvel ordre mondial, où tous trouveraient justice et liberté, affirmant que jamais deux pays ayant des McDonald ne pourraient se faire la guerre (il se trompait). Mais la liberté aux yeux des apologistes du capitalisme mondial a toujours impliqué une esclavagisme voilé pour la classe ouvrière de l’industrie du service croissante.

L’exploitation se cachant derrière chaque burger et chaque frite n’est plus secrète. Au cours de la dernière année, une vague de «grèves» d’une journée très télégéniques dans plusieurs restaurants a permis d’exposer cette triste réalité. C’est une réalité que je connais personnellement. De 2006 à 2012, je me suis impliqué dans deux campagnes syndicales avec les Industrial Workers of the World en tant que travailleur de fast-food chez Starbucks et Jimmy John’s. J’ai constaté de mes propres yeux que les profits astronomiques de l’industrie sont basés sur les péchés originels de la société américaine – racisme, sexisme et exploitation de la classe ouvrière. L’industrie du fast-food emploie un nombre disproportionné de femmes et de gens issus de minorités visibles dans des rôles sans avenir, à un salaire tournant autour du salaire minimum. Mes collègues et moi n’étions que des marchandises pour nos patrons, tout comme les grains de café ou la viande, des biens à utiliser lorsque tournent les affaires, puis mis de côté quand les temps sont plus durs. Nos horaires variaient fortement d’une semaine à l’autre, selon ce que dictait le système automatisé de l’entreprise, nous empêchant de planifier ou de se faire un budget. Le travail réunissait toutes les joies répétitives d’une chaîne de montage d’usine, avec tout le charme des abus psychologiques habituels des clients. Chez Starbucks, le manque chronique de personnel a transformé nos quarts de travail en une frénésie de mouvements constants pour servir des lattés et Frapuccinos à une file de clients sans fin. Notre patron nous a montré sa gratitude en nous payant à peu près le salaire minimum. Lors des jours les plus bondés, il «demandait» aux travailleuses et travailleurs de rester après la fin de leur quart, puis il effaçait les heures supplémentaires de la feuille de paye. Comble de l’insulte, il faisait fréquemment des remarques sexuellement explicites envers mes collègues féminines. Ma patronne chez Jimmy John’s avait pour habitude d’agrémenter ses diktats de menaces de mort : «Je vais te poignarder» si tu n’étends pas la mayo plus doucement ou «Je vais ramener un fusil à pompe et te tirer dessus» si la préparation des sandwichs est trop lente. Mais si ce n’étaient pas de bons emplois, ils étaient pourtant dur à conserver. Comble du ridicule, une collègue du Starbucks a perdu son assurance maladie, parce qu’elle était trop malade et ne travaillait plus suffisamment d’heures pour y être admissible. Incapable de se permettre le traitement médical, elle a manqué un quart de travail, car transie de douleur. Elle n’a pu se permettre d’aller voir un médecin et se procurer un papier pour le prouver et elle fut donc renvoyée. Deux de mes collègues ont tenté de se suicider durant mes six années passées chez Starbucks, succombant au stress imposé par des gérants trop exigeants, des clients irrespectueux et l’angoisse de voir leurs rêves leurs échapper des mains, alors qu’ils s’enfonçaient encore plus profondément dans la pauvreté.

Malgré les conditions de travail déplorables qu’endurent les 3,6 millions de travailleurs et travailleurs du fast-food, les principaux syndicats ne leurs ont montré aucun intérêt avant la dernière année. Le «Vice Président Sénior» du local syndical UNITE-HERE de Minneapolis me disait en 2008, «on va pas aller syndiquer tous les groupes de travailleurs de McDonald qui viennent vers nous.» Il a ensuite refusé de soutenir nos efforts indépendants d’organisation chez Starbucks. L’ancien président du SEIU (Service Employees International Union), Andy Stern, a même dit qu’il applaudirait Starbucks s’ils payaient leurs dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses à quelques cents au dessus du salaire minimum. Comment se fait-il qu’un mouvement ouvrier qui a mené les masses affamées dans une bataille contre les autocrates industrialistes à la barre du pays en arrivent à tourner le dos à ceux qui ont le plus soif de changement?

Syndicalisme corporatiste
Au cours de la période d’Après-guerre, au moment où les églises se transforment en cathédrales et où les boutiques familiales laissent la place aux centres commerciaux, la plupart des syndicats américains se transforment en syndicats corporatistes, adoptant une structure similaire à celle de leurs prétendus adversaires. Comme l’entreprise, un syndicat corporatiste est dirigé par une petite clique bien payée de présidents, vice-présidents et directeurs de tout et de rien – bref, des patrons – qui impose des directives par le biais d’une hiérarchie d’employé-e-s souvent exploité-e-s jusque dans les rangs de la base. Plutôt que d’habiliter les membres par une implication dans leurs propres luttes, les patrons syndicaux implantent une logique carriériste au cœur même du mouvement ouvrier. Le SEIU et UNITE-HERE – souvent, et ironiquement, perçus comme les syndicats les plus progressistes des États-Unis – ont tendance à embaucher comme organisateurs ou organisatrice de jeunes idéalistes issu-e-s de la classe moyenne et fraîchement diplômé-e-s d’université. Ces jeunes employé-e-s ont tendance à se brûler rapidement sous les demandes – et les contradictions – de l’emploi et repartent vers les études supérieures.

Cette façon de faire n’est que la pointe de l’iceberg. La montée du syndicalisme corporatiste au États-Unis n’est qu’un instant dans l’évolution d’une tension qui mijote au sein du mouvement ouvrier. Pour citer la Solidarity Federation dans Fighting for Ourselves, il est «possible d’identifier deux significations du terme « syndicat ». Le premier est simplement une association ouvrière…» et la seconde est «celle d’une représentation des travailleurs et travailleuses vis-à-vis le capital.» En tant qu’association de travailleurs et travailleuses, un syndicat a théoriquement un pouvoir illimité d’arrêter ou de transformer l’économie. En tant qu’institution «représentant» les travailleurs et travailleuses, un syndicat se comporte comme un «groupe d’intérêt» cherchant à influencer en utilisant les même outils de lobbying, de RP et de marchandage que n’importe quelle autre entreprise.

Plutôt que de s’en remettre au pouvoir associatif de leurs membre s’exprimant à travers des grèves perturbant la production, les syndicats corporatistes dépendent plus souvent du National Labor Relations Act de 1935 qui met en place un processus bureaucratique afin que les travailleurs et travailleuses puissent voter pour un syndicat les «représentant». Le NLRA est imbibé d’une politique qui transparaît dans son préambule : «Il est déclaré qu’il est une politique des États-Unis d’éliminer les causes de certaines obstructions substantielles au libre cours du commerce et d’atténuer ou éliminer ces obstructions lorsqu’elles se produisent en encourageant la pratique et la procédure des conventions collectives…» Il vaut la peine de le répéter : le code du travail américain a pour objectif de garantir le «libre cours du commerce», un but adopté de tout cœur par les leaders syndicaux de l’Après-guerre qui ont joyeusement désarmé la base, échangeant l’action directe pour des procédures bureaucratiques, tel les griefs et des clauses de non-grèves. C. Wright Mills les a même surnommés «Les nouveaux hommes de pouvoir», des hommes d’état pro-travailleurs et travailleuses enthousiastes d’agir comme petit partenaire du capital dans la Guerre Froide contre le communisme. Avec un élan en direction de la «fin de l’histoire» de notre propre époque, ces partisans du syndicalisme corporatiste ont chassé les radicaux hors du mouvement ouvrier, abandonnant le changement social qualitatif pour le remplacer par une vision étroitement limitée à des enjeux élémentaires et quantitatifs, se laissant ensuite bercer par le compte de fée Keynésien, d’éternels cycles d’augmentation de productivité reliés à l’augmentation des salaires négociés par les syndicats comme composante permanente de la politique et de l’économie américaine.

La bureaucratie syndicale a subis un dur réveil vers la fin des années 70. Les employeurs ont intensifié leur résistance face aux campagnes syndicales, menant au déclin du taux de victoires lors des élections du NLRB (National Labor Relation Board). Comme le notait le vétéran de la négociation syndicale Joe Burns dans Reviving the Strike, les syndicats n’ont pas répondu adéquatement aux défis des patrons, excluant le genre de confrontations collectives avec les employeurs qui ont rendu possible les ententes des années 30. Ils ont plutôt essayé de maintenir des ententes de «neutralité» avec les patrons à l’aide de négociations à la carotte et au bâton, souvent à l’insu des travailleuses et travailleurs. La carotte : les dirigeants syndicaux offrent un soutient politique au programme législatif de l’entreprise et jurent de ne pas négocier d’autres enjeux, allant même jusqu’à accepter des pertes salariales et des restrictions quant aux droits des travailleurs et travailleuses. Le bâton : le syndicat fera interférence dans l’application du programme politique et dans la croissance de l’entreprise jusqu’à ce que cette dernière accepte la neutralité. Les campagnes de neutralité ne jouent généralement pas sur le pouvoir associatif des travailleuses et travailleurs, mais plutôt sur des campagnes publicitaires, des amis haut-placés et des astuces d’avocats. Bref, sur la manipulation du système de représentation de notre société. La tâche d’un «organisateur» syndical se résume désormais à convaincre les travailleur de faire ce que le patron du syndicat demande plutôt que de les rassembler pour prendre des décisions en commun. Le plus souvent , l’implication des travailleuses et travailleurs dans les campagnes de neutralité se limite à des prises de photos lors de rencontres avec des politiciens, ou tout au plus à des grèves d’une journée pour la télévision. Pire encore, les syndicats engagent parfois des «supporteurs» qui tiennent des «actions directes» au nom des travailleurs et travailleuses. Généralement, les patrons syndicaux vont rechercher des campagnes selon une logique très corporatiste, en établissant les coûts engendrés et les profits que les nouvelles cotisations négociées vont rapporter. Pour la plupart des syndicats, les chances de réussite dans l’industrie du fast-food semblaient trop faibles par rapport aux bénéfices envisagés pour y investir des ressources.

Grèves dans le fast-food
Plusieurs personnes de gauche ont exprimé leur espoir de voir la mobilisation dirigée dans le fast-food par le SEIU et d’autres groupes dits « Alt-Labor » représenter une fracture avec la logique corporatiste du syndicalisme, ou du moins une ouverture pour aller plus loin que de simples grèves dans le fast-food et ainsi créer un mouvement transformateur. Il n’a pas été facile de mesurer ce que ces espoirs valent face à la réalité; le SEIU empêche son personnel de parler aux médias et laisse les membres de la base dans l’ombre quant aux plans du syndicat. J’ai donc contourné les porte-paroles officiels du SEIU et suis allé consulter des travailleurs et travailleuses et les membres du personnel au sein même de la campagne pour comprendre se qui se passe réellement.
Selon les dirigeant-e-s du SEIU, il aura fallu que les travailleuses et travailleurs du fast-food s’organisent eux et elles mêmes et défoncent pratiquement la porte du local syndical pour demander de l’aide à s’organiser. En vérité, les grèves pour le 15$ ne sont pas vraiment des manifestations spontanées. Selon des sources internes, la demande de 15$/heure n’a pas été émise par les travailleurs et travailleuses, mais plutôt par des consultants de Berlin Rosen PR Firm travaillant avec le SEIU. Les projets du SEIU sont en développement depuis au moins 2009. Selon une autre source interne, certaines villes furent initialement sélectionnées pour les grèves car le syndicat croyait pouvoir utiliser la couverture médiatique pour encourager de nouvelles lois. Les manifestations d’une journée n’ont donc pas été conçues comme armes économiques permettant des gains, mais plutôt comme des appâts dans la «marche médiatique», comme le notait Adam Weaver. Plusieurs activistes ont usé du terme wildcat strike (grève sauvage) pour définir ces grèves d’une journée. Une grève sauvage est une grève organisée par la base syndicale contre ou sans la bureaucratie. Ces dernières en étaient l’opposé total – des mobilisations dirigées du haut par les bureaucrates. Cela implique que les planificateurs du SEIU savaient qu’il y aurait une grève avant même les travailleuses et travailleuses. Par conséquent, l’organisation syndicale est désormais de convaincre la base d’adhérer à un projet axé sur les médias, mis en place par les dirigeants syndicaux, instrumentalisant les relations qu’entretiennent les employé-e-s avec les travailleuses et travailleurs et les poussent à fausser des chiffres pour garder leur emploi. Cette dynamique s’est avérée lorsque j’ai discuté avec des travailleurs-ses de trois villes qui m’ont affirmé que le nombre réel de grévistes était nettement moins élevé que celui rapporté par le SEIU. Étant donné l’inefficacité des communications (c’est-à-dire mentir au patron pour ne pas être mis à la porte) inhérente à toute hiérarchie d’entreprise, il est tout à fait possible que le SEIU lui même ne connaisse pas le nombre exacte de travailleuses et travailleurs ayant participé aux grèves.

S’inspirant du modèle corporatif, le SEIU a sous-traité la syndicalisation des fast-foods à des organismes communautaires – une section locale de Jobs with Justice, quelques groupes ex-membres de l’ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now) et d’autres – dans le but de partiellement réduire les dépenses associées aux salaires des organisateurs. Un travailleur du fast-food impliqué dans la campagne me disait que «les organisateurs travaillent 12 heures par jour durant la semaine. Quand tu calcule leur revenu, ça donne moins que le salaire minimum.» Un ancien organisateur employé avait reçu l’ordre d’abandonner un groupe de travailleuses-rs du fast-food peu de temps avant une grève et de porter son attention sur un autre site où les patrons syndicaux croyaient pouvoir obtenir plus de capital médiatique. Le même organisateur a été renvoyé tout juste avant le temps des fêtes suite à une décision arbitraire par des haut-placés du syndicat, forçant sa famille à gratter les fonds de tiroirs pour mettre à manger sur la table pour leur jeune enfant. C’est sans surprise que, dans au moins une ville, des organisateurs ont formé leur propre syndicat pour combattre le modèle de gestion à haut roulement du SEIU.
Le traitement minable subi par ces organisateurs et organisatrices acharné-e-s démontre tout à fait le déficit démocratique au sein du SEIU. Des travailleuses et travailleurs anonymes au sein de la campagne disent être contraint-e-s de soutenir la stratégie déterminée par les dirigeants du syndicat, sans possibilité de discuter d’alternatives plus durables et transformatrices. Une source proche du SEIU m’a informé que des haut-placés de la campagne refusent d’organiser dans le but d’obtenir des gains immédiats par crainte qu’une trop grande victoire enlève aux travailleurs et travailleuses la volonté de se syndiquer. Alors que quelques villes ont adopté une approche plus orientée vers la base, la stratégie globale demeure hors de portée de cette dernière. Le SEIU a tenu un sacro-saint rassemblement national à Detroit avec des travailleuses et travailleurs qu’on avait convaincu de voter «Oui» pour la journée d’action nationale du 29 août, peu importe si celle-ci servirait à bâtir une organisation à long terme dans leurs communautés et lieux de travail. Le risque encouru par la syndicalisation rapide de première page demandée par le SEIU international est que les travailleurs-ses sont poussé-e-s à risquer leur emploi pour atteindre les quotas déterminés par les bureaucrates au sommet, sans se soucier de bâtir une base pouvant mener à un réel mouvement social réussi. Ryan Watt, travailleur à Potbelly’s de Chicago, était récemment en grève. Selon lui : «je crois qu’à cause de ça, mon gérant commence à riposter. Récemment, après la dernière grève, ils m’ont dit de rentrer chez moi et de ne pas revenir avant cinq jours parce que je suis revenu cinq minutes en retard de mon dîner.» Le gérant de Ryan ne l’a pas rappelé après cinq jours, ce qui signifie un renvoi de fait.

Le comité organisateur des travailleuses et travailleurs de Chicago combat ces représailles, mais de telles histoires sont susceptibles de se reproduire sans une stratégie impliquant plus de travailleurs et travailleuses dans le processus de syndicalisation avant de faire parader devant les caméras des individus isolés de différents restaurants. Étant donné la récente éviscération de Our Walmart, lors du renvoi de plus de 60 travailleurs et travailleuses militant-e-s, on aurait cru que le SEIU prendrait plus de précautions en créant une base forte avant de se dévoiler au grand public. Les dirigeant-e-s d’entreprises n’ont pas besoin d’entraînement pour ordonner aux gérant-e-s de démanteler les syndicats et d’ajouter des employé-e-s aux listes noires. Tous et toutes les gérant-e-s savent comment resserrer et appliquer sélectivement les règles afin de se débarrasser de travailleurs et travailleuses «fauteur-ses de troubles». Sans un redressement stratégique permettant de changer le rapport de forceavec les compagnies de fast-food, de telles représailles subtiles finiront par avoir un effet important sur la syndicalisation.
Il se pourrait que le SEIU n’en ait tout simplement rien à faire. Après tout, le syndicat a déjà obtenu ses 15 minutes de gloire devant les caméras pendant la campagne. Un porte-parole du SEIU a exprimé l’attitude déconcertante du syndicat face au prix que les travailleurs et travailleuses vont payer pour cette stratégie, me disant qu’ils et elles pourront facilement traverser la rue et obtenir un emploi dans un autre restaurant après s’être fait montrer la porte.
Avec toutes les décisions majeures entre les mains du SEIU international, le caractère bureaucratique de la campagne a engendré une dynamique raciale troublante. J’ai discuté avec plusieurs participants et participantes qui étaient consterné-e-s par le spectacle récurrent d’employé-e-s du syndicat principalement blancs criants des ordres à travers un mégaphone lors des grèves à des travailleurs et travailleuses de fast-food principalement noir-e-s ou hispaniques. À New York, un membre blanc du service d’ordre du SEIU a même poussé plusieurs travailleurs et travailleuses s racialisé-e-s pour les empêcher d’occuper un McDonald. Aux États-Unis, les hiérarchies sont trop souvent sujettes à un code de couleurs. Le SEIU et ses substituts n’y font pas exception.
Et que fait dire le SEIU au travailleuses et travailleurs? Si «15$ et un syndicat» est un bon slogan, les problèmes accablants la nation du fast-food ne se régleront pas par une augmentation salariale d’un dollar. Autre concession faite au nom des besoins médiatiques de la campagne, le Fight for Fifteen a recréé l’étroite focalisation économique du syndicalisme corporatiste de l’Après-guerre. D’autant plus malheureux, puisque l’industrie du fast-food constitue le nerf de la guerre du consumérisme capitaliste. Les travailleurs et travailleuses du fast-food peuvent parler et agir directement contre les horreurs de l’agriculture industrielle, la déshumanisation de la production Taylorisée et des hiérarchies absurdes des lieux de travail, la monoculture corporatiste, le fléau de la faim de la classe ouvrière, entre autres plaies qui découlent de leurs lieux de travail. Imaginez si un syndicat de travailleuses et travailleurs du fast-food soutenait une vision non-seulement de meilleurs conditions de travail dans une économie fondamentalement inhumaine, mais aussi d’une industrie de la nourriture contrôlée par les travailleurs et travailleuses dans le meilleur intérêt de toute l’humanité et de la planète. Une telle tournure est peu probable tant que les campagnes sont dirigées par des bureaucrates syndicaux qui ne se voient pas comme fossoyeurs du capitalisme, mais plutôt comme ses médecins.
Une évaluation honnête de la campagne jusqu’à maintenant nous pousse vers une conclusion inévitable – la logique corporatiste de l’industrie du fast-food est bien vivante à l’intérieur même des efforts de syndicalisation du SEIU. De la décision de prioriser la quantité de grévistes plutôt que la qualité de l’autonomisation des travailleurs et travailleuses et de la démocratisation, de privilégier des événements médiatiques accrocheurs et soutenir des changements législatifs plutôt qu’une organisation substantielle afin de bâtir un réel pouvoir. Tout cela en passant par un simulacre de communications méthodiques pensé par des consultants, par le mode opératoire centralisé du SEIU international, par l’horrible réalité du racisme institutionnalisé au sein de la campagne, par la réduction pécuniaire de l’objectif de la campagne tout en acceptant les fondement d’une société de classe. C’est cela le véritable syndicalisme de fast-food.

Syndicalisme néo-corporatiste
Y a-t-il un espoir pour les travailleurs et travailleurs, employé-e-s et sympathisant-e-s de transformer la syndicalisation des fast-food du SEIU en un mouvement plus large et à plus long terme pour engendrer des changements substantiels, comme le prédisent plusieurs personnalités de gauche?

Le SEIU n’est pas monolithique. Plusieurs perspectives s’y affrontent concernant la direction de la campagne du 15$ et concernant le niveau d’autonomie dans certaines sections (quoique constamment sous menace de tutelle). On voit toutefois un plus haut niveau de participation et de démocratie dans certaines villes que d’autres. Il y a des centaines de travailleurs et travailleuses courageux et courageuses et des dizaines d’employés-e-s acharné-e-s avec des principes, qui font tout en leur pouvoir pour passer d’un modèle transactionnel à un modèle transformatif à l’intérieur même des confins du SEIU.
Il est possible pour des membres de la base et des employé-e-s radicaux d’élaborer une stratégie qui se défait de la logique du syndicalisme fast-food, mais cette initiative ne viendra jamais du SEIU international ni sans combattre la bureaucratie. L’histoire du syndicat, ses tendances inhérentes au neo-corporatisme et les témoignages d’employé-e-s du syndicat nous en disent long sur ce que peuvent attendre les membres de la base et leurs allié-e-s. Un article de 2010 dans The Nation résumait le mode opératoire du SEIU sous la direction du président Andy Stern, «alors que la croissance devenait son unique passion, Stern s’en est remis à des ententes à huis clos avec les employeurs et d’autres raccourcis, perpétuant une illusion de croissance robuste ayant obscurci l’échec du SEIU à établir une stratégie viable pour contrer le déclin du mouvement ouvrier. Ce faisant, le leadership unilatéral de Stern a aliéné des membres de la base et a isolé le syndicat de plusieurs de ses ancien-ne-s allié-e-s.»
Alors que les factures de dispendieux services de relations publiques et de l’armée de personnel travaillant sur la campagne du 15$ s’accumulent, la pression augmente sur les patrons du SEIU pour conclure un marché qui pourra être présenté comme une victoire. Comme pour toute transaction commerciale, ce marché inclura un quiproquo. Les recherches de Steve Early sur les machinations du SEIU, parues dans son livre The Civil Wars in U.S. Labor, offrent un aperçu de ce que cela représente. À travers ses 339 pages, Early expose ce qui semble être une parade sans fin de cadavres sortant des placards du SEIU, plusieurs comportant non seulement les empreintes digitales d’Andy Stern, mais également de Mary Kay Henry et de la brochette de patrons actuels du SEIU.
Entraîné par la cupidité de la croissance à tout prix, identique à celle des entreprises qui lui font face en négociation, le SEIU s’est tourné vers une stratégie de «partenariat» avec les employeurs, ainsi qu’à du maraudage, afin d’augmenter ses revenus avec des cotisations supplémentaires. Au diable la démocratie ouvrière. Dans la plupart des cas, l’organisation syndicale récente se limite à faire signer par l’employeur une entente préétablie qui limite les droits des travailleurs et travailleuses à décrier ou agiter contre leurs problèmes au travail, délaisse le contrôle du lieu de travail à la gérance en ne permettant qu’un-e ou aucun-e délégué-e syndical-e sur place et limite les paramètres de négociation collective – le tout sans avoir préalablement consulté les travailleuses et travailleurs. Pire encore, dans le but de convaincre les employeurs de signer ces «partenariats», le SEIU va jusqu’à soutenir la mise en place de lois avantageant les patrons aux dépens de toute la classe ouvrière. Par exemple, en Californie et à Washington, le SEIU a fait pression pour limiter les droits de patients à poursuivre les hôpitaux et services de soins à domicile pour mauvais traitements, en échange d’une reconnaissance syndicale facilitée pour les travailleuses et travailleurs de la santé.
Une fois les termes de l’entente négociés par les professionnels syndicaux et patronaux, les organisateurs et organisatrices sont chargé-es de faire signer les cartes aux travailleuses et travailleurs, autorisant les prélèvements de cotisations sur le bulletin de salaire. C’est souvent la dernière fois qu’ils et elles verront un organisateur. Une fois syndiqué, le SEIU fait profil bas, entreposant ses membres dans de mégas locaux à des kilomètres des lieux de travail. Il devient donc impossible pour des travailleurs et travailleuses à petits salaires d’assister aux réunions où ils et elles pourraient avoir une voix, ni même de se présenter comme représentant-e syndical-e ou comme délégué-e. Ce travail est remis aux professionnels diplômés. Qu’est-ce qui leur reste? Un numéro 1-800 à appeler si elles et ils ont des questions ou des préoccupations.

L’auteur Early conclue que le SEIU est «une institution de plus en plus autocratique et profondément défectueuse qui n’est pas à la hauteur de ce qu’elle prétend, peu importe qui est responsable.» Il semble avoir raison. Alors que plusieurs espèrent que le SEIU ait pris un nouveau départ sous la direction de sa nouvelle présidente Mary Kay Henry et que la tactique de grève dans la campagne pour le 15$/h représente un distanciement du syndicalisme corporatiste habituel, un simple regard sous le tapage médiatique révèle les même vieilles dynamiques et tendances comportementales en action. Une source interne raconte que le SEIU a déjà ouvert la porte à la National Restaurant Association, offrant de la soutenir pour des réductions d’impôts sur les chaînes de fast-food en échange d’une quelconque entente de neutralité. Voilà ce que semble nous réserver l’avenir.
Au delà des grèves dans le fast-food

Au delà des critiques du modèle syndicale néo-corporatiste du SEIU, il y a aussi le fait que ça ne fonctionnera probablement pas. Cela fait maintenant plus de 30 ans que nous sommes dans une guerre d’annihilation du mouvement ouvrier par les employeurs américains. Tout comme dans les années 30, les employeurs vont tenir la ligne dure contre toute incursion syndicale à moins de faire face à une véritable menace existentielle. Le seul bras de levier assez long pour faire bouger la montagne d’opposition face au pouvoir ouvrier dans l’industrie du fast-food, c’est l’action directe massive par les principaux concerné-es sur une échelle jamais vue depuis la période tumulteuse de l’entre-deux-guerres. Les syndicats corporatistes ne sont pas près d’actionner ce levier. Comme l’écrivait l’ex-stratégiste du SEIU Stephen Lerner, «les syndicats ayant des centaines de millions d’actifs et des conventions collectives concernant des millions de salarié-es ne risqueront jamais leurs trésoreries et leurs contrats en s’engageant dans des actions à grandes échelle telles des sit-ins, des occupations et autres formes non-violentes de désobéissance civile défiants injonctions et pressions politiques.» On pourrait rajouter que même s’ils le voulaient, les syndicats corporatistes ont depuis longtemps ravagé leur base militante, aliénant les travailleurs et travailleuses par leur processus décisionnel de haut en bas et par les années de porte-à-porte étouffantes en soutien des Démocrates. Réticent et incapable de suivre la voie pouvant mener à une réelle victoire, le SEIU commencera à diluer son slogan de «justice pour tous», amenant des propositions pour moins de justice et pour moins de travailleuses et travailleuses (rétrécissant sa vision à de moins en moins de villes, de moins en moins d’entreprises et demandant de plus petites augmentations salariales) à la table de négociation et aux bureaux de vote. Si cela échoue, le SEIU tentera probablement de trouver un moyen de se retirer et se sauver la face. Ironiquement, cela pourrait donner plus d’espace aux travailleuses et travailleurs de s’organiser eux et elles mêmes. De façon plus tragique, cela pourrait également isoler des personnes ayant pris des risques face aux éventuelles représailles engendrées.
Heureusement, le syndicalisme fast-food du SEIU n’est ni le premier, ni le dernier mot de la lutte de classe dans cette industrie. Les travailleuses et travailleurs du fast-food ont combattu des patrons les exploitant depuis le début de cette industrie. Pour nommer quelques exemples, vers le milieu des années 60, McDonald était tellement préoccupé par la syndicalisation de ses employé-e-s de la baie de San Francisco, qu’ils ont rendu nécessaire la prise d’un test de détecteur de mensonges aux potentiels employé-es pour éliminer les sympathisant-e-s du syndicat. Le spécialiste anti-syndicat à temps plein de la chaîne a affirmé avoir écrasé des «centaines» de tentatives de syndicalisation au début des années 70. Au début des années 80, ACORN a lancé un syndicat des salarié-es du fast-food à Détroit qui a brièvement gagné une des seules conventions collectives dans les fast-food franchisés aux États-Unis. Au Royaume Unis, l’énigmatique McDonald’s Workers Resistance a mené une résistance anonyme de type guérilla contre les patrons entre 1998 et le début des années 2000. Malgré qu’aucun de ces efforts n’ait mené à une organisation à long terme, ils ont joué un rôle important dans la longue évolution d’une conscience de classe au sein de l’industrie du fast-food.
Alors que j’étais organisateur avec les IWW chez Jimmy John’s et Starbucks, nous avons appris des expériences de ceux qui nous ont précédé et nous avons créé un modèle d’organisation associatif fonctionnant dans l’industrie du fast-food. Notr modèle fut bâti sur notre propre force de travailleurs et travailleuses : la dépendance de notre patron à notre travail. Au lieu de dépenser des millions (que nous n’avions pas) pour payer des firmes de relations publiques et des employé-e-s à temps plein, nous avons misé sur une approche à long terme en entraînant nos collègues à devenir organisateurs ou organisatrices, leur donnant les armes nécessaires afin de mener leurs propres batailles, peu importe où ils et elles se retrouvent, et en prenant toutes les décisions ensemble de façon démocratique. Et nous avons gagné. Nous avons fait renvoyer notre patron qui volait nos salaires et harcelait sexuellement nos collègues, nous avons mis fin aux renvois injustes, nous avons fait installer l’air climatisé et fait réparer l’équipement brisé. Nous avons gagné un renforcement d’effectifs, nous avons obtenu ma réintégration après que j’ai été renvoyé par Starbucks pour avoir organiser mon lieu de travail et, à l’aide d’une courte grève, nous avons même forcé notre gérant de district à émettre un chèque pour un collègue n’ayant pas été payé. Lors d’une autre campagne des IWW, nous avons rédigé un «Programme en dix points pour la justice chez Jimmy John’s», rassemblant les dix demandes les plus importantes telles qu’identifiées par nos collègues, allant au delà des enjeux élémentaires afin d’aborder les questions fondamentales du contrôle du lieu de travail. Usant d’une escalade des moyens de pression à travers l’action directe, nous avons gagné la paye par dépôt direct, des augmentations, des congés payés, le droit d’absence pour cause de maladie, une politique disciplinaire cohérente ainsi que plusieurs autres demandes, expliquées plus en détail dans le New Forms of Worker Organization à paraître. Aucune de ces campagnes n’était parfaite et le mouvement ouvrier a encore beaucoup à apprendre à propos de l’organisation des travailleuses et travailleurs à faible revenu dans le service, mais notre expérience a mis une chose au clair : les travailleuses et travailleurs peuvent se déclarer indépendant-e-s de la bureaucratie des syndicats corporatistes, mener leurs propres batailles et les gagner.
Dans plusieurs villes, les bases militantes de la campagne pour le salaire minimum de 15$ ont déjà commencé à bâtir leurs propres organisations autonomes de bureaucratie, tissant des liens avec des sympathisant-e-s qui sont libres de toutes les entraves qu’implique recevoir un chèque signé par les patrons syndicaux. La lutte de classe n’a pas commencé avec le SEIU et ne prendra pas fin une fois qu’un contrat sera signé, qu’une loi sera passée, que le salaire minimum aura augmenté ou que les patrons des syndicats arrêterons de payer la facture de la campagne. La lutte continue; les emplois dans le fast-food sont les emplois du futur – pas seulement parce que 58% des emplois créés lors de la période de récupération post-2007 sont des emplois à faible revenu, mais aussi métaphoriquement – comme le notait George Ritzler, la logique corporatiste du fast-food a imbibé notre société de façon plus large. Qu’on travaille dans un McDonald, un bureau, un hôpital, une école, un organisme à but non-lucratif, le gouvernement ou n’importe aillers, nous avons tous vu un collègue subir des abus ou se faire renvoyer de façon arbitraire, être forcé de faire plus avec moins, se faire dire de lésiner aux dépens du public et se faire refuser une voix au travail et dans la société en général. Des millions de salarié-es vivent leur vie dans un désespoir discret, voyant leur labeur disparaître dans les rouages du système capitaliste. Un système qui se retourne contre eux et perpétue les maux auxquels ils et elles s’opposent: Les travailleuses et travailleurs du fast-food voient les produits qu’ils servent empoisonner leurs communautés, les travailleurs et travailleuses des banques voient leurs employeurs octroyer des prêts avec condition abusives à leurs voisins, les travailleuses et travailleurs des hôpitaux sont témoins de la façon dont le profit est mis aux devants du bien-être des patients et les professeurs croulent à voir la déshumanisation que les tests standardisés produisent sur leurs étudiant-e-s. Collectivement, les travailleurs et travailleuses produisent tous les maux de notre société, ce qui veut dire que collectivement nous pouvons arrêter de les produire. Et nous en avons la volonté, de plus en plus.
Ryan Wyatt, un gréviste chez Potbelly’s à Chicago, le décrit bien, «Nous ne demandons pas seulement de meilleures conditions de travail pour nous, nous voulons vivre dans une Amérique meilleure.»
Le syndicalisme fast-food ne peut pas changer la nation du fast-food, mais il peut être une première étape vers un mouvement qui le pourra.
Erik Forman est un organisateur et écrivain ouvrier. Vous pouvez le rejoindre à erikforman (at) gmail.com. Il est sur Twitter au @_erikforman.
Première parution le 5 novembre 2013 comme contenu exclusif de CounterPunch, republié le 17 novembre 2013 sur Recomposition, puis en décembre 2013 dans l’Industrial Workers. Syndicalisme fast-food: la syndicalisation de McDonald et la McDonaldisation des syndicats est publié pour la première fois en français sur le blog de la Section Locale des IWW de Montréal, traduit par Alexis Kelly et Tristan W.

Crédit : Évelyne Côté, Côte-Nord.

Un 9 décembre de Grève Nationale, chapitre 2

Un demi-million de gréviste au Québec! Il s’agit en terme de chiffre de la plus grande grève que la province ait connu depuis 1972. Ça en aura pris des années de déficit zéro, de réingénierie, de PPP et d’austérité pour que le fond du baril nous semble suffisamment proche pour provoquer une réaction à sa mesure!

Manifestation aux quatre coins de la province

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La journée commença à Québec où les membres de la Fédération des Syndicats de l’Enseignement et du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec ont manifesté, accompagnés de leurs familles, amis et alliés du mouvement communautaire. Ils ont fait irruption dans les bureaux du ministre Blais, avant de manifester du Parc Victoria à la Haute-Ville, après un rapide passage devant la permanence du Parti Libéral où murs et fenêtres furent tapissés de collants pro-grève et pro-négociation. Finalement ce sont plus de 18 000 personnes qui se rassemblèrent devant l’Assemblée Nationale

À Laval une bannière Laval Unis Contre l’Austérité était suspendue au dessus de l’autoroute 15 et tôt en avant-midi à Montréal les membres de la Fédération Autonome de l’Enseignement se regroupait déjà devant le Ministère de l’Éducation des Loisirs et des Sports pour y ériger un campement qu’ils comptent occuper jusqu’à vendredi et ce en dépit des menaces faites par la ville qui compte faire intervenir la police «si nécessaire». La FAE tint aussi une manifestation amenant ses membres du cœur du quartier populaire Centre-Sud au Carré Émilie-Gamelin où ils se joignirent à un deuxième rassemblement avant de terminer la marche au Square Victoria ou ils rejoignirent un 3e rassemblement d’environ 5000 personnes vers 13h30. Maintenant sans convention collective depuis 4ans, les 8000 Cols Blancs de Montréal profitèrent du moment pour tenir une demi-journée de grève et organiser une manifestation devant l’Hôtel de ville.

En soirée de nombreux groupes de pression plus axé sur un syndicalisme de combat, voir de solidarité, notamment Printemps 2015, appelèrent à reprendre la rue dès 20h. Ce sont quelques centaines de personnes qui ce réunirent à nouveau au Carré Émilie-Gamelin, d’ou le cortège marcha vers le centre-ville avant d’être rapidement bloqué par la police les obligeant à rebrousser chemin. Il n’était pas 21h encore que les forces policières sortirent les gaz lacrymogènes pour dispercer une la foule qui, selon toute vraissemblance, exercait pacifiquement son droit de manifester. Au moment de publier, on ne recensait ni blessé.es, ni arrestation.

En Abitibi-Témiscamingue, où on retrouve 10 000 des 400 000 membres du Front Commun, la solidarité et la combativité était aussi au rendez-vous. À Ville-Marie ont comptait plus d’une centaine de travailleurs et travailleuses de la santé dans les rues, tandis qu’à Témiscamingue c’était les enseignants et les enseignantes qui occupaient la place.

Dans la région de la Mauricie, si les membres du Syndicat de l’Enseignement des Vieilles-Forges organisèrent des autobus pour se joindre à la manifestation de Québec, 3000 autres travailleurs et travailleuses des services publics, en plus des enseignant.e,s de Shawinigan, optèrent pour une manifestation à Trois-Rivières qui les emportèrent du Parc de l’Exposition au Centre-Ville.

Du coté de l’Estrie, ce sont 2000 personnes séparées entre un contingent en provenance du CHUS et un autre qui s’était réuni aux Galeries Quatre-Saisons qui, en dépit de la forte présence policière, prirent d’assaut le viaduc passant sur l’autoroute 610. Pour les organisateurs et organisatrices, cette manifestation de 2000 personnes apparait comme un moment de mobilisation historique, non seulement pour le Québec en entier, mais aussi pour la région de l’Estrie en particulier.

Sur la Côte-Nord, outre les nombreux autobus qui quittèrent la région tôt ce matin afin d’aller prêter mains forte aux grévistes de la ville de Québec, des manifestations et des lignes de piquetage eurent lieu à Baie-Commeau et Sept-ile.

Les IWW

Fidèles à leurs habitudes, des wobblies des villes de Montréal, Sherbrooke et Québec se joignirent aux mobilisations. Parfois en solidarité comme ils et elles le firent sur les lignes de piquetages du SÉTUE en début de semaine et aux manifestations de la coalition Main Rouge de 28 novembre à Montréal et du 5 décembre à Québec, mais surtout aussi parce qu’illes sont touché.e.s directement par les attaques gouvernementales. Un nombre important du membership de l’IWW porte actuellement deux cartes, soit celle du Grand Syndicat pour Tous et Toutes (IWW, One Big Union), mais aussi celles de l’une ou l’autre des centrales affiliées au Front Commun. Ces membres qu’on retrouve généralement parmi les plus actifs de leurs syndicat savent qu’une attaque contre une portion de la classe ouvrière représente une attaque contre toute la classe ouvrière, une victoire d’une portion de la classe ouvrière représente aussi une victoire pour toute la classe ouvrière.

Mais est-ce que cela sera suffisant, le gros risque des grèves se limitant à un ou deux jours est, aussi grosse puisse-t’elle être, qu’elles ne sont pour le gouvernement qu’un dur moment à passer. Un 24h durant lesquelles il devra s’accrocher le temps que la tempête passe. Le Front Commun n’est pas dupe et s’est gardé quelques jours de grève en poche question de pouvoir revenir à la charge au mois de janvier, mais qu’adviendra-t-il au mouvement une fois ces grèves passées? Quelles seront les prochaines actions et comment réagiront les hautes sphères des centrales, de même que la base qui les supporte lorsque les 6 jours de grèves seront passés?

De nombreux articles ont tenté de répondre à cette question en soulignant les faiblesses du mouvement syndical actuel et les stratégies mises de l’avant par le gouvernement, notamment l’usage des lois spéciales, afin de mieux préparer les syndiqué.es. Parmis ces articles notons Le portrait de la situation actuelle publié par le SITT-IWW et disponible sur ce blogue, mais aussi Raterons-nous ce rendez-vous de l’histoire? Par le webzine Dur Réalité et Le bluff manqué du Front Commun par Ricochet qui mettent de l’avant une analyse combative des stratégies à utiliser Ces questions sont importantes et les décisions et actions qui en découleront le sont tout autant.

Aujourd’hui nous étions un demi millions dans la rue, demain, avec courage et détermination nous serons 7 milliards. Solidarité!

Un 7 septembre fort chargé!


Ce 7 septembre, histoire de faire un pied de nez au patronat, à l’occasion de la « Fête » du travail, la branche montréalaise des IWW tenait une journée de mobilisation sous la thématique « Faites la lutte ! ». Sous un soleil de plomb et le regard bienveillant (lire harcelant) des patrouilles du SPVM, quelques tables occupaient le parc des Faubourgs et ce, dès midi. À l’horaire : musique, bouffe, ateliers, tables d’infos et marchandises, et pour conclure, manifestation populaire.
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Retour sur le 1er mai du SITT-IWW

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À l’occasion de ce 1er mai 2015, le SITT-IWW Montréal a organisé et participé à de nombreuses actions de perturbation. Prévue depuis plusieurs mois, cette journée de mobilisation s’inscrivait dans un contexte de lutte contre les mesures d’austérité imposées par le gouvernement. Un appel à la grève générale a été relayé depuis presque un an sur les lieux de travail, dans les universités et les établissements scolaires, les hôpitaux, les services de poste,  et parmi les organismes communautaires. A la veille du 1er mai, ce sont des centaines d’organismes et lieux de travail qui avaient votés en assemblée générale un mandat de grève pour ce 1er mai, ainsi que de très nombreux établissements d’enseignement supérieur.

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Blocage de la tour de Radio-Canada

Dès le soir du 30 avril, le SITT-IWW Montréal a organisé une action de blocage de la tour de Radio-Canada, où d’importantes coupures et suppressions de postes sont à prévoir. Plusieurs centaines de personnes ont répondu présentes à notre appel, permettant à cette action d’être une franche réussite, malgré quelques arrestations et l’utilisation de gaz au poivre. Alors qu’une très importante force policière bloquait la manifestation et nous faisait tourner en rond, nous avons réussi à nous disperser sans éveiller les soupçons et à nous retrouver presque aussi nombreux-ses sur le lieu même de l’action.

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Blocage du stationnement de la Section de l’application des règlements du stationnement du SPVM

A 7h le vendredi 1er mai, plusieurs dizaines de wobblies ont bloqué les quatre sorties du stationnement de la Section de l’application des règlements du stationnement du SPVM. Pendant presque deux heures, aucun véhicule n’a pu sortir du stationnement, jusqu’à l’intervention tranquille de la police anti-émeute.

Après une opération de métro populaire, nous avons convergé avec plusieurs groupes  communautaires en grève afin de participer en masse à la manifestation organisée par la Coalition Main Rouge, que nous avons joyeusement prolongée en manifestation sauvage autour du Square Victoria. Plusieurs centaines de personnes nous ont alors suivis spontanément. Nous avons également apporté notre soutien à la manifestation de la FTQ.

Entre 14h et 17h, le SITT-IWW Montréal organisait un barbecue dans le parc situé près de notre local. Une fois encore, notre capacité de mobilisation a dépassé toutes nos espérances, transformant ce moment de repos bien mérité en une action de blocage de la rue adjacente.

Nous avons ensuite rejoint la manifestation des quartiers du nord afin de descendre vers le centre-ville, où devait avoir lieu une action de blocage de la tour HSBC, organisée par la CLAC. Quelques minutes avant notre arrivée, la manifestation principale fut très violemment attaquée par les forces anti-émeutes, la fractionnant en plusieurs petites manifestations se propageant dans tout le centre-ville. S’en sont suivis plusieurs heures d’affrontement avec les forces de police, dont la violence fut proportionnelle à l’inutilité tout au long de cette journée. Ce jour-là, la police n’a protégé et servi personne, à part le capitalisme.

Il est important de noter que nos actions ont toutes bénéficié d’un franc soutient de la part des travailleurs et travailleuses, ainsi que des passant-e-s. Il est assez rare de recevoir autant de manifestations de soutien de la part des automobilistes, alors même que notre contingent affichait fièrement nos couleurs rouge et noir. Les travailleurs et travailleuses des établissements bloqués nous ont parfois signifié leur désir de se mettre également en grève, bien que les conditions légales ne le permettaient pas encore. Nous les avons poussés à prendre leur propre légitimité.

Bien entendu, le SPVM était lui aussi fortement mobilisé pour cette journée. Le courage des policiers et policières n’a eu d’égal que leur incapacité à contrôler les foules, tant le nombre d’actions organisées était important. Nous pouvons affirmer que la police a été clairement débordée tout le long de cette journée, et souhaitait se rattraper lors de la manifestation de soir. Il est certainement plus simple de réprimer une seule grosse manifestation localisée que des centaines de petites actions disséminées.  Des informations sur les mouvements du SPVM nous ont permis de comprendre que nous étions une cible privilégiée (voir la « priorité numéro 1 ») suite à notre action de blocage de leurs agents du stationnement, et d’échapper à une tentative de souricière à midi (grâce à l’appui de  la FTQ). Ainsi, nous avons pu éviter toute criminalisation de nos membres et sympathisant-e-s, et nous nous en sommes sortis avec seulement 5 contraventions.

En fin de compte, nous sommes très fiers/fières d’avoir participé à l’organisation de cette journée. Les bénéfices en termes d’image du syndicat, de diffusion de notre discours, et de nouvelles adhésions se font déjà ressentir. Nous avons réussi à nous présenter comme un facteur de rassemblement, autant vis-à-vis des autres syndicats que des travailleurs et travailleuses en lutte, sans pour autant renier ni dissimuler nos convictions révolutionnaires. Les efforts fournis pour l’organisation de ces actions permettront surement aux prochaines journées du 1er mai d’être aussi intéressantes et stimulantes que celle-ci, d’en faire une véritable journée de combat révolutionnaire. Mais nous ne nous reposons pas, et nous sommes déjà à la conquête de nouvelles luttes.

10 jours qui ébranlèrent le Québec et ce n’est qu’un début!

Le vendredi 31 octobre, c’est sous le thème de l’austérité, une histoire d’horreur, que des manifestations eurent lieu dans les villes de Sherbrooke, Rimouski, Jonquière, Baie-Comeau, La Tuque, les îles de La Madeleine et Montréal. Les manifestant-e-s de cette dernière se comptèrent au nombre de 50 000 si l’on en croit les chiffres officiels. Cet exploit fut permis grâce aux autobus en provenance de près de 10 régions du Québec qui convergèrent vers la métropole, grâce à la mobilisation, non seulement des étudiant-e-s qui comptaient tout de même dans leurs rangs plus de 82 000 grévistes, mais aussi de différentes centrales syndicales et de l’ensemble des groupes communautaires sur le pas de guerre contre les mesures d’austérité décrétées par les trois paliers gouvernementaux et auxquelles aucun parti politique de l’opposition ne semble pouvoir faire le poids. Cette journée d’une mobilisation sans précédent depuis 2012 doit être vue sous deux angles. D’abord, comme l’aboutissement de plusieurs semaines d’escalade et ensuite comme le point de départ d’une montée encore plus grande. Lire la suite